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Full text of "Annales médico-psychologiques"

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3 o ia 


ANNALES 

MEDICO-PSYCHOLOGIQUES 

REVUE PSYCHIATR1QUE 

BULLETIN OFFICIEL DE LA 

SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


ANNEE 1931 

TOME PREMIER 


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ANNALES MEDICO-PSYCHOLOGIQUES 


ANCIENS REDACTEURS EN CHEF : 
( 1843 - 1930 ) 

BA1LLARGER, CERISE, LONGET, 
BR1ERRE DE BOISMONT, MOREAU (de Tours), 
LUN1ER, FOV1LLE, R1TT1, Henri COLIN 


Redacteur en Chef : Rene CHARPENT1ER 


COMITE DE REDACTION : 

MM. ABAD1E, D. ANGLADE, BEAUSSART, Ch. BLONDEL, CAPGRAS, 
H. CLAUDE, G. DE CLERAMBAULT, COURBON, A. DELMAS, DEMAY, 
G. DUMAS, DUPOUY, EUZ1ERE, J. HAMEL, Pierre JANET, KLIPPEL, 
LA1GNEL-LAVAST1NE, LAUZ1ER, J. LEPINE, LEVY-VALENS1, LHERM1TTE, 
R. MALLET, MARCHAND, M1GNOT, PACTET, P1ERON, POROT, RAVI ART, 
RAYN1ER, ROGUES DE FURSAC, SEGLAS, SEMELAIGNB, SERIEUX, 
Th. SIMON, T1NEL, TOULOUSE, TRUELLE, VERNET. 



ANNALES 

MEDICO-PSYCHOLOGIQUES 

REVUE PSYCHIATRIQUE 

bulletin officiel.de la 
SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGiQUE 


POND A TEUR. 

J. BAILLARGER 

Redacteur en chef: 

RENE CHARPENTI ER 


XIIP SERIE — 89 e ANNEE — 1931 
TOME PREMIER 



MASSON £* ClfjEDITEURS 

LIBRAI RES DE L'ACADEMIE DE MEDECINE 
120 . BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS 


PUBL/CAT/ON PER/ODIQUE 
PARA/SSA/VT 10 FOIS PAR AH 






TABLE DES MAT1ERES 


TRE1Z1EME SfiRlE — 89' ANNEE — TOME I 

JANV1ER-MA1 i 9 3. 


MEMOIRES OR1G1NAUX 

Pages 

Notions de psyeho-physiologie. Pathogenie des affections mentales, 

par M. J. Hamel. 1 

Schizophrenie et tumeur cerebrale. Troubles du comportement et du 
caractere a type schizophrenique au cours de revolution d’un gliome 

du lobe temporal gauche, par MM. H. Claude et H. Baruk... 11 

La Schizophasie, par M. G. Teulie... 113, 225 

Modifications chimiques du sang au cours du delirium tremens alcooli- 

—-que, par MM. E. Toulouse, A. Courtois et Mile Russell. 124 

JAnemie, paraplegie et syndrome hebephreno-catatonique, par M. G. 

Petit et Mile D. Martrille.:.. 131 

Troubles du courant de la pensee et tumeur cerebrale, par MM. J. Tinel 

et H. Baruk....... 234 

Le profil psychologique -de quelques alienes, par Mile Vera Kovarsky_ 246 

Hypocondrie et pathologie de desceuvrement, par M. P. Courbon. 337 

Le pH urinaire dans le diagnostic des etats de depression, par MM. Lai- 

gnel-Lavastine, Rogues de Fursac et G. d’HEucQUEViLLE. i . 345 

Les variations de la courbe du poids dans la paralysie generale, par 

MM. Leroy, Medakovitch et Masquin... 358 

Statistique d’une annee de malariatherapie, par MM. J. Capgras et G. Fail. 375 
Psychoses de sensibilisation. Allergie mentale, par Mmes C. Pascal et 

Andree Deschamps........ 449 

Ghronaxie et troubles‘profonds de l’expression mimique chez une cata- 
tonique, par MM. Georges Bourguignon et Georges d’HEucQUEViLLE. 461 


Ann. Med.-Psych., 13 e serie. Tables du T. I, 1931. 













ANNEE 1931. — TABLES DU TOME I 


SOCIETY MED1CO-PSYCHOLOGIQUE 

Pages- 

Bureau. — Liste des Membres....... 21 

Seance du jeudi 15 janvier 1931 

Paralysie generale et gravidite. Traitement malarique de la Paralysie 
generate chez une femme enceinte, par MM. Leroy, Medakovitch et * 

Masqoin. 24 

Intoxication periodique par le Kalmidor, par MM. Leroy et C. Pottier. . 30 

Schizophrenie et tumeur cerebrate, par MM. H. Claude et H. Baruk. 38 

Psychose polynevritique. Guerison rapide de la polynevrite. Etat 
dementiel consecutif a forme de demence precoce, par M. L. Marchand. 30 
Regression spontanee d’une paralysie generale apres torsion sigmoi- 
dienne, par MM. P. Courbon et Mondain... 42 

Seance du lundi 26 janvier 1931 

Allocution de M. Capgras, President sortant.. 47 

Allocution de M. H. Claude, President.. 49 

Allocution de M. Ern. de Craene_-... 50 

Correspondance ; Nouveaux membres ; Prix de la Societe ; Dates des Sean¬ 
ces ; Fixation de ia cotisation ; Membres titulaires non-ihesidants ; Rapport 
de la Commission des Finances ; Election des membres titulaires et cor- 

respondant..... 51 

De l’intervention judiciaire dans le placement des alienes, par MM. Xavier 

et Paul Abely. 50 

Psy chose onirique endocrinienne consecutive a la dengue, par MM. J. 

Roubinovitch, Mignon, Leullier et Picard. 62^ 

Anemie et paraplegie rappelant certains syndromes neuro-anemiques, 
au cours d’un syndrome hebephreno-catatonique. Amelioration des 
troublespsycho-organiques par lamethode de Whipple, par M. G. Petit 

et Mile D. Martrille. 66 

Sequelles psychiques de la maladie de Heine-Medin. Syndrome de 

demence precoce, par MM. A. CourTois et P. Mareschal . 6f 

Heredite psychopathique et sterilisation eugenique, par MM. Paul Schiff 

et P. Mareschal. 71 

Deux cas de suicide accidentel (Les anomalies du sens genital), par 
M. Chavigny. 70 

Seance du jeudi 12 fevrier 1931 

Correspondance..'... 141 

Exhibitionnisme conscient sans caraetere erotique, par M. X. Abely et 

Mile Truche. 141 

Syndromes epileptique et parkinsonien, realises progressivement par 
une tumeur cerebrale. Hallucinations auditives et psychiques, men- 
tisme et troubles du courant de la pensee en rapport avec les crises 
paroxystiques de l’hypertension intracranienne, par MM. Tinel et Baruk 14& 
Syndrome de demence precoce consecutif a une fievre typhoide avec 
phenomenes delirants, par MM. E. Toulouse; A. Courtois et P. Rube- 
novitch 


146 - 




















TABLE DES MATIERES 


Pages 

Encephalite psychosique aigue aucours d’un erysipele, par MM. E. Tou¬ 
louse, L. Marchand et A. Courtois.. 149 

Sur quelques modifications chimiques du sang au cours du delirium 
tremens alcoolique, par MM. E. Toulouse, A. Courtois et Mile Russell. . 154 

Manifestations syphilitiques tertiaires chez les paralytiques generaux 

impaludes, par MM. P. Guxraud et M. Caron. 155 

Syndrome dementiel presenile avec eeholalie (Parente avec les syndro¬ 
mes pseudo-bulbaire et catatonique), par MM. P. Guiraud et M. Caron. 160 

Seance du lundi 23 fevrier 1931 

Correspondence. 165 

Reception de nouveaux membres correspondents nationaux et de nouveaux 

membres associes etrangers... 166 

Fixation des seances de mars...... 167 

Modification de la date des seances ulterieures. 167 

Bulletin de la Societe.:... 167 

Declaration de vacance de deux places d£ membre titulaire residant... 167 

Election d’un membre correspondant. 168 

A propos de la communication sur l’intervention judiciaire dans le pla¬ 
cement des alienes faite par MM. X. et P. Abely, par M. Raynier. 168 

Valeur pratique du pH urinaire dans le diagnostic des etats de depres¬ 
sion, par MM. Laignel-Lavastine, Rogues de Fursac et G. d’HEUCQUEviLLE. 179 
La constitution ep’ileptoide. [Son importance au point de vue clinique. 
Utilite du depistage de ses symptomes intellectuels et psychiques 
chez les enfants, par M. G. Robin. 180 

Seance du jeudi 12 mars 1931 

Grossesse et Malariatherapie, par M. C. Pouffary... 252 

Alexie et paragraphie chez une delirante, par MM. Kyriaco et Pouffary.. 257 
Action du Stovartol sur les troubles psychiques et organiques de la 

Paralysie generale, par Mile Deschamps. ... 262 

Delire ccenesthesique (Prurit hallucinatoire), par MM. Raymond Mallet 

et Pierre Male. 272 

Deux cas de demence avec epilepsie, par M. L. Marchand. 274 

Lesions des cellules des ganglions centraux dans un cas de delire aigu 
choreiforme, par M. Trenel. 280 

Seance du lundi 30 mars 1931 

Correspondance. 285 

Reception de nouveaux membres associes etrangers.. 286 

Encouragement aux etudes anatomiques du systeme nerveux.. 287 

Date de la seance du mois d’avril......... 288 

Date des seances du mois de mai...:..... 288 

Election d’un membre correspondant........ 288 

Modification a l’ordre du jour. 288 

Paralysie generale chez un ancien trepane ayant presente des acces 

maniaques, par M. Maurice Wahl..- 289 

La constitution epileptoide et ses rapports avec la pathogenie de l’epi- 

lepsie essentielle, par Mme Minkowska. 291 

Hypocondrie et Pathologie de desceuvrement, par M. Paul Courbon. 300 




























ANNEE 1931. 


TABLES DU TOME I 


Une observation de rire incoercible chez une debile mentale, par 

MM. A. Rodiet et L. Cocderc. . ^02 

Note sur deux cas de crises epileptiques repetees a courts intervalles et 
arreteespar l’injection intraveineuse de serum bromure hypertonique, 

par M. Desruelles et Mile Agnes Chiarli. 306 

Note sur l’emploi du chlorhydrate de pilocarpine contre la constipation 
opiniatre des alienes, par M. Desruelles etMlle Agnes Chiarli. 307 

Seance du lundi 27 avril 1931 

Deces de M. Maurice de Fleury. 383 

Correspondance. 384 

Reception de nouveaux membres associes etrangers.... 385 

Subvention du Conseil Municipal de Paris. 386 

Election d’un membre associe etranger. . 386 

Election de membres correspondants nationaux. 386 

Election a 2 places vacantes de membre titulaire.. 387 

De l’intervention judiciaire dans le placement des alienes (Rapport de 

la Commission) ... 388 

Les modifications du poids chez les paralytiques generaux traites par la 

malaria, par MM. Leroy, Medakovitch etMASQuiN. 388 

Action de l’extrait hypophysaire anterieur dans l’impuissance genitale 

de l’hommej par M. P. Schiff. . 388 

Troubles profonds de l’expression mimique chez une catatonique. Leurs 
rapports avec la chronaxie des muscles de la face, par MM. G. Bour- 
GUIGNON et G. d’HEUCQUEVILLE. ... 396 

Seance du jeudi 21 mai 1931 

Delire hallucinatoire consecutif a une encephalite aigue azotemique, 

par MM. A. Courtois et P. Mareschal.. 472 

Syndrome hallucinatoire post-encephalique, par MM. R. Dufouy et 

H. Pichard. 476 

Hypomanie consecutive a une confusion mentale post-traumatique, par 

M. Paul Courbon. 478 

Folies simultanees, par MM. Henri Claude, P. Migault et J. Lacan. 483 

Troubles du langage dans un cas de psychose parano'ide, par 

MM; Henri Claude, Pierre Bourgeois et Pierre Masquin. 490 

Les meningites bacteriennes aigues dans la paralysie generale, par 

MM. P. Guiraud et M. Caron. . . 500 

Flexion reflexe unilaterale de la jambe par flexion de la tete en cas de 

coma par lesion cerebrale circonscrite, par M. A. Courtois. 506 

Seance du jeudi 28 mai 1931 

Deces de M. Raffegeau... 511 

Correspondance....;. 512 

Reception de nouveaux membres associes etrangers... 512 

Declaration de vacance de deux places de membre titulaire. 513 

Election d’un membre associe etranger. i ... 513 

Election de membres correspondants nationaux. 513 

Election a 30 places de membre titulaire.. 514 

Deux cas d’encephalite psychosique, par MM. Capgr4S, L. Marchand et 

Vie. 515 































TABLE DES MATIERES 


Pages 


Delire coenesthesique, par MM. R. Mallet et P. Gouriod . 521 

Pseudo-ccenesthopathie (Algie pyorrheique anxiogene), par MM. P. 

Gouriod et P. Mondain ....... 524 

Les relations de l’hypocondrie avec la constitution parano'iaque, par 

M. Achille Delmas... 526 

Du delire aigu a 1’enceph.alite epidemique. Hyperlymphocytose pro¬ 
gressive du liquide cephalo-rachidien. Regression azotemique pro¬ 
gressive chez les malades alimentes, par M. Pouffary . 527 


REUNIONS ET CONGRfeS 


Assemblee commune 

de la Societe suisse de Psychiatrie et de la Societe suisse de Neurologie 


(Lausanne, 6 et 7 decembre 1930) 

Le bilan de l’encephalite lethargique,... 204 

Les syndromes mentaux ipost-encephalitiques, par M. H. Steck. 204 

L’importance des troubles post-encephalitiques pour la pathogenese des 

psychoses, par M. G. de Morsier ..... 206 

Syndromes encephalitiques et syndromes schizophreniques, par le Profes- 

seur Pfersdorf.... 206 

La Medecine legale de l’encephalite lethargique, par le Prof. W. Maier . 207 

Les formes nouvelles et les sequelles neurologiques de l’encephalite lethar¬ 
gique, par M. H. Brunschweiler . 208 

Un probleme doctrinal remis en question par l’enceplialite lethargique : 
Hysterie et Pithiatisme, par M. L. van Bogaert ... 208 


XXXV s Session du Gongres des Medecins alienistes et neurologistes 
de France et des Pays de langue fran<jaise 
( Bordeaux, 7-12 avril 1931) 

President : M. Pactet 


Discours inaugural. 

L’armee et les alienes, par M. Pactet. 407 

Rapports 

Les psychoses periodiques tardives, par M. Roger Anglade. 408 

Les tumeurs intramedulaires, par M. Noel Peron.. 412 

Les fausses simulations en medecine legale psychiatrique, par M. Fri¬ 
bourg-Blanc.... 413 

Communications 

Note sur le pronostic de chronicite au corns des etats maniaques depressifs, 

par MM. Bouyer et Reboul-Lachaux....... 416 

La mesure de l’intelligence des paralytiques generaux avant et apres la 

malarisation, par M. Vermeylen.......... 416 

Le terrain tuberculeux chez les enfants anormaux, par M. VermeYlen. 416 





















ANNEE 1931. 


TABLES DU TOME I 


Pages 

Experiences sur de nouvelles methodes de demorphinisation, par M. Christin. 417 
De l’Hyposulfite de Magnesium en therapeutique psychiatrique, par MM. P. 

Combemale et Cappelle ... 417 

Diagnostic differentiel entre les tumeurs intramedullaires et les tumeurs 

extramedullaires, par MM. Beriel et Kapsa-las..- . 417 

Remarques sur les tumeurs intra et extramedullaires a propos d’observations 

personnelles par MM. Beriel et Kapsalas . 418 

Sur l’Encephalite epidemique peripherique, par MM. Nayrac et Breton . 418 

Sclerose tubereuse a forme familiale et hereditaire, par M. J. Kcenen . 418 

Sur l’appareil peripherique de la cellule nerveuse, par M. Art. Donaggio - 418 

Les fonctions des couches optiques, par M. d’HoLLANDER... 419 

Le signe tonodynamique des doigts et ses correlations avec le signe de 

Babinski, par M. Pailhas. . 419 

L’assistance mentale en Indo-Chine, par M. Lefevre . 419 

Les simulations et les fausses simulations dans les milieux maritimes. par 

M. Darleguy . 420 

La responsabilile penale diminuee des tubercuieux au point de vue medico¬ 
legal, par M. Boris Wassileff . 420 


XIV e Gongres. de Medecine Legale de langue Franchise 
(Paris, 4-6 mai 1931 ) 

Rapport de psychiatrie 

Les crimes passionnels. L’homicide passionnel, par M. Levy-Valensi _ 528 

Communications psychiatriques. 

La reaction suicide chez les debiles et les desequilibres dans l’armee, par 

MM. Fribourg-Blanc et Scouras.... 531 

Que faut-il entendre au point du vue medico-legal, par etat de toxicomanie ? 

Dans quelles conditions le medecin peut-il etre inculpe d’avoir cree, entre- 
tenu ou aggrave un etat de toxicomanie ? par M. Vervaeck. 531 


SOC1ETES SAVANTES 

Societe de Neurologie de Paris 

Seance du 8 janvier 1931 . g2 

Seance du 5 fevrier 1931 .. 294 

Seance du 5 mars 1931 . 399 

Seance du 16 avril 1931 . 499 

Seance du 7 mai 1931 . 533 

Societe de Medecine Legale de France 

Seance du 8 decembre 1930 ... g4 

Seance du 12 fevrier 1931 . 29g 

Seance du 9 fevrier 1931 .. jg 7 

Seance du 9 mars 1931 . o-,. 























TABLE DES MATIERES 


Pages 

Societe de Medecine Mentale de Belgique 

Seance du 31 janvier 1931 . .. 201 

Seance du 28 feorier 1931 .. 315 

Seance du 28 mars 1931 .-. 402 

Societe Beige de Neurologie 

Seance du 31 janvier 1931 ... 200 

Seance du 23 feorier 1931 ..... 313 

Seance commune de la Societe de Medecine Mentale de Belgique 
et de la Societe Beige de Neurologie 

Reunion du 25 avril 1931 .... 535 

Societe de Psychiatrie et de Neurologie de Barcelone 

Seance du 6 decembre 1930 .. 85 

Seance du 17 janvier 1931 .. 202 

Seance du 14- feorier 1931 .... 316 

Seance du 7 mars 1931 . 403 

Seance solennelle du 21 avril 1931 ... v .-.. 537 

Seance du 25 avril 1931 .... 538 


VAR1ETES 

Academie de Medecine : surmenage scolaire et date des vacances. 336 

« Alienes de guerre ». 560 

Archives suisse de Neurologie et de Psychiatrie... 112 

Asiles publics d’alienes. 110, 222, 335, 443, 559 

Assemblee generate des Internes des Asiles publics d’alienes du departement 

de la Seine. 444 

Attentat contre le Professeur Raviart... 107 

Congres des nfedecins alienistes et neurologistes. 444 

Faculte de Medecine de Paris. 112 

Internements d’alienes etrangers a Paris depuis la guerre. 445 

Necrologie : le professeur Piltz. 224 

Arthur Pichenot—. 336 

Maurice de Fleury. 447 

Nouveau code penal mexicain. 223 

Organisation technique des hopitaux pour malades mentaux. 223 

Societe Medico-Psychologique. 108 

— — — 5 prix... 109 

— — — ; dates des seances.... 222, 334, 443, .559 

— — — ; elections. 222, 334, 559 

— — — ; Prix Trenel. — Encouragement aux etudes 

anatomiques du systeme nerveux. 334 

Voeux concernant l’examen medical des conducteurs devoitures automobiles. 445. 


































TABLE ANALYT1QUE DES MATURES (0 


A 


Abces cerebral d’origine otique (Pi¬ 
quet), 430. 

— du cerveau operes et gueris (Guns), 
537. 

Agora-ciaustrophobie (Miller), 427. 

Alcool et autres poisons du germe 
(G. P. Frets), 545. 

Alexie et paragraphic chez une deli- 
rante (Kyriaco et Pouffary), 257. 

Aliene ; coercition et therapetique (Sie- 
mioukin), 106. 

— (P) et les asiles d’alienesi au point 
de vue administratif et juridique 
(Raynif.r et Beaudouin), 549. 

r— ; nouveau proj et de loi beige 
(Sano), 554. 

Amnesie retrograde (Bednarz), 329. 

Anemie ; paraplegie et syndrome hebe- 
phreno-eatatonique (Petit et Mile 
Martrille), 66 , 131. 

Anesthesie colique chez les desequili- 
bres mentaux (Turel), 441. 

Angiospasmes cerebro-spinaux multi¬ 
ples simulant la sclerose en pla¬ 
ques (Bremer), 200. 

Annexes psychiatriques dans les pri¬ 
sons (Blacque-Belair et Ceillier), 
196, 311. 

Anormaux; defense sociale (Vervaeck), 
554. 

Anxiete simple, obsessive et delirante 
chez les prisonniers (O. Loudet), 
557. 

Aphasie post-traumatique (Torres- 
Ordax), 329. 

Arachnoide ; anatomie pathologique 
(Davis et Haven), 433. 

Armee (P) et les alienes (Pactet), 407. 

Arrieres (enfants) dans les ecoles pu- 
bliques (E. E. Woodill), 94. 

— (heredite des) (Myerson, Elkind, 
Ullian et H. Smith), 94. 

— (histoire de PAssistance des) (Ba¬ 
ker), 102. 

— ; reaction de Wassermann (Bron- 
fenbrenner), 434. 


Aspergillose cerebrale (E. Moniz et 
Loff), 328. 

Assistance mentale en Indo-Chine (Le- 
fevre), 419. 

Atropbie musculaire myelopathique 
(Brodin, Lhermitte et Lehmann)^ 
195. 

Autobemotberapie citratee dans les 
maladies mentales (Mile Ghiarli), 
326'. 

Automatisme verbal. Forme palilali- 
que et echolalique aphone (Roussy 
et Mile G. Levy), 400. 

Aveugles (psychologie des), (M. Grze- 
gorzewska), 426. 


B 


Babinski (signe de) chez l’enfant 
(Tournay), 83. 

Basedow (maladie de); troubles du sys- 
teme pileux et vitiligo (Sainton), 
436. 

— ; traitement chirurgical (Boppe),. 
442. 

Baudelaire (essai medico-psychologi- 
que sur) (Photis Scouras), 212. 

Begaiement (Bluemel), 319. 

Bel-Air (Asile-Clinique) ; organisation 
(Ladame), 324. 

Boltz (reaction de) danS la paralysie 
generale (Valls-Conforto), 435. 


C 


Catatonie experiment ale par la bulbo- 
capnine (de Jong et Baruk), 318. 
Catherine (soeur) (Eugene Ebel), 547. 
Causalgie du median (Alajouanine et 
Mage), 311. 

— (Nathan), 429. 

Cellule nerveuse ; appareil peripheri- 
que (Donaggio), 418. 


(1) Les chiffres en caracteres gras se rapportent aux Memoires originaux, aux Communi¬ 
cations a la Societe Medieo-Psychologique et aux Rapports du Congres des Alienistes 
et Neurologistes. 



TABLE ANALYTIQUE DES MATIERES 


Cerebello-pyramidal (syndrome), 536. 

Cesalpin (Derolle), 213. 

Chanvre Indien (intoxication par Ie) 
(Dhunjibhoy) , 95. 

Chauffeurs et conducteurs ; controle 
medical (Caseneuve et Tanon), 427. 

-; aptitude physique (Wee- 

eers), 427. 

Chiron (le R. P.), bienfaiteur des alie- 
nes au xix e siecle) (abbe Gaudon), 
216. 

Choree de Sydenham ; formes anato- 
miques (Van Gehuchten), 309. 

Choreo-athetose regressive (Van Ge¬ 
huchten), 5oo. 

Chronaxie des muscles de la face avec 
troubles de la mimique (Bourgui- 
GNON et d’HEUCQUEVILLE), 396, 461. 

Cocainisme et homosexualite (Nelken), 
558'. 

Cochleaires (reflexes) ; valeur semeio- 
logique (Helsmoortel jr. et Nyssen), 
431. 

Ccenesthesique {delire) (Mallet et 
Male), 272 ; (Mallet et Gouriou), 

521. 

Ccenesthopathie (pseudo-) ; algie pyor- 
rheique anxiogene (Gouriou et Mon- 
dain), 524. 

Coma par lesion cerebrale ; flexion 
reflexe de .a jambe par flexion de 
la tete (Courtois), 506. 

Comitial (etat de mal) (R. de Mon- 
taud), 97. 

Confusion mentale par azotemie (Ba- 
lado), 425. 

Couche optique ; fonctions ^’Hollan¬ 
der), 419. 

Crane (blesses du) ; syndrome subjec¬ 
ts (Poymes et Liegeois), 402'. 

Criminalite mystique (Costedoat), 332. 


D 


Deficience mentale (rapport sur la) 
dans le Massachusetts {N. A. Day- 
ton), 323. 

-<stiigmates de degenerescence 

dans la) (Burke), 327. 

Delinquance et phrenasthenie (Alzina- 
Melis), 329. 

Relire aigu choreiforme. Lesions des 
cellules des ganglions centraux (Tre- 
nel), 280. 

Belirium tremens alcoolique (modifica¬ 
tions du sang dans le) (Toulouse, 
Courtois et Mile Russell), 124, 154. 

Remence (psvchologie de la) (Wiers- 
ma), 96. 

Remence precoce (syndrome de) conse- 
cntif a une fievre typbo'ide avec 
delire (Toulouse, Courtois et Ru- 
benovitch), 146. 

Ann. Med.-Psych., 13 e serie. Tables du 


-; troubles cerebelleux (Titeca), 

315. 

— — ; etiologie (Jagoe-Shard), 423. 

-; recurrentotherapie (Sicco, Ca- 

ceres et Fascioli), 440. 

Remorphinisation ; nouvelles methodes 
• (Christen), 417. 

Rengue (psychcse onirique apres la) 
(Roubinovitch, Mignon, Leullier et 
Picard), 62. 

Reveloppement mental (retard du) asso- 
cie a la restriction motrice (Hill et 
B. Robinson), 425. 

Rielectrolyse transcerebrale et indice ‘ 
oscillometrique (Bourguignon), 534. 

Rouleur (la) ; ses mecanismes de pro¬ 
duction ; voies de la sensibilite dou- 
loureuse (Leriche), 217. 

— nrovoquee ; criteres circulatoires 
(Cornil et Ch. Thomas), 331. 

Rysostose cranio-faciale (Laignel-La- 
vastine et Boquien), 194. 

Rystonie des muscles dorsaux chez 
un parkinsonien post-encephalitique 
(Lhermitte et Albesard), 194. 


£ 


Electro-radiologiques (diagnostic et tbe- 
rapeutique) des maladies du syste- 
me nerveux (Zimmern et Chavany), 
549. 

Emotion pathologique ; attenuation 
de culpabilite (Nerio Rojas), 557. 

Encephale ; systeme reticulo-endothe- 
lial (Bratiano et Llombart), 99. 

.— (diagnostic psychologique des le¬ 
sions de 1’) (Dide), 533. 

Encephalite psychosique aigue au 
cours d’un erysipele (Toulouse, 
Marchand et Courtois), 149. 

— periaxiale diffuse, maladie de Scbil- 
der (L. Ciampi, Foz et Cid), 219. 

— aigue azotemique ; delire hallu- 
cinatoire consecutif (Courtois et Ma- 
res.chal), 472. 

— psychosique ; 2 cas (Capgras, Mar¬ 
chand et Vie), 515. 

Encephalite epidemique peripherique 
(Nayrac et Breton), 418. 

-; reactivation (Rodriguez-Arias), 

405. 

Encephalite lethargique ; syndromes 
mentaux post-encephalitiques (H. 
Steck), 204. 

-; importance des troubles post- 

encephalitiques pour la pathogenie 
des psychoses (de Morsier), 206. 

-et syndromes schizophreniques 

(Pfersdorf), 206. 

-; medecine legale (W. Maier), 

207. 

T. I, 1931. b. 



10 


ANNEE 1931. 


TABLES DU TOME I 


—— ; formes nouvelles ; sequelles 
neurologiques (Brunschweiler), 208. 

-; hysterie et pithiatisme (L. van 

Bogaert), 208. 

-; sequelles (L. Ciampi et Crespo), 

219. 

Encephalographie dans la meningite 
infectieuse (Sarro et Soriano), 404. 

Encephalomyelite disseminee aigue 
(Delbeke et van Bogaert), 313 ; (Ley 
et van Bogaert), 314 ; (Dagnelie), 
314. 

Enfants anormaux (le terrain tuber- 
culeux cbiez les) (Vermeylen), 416. 

Epilepsie climaterique (Sanchis-Banus), 
97. 

— jacksonienne (Gotor), 97. 

— ; heredite (Lopez-Aydillo) , 98. 

— ; histopathologie (Rodriguez-Somo- 
za), 100. 

—• (perturbations de l’equilibre acido- 
basique dans 1’) (Torres-Lopez), 
101. 

— ; quotient hemo-rachidien du cal¬ 
cium (Prados-Such et Santos-Gu- 
TIERREZ), 101. 

— ; proteines dans le liquide cephalo- 
rachidien ; methode de Kafka-Sam- 
son (Sacristan et Salas), 101. 

— ; pathogenie et traitement (Valle- 
jo-Kagera), 105. 

— (mouvements incoordonnes dans l 5 ) 
(Beith-Robb) , 219. 

— ; crises repetees arretees par le se¬ 
rum bromure hypertonique intra- 
veineux (Desruelles et Mile Chiar- 
li), 306. 

— ; physiopathologie de la crise (Dar- 
der), 328. 

— et menstruation (Soitques), 436. 

— ; therapeutique (Etchepare), 442. 

— (deshydratation dans le traitement 
de l 5 ) (Hartenberg) , 442. 

Epileptiforme (syndrome) d’origine psy¬ 
chogene (de Busscher), 313. 

Epileptoide (constitution) ; importan¬ 
ce clinique ; depistage chez l’enfant 
(G. Robin), 180. 

— : rapports avec Tepilepsie essen- 
tielle (Mme Minkowska), 291. 

Epiphyse (kyste de 1’) (Handley), 102. 

Exhibitionnisme conscient sans carac- 
tere erotique (X. Abely et Mile Tru- 
che), 141. 

— (Oliviers), 402. 


F 


Fer contenu dans le cerveau (Her¬ 
nandez), 434. 

Folie (la) et la guerre de 1914-1918 
(Rodiet et Fribourg-Blanc), 210. 
— imposee (Neves-Manta), 320. 


Folies simultanees (H. Claude, Migault - 
et Lacan), 483. 

Fugue pathologique (Divry), 402. 


G 


Gravidite et paralysie generale ; trai¬ 
tement malarique (Leroy, Meedako- 
vitch et Masquin), 24. 

Gynecologiques (affections) et trou¬ 
bles mentaux (Keyes), 95. 


H 


Hallucinatoire (syndrome) post-ence- 
phalitique (R. Dupouy et Pichard)^ 
476. 

Hallucinose pedonculaire (Lhermitte 
et Mile G. Levy), 309. 

Heine-Medin (maladie de), sequelles 
psychiques (Courtois et Marchand), 
67. 

Hemiplegie cerebelleuse avec clonies 
rythmiques (iChavany et Worms), 
82. 

— gauche avec aphasie chez un droi- 
tier. Explication par la chronaxie 
(Bourguignon), 534. 

Hermaphrodites (pseudo-) ; situation 
legale (V. Dedfino),‘558. 

Homceopathiques (les polychrestes) (Te- 
tau), 216. 

Hydrocephalie interne (Renard), 201. 

— ; spirochetose ludtique cerebrale'; 
syphilis cutanee chez la mere (Sier¬ 
ra), 433. 

Hygiene mentale et enseignement de 
la psychiatrie (Pittaluga), 220. 

- et Criminologie (Alexander), 

221 . 

--. Congres International de Wa¬ 
shington (Lord), 437. 

Hypertonie parkinsonienne et reac¬ 
tions pharmacodynamiques (Fro- 
ment), 534. 

Hypnotisme (E. Pascal), 212. 

Hypocondrie et constitution hypocon- 
driaque (Abadie), 91. 

— et pathologie de desceuvrement 
(Courbon), 300, 337. 

— et constitution paranoi'aque (A. 
Delmas), 526. 

Hyp omanie consecutlye a une confu¬ 
sion mentale post-traumatique (P. 
Courbon), 478. 

Hypophysaire (tumeurs de la region).; 
resultats operatoires (Cl. Vincent), 
83. 

— (extrait anterieur) dans Pimpiiis- 
sance chez l’homme (Schiff), 388. 




TABLE ANALYTIQUE DES MATIERES 


11 


—I (hormone) anterieure dans le sang 
et Purine (Beclere), 401. 

-— : (tumeur) operee (de Martel et 
Guillaume), 533. 

Mypophyse dans l’etiologie des varices 
(Gaugier), 436. 

Hysterie (introduction a Fetude de F) 
(K. Wilson), 218. 


Idiotie amaurotique familiale (Rodri- 
guez-Arias, Pons-Balmes et Junco- 

_ sa), 85. 

— ; malformation cerebrale rare (Bor- 
da), 433. 

Impaludation dans Fepilepsie (Valle- 
jo-Nagera et Gonzales-Pinto), 106. 

Impotence psycho-sexuelle feminine 
et prurit vulvaire (Sarro et Puig- 
Roig), 317. 

Infections (traitement par les) en psy¬ 
chiatric (Escardo), 103. 

Inspection des Services d’Alienes dans 
le Massachusetts (Vernon Briggs), 
89, 90. 

Insuline et parkinsonisme (M. Duval), 
326. 

Inversion sexuelle a la formation et 
a la determination des sexes (H. 
Allaix), 212. 

Isothermoesthesie d’origine specifique 

(Laignel-Lavastine) , 83. 


J 


Judiciaire (intervention) dans le pla¬ 
cement des alienes, 388 ; (X et P. 
Arely), 58. ; Raynier, 168. 

Ju'gulaire interne (ligature unilaterale 
de la) ; lesions encephaliques (De- 
chaume, Cryssel et Douillet), 432. 

Juifs (predominance des maladies 
mentales chez les) (Malzberg), 421. 


K 


Kalmidor (intoxication periodique par 
le) (R. Leroy et Pottier), 30. 

Sleptomanie ; cas suspect (A. Leroy), 
557. 

Slippel-Feil (syndrome de) avec qua- 
driplegie spasmodique (Guillain et 
Mollaret), 195. 

Syste epidermoide intra-dural (Fores- 
tier, Haguenau et Petit-Dutaillis), 
401. 


L 

Liquide cephalo-rachidien chez les sy- 
philitiques (Sezary), 434. 

-dans Pencephalite epidemique 

chronique (Patricia et Steen), 434. 

-(le calcium dans le) (Bruno), 

434. 

-; test de Boltz (G. Thomas), 

100 . 

-; circulation dans les psycho¬ 
ses (H. Steck), 100. 


M 

Magnesium (Hyposulfite de) en thera- 
peutique psychiatrique (P. Combe- 
male et Cappelle), 417. 

Malaria ; syndrome cerebelleux ; gue- 
rison par le Quinetum (Bart et 
Marie Briese), 105. 

Malariatherapie de la paralysie gene- 
rale chez la femme enceinte (R. 
Leroy, Medakovitch et Masquin), 24. 

— et grossesse (Pouffary), 252. 

— ; statistique (Capgras et Fail), 375. 

— (Pachevo e Silva), 440. 

— dans la neurosyphilis (Salcedo- 
Cabal), 440. 

Maniaques (etats) depressifs ; pronos- 
tic de chronicite (Bouyer et Reboul- 
Lachaux), 416. 

— (syndromes) ; association de mots 
provoques (de Angelis), 424. 

Medullaire (compression) par disque 
intervertebral (Grouzon, Petit-Du¬ 
taillis et Christophe), 534. 

Melancolie ; psoriasis ; terrain biolo- 
gique (L. Asorey), 101. 

— et vitiligo (Parhon, Ballif et N. 
Lavrenenco), 102. 

Meningiome du tuberculum sellse (CL 
Vincent, Puech et David), 310. 

— de la faux en bouton de chemise 
(Gl. Vincent, David et Puech), 401. 

Metabolisme et fonctions des cellules 

(Genevois), 544. 

Microglie ; structure normale et pa- 
thologique (Marinesco), 98. 

— ; recherches experimentales (Bazgan 
et Enachescu), 99. 

Microscopiques (demonstration de pre¬ 
parations) (Ley), 202. 

Mongolisme ; traitement (Timme), 106. 

Morphinomanie ; nouveau traitement 

. (Sahel), 441. 

Myoclonie-epilepsie (de Greef), 535. 


N 

Neurophagie ; donnees nouvelles (Ma¬ 
rinesco), 431. 

Neurosyphilis (Rodriguez-Arias et Jun- 
COSa), 316. 



12 


ANNEE 1931. — TABLES DU TOME I 


Nevrites et nevralgies apoplectiformes 
(Tinel), 428'. 

Novocaine-Formaline (reaction) de 
Costa (Madia) , 435. 

Nystagmus du voile avec myoclonies 
cervicales synchrones (Lhermitte, 
Miles G. Levy et M. Parturier), 400. 

— du voile (Guillain et Mollaret), 
534. 


(E 


(Edeme nerveux (Vilato), 98. 


0 


Ophtalmoplegie (Moldaver), 313. 
Organisation psychiatrique en Ameri- 
que (Petrie), 220. 

Osteome dure-merien ; mort rapide 
(Coliez et Fauquez), 84. 


P 


Paracatarrhal (syndrome) (Graves), 95. 
Paralysie unilaterale globale des nerfs 
craniens (Pagniez et Plichet) , 400. 
— post-serotherapique (Lhermitte et 
Haguenau), 311. 

Paralysie generate ; regression apres 
torsion sigmoidienne (Courbon et 
Mondain), 42. 

-a debut epileptique ; fusion des 

2 lobes frontaux (Mac Dowell), 219. 
—i—i chez un trepane ; acces mania- 
ques (Wahl), 289. 

—•— ; spirochetes dans le cerveau 
(d’HOLLANDER), 315. 

-strife (W. Piris) , 328. 

-; etiologie (Power), 328, 

-; medecine legale actuelle (Alex¬ 
ander et Nyssen), 330. 

-—— ; variations de poids (R. Leroy, 
Medakovitch et Masquin), 358. 

—!—‘ ; mesure de l’intelligence avant 
et apres malarisation (Vermeylen), 
416. 

-(les meningites bacteriennes ai- 

gues dans la) (P. Guiraud et Caron), 

500. 

- infantile (Rovroy), 535. 

-; mesures de protection legale 

dans les remissions par l’impaluda- 
tion (A. Leroy), 558. 

Paranoiaque (constitution) et Crimi- 
nalite (O. Loudet), 557. 

Parano'ide (psychose d’involution de 
type) (Barrancos), 423. 


— (psychose); troubles du langage (H. 
Claude, P. Bourgeois et P. Mas- 
quin), 490. 

Paraphrenie (Rodriguez-Arias, Capo 
et Juncosa), 316. 

Paraplegie periodique des nerfs III et 
VI (Garcin et Dollfus), 401. 

Parkinsoniens ; phenomene de la pous- 
see (Thevenard), 429. 

— (syndromes) par intoxication sulfo- 
carbonee (Negro), 429. 

Passionnels (crimes) (Levy-Valensi)» 
528. 

Pathogenie des affections mentales 
(Hamel), 1. 

Pedagogique (psychologie) (Rutmann) v 
215. 

Pendulaires (reflexes) et lesions cere- 
belleuses (A. Thomas), 83, 

Perseveration dans la folie epileptique 
(Ewen), 424. 

pH urinaire dans le diagnostic des 
etats de depression (Laignel-Lavas- 
tine. Rogues de Fursac et G, 
d’HEUCQUEVILLE), 179, 345. 

Physiologie actuelle du systeme ner¬ 
veux (Bellido), 537. 

Physiotherapie et travail dans les ma¬ 
ladies mentales (Davis), 439. 

Pilocarpine (chlorhydrate de) contre la 
constipation opiniatre des alienes. 
(Desruelles et Mile A. Chiarli) , 307.. 

Pinel (devanciers et successeurs de) 
(Semelaigne), 87. 

Pituitaire (glande) ; excretion dans le 
sang et le liquide cephalo-rachidien 
(R. Collin), 100. 

Porencephalie (Ley), 201. 

Prejuges contre la psychiatrie (Behn- 
Eschenburg), 96. 

— (lutte contre les) (Steck), 103. 

Presenile (syndrome dementiel) avee 

echolalie. Parente avec les syndro¬ 
mes pseudo-bulbaire et catatonique 
(Guiraud et Caron), 160. 

Prevention generale et speciale (Kin- 

— BERG*), 566. 

Profil psychologique de quelques alie- 
nes (Vera Kovarsky), 246. 

Prophylaxie mentale (Toulouse), 219, 

220 . 

Prostituees et Prostitution (Vidoni), 
323. 

Protection de l’aliene (Kinberg), 221. 

Prurit (physiopathologie du) (Marga- 
rot), 218. 

Psychanalyse des reves dans les ne- 
vroses (Thenon), 96. 

— ; maladie mentale et Societe (Blum), 
96. 

Psychasthenie et troubles endocri- 
niens (M. Briese), 102. 

Psychiatrie (A. Barbe), 545. 


TABLE ANALTTIQUE DES MATIERES 


13 


Psychiatrie americaine (Mapother et 
Petrie), 421. 

—v— ; orientation infantile (Roubi- 
novitch), 437. 

Psycho-galvanique (reflexe) (Ciampi et 
Alberti), 426. 

Psycho-hygiene du psyehiatre (Mira), 
404. 

Psychologie de l’art (Patenci), 426. 

— adlerienne (O. Brachfeld), 538'. 

Psycho-moteurs (troubles) d’origine ce¬ 
rebrate (Claude et Baruk), 327. 

Psychonevroses ; traitement (Bennet), 
440. 

Psychopathie et tuberculose (Toulou¬ 
se), 93. 

Psychopathologie et instinct de com- 
munaute (Nicole), 421. 

— des reactions hysteriques (L. Taus¬ 
sig), 552. 

Psycho-polynevrites alcooliques; evo¬ 
lution (Negre), 319. 

Psychose polynevritique ; guerison de 
la polynevrite ; evolution demen- 
tielle (Marchand), 39. 

Psychoses aigues graves ; therapeuti- 
que (Steck), 103. 

— periodiques tardives (R. Anglade), 
408. 

Psychotherapie des psychoses, 438'. 

— d’une psychose a syndromes su¬ 
perposes (Gilles), 439. 

Pyretotherapie dans la demence para- 
lytique (Eddison), 104. 


R 


Reflexe sympathique circonscrit (Andre 
Thomas), 195. 

Reflexes sensorio-affectifs et repercus- 
sivite motrice (Andre Thomas), 195. 

Reflexotherapie nasale (SchcengRun), 
440. 

Renression mentale (Paul Sollier), 
214. 

Responsabilite (le concept de la) dans 
le systeme penal (Kinberg), 217. 

Rire incoercible chez un debile mental 
(Rodiet et Couderc), 302. 

— et pleurer spasmodique et sclerose 
laterale (Alajouanine) , 534. 

Roentgen (action des rayons) sur les 
signes dTiypertension intra-cranienne 
(Beclere), 82. 


S 


Schizophasie (Teulie), 113, 225. 
Schizophrenic et tumeur cerebrale 
(Claude et Baruk), 11. 

— ; symptomes primaires et secon- 
daires (Bleuler), 92. 


—r; mecanismes de guerison (Mul¬ 
ler), 93. 

— ; diagnostic (van der Scheer), 422. 

— ; clinique (Rumke), 422. 

— ; hereuite (Stuurman), 422 ; (Hut- 
ter), 423. 

— ; psychologie (van der Hoop), 425. 

— ; reintegration affective (Zilboorg), 
427. 

—. ; anatomie pathologique (Bouman), 
432. 

Sclerose tubereuse a forme familiale 
et hereditaire (Kcenen), 418. 

Sclerose en plaques et zona (Alajoua- 
nine et Bernard), 83. 

-• ; aspect special de la main 

(Alajouanine et Akerman), 310. 

-disseminee*; expertise medi- 

co-legale (Piotrowski), 330. 

-; bacteriologie (Mollaret), 

402. 

-atypique (Rodriguez-Arias), 

538. 

Senilite et intervalles lucides (A. 
Raitzin), 331. 

Sensibilisation (psychoses de). Allergie 
mentale (C. Pascal et Andree Des- 
champs), 449. 

Serotherapie antitetanique ; accidents 
graves (Bourguignon), 311. 

Service social ; soins de la convales¬ 
cence dans les maladies mentales 
(Lord), 437. 

—-— (ecole pour le) psychiatrique 
(Brown), 438. 

Simulation (fausse) en medecine legale 
psychiatrique (F ribourg-Blanc) , 413. 

— et fausse simulation dans les mi¬ 
lieux maritimes (Darleguy), 420. 

Societe Medico-Psychologique ; bureau 
pour 1931, 21. 

-; liste des membres, 21. 

-; liste des Presidents et des 

Secretaires generaux depuis la fon- 
dation, 23. 

-— ; prix, 51. 

' —-- ; dates des seances, 52. 

-; cotisation, 52. 

-; commission des finances, 53. 

-; prix Trenel, 287. 

-; subvention du Conseil mu¬ 
nicipal de Paris, 386. 

-- ; necrologie : Maurice de 

Fleury, 383. Raffegeau, 511. 

Nominations. — Honorariat r 
Seglas, 51. 

Membres titulaires : P. Abe- 
ly, CeilLier, Vinchon, Co- 
det, H. Baruk, Borel, Bu- 
vat. Collet, Hartenberg, 
Mme Thuillier - Landry, 
Targowla, Peron, Pierre 
Kahn, 55. 

Bonhomme, Gouriou, 387. 



14 


ANNEE 1931. 


TABLES DU TOME I 


Membres correspondants na- 
naux : Barre, Chartier, 

CORNIL, COURTOIS, DADAY, 

Dumolard, Gonnet, Hyvert, 
Jude, Mace de Lepinay, 
Martin-Sisteron, Meignant, 
Rouge an, 51. 

Desruelles, 55. 

Fr. Adam, P. Delmas, Gou- 
riou, J. Hamel, Lamache, 
Villey-Desmeserets, 168'. 
Grimrert, 288. 

Bauer, Calmettes, Delmas- 
Marsalet, Labuchelle, Fol¬ 
ly, 387. 

R. Anglade, Ernst, Perrus- 
sel, 514. 

Membres associes etrangers : 
Armstrong Jones, Pierce 
Bedford, Conos, d’HoLLAN- 
DER, LADAME, MedAKOVITCH, 

Parhon, Paulian, 51. 

F. Gorriti, L. V. Lopez, H. M. 

Pinero, R. Weber, 167. 
Bahia junior, de Bellefeuil- 
le, Desloges, Rossi, Roy, 
Sicco, Triantaphyllos, Ure- 
chia, 2'86. 

Brutsaert, M. Lemos, Pitu- 
lesco, Vianna; 385. 
Wagner-Jauregg, 386. 

ALvarez G. Salazar, M. Camp¬ 
bell, 0. Fontecilla, A. 
Greene, 0. Kinberg, M. 
Kline, Mazhar-Osman, J. 
Rosanoff, 512. 

Donaggio, 513. 

Membres titulaires non resi- 
dants : Abadie, Ameline, D. 
Anglade, Aubry, J. Baruk, 
Ch. Blondel, P. Combemale, 
CuLLERRE, DANJEAN, Des- 
RUELLES, DlDE, EuZIERE,' 
Guichard, Halberstadt, J. 
Hamel, Hesnard, Lagriffe, 
Lauzier, J. Lupine, Nayrac, 
M. Olivier, Pasturel, Po- 
rot, Raviart, Rayneau, 
Robert, Rougean, Ach. San- 
TENOISE, VlEUX, WAHL, 514. 
Sommeil (le) (Lhermitte), 540. 

Spasme de torsion (RodrIguez-Arias et 
Capo), 203. 

-; hallucinations pedonculaires 

associees (Lhermitte et G. Levy), 
533. 

Spasmophilie ; malformations dentai- 
res (Pardo-Urdapilleta), 436. 
Sterilisation eugenique (Schiff et Ma- 
reschal), 71. 

— des degeneres (Ley), 403. 

— sexuelle ; prophylaxie de la defi- 
cience mentale (Robie), 438. 

Stovarsol dans la paralysie generale 
(Mile Deschamps), 262. 


Strio-hypothalamique (systeme) ; his¬ 
tologic (Jakob), 432. 

Strychnine dans les delires alcooliques 
(Pagniez et Chaton), 441. 

Stupefiants ; limitation de la fabrica¬ 
tion (Crane), 438. 

Stupeur, syndrome parkinsonien (Obar- 
rio), 424. 

Suicide aceidentel ; anomalies du sens 
genital (Chavigny), 79. 

— ; causes (Halbwachs), 320. 

— chez les debiles et les desequilibres 
dans I’armee (Fribourg-Blanc et 
Scouras), 531. 

Syndromes paralytiques et pseudo- 
paralytiques (Pons-Balmes), 202. 

Synostose radio-cubitale associee (Lher¬ 
mitte, Nemours, A. et M. Parturier), 
195. 

Syphilis nerveuse ; diagnostic difficile 

(RodR iGUEZ- Arias), 85. 

—' tertiaire chez les paralytiques ge- 
neraux impaludes (Guiraud et Ca¬ 
ron), 155. 

— congenitale ; diagnostic clinique 
(Stewart), 431. 

Syringomyelie et traumatisme (Lai- 
gnei.-Lavastine et Miget), 84. 


T 


Tabes et troubles psychiques (Jasiens- 
ki), 319 ; (Larrive et Jasienski), 425. 

Tests mentaux ; epreuve de la penali- 
te des delits (Fuster), 86 . 

— de suggestion et dissociation chez 
les debiles (Saxty Good), 94. 

Tetanie au cours du syndrome de 
Basedow (Parhon, H. et M. Dere- 
vici), 102. 

Tetanos ; traitement par la serothe- 
rapie sous anesthesie generale (Le 
ClercI, 442. 

Tonodynamique (signe) des doigts et 
signe de Babinski (Pailhas), 419. 

Toxicomanes ; situation penale et ci¬ 
vile (R. Agrelo), 331. 

— ; point de vue medico-legal ; res- 
ponsabilite du medecin (Vervaeck), 
531. 

Toxi-infections communes et psycho¬ 
pathies (Bosch et Mo), 425. 

Traitement des malades nerveux et 
mentaux (Morgentiialer et Forel), 
325. 

Travail des detenus ; nouvelle legis¬ 
lation (G. de Grecchio), 332. 

Tremblements post-traumatiques et 
syndromes rubro-hypothalamiques 
(Faure-Beaulieu et Cord), 310. 

Tubercules de la protuberance et du 
cervelet (Christophe et Mile Baum- 
berger), 311. 



TABLE ANALYTIQUE DES MATIEKES 


15 


Tnberculaux ; responsabilite penale 
diminuee (B. Wassileff), 420. 

Tumeur de la region sellaire (de Mar¬ 
tel, Oberling et Guillaume), 194. 

— du lobe frontal (van Gehuchten), 

200 . 

-— des ventricules lateraux (van 
Gehuchten), 201. 

— de la zone motriee cerebrale (Ro- 
drIguez-Arias et Juncosa), 403. 

— du IV e ventricule operee (Gl. Vin¬ 
cent, Puech et David), 533. 

Tumeur cerebrale et schizophrenic 
(Claude et Baruk), 11. 

-; syndromes epileptique et par- 

kinsonien (Tinel et Baruk), 145. 

-et troubles du courant de la 

pensee (Tinel et Baruk), 234. 

— — ; syndrome epileptique et hemi- 
parkinson (Tinel et Baruk), 310. 

-; methodes de diagnostic (Cossa), 

328. 

-- (Pages), 430. 

-< ; contribution clinique (Anto- 

nini), 430. 

-(Morelle), 536. 

Tumeurs de la fosse posterieure du 
crane (Subirana), 202. 

-— intramedullaires (N. Peron), 412. 

— intra et extramedullaires; diagnos¬ 
tic differentiel (Beriel et Kapsalas), 
417, 418. 

— des hemispheres cerebelleux ; dys- 
harmonie vestibulaire et retourne- 
ment du nystagmus (Barre et 
Klein), 402. 


— de la base du crane ; paralysies 
multiples des nerfs craniens (Gar- 
cin), 428. 


V 


Vago-sympathique (desequilibre) dans 
les etats emotifs et anxieux (Dan- 
CENIS), 211. 

Vegetative (variations de Fexcitabilite) 
(Leschke), 435. 

Villiers de l’lsle Adam ; essai psycho- 
pathologique {Cl. Testu), 546. 

Viol (de Block), 315. 


W 


Whipple (methode de) dans le syndro¬ 
me hebephreno-catatonique (Petit 
et Mile Martrille), 66. 

Wilson (maladie de) (van Gehuchten), 
536. 


Z 


Zona et sclerose en plaques (Alajoua- 
nine et Bernard), 83. 



TABLE ALPHABfiTIQUE DES NOMS 
D’AUTEURS (•) 


A 

Abadie. Hypocondrie et constitution 
hypocondriaque, 91. 

Abely (Paul). V. Abely (Xavier). 

Abely (Xavier) et Abely (Paul). Inter¬ 
vention judiciaire dans le place¬ 
ment des alienes, 58. 

—. Rapport de la Commission ,sur 
Fintervention judiciaire dans le 
placement des alienes, 388. 

— et Mile Truche, Exibitionnisme 
conscient sans earactere erotique, 
141. 

—•. Discussion, 145, 177. 

Agrelo. Situation penale et civile des 
toxicomanes, 331. 

Akerman. V. Alajouanine. 

Alajouanine et Bernard. Sclerose en 
plaques et zona, 83. 

—• et Akerman. Sclerose en plaques ; 
aspect special de la main, 310. 

— et Mage. Gausalgie du median, 311. 

—. Rire et pleurer spasmodique et 

sclerose laterale, 534. 

Albesard. V. Lhermitte. 

Alexander. Hygiene mentale et crimi- 
nologie, 221. 

—■ et Nyssen. La medecine legale de 
la paralysie generale, 330. 

Allaix. Inversion sexuelle a la forma¬ 
tion et a la determination des 
sexes, 212. 

Alzina-Melis, Delinquance et phre- 
nasthenie, 329. 

Angelis (de). Associations des mots 
provoques dans les syndromes ma- 
niaques, 424. 

Anglade (D.). Discussion, &2. 


Anglade (R.). Psychoses periodiques 
tardives, 408. 

Antonini. Contribution clinique a 
F etude des tumeurs cerebrales, 430. 

Asorey. Terrain biologique dans les 
etats melancoliques et le vitiligo, 
101 . 


B 


Babonneix. Encephalite postvaccinale, 
327. 

Baker (B. W.). Histoire de l’assistance 
des arrieres, 102. 

Balado. Confusion mentale par azote- 
mie, 425. 

Ballif. V. Parhon. 

Barbe. Psychiatric, 545. 

Barrancos. Psychose d’involution de 
type parano'ide, 423. 

Barre et Klein. Dysharmonie vesti- 
bulaire et retournement du nystag¬ 
mus dans les tumeurs des hemis¬ 
pheres cerebelleux, 402. 

Bart et Marie Briese. Syndrome cere¬ 
belleux d’origine malarique gueri 
par le Quinetum, 105. 

Baruk. V. Claude. 

—. V. Tinel. 

—. Discussion, 16'4, 189. 

—. V. de Jong. 

Baumberger (Mile). V. Christophe. 

Bazgan et Enachescu. Recherches ex- 
perimentales sur la microglie, 99. 

Beaudouin. V. Raynier. 

Beclere. Rayons Roentgen dans l’hy- 
pertension intracranienne, 82. 


(1) Les indications en chiffres gras se rapportent aux Memoires originaux, aux Communi¬ 
cations a la Societe Medico-Psychologique et aux Rapports du Congres des Alienistes 
et Neurologistes. 

Le mot discussion apres un nom d’auteur reporte aux interventions qui suivent les 
communications a la Societe Medico-Psychologique. 


TABLE ALPHABETIQUE DES NOMS B’AUTEURS 


—. Hormones dn lobe anterieur de 
Phypophyse dans le sang et Purine, 
401. 

Bednarz. Amnesie retrograde, 329. 

Behn-Eschenburg. Considerations psy- 
chanalytiques sur la genese des 
prejuges contre la psychiatrie, 96. 

Beith-Robb. Mouvement incoordonne 
dans Pepilepsie, 219. 

Bellido. Quelques caracteristiques de 
la physiologie actuelle du systeme 
nerveux, 537. 

Bennet. Le traitement dans les psy- 
chonevroses, 440. 

Beriel et Kapsalas. Diagnostic diffe¬ 
rential entre tUmeurs intra et extra- 
medullaires, 417, 418. 

Bernard. V. Alajouanine. 

Blacque-Belair et Ceillier. Projet de 
creation d’annexes psychiatriques 
dans les prisons, 196, 311. 

Bleuler, Symptomes primaires et se- 
condaires de la schizophrenic, 92. 

Bloch (de). Viol, 315. 

Blondel (Ch.). Discussion, 498. 

Bluemel. Aspects mentaux du begaie- 
ment, 319. 

Blum. Maladie mentale et Societe. 
Considerations psychanalytiques, 96. 

Bogaert (L. van). Probleme doctrinal 
remis en question par l’encephalite 
lethargique: hysterie et pithiatisme, 
208. 

—. V. Delbeke. 

—. V. Ley. 

Boppe. Traitement chirurgical de la 
maladie de Basedow, 442'. 

Boquien. V. l^aignel-Laoastine. 

Borda. Malformation cerebrale rare 
chez un idiot, 433. 

Bosch et Mo, Toxi-infections commu¬ 
nes et psychopathies, 424. 

Bouman. Anatomie pathologique du 
systeme nerveux central dans la 
schizophrenic, 432. 

Bourgeois. V. Claude. 

-—. Discussion, 499. 

Bourguignon. Accidents de la sero- 
therapie antitetanique, 311. 

et d’HEucQUEViLLE. Catatonie ; 
troubles de Pexpression miinique et 
chronaxie des muscles de la face, 
396, 461. 

—. Discussion, 398, 399. 

—. Dielectrolyse transcerebrale et in¬ 
dice oscillometrique, 534. 

—. Hemiplegie gauche avec aphasie 
chez un droitier. Explication par la 
chronaxie, 534. 

Bouyer et Reboul-Lachaux. Pronostic 
de ehronicite des etats maniaques 
depressifs, 416. 

Brachfeld. Psychologie adlerienne, 
538. 


Bratiano et Llombart. Systeme reti- 
culo-endothelial local de l’encephale, 
99. 

Bremer. Angiospasmes cerebro-spinaux 
multiples simulant la sclerose en 
plaques, 200. 

Briese (Marie). Un cas de psychastenie, 

102 . 

—. V. Bart. 

Briggs (Vernon). Inspection des alienes 
dans le Massachusetts, 89, 90. 

Briner. Evolution de la paralysie ge- 
nerale avec ou sans pyretotherapie, 
104. 

Brodin, Lhermitte et Lehmann. Atro- 
phie musculaire mvelopathique, 195. 

Bronfenbrenner. La reaction de Was- 
sermann chez les arrieres, 434. 

Brown. Ecole pour le service social 
psychiatrique, 438. 

Bruno, Le calcium dans le liquide 
cephalo-rachidien, 434. 

Brunschweiler. Formes nouvelles et 
sequelles neurologiques de l’ence¬ 
phalite lethargique, 208. 

Burke. Stigmate de degenerescence, 
327. 

Busscher (de). Syndrome epileptifor- 
me d’origine psychosique, 313. 


G 


Caceres. V. Sicco. 

Capgras. Allocution, 47. 

—• et Fail, Statistique d’une annee de 
malariatherapie, 375. 

—, Marchand et Vie. Deux cas d’en- 
cephalite psj^chosique, 515. 

Capo. V. Rodriguez-Arias. 

Gappelle. V. Combemale. 

Caron, V. Guiraud. 

Caseneuve et Tanon. Controle medical 
des chauffeurs et conducteurs, 427. 

Ceillier. V. Blacque-Belair. 

Gharpentier (Rene). Discussion, 271, 
301, 395, 396, 482. 

Chaton. V. Pagniez. 

Ghavany et Worms, Hemiplegie cere- 
belleuse avec clonies rythmiques, 82. 

—•. V. Zimmern. 

Chavigny. Suicide accidentel. Anoma¬ 
lies du sens genital, 79. 

Chiarli (Mile Agnes). V. Desruelles. 

—, Autohemotherapie citratee dans 
les maladies mentales, 326. 

Christin. Nouvelles methodes de de- 
morphinisation, 417. 

Christophe et Mile Baumberger. T,u- 
bercules de la protuberance et du 
cervelet, 311. 

—. V. Crouzon. 



18 


ANNEE 1931. 


TABLES DU TOME I 


Ciampi et Crespo. Sequelles de l’ence- 
phaiite lethargique, 219. 

—, Foz et Gid. Encephalite periaxiale 
diffuse, nialadie de Schilder, 219. 

— et Alberti. Reflexe psycho-galva- 
nique, 426. 

Cid. V, Ciampi. 

Claude (H.) et Baruk (H.). Sehizo- 
pnrenie et tumeur cerebrale, 11. 

—. Discussion, 42, 46, 62, 145, 146, 
149, 153, 155, 164, 257, 262, 272, 2'74, 
280, 395, 397, 398, 475, 478, 482, 500, 
521. 

—. Allocution, 49. 

— et Baruk (H.). Troubles psycho- 
moteurs d’origine cerebrale, 327. 

— , Migault et Lacan. Folies simulta- 
nees, 483. 

r— , P. Bourgeois et P; Masquin. Trou¬ 
bles du langage dans un cas de psy- 
chose paranoide, 490. 

Codet, Discussion, 394. 

Coliez et Fauquez. Mort rapide dans 
un cas d’osteome dure-merien, 84. 

Collin (R.). Produits elabores par la 
glande pituitaire, 100. , 

Combemale (P.) et Cappelle. Hyposul- 
fite de Magnesium en therapeutique 
psychiatrique, 417. 

Cord. V. Four e-Beaulieu. 

Cornil et Gh. Thomas. Criteres circu- 
latoires de la douleur provoquee, 
331. 

Cossa. Methodes de diagnostic des tu- 
meurs cerebrales, 328. 

Costedoat. Criminalite mystique, 332. 

Couderc. V. Rodiet, 

Courbon et Mondain. Regression spon- 
tanee d’une paralysie generale apres 
torsion sigmoidienne, 42. 

—. Discussion, 46, 174, 302, 482, 498, 
526. 

—. Hypocondrie et pathologie de de- 
soeuvrement, 300, 337. 

—. Hypomanie consecutive a une 

' confusion mentale post-traumatique, 

478. 

Courtois et Mareschal. Sequelles psy- 
chiques de la maladie de Heine- 
Medin. S5 r ndrom!e de demence pre- 
coce, 67. 

—. V. Toulouse. 

-— et Mareschal. Delire hallucinatoire 
consecutif a une encephalite aigue 
azotemique, 472. 

—. Discussion, 475, 499. 

—. Flexion reflexe unilaterale de la 
jambe par flexion de la tete en cas 
de coma par lesion cerebrale eir- 
conscrite, 508. 

Craene (E. de). Allocution, 50. 

Crane, Limitation de la fabrication 
des stupefiants, 438. 


Crespo, V. Ciampi. 

Creyssel. V. Dechaume. 

Crouzon, Petit-Dutaillis et Christo- 
phe. Compression medullaire par 
disque intervertebral, 534. 


D 


Dagnelie. Encephalomyelite aigue 
chez l’enfant, 314. 

Dancenis, Desequilibre vago-sytnpa- 
thique dans les etats emotifs et 
anxieux, 211. 

Darder. Physiopathologie de la crise 
epileptique, 328. 

Darleguy, Simulation et fausse si¬ 
mulation dans les milieux mariti- 
mes, 420. 

Da:vid. V. Vincent. 

Davis (J. E.). Physiotherapie et travail 
dans les maladies mentales, 439. 

Davis (L.) et Haven. Etude anatomo- 
patliologique de l’arachnoide intra- 
cranienne, 433. 

Dayton (Neil. A.). La deficience men¬ 
tale dans le Massachusetts, 323. 

Dechaume, Creyssel et Douillet, Le¬ 
sions encephaliques consecutives a 
la ligature unilaterale de la jugu- 
laire interne, 432. 

Dedfino. Situation legale des pseudo- 
hermaphrodites, 558. 

Delbeke et L. van Bogaert. Encepha- 
iomyelite disseminee aigue, 313. 

Delmas (A.). Discussion, 189, 191, 301, 
398, 499, 500, 527. 

—. Les relations de l’hypocondrie 
avec la constitution paranoiaque, 
528. 

Demay. Discussion, 61. 

Derevici (Helene), V. Parhon. 

Derevici (Michel). V. Parhon. 

Deschamps (Mile). Stovarsol dans la 
paralysie generale, 262. 

—. V. C. Pascal. 

Desruelles et Mile Chiarli. Crises 
epileptiques arretees par le serum 
bromure hypertonique intraveineux, 

306. 

Dhunjibhoy (J. E.). Folie aux Indes ; 
intoxication par le chanvre indien, 
95. 

Dide. Diagnostic psychologique des 
lesions de l’encephale, 533. 

Divry, Fugue pathologique, 402. 

Dollfus. V. Garcin. 

Donaggio, L^appareil peripherique de 
la cellule nerveuse, 418. 

Dorolle. Questions peripatetitiennes 
de Cesalpin, 213. 

Douillet, V. Dechaume. 




TABLE ALPHABETIQUE DES NOMS D’AUTEUBS 


19 


Dowell (Mac). Paralysie generale a 
debut epileptique ; fusion des 2 lo¬ 
bes frontaux, 219. 

Dupouy (Roger). Discussion, 38, 46, 
179, 300, 305, 396'. 

—- et H. Pichard. Syndrome halluci- 
natoire post-encephalitique, 476. 

Duval (M.). Insuline et parkinsonisme, 
326. 


E 


Ebel (Eugene). Sceur Catherine, 547. 

Eddison. Pyretotherapie dans la de- 
mence paralytique, 104. 

Elkind. V. Myerson. 

Enachescu. V. Bazgan. 

Escardo. Traitement par les infections 
en psychiatrie, 103. 

Etchepaiie. Therapeutique de l’epilep- 
sie, 442. 

Ewes. Perseveration dans la folie 
epileptique, 424. 


F 


Fail. V. Capgras. 

Fascioli, V. Sicco. 

Fauquez. V. Coliez. 

Faure-Beaulieu et Cord. Tremble- 
ments post-traumatiques et syndro¬ 
mes rubro-hypothalamiques, 310. 

Fillassier. Discussion, 179. 

Forel. V. Morgenthaler. 

Forestier, Haguenau et Pettt-Dutail- 
lis. Kyste epidermoide intra-dural, 
401. 

Foz. V. Ciampi. 

Frets (G. P.). Alcool et autres poisons 
du germe,-545. 

Fribourg-Blanc, V. Rodiet. 

—. Les fausses simulations en mede- 
cine legale psychiatrique, 413. 

— et ScOuras. Suicide chez les debi¬ 
les et les dcsequilibres dans l’armee, 
531. 

Froment. L’hypertonie parkinsonien- 
ne et les reactions pharmaco-dyna- 
miques, 534. 

Fuster-. Enquete a la prison avec les 
differents tests mentaux. Epreuve de 
la penalite des delits, 86. 


G 


Garcin et Dollfus. Paraplegie perio- 
dique des nerfs III et VI, 401. 

—. Paralysies multiples unilaterales 
des nerfs craniens, symptomatiques 
des tumeurs de la base du crane, 
428. 


Gaudon (abbe). Le R. P. Chiron, bien- 
faiteur des alienes au xix e siecle, 
216. 

Gaugier. L’hypophyse et 1’etiologie des 
varices, 436. 

Gehuchten (van). Tumeur du lobe 
frontal, 200. 

—. Tumeur des ventricules lateraux, 

201 . 

—. Choree de Sydenham; formes ana- 
tomiques, 309. 

—. Ghoreo-athetose regressive, 536. 

—. Maladie de Wilson, 536. 

Genevois. Metabolisme et fonctions des 
cellules, 544. 

Gilles. Psychose a syndromes super¬ 
poses ; psychotherapie, 439. 

Gonzales-Pinto. V. Vallejo-Nagera. 

Good (Saxty). Tests de suggestion et 
dissociation chez les debiles, 94. 

Gotor. Epilepsie jacksonienne, 97. 

Gouriou. Discussion, 188, 300, 301, 
305, 527. 

—. V. Mallet. 

— et Mondain. Pseudo-coenesthopa- 
thie. Algie pyorrheique anxiogene, 
524. 

Graves. Syndrome paracatarrhal, 95. 

Greef (de). Myoclonie-epilepsie, 535. 

Grzegorzewska. Psychologie des aveu- 
gles, 426'. 

Guillain et Mollaret. Syndrome de 
Klippel-Feil avec quadriplegie spas- 
modique, 195. 

— et Mollaret. Nystagmus du voile, 
534. 

Guillaume. V. de Martel. 

Guiraud. Discussion, 78', 145, 149, 165, 
179, 395, 398, 482, 497, 499. 

— et Caron. Manifestations syphiliti- 
ques tertiaires chez les paralytiques 
generaux impaludes, 155. 

— et Caron. Syndrome dementiel pre- 
senile avec echolalie. Parente avec 
les sj'ndromes pseudo-bulbaire et 
catatonique, 180. 

— et Caron, Les meningites. bacte- 
riennes aigues dans la paralysie 
generale, 500. 

Guns. Deux cas d’abces du cerveau 
operes et gueris, 537. 


H 


Haguenau, V. Forestier. 

Halbwachs. Causes du suicide, 320. 
Hamel. Notions de psycho-pathologie. 
Pathogenie des affections mentales, 
1 . 

Handley. Kystes de Fepiphyse, 102. 
Hartenberg. La desliydratation dans 
le traitement de Fepilepsie, 442. 
Haven, V. Davis. 



20 


ANNEE 1931. 


TABLES DU TOME 1 


Helsmoortf.l jr. et Nyssen. Reflexes 
cochleaires, 431. 

Hernandez, Le fer contenu dans le 
eerveau, 434. 

Heucqueville (G. d’). V. Laignel-Lavas- 
tine. 

-—. V. Bourguignon. 

Heuyer. Discussion, 42, 62, 78, 170, 
190, 395, 397. 

Hill et B. Robinson. Retard du deve- 
loppement mental associe a la res¬ 
triction motrice, 425. 

Hollander (d 5 ). Spirochetes dans le 
eerveau des paralvtiques generaux, 
315. 

—. Functions des couches optiques, 
419. 

Hoop (van der). Psychologie de la 
schizophrenic, 425. 

Hotter. Heredite de la schizophrenic 
423. 


J 


Jagoe-Shard. Etiologie de la demence 
precoce, 423. 

Jakob, Histopathologie du systeme 
strio-hypothalamique, 432. 

Janet (Pierre). Discussion, 301. 

Jasienski. Troubles psychiques au 
cours du tabes, 319. 

—. V. Larrive. 

Jong (de) et Baruk. Catatonie experi- 
mentale par la. bulbocapnine, 318. 

Juncosa. V. Rodriguez-Arias. 


Kapsalas. V. Beriel. 

Keyes (Mariel). Aspect mental de la 
pratique gynecologique, 95. 

Xinberg, Le concept de responsabilite, 
217. 

—. Protection legale de l’aliene, 221. 

—. Prevention generale et speciale, 
556. 

Kiriaco et Pouffary. Alexie et para¬ 
graphic chez une delirante, 257. 

Klein, V. Barre. 

Kcenen. Sclerose tubereuse a forme fa- 
miliale et hereditaire, 418. 

Kov arsky (Vera). Profil psychologique 
de quelques alienes, 246. 


L 


Lacan. V. Claude , 

Ladame. Reformes a 1’Asile-Clinique 
de Bel-Air, 324. 


Laignel-Lavastine. Isothermoesthesie 
du membre inferieur gauche d’ori- 
gine specifique, 83. 

— et Miget. Syringomyelite et trau- 
matisme, 84. 

— , Rogues de Fursac et G. d’HEuc- 
queville, Valeur pratique du pH 
urinaire dans le diagnostic des etats 
de depression, 179, 345. 

—-. Discussion, 180. 

— et Boquien. Dysostose craniofa- 
ciale, 194. 

Langsner. Suggestion et hypnotisme v 
439. 

Larrive et Jasienski. Troubles psy¬ 
chiques au cours du tabes, 425. 

Lavrenenco (Nathalie). V. Parhon. 

Le Glerc, Traitement du tetanos par 
la serotherapie sous anesthesie ge-< 
nerale, 442. 

Lefevre. L’assistance mentale en In- 
do-Chine, 419. 

Lehmann, V. Brodin. 

Leriche. Voies de la sensibilite dou- 
loureuse, 217. 

Leroy (A.). Un cas suspect de klepto- 
manie, 557. 

—. Mesures de protection legale chez 
les paralvtiques generaux ameliores 
par impaludation, 558'. 

Leroy (R,), Medakovitch et Masquin. 
Paralysie generale et gravidite. 
Traitement malarique, 24. 

— et C. Pottier. Intoxication perio- 
dique par le Kalmidor, 30. 

—>. Discussion, 38, 46. 

—■, Medakovitch et Masquin. Varia¬ 
tions du poids dans la paralysie 
generale, 358. 

Leschke. Alterations de l’excitabilite 
vegetative, 435. 

Leullier. V. Roubinovitch. 

Levy (Mile Gabrielle). V. Lhermitte , 

—. V. Roussg. 

Levy-Valensi, Grimes passionnels, 528, 

Lev. Porencephalie, 201. 

—. Demonstration de preparations 
microscopiques, 202. 

— et van Bogaert. Encephalomyelite 
disseminee aigue, 314. 

—*, Sterilisation des degeneres, 403. 

Lhermitte et Albesard, Dystonie des 
muscles dorsaux chez un parkin- 
sonien post-encephalitique, 194. 

—. V. Brodin. 

— , Nemours, A. et M. Parturier. Sy- 
nostose radio-cubitale associee, 195. 

— et Mile G. Levy. Hallucinose pedon- 
culaire, 309. 

— et Haguenau. Paralysies post-sero- 
therapiques, 311. 

—, Miles G. Levy et M. Parturier. 
Nystagmus avec myoclonies cervi- 
cales synchrones, 400. 



TABLE ALPHABETIQUE DES NOMS D’AUTEURS 


21 


—. Discussion, 481, 499. 

— et Mile G. Levy. Hallucinations 
pedonculaires associees a un spasme 
de torsion, 533. 

—. Le sommeil, 540. 

Liegeois. V. Poymes. 

Llombart. V. Bratiano. 

Loff. V. Moniz. 

Lopez-Aydillo. Heredite de l’epilepsie 
et de ses equivalents, 98. 

. liORDrf Congres d'hygiene mentale de 
Washington, 437. 

—. Soins de la convalescence ; service 
social dans les maladies mentales, 
437. 

Loudet (Osv.). L’anxiete simple, obses¬ 
sive et delirante chez les prison- 
niers, 557. 

—-. Constitution paranoiaque et Cri- 
minalite, 557. 


M 


Madia. Reaction Novocaine-Formaline 
de Costa, 435. 

Mage. V. Alajouanine. 

MIaier. Medecine legale de l’encepha- 
lite lethargique, 207. 

Male. V. Mallet. 

Mallet. Discussion, 179, 301. 

— et'MALE. Delire coenesthesique, 272. 

—- et Gouriou. Delire coenesthesique, 
521, 

Malzberg, Predominance des maladies 
mentales chez les Juifs, 421. 

Mapother et Petrie. La psychiatrie 
americaine, 421. 

Marchand, Psychose polynevritique. 
Guerison de la polynevrite. Demence, 

39. 

—.Discussion, 42, 45, 149, 154, 192, 
271, 284, 500, 506, 521. 

—. V. Toulouse. 

—. Demence avec epilepsie, 274. 

—’. V. Capgras. 

Mareschal, V. Conrtois. 

—. V. Schiff. 

Margaret, La physiopathologie du 
prurit, 218. 

Miarinesco. Structure de la nevroglie, 
98‘. 

—. Donnees nouvelles sur la neuro- 
phagie, 431. 

Martel (Th. de), Oberling et Guil¬ 
laume. Tumeur de la region sellaire, 
194. 

—; et Guillaume. Tumeur hypophy- 
saire operee, 533. 

Martrille (Mile). V. Petit. 

Masquin. V. R. Leroy. 

—. V. Claude. 

Medakovitch. V. R. Leroy. 


Migault. V. Claude. 

Miget. V. Laignel-Lavastine. 

Mignox. V. Roubinovitch. 

Miller. Agora-claustrophobie, 427. 

Minkowska (Mme). Constitution epi- 
leptoide et epilepsie essentielle, 291. 

Minkowski, Discussion, 62, 190. 

Mira. Psycho-hygiene du psychiatre, 
404. 

Mo. V. Bosch. 

Moldaver, Ophtalmoplegie, 313. 

Mollaret. V. Guillain. 

— : . Bactdriologie de la sclerose en 
plaques, 402. 

Mondain, V. Courbon. 

—. V. Gouriou. 

Moniz et Loff, Aspergillose cerebrale, 
328. 

Montaud (R. de). Etat de mal comitial, 
97. 

Morelle. Tumeur cerebrale, 536. 

Morgenstern. Conception psj r chana- 
lytique de la depersonalisation, 426. 

Morgenthaler et Forel. Traitement 
des malades nerveux et mentaux, 
325. 

Morsier (G. de). Importance des trou¬ 
bles post-encephalitiques pour la 
pathogenese des psj r choses, 206. 

Muller, Mecanismes de guerison de la 
schizophrenic, 93. 

Myerson, Elkind, Ullun et Hannah 
Smith. Arrieration mentale ; etude 
de Pheredite, 94. 


N 


Nathan. Causalgies, 429. 

Nayrac et Breton. L’encephalite epi- 
demique peripherique, 418. 

Negre. Psycho-polynevrites alcooli- 
ques, 319. 

Negro. Syndromes parkinsoniens par 
intoxication sulfo-carbonee, 429. 

Nelken. Cocalnisme et homosexualite,. 
558. 

Nemours, V. Lhermitte. 

Neves-Manta. Concept de la folie 
imposee, 820. 

Nicole. Psychopathologie et instinct 
de communaute, 421. 

Nyssen. V. Alexander. 

—. V. Helsmoortel jr. 


it o 


Obarrio. La stupeur, syndrome par- 
kinsonien, 424. 

Oberling. V. de Martel. 

Oliviers, L’exibitionisme, 402. 



22 


ANNEE 1931. — TABLES DU TOME I 


P 


Pacheyo e Silva. Malariatherapie, 440. 

Pactet. L’armee et les alienes, 407. 

Pages. Tumeurs cerebrales, 430. 

Pagniez et Plichet. Syndrome paraly- 
tique unilateral global des nerfs 
craniens d’origine traumatique, 400. 

— et Ghaton. Traitement des delires 
aleooliques par la strychnine, 441. 

Pailhas. Le signe tonodynamique des 
doigts et le signe de Babinski, 419. 

Pardo - Urdapilleta. Malformations 
dentaires dans la spasmophilic, 436. 

Parhon, Ballif et Nathalie Lavre- 
nenco. Melancolie et vitiligo, 102. 

—■. Helene et Michel Derevici, Tetanie 
au cours du syndrome de Basedow, 
102 . 

Parturier (Auguste). V. Lhermitte. 

Parturier (Monique). V. Lhermitte. 

Pascal (C.) et Andree Deschamps. Psy¬ 
choses de sensibilisation. Allergie 
mentale, 449. 

Pascal (E.). L’hypnotisme, 212. 

Patenci. Comment Part transforme la 
douleur en plaisir, 426. . 

Patricia et Steen. Le liquide cephalo- 
rachidien dans l’encephalite epide- 
mique chronique, 434. 

Peron (Noel). Les tumeurs intrame- 
dullaires, 412. 

Petit (G.) et Mile Martrille. Anemie 
et paraplegie rappelant des syndro¬ 
mes neuro-anemiques. Amelioration 
par la methode de Whipple, 66, 131. 

—. Discussion, 481. 

Petit-Dutaillis. V. Forestier. 

—. V. Crouzon. 

Petrie. Organisations psychiatriques 
en Amerique, 220. 

—. V. Mapother. 

Pfersdorf. Syndromes encephaliques 
et schizophreniques, 206. 

Picard. V. Roubinovitch. 

Pichard, V. R. Dupouy. 

Piotrowski. Expertise medico-legale 
dans un cas de sclerose en plaques 
disseminee, 330. 

Piquet. Abces cerebral d’origine oti- 
que, 430. 

Piris. Paralysie generale striee, 328. 

Pittaluga. Hygiene mentale et ensei- 
gnement de ia psychiatrie, 220. 

Plichet. V. Pagniez. 

Pons-Balmes. V. Rodriguez-Arias. 

—. Syndromes paralytiques et pseudo- 
paralytiques, 202. 

Pottier (C.). V. R. Leroy. 

Pouffary. Grossesse et malariathera¬ 
pie, 252. 

—. V. Kyriaco. 

Power. Etiologie de la paralysie gene- 
rale, 328’. 

Poymes et Liegeois. Syndrome subjec- 
tif des blesses du crane, 402. 


PRADOs-SiucH et Santos - Gutierrez. 
Quotient hemo-rachidien du calcium 
dans Fepilepsie essentielle, 101. 
Puech. V. Vincent. 

Puig-Roig. V. Sarro. 


R 

Raitzin. Demence senile et intervalles 
lucides, 331. 

Raynier. Intervention judiciaire dans 
le placement des alienes, 168. 

— et Beaudouin. L’aliene et les asiles 
d’alienes au point de vue adminis- 
tratif et juridique, 549. 

Reboul-Lachaux. V. Bouyer. 

Renard. Hydrocephalie interne, 201. 

Robie. Prophylaxie de la deiicience 
mentale par la sterilisation sexuelle, 
438. 

Robin (Gilbert). La constitution epi- 
leptoi'de, 180. 

—. Discussion, 191. 

Robinson (B.). V. Hill. 

Rodiet et Fribourg-Blanc. La folie et 
la guerre de 1914-1918, 210. 

—i et Couderc. Rire incoercible chez 
un debile mental, 302. 

—. Discussion, 306. 

Rodriguez-Arias, Pons-Balmes et Jun- 
cosa. Idiotie amaurotique familiale, 
85. 

—. Diagnostic difficile, 85. 

—. Traitement de l’epilepsie, 105. 

— et Capo. Spasme de torsion, 203. 

— et Juncosa. Neurosyphilis, 316. 

— , Gap6 et Juncosa. Paraphrenie, 316. 

— et Juncosa. Tumeur de la zone 
motrice cerebrale, 403. 

—. Reactivation de l’encephalite epi- 
demique, 405. 

—. Sclerose en plaques atypique 538. 

Rodriguez-Somosa. Histopathologie de 
Fepilepsie, 100. 

Rogues de Fursac. V. Laignel-Lavas- 
tine. 

Rojas (Nerio). Attenuation de culpa- 
bilite par emotion pathologique, 557. 

Roubinovitch, Mignon, Leullier et 
Picard. Psychose onirique endocri- r 
nienne consecutive a la dengue, 62. 

—. Les instituts americains d’brien- 
tation infantile, 437. 

Roussy et Mile G. Levy. Forme palila- 
lique et eeholalique aphone de 
l’automatisme verbal, 400. 

Rovroy. Paralysie generale infantile, 
535. 

Rubenovitch.. V. Toulouse. 

Rumke. Clinique de la schizophrenic, 

Russell (Mile). V. Toulouse. 

Rutmann. La methode de la psycholo¬ 
gic pedagogique, 215. 



TABLE ALPHABETIQVE DES NOMS D’AUTEURS 


23 


S 


Sacristan et Salas. Dosage des pro- 
teines du liquide cephalo-rachidien 
.dans Tepilepsie essentielle, selon la 
methode de Kafka-Samson, 101. 

Sahel. Nouveau traitement de la mor- 
phinomanie, 441. 

Sainton. Troubles du systeme pileux 
et vitiligo chez les Basedowiens, 436. 

Salas. V. Sacristan. 

Salcedo-Cabal. Malaria dans la neuro- 
syphilis, 440. 

Sanchis-Banus. Epilepsie climaterique, 
97. 

Sano. Nouveau projet de loi beige sur 
le regime des aliends, 554. 

Santos-Gutierrez. V. Prados-Such, 

Sarro et Puig-Roig. Causes de l’impo- 
tence psycho-sexuelle feminine et 
prurit vulvaire, 317. 

— et Soriano. Valeur de l’encephalo- 
graphie dans la meningite infec r 
tieuse, 404. 

Scheer (van der). Diagnostic de la 
schizophrenic, 422. 

Schiff et Mareschal. Heredite psy- 
chopathique et sterilisation eugeni- 
que, 71. 

—. Discussion, 78, 396, 397. 

—. L’extyait hypophysaire anterieur 
dans l’impuissance genitale de 
l’homme, 388. 

Schcengrun. La reflexotherapie nasaie, 
440. 

Scouras. Essai medico-psychologique 
sur Baudelaire, 212. 

—. V. Fribourg-Blanc. 

Semelaigne, Pionniers de la psychia¬ 
tric frangaise avant et apres Pinel, 
87. 

Sezary. Le liquide cephalo-rachidien 
des syphilitiques, 434. 

Sicco, Caceres et Fascioli, Reactions 
mieningees de la recurrentotherapie 
dans la demence precoce, 440, 

—. Recurrentotherapie de la demence 
precoce, 441. 

Siemioukin. Coercition a Regard des 
alienes, 106. 

Sierra. Spirochetose luetique chez un 
foetus hydrocephale, 433. 

Smith (Hannah). V. Myerson . 

Sollier (Paul). La repression men- 
tale, 214. 

Soriano. V. Sarro. 

Souques. Epilepsie et menstruation, 
436. 

Steck (H.). Problemes cliniques de la 
circulation du liquide cephalo- 
rachidien, 100. 

—. Therapeutique des psychoses, 103. 

—. Syndromes mentaux post-eneepha- 
litiques, 204. 

Steen. V. Patricia. 


Stewart. Diagnostic clinique de la 
syphilis congenitale, 431. 

Stuurman. Heredite de la schizophre¬ 
nic, 422. 

Subirana. Tumeurs de la fosse poste- 
rieure du crane, 202. 


T 


Tanon. V. Caseneuve. 

Targowla. Discussion, 180, 190. 

Taussig. Psychopathologie des reac¬ 
tions hysteriques, 552. 

Testu (Claude). Essai psychopatholo- 
gique sur Villiers de l’lsle Adam, 
546. 

Tetau. Les polychrestes homceopathi- 
ques, 216. 

Teulie. La schizophasie, 113, 225. 

Thenon. Etude psychanalytique du 
reve dans les nevroses, 96'. 

Thevenard. Phenomene de la poussee 
chez les parkinsoniens, 429. 

Thomas (Andre). Reflexes pendulaires: 
leur valeur sem6iologique dans les 
lesions cerebelleuses, 83. 

—. Reflexe sympathique circonscrit, 
195. 

—. Reflexes sensorio-affectifs et reper- 
cussivite motrice, 195. 

Thomas (CL). Test de Boltz dans le 
liquide cephalo-rachidien, 100. 

Thomas fCh.). V. Cornil. 

Timme (W.). Le mongolisme et son 
traitement, 106. 

Tinel et Baruk. Syndromes epilepti- 
que et parkinsonien progressifs par 
tumeur cerebrale, 145. 

— et Baruk. Troubles du courant de 
la pensee et tumeur cerebrale, 234. 

— et Baruk. Tumeur cerebrale : syn¬ 
drome epileptique et hemiparkinson, 
310. 

—. Nevrites et nevralgies apoplectifor- 
mes, 428. 

Titeca. Troubles cerebelleux chez une 
demente precoce, 315. 

Top.res-Lopez. Equilibre acido-basique 
et epilepsie, 101. 

Torres-Ordax, Aphasie post-traumati- 
que, 329. 

Toulouse. Tuberculose et psyehopa- 
thie, 93. 

—, A. Courtois et Mile Russell. 
Modifications chimiques du sang au 
eours du delirium tremens alcooli- 
que, 124, 154. 

—, A. Courtois et Rubenovitch. Syn¬ 
drome de demence precoce consecu- 
tif a une fievre tj-phoi'de avec delire,. 

i 146. 



24 


ANNEE 1931. 


TABLES DU TOME I 


—, Marchakd et Courtois. Encephalite 
psychosique aigue au cours d’un 
erysipele, 149. 

—. mouvemcnt francais de prophy- 
laxie mentale, 219. 

—i Probieme de la prophylaxie men¬ 
tale, 220. 

Trenel. Discussion, 46, 62, 66, 78', 257, 
262, 272, 274, 284, 301. 

—. Lesions des cellules des ganglions 
centraux dans le delire aigu cho- 
reiforme, 280. 

Truche (Mile). V. Xavier Abely. 

Turel. L’anesthesie colique chez les 
desequilibres mentaux, 441. 


U 


Ullian, V. Myerson. 


V 


Vallejo-NAgera. Pathogenie et traite- 
ment de l’epilepsie essentielle, 105. 

— et Gonzalf.s-Pinto. Impaludation 
therapeutique des epileptiques, 106. 

Valls-Conforto. Reaction de Boltz 
dans la paralysie generale, 435. 

Vermeyi.en, Mesure de l'intelligence 
des paralytiques generaux avant et 
apres malarisation, 416. 

—. Terrain tuberculeux chez les en- 
fants anormaux, 416. 

Vervaeck. Toxicomanie au point de 
vue medico-legal ; responsabilite du 
medecin, 531. 

—. Loi de defense sociale a l’egard 
des anormaux, 554. 


Vidoni. Prostituees et prostitution, 
323. 

Vie. V. Capgras. 

Vilato. CLdeme nerveux, 98. 

VikcENT (Clovis). Resultats operatoi- 
res de tumeurs de la region hypo- 
physaire, 83. 

—, Puech et David. Meningiomes du 
tuberculum sellae, 310. 

—■, David et Puech. Meningiome de la 
faux en bouton de chemise, 401. 

—, Puech et David. Tumeur du IV® 
ventricule operee, 533. 


W 


Wahl. Paralysie generale chez un 
trepane. Acces maniaques, 289. 

Wallon. Discussion, 188. 

Wassileff (Boris). Responsabilite le¬ 
gale diminuee des tuberculeux, 420. 

Weekers. Aptitude physique des 
conducteurs d’automobiles, 427. 

Wiersma. Psychologie de la demence, 
96. 

Wilson (Kinmer). Introduction a 
l’etude de l’hysterie, 218. 

Woodill (Edith E.). Examen des 
enfants arrieres dans les ecoles 
publiques, 94. , 

Worms. V. Chavany. 


Z 


Zilboorg. Reintegration affective des 
schizophrenes, 427. 

Zimmern et Chavany. Diagnostic et 
therapeutique eleetro-radiologiques 
des maladies du systeme nerveux, 
549. 


Tome I. — N° 1 


Janvier 1931 


ANNALES 

MfiDICO-PSYCHOLOGIQUES 

P 

MEMOIRES ORIGINAUX 


NOTIONS DE PSYCHO-PHYSIOLOGIE 
PATHOGENIE DES AFFECTIONS MENTALES « 

PAR 

J. HAMEL 

Charge de cours a la Faculte de Medecine de Nancy 
Medecin-Chef de la Maison de Sante de Mareville (Meurthe-et-Moselle) 

Messieurs, avant d’aborder l’etude clinique des maladies men- 
tales, je crois indispensable d’envisager la psychiatrie d’un point 
•de vue plus general, qui nous permettra de determiner la position 
qu’elle occupe dans la pathologie humaine. 

Dans ce but, nous examinerons d’abord quels sont ses rap¬ 
ports avec la psychologies avec la neurologie, avec la pathologie 
generale. 

Nous etudierons rapidement les fonctions normales de l’organe 
cerebral, en tant que siege des processus psychiques. Nous 
exposerons les principales conditions d’un mauvais fonctionne- 
ment de cet organe, et nous essaierons d’en deduire une patho- 
-genie generale des maladies mentales. 

Tel sera l’objet de notre premier entretien. 

(1) Lecon d’ouverture du Cours de Psychiatrie de la Faculte de Medecine 
■de Nancy, 

Ann. med.-psych., 13 c serie, t. I. — Janvier 1931. 1. 



J. HAMEL 


Nous aborderons ensuite l’etiologie de ces maladies, et nous 
vous donnerons des notions elementaires de semeiologie. L’ex- 
pose de ces generalites vous permettra, je l’espere, de tirer 
ensuite le meilleur parti des examens de malades, qui doivent 
constituer la partie principale de l’enseignement clinique. 

Rapports de la Psychiatrie avec la Psychologie 

En pathologie mentale, les symptomes les plus apparents 
consistent en desordres psychiques. Ceux-ci, entraxnant fre- 
quemment, pour le patient, la perte de la liberte ilibre arbitre) 
et de la responsabilite, avec leur cortege de reactions anti- 
sociales, les autres symptomes (generaux, neurologiques) peu- 
vent apparaitre comme negligeables. On est alors porte a se 
demander si Fetude de la folie ne releve pas de la psychologie, 
plutot que de la science medicale. 

Ce n’est guere la qu’un malentendu : si la psychologie nor- 
male est generalement exploree a Faide de disciplines philoso- 
phiques, si, pour plus de commodite, le mecanisme psychique a 
ete divise en facultes, attention, memoire, volonte, jugement, 
qui ne correspondent a aucune localisation anatomique, il n’en 
reste pas moins que la physiologie du cerveau, etudiee selon les 
methodes patientes de l’experimentation, ou a la lueur des 
lesions naturellement produites par la maladie, se montre capa¬ 
ble de jeter une certaine lumiere sur le mode d’elaboration de la 
pensee normale, comme sur la nature de ses desordres. 

Mais, quelle que soit la portee de ces recherches physiologi- 
ques, le langage psychologique demeure jusqu’ici le seul utili- 
sable pour exprimer les modifications de l’ideogenese. 

Aussi les premieres classifications, purement psychologiques, 
des maladies mentales, servent-elles de base, aujourd’hui encore,, 
a la nosologie psychiatrique, malgre les grands progres realises 
dans Fetude de l’etiologie, de la pathogenie et de l’anatomie 
pathologique de ces affections. 

Rapports de la Psychiatrie avec la Neurologie 

Si la psychologie prete a la psychiatrie les ressources de son 
vocabulaire, la neurologie lui confere une base anatomique et 
physiologique, dans la mesure ou des troubles nerveux, organi- 
ques ou fonctionnels peuvent etre deceles. 

Gela ne signifie pas cependant que la psychiatrie se confonde 



NOTIONS DE PSYCHO-PHYSIOLOGIE 


avec la neurologie. L’etude des fonctions du bulbe et de la 
moelle, centres reflexes, n’interesse qu’indirectement la medecine 
mentale. Le cerveau seul est Forgane de la pensee, laquelle n’est 
pas faite seulement des impressions du moment, mais utilise 
des perceptions anciennes, accumulees dans les innombrables 
cellules du cortex. 

G’est ce qu’exprimait Ricbet en disant : « La moelle est l’or- 
gane du present, le cerveau est l’organe du passe. » 

Dans ce passe, le cerveau va trouver des elements de repre¬ 
sentations, de comparaison, de contraste, qui sont les fonde- 
ments de toute Factivite psychique consciente. La fonction 
caracteristique du cerveau (et notamment du lobe frontal), c’est 
en effet Vinhibition, pouvoir dissociation et d’arret qui lui per- 
met d’exercer un choix dans les ressources dont il dispose. 

L’etude du systeme nerveux sympathique est aussi du domaine 
de la neuro-psychiatrie. Conducteur de la cenesthesie, regulateur 
des fonctions viscerales, en relation, d’une part, avec les organes 
de la vie organique et les glandes endocrines, d’autre part, avec 
les noyaux du bulbe et du mesencephale, le sympathique joue 
un role considerable dans Vequilibre affectif et emotionnel de 
l’individu. A ce titre^ la neurologie du sympathique interesse le 
psychiatre au plus haut point. 

La psychiatrie apparait done comme faisant partie; integrante 
de la neurologie : tous les syndromes neurologiques ou predo- 
mine une perturbation de l’intelligence ou de l’affectivite, lui 
appartiennent. Au contraire, les syndromes purement moteurs, 
sensitifs ou trophiques, ressortissent a la neurologie pure. 

Rapports de la Psychiatrie avec la Pathologie generale 

La pathologie interne et generale contracte elle aussi des 
rapports tres importants avec la medecine mentale. 

Ces rapports « du physique ei du moral » ont ete de tous 
temps envisages. Tour a tour, ils ont ete negliges ou exageres 
par les theoriciens de la psychiatrie. G’est ainsi qu’a l’ecole 
spiritualiste, ou psychologique, a succede une ecole somatique 
ou organiciste, pour laquelle a chaque organe lese correspondait 
une folie determinee. II y avait ainsi une folie uterine, une folie 
cardiaque. Une maladie comme le rhumatisme donnait nais- 
sance a la folie. rhumatismale ; un episode physiologique comme 
les regies, pouvait determiner la folie menstruelle. De nos jours, 
les alienistes, tout en faisant justice de telles exagerations, ont 



4 


. J. HAMEL 


su reconnaitre le role important, parfois preponderant, des 
desordres extra-cerebraux, dans la genese des affections psy¬ 
chiques. 

La conception d’une alteration generate de l’organisme plus 
importante a considerer que l’organe cerebral, souvent indemne, 
domine, de nos jours, la pathogenie de nombreux. syndromes 
mentaux : « N’isolons pas, dit Mallet, la pensee d’un organisme 
dont elle n’est que le rayonnement. » « Si le cerveau cede par¬ 
fois, dit encore Lepine, c’est bien moins du fait d’une lesion 
parficuliere que d’un mauvais fonctionnement general de l’orga- 
nisme. D’ou l’influence des infections latentes et debilitantes. » 

La tuberculose, la syphilis, hereiditaire ou acquise, sont des 
maladies de cet ordre. Leur importance, comme facteur etiolo- 
gique des affections psychiques, est considerable. La debilite 
constitutionnelle de certains organes, foie et reins en particulier, 
les intoxications, les auto-intoxications, les troubles circulatoi- 
res, les diatheses peuvent conditionner un fonctionnement 
defectueux de Torganisme entier, sans en excepter le cerveau. 

C’est encore, en definitive, le cerveau qui est atteint, mais 
secondairement, dans sa fonction, et non dans sa structure, 
1’etat pathologique interessant tout l’organisme. 

Nous resumerons ainsi notre pensee sur les rapports de la 
psychiatrie.: comme la psychologie, elle se propose l’etude de 
phenomenes psychiques ; elle doit, sous peirie de rester obscure, 
emprunter le langage de cette science. L’etude des maladies 
mentales a done un cote psychologique. 

D’autre part, la pathologie mentale est toujours de la patho¬ 
logic cerebrate, le cerveau etant 1’organe de la pensee. Mais il 
faut chercher les lesions originelles, • tantot dans cet org an e 
meme, tantot, et tres souvent, dans tout rorganisme. La psy¬ 
chiatrie a done un cote plus specialement medical, par lequel 
elle rejoint non seulement la neurologie, mais encore, et davan- 
tage, la pathologie viscerate en general. 

Lorsque nous examinerons ensemble des malades atteints 
d’affections psychiques, nous procederons done a trois opera¬ 
tions, conformement aux principes que nous venons d’exposer : 

1° Une investigation psychologique, generalement bornee a 
une conversation avec le malade. L’emploi de tests pour la 
mesure des activites mentales, ou de tout autre procede d’expe- 
rimentation psychologique, n’est pas necessaire au praticien. 

Cette partie de l’examen donne des renseignements sur les 

modifications deTintelligence, du caractere, de l’humeur, etc... 
et permet un premier classement du syndrome mental. * * - 



NOTIONS BE PSYCHO-PHYSIOLOGIE 


2° Un xxamen neurologique, qui nous revelera si ce syndrome 
est lie a une affection nerveuse, ou tout au moins s’il s’accompa- 
gne de symptomes neurologiques indiquant une participation 
des voies motrices, sensitives ou sensorielles. 

3° Enfin un examen clinique general, aussi complet que pos¬ 
sible, qui pourra nous eclairer sur les origines de l’atfection men- 
tale en cause et nous apporter des indications therapeutiques. 

Nous serons alors en possession de tous les elements neces- 
saires a la determination et au classement du trouble psychique, 
qui n’est, comme le disait Griesinger (1865), « qu’un symptome 
ou une complexity de symptomes, et qui est le symptome d’une 
maladie du cerveau ». Cette conception organiciste, demeure, a 
notre avis, exacte, a la condition d’y apporter, ainsi que nous 
l’avons dit, le correctif suivant : si le cerveau est toujours la 
cause derniere du mauvais fonctionnement psychique, la lesion 
ou le desordre biologique primitifs peuvent sieger en lui ou en 
dehors de lui. 


II est evident que l’etude approfondie de la physiologie du 
cerveau est necessaire au psychiatre. Mais elle est inseparable 
de celle de sa structure anatomique et histologique, et ce n’est 
pas ici le lieu de Fentreprendre. Je me bornerai done a vous 
rappeler quelques notions primordiales. 

Le manteau, ou cortex cerebral, tres developpe chez l’homme, 
est fonctionnellement differencie en autant de zones distinctes 
qu’il y a de sens specifiques. II convient d’y ajouter Vaire 
motrice, plus les zones qui ne sont ni sensorielles ni motrices, et 
que l’on considere comme des centres d’association. Certains 
auteurs, comme Flechsig, pensent que ces centres d’association 
sont tout a fait differents, dans leur structure et leurs fonctions, 
des centres sensoriels, auxquels ils sont relies par des fibres 
d’association. D’autreS, avec Bianchi, estiment au contraire que 
ces centres d’association representent un elargissement progres- 
sif des aires sensorielles, et constituent des aires ‘a fonctions 
psychiques de plus en plus parfaites, associees etroitement a 
l’aire sensorielle proprement dite. Ainsi, la zone visuelle qui 
borde la scissure calcarine est entouree d’une zone visuo-psy- 
chique, dont l’alteration entraine, non pas un trouble de la 
vision, mais la cecite psychique. 

Ces aires senso-psychiques, comme les appelle Bianchi, con- 
tiennent, non seulement des faisceaux d’association, mais aussi 


J. HAMEL 


des fibres de. projection, dont le nombre decroit a mesure que 
l’on s’eloigne du centre sensoriel. Le celebre physiologiste et 
psychiatre italien ne nie pas 1’existence de zones dissociation 
tres etendues (a fonctions psychiques tres elevees), siegeant sur- 
tout dans le lobe frontal. Mais il y releve encore la presence de 
petits centres moteurs, semblant ainsi vouloir expliquer la for¬ 
mation de ce grand centre psychique par une extension de l’aire 
sensitivo-motrice fronto-parietale. 

(On sait que Flechsig revet au contraire de cette haute dignite 
son grand centre d’association posterieur, temporo-oecipito- 
parietal.) 

L’experimentation semble bien demontrer que le lobe frontal 
represente, chez l’homme et les animaux superieurs, le substra¬ 
tum necessaire des fonctions mentales les plus differenciees. 
Mais, les aires psychiques etant repandues sur tout le cortex, et 
le lobe frontal contractant avec tout le reste du manteau des 
rapports tres nombreux, il parait evident que Vintegrite de 
toutes les parties du cortex est indispensable a Vintegrite de l’in¬ 
telligence. 

Bien entendu, nous ignorons, et, sans doute, nous ignorerons 
toujours, quelle est l’essence meme de la pensee, Le cerveau 
l’elabore-t-il de toutes pieces, a l’aide des donnees des sens 
accumulees dans ses innombrables cellules ? Ou bien, une ame 
immaterielle utilise-t-elle la mecanique cerebrale, en lui four- 
nissant une energie extrinseque mysterieusement renouvelee ? 
La biologie ne cberche pas a resoudre ces problemes. Elle cons¬ 
tate seulement un parallelisme etroit entre la complexite du 
developpement cerebral et la perfection des processus psychi¬ 
ques. Cette complexite est si grande qu’elle parait a certains 
capable d’expliquer toute la vie mentale : « Le nombre des 

communications que la morphologie et l’histologie ont mises en 
evidence entre les groupes cellulaires du manteau cerebral, 
depasse toute possibility de calcul. Par ces communications se 
forment les syntheses qui donnent la mesure de la valeur indi- 
viduelle de chacun. » (Bianchi, La Mecanique du cerveau). 

Cette valeur individuelle est liee surtout au developpement de 
Vintelligence et repose sur la perfection des sens speciftques, des 
aires sensorielles et senso-psychiques, sur l’etendue des zones 
associatives. Mais la vie psychique n’est pas faite que de pro¬ 
cessus intellectuels. Elle est a chaque instant modifiee par des 
emotions et des sentiments qui lui impriment une tonalite affec¬ 
tive : les processus intellectuels ne se developpent pas dans 
l’indifference, ils s’accompagnent de tendances, de desirs, d’etats 



NOTIONS DE PSYCHO-PHYSIOLOGIE 


d’euphorie ou de tristesse. Tous ces caracteres reagissent sur 
1’activite psychique, qu’ils activent ou ralentissent, qu’ils faci- 
litent ou qu’ils entravent, et qu’ils dirigent vers un but. 

Les emotions proviennent de la satisfaction ou de la contra¬ 
riety des instincts vitaux. 

Les sentiments ont la meme origine, mais ils represented des 
emotions perfectionnees, adaptees aux concepts d’altruisme et 
de sociability. 

Les emotions, comme les sentiments, ont leur origine profonde 
dans le sens cenesthesique., qui est la synthese de toutes les sen¬ 
sations internes, dans lesquelles se resume notre personnalite 
organique, notre moi psycho-physique. C’est ce sens cenesthesi¬ 
que qui est felement fondamental de ce qu’on nomme la 
conscience. 

Le role du systeme nerveux sympathique (ortho- et para-) 
comme conducteur de la cenesthesie et comme regulateur de la 
vie organique est capital. 

II preside aux manifestations viscerales qui accompagnent 
les emotions : modifications respiratoires, circulatoires, contrac¬ 
tions des muscles lisses, etc... 

Le circuit complet des emotions comporte aussi des relais 
importants dans les noyaux gris centraux, ou partent des 
reflexes compliques, comme le rire et les larmes. 

Enfin, tous les organes de notre corps, y compris ceux de la 
vie vegetative, ayant leur representation corticale, c’est le man- 
teau sensoriel qui fournit le contenu psgchique des emotions, et 
la zone tactile les organes de leurs reflexes corticaux. 

Les sentiments, provenant de concepts abstraits, n’ont pas de 
representation dans l’aire sensorielle. Leur existence parait liee 
a l’integrite des lobes frontaux. 

1 * 

** 

Les phenomenes psychiques sont conscients ou subconscients. 
Nous touchons ici aux plus delicats problemes de la psycho- 
physiologie. Chacun croit comprendre ce que l’on entend par un 
phenomene conscient; cependant, la conscience echappe a toute 
definition. Disons qu’un phenomene est conscient lorsqu’il nous 
apparait comme nous appartenant en propre et s’integrant a 
notre personnalite, lorsqu’il se presente a notre esprit avec les 
attributs de la realite, en fonctions du temps et de l’espace. Lors- 
que nous formulons un jugement, les premisses, la conclusion. 



J. HAMEL 


les mots et leur contemi representatif, tout cela apparaxt dans le 
champ de notre conscience avec nettete. En meme temps, nous 
avons la notion du temps qui s’ecoule et nous nous situons nous- 
meme dans l’espace. Tout est clair en nous et autour de nous. 

II peut ar river que certaines dispositions physiques ; demi- 
somineil, fievre, intoxication, engourdissent nos fonctions psy¬ 
chiques tout en leur permettant* une certaine activite. Dans ce 
cas, les phenomenes psychiques se deroulent dans une sorte de 
penombre ou tous les attributs de la realite sont amoindris. Les 
notions de temps et d’espace n’existent plus, les representations 
se suceedent sans ordre ou sont reliees entre elles par des liens 
tres laches. G’est l’etat de subconscience. 

On ne peut concevoir, a mon sens, une activite intellectuelle 
inconsciente, il est impossible de se representer ce qu’elle pour- 
rait etre. Seuls, les materiaux qui servent a l’elaboration des phe¬ 
nomenes psychiques, et qui sont en reserve dans les cellules 
cerebrales, constituent Vinconscient. II n’y a aucune raison de 
penser qu’ils s’organisent a notre insu, et concourent a la for¬ 
mation de syntheses qui jailliraient un jour a l’etat de perfection 
devant le « point focal » de notre conscience. 

Cependant, beaucoup de psychologues et de psychiatres se sont 
penches sur ce domaine de Vinconscient, auquel ils assignent un 
role important dans la conduite de la vie et dans Torigine des 
delires. 

Ces problemes ne doivent pas nous retenir davantage, surtout 
s’ils reposent seulement sur une confusion entre les expressions 
inconscient et subconscient, ce qui est possible. 

Un point sur lequel tout le monde s’accorde, c’est que notre 
cerveau a le pouvoir d’evoquer les souvenirs qu’il recele devant le 
« point focal » de la conscience, pour en faire les elements de 
son activite. 

Par quel mecanisme cette evocation devient-elle possible : ici 
interviennent la volonte, l’attention, la memoire, l’association des 
idees, le pouvoir d’auto-conduction, phenomenes dont l’essence 
meme nous est inconnue, mais dans lesquels le pouvoir d’inhi- 
bition, devolu au lobe frontal, parait jouer un role capital. 

II est possible de resumer ces quelques donnees psycho-physio- 
logiques en disant : 

L’organisme humain est un tout, dont la moindre parcelle est 
representee dans les aires senso-psychiques du manteau cere¬ 
bral. Les organes internes concourent, aussi bien que les sens, a 
la formation de notre personnalite. Les processus intellectuals 
ont un substratum cortical. Les tendances affectives, emotions. 


NOTIONS DE PSYCHO-PHYSIOLOGIE 


sentiment, mettent en jeu l’activite du sympathique et des 
noyaux gris centraux, avant d’atteindre le cortex. Elies sont sou- 
mises a chaque instant aux variations de l’etat organique (cenes- 
thesie), dont l’influence sur I’activite cerebrale devient, de ce fait, 
treS importante. 

Le systeme nerveux sympathique vecteur de la cenesthesie est 
lui-meme sensible aux modifications humorales, lesquelles depen¬ 
dent des divers metabolismes et des secretions endocriniennes. 

Toutes ces interdependances consacrent la solidarity absolue 
de 1’organisme. II n’est done pas une alteration de cet orgaiiisme, 
toxique, infectieuse, circulatoire ou autre, qui ne soit capable 
d’avoir sa repercussion sur le fonctionnement cerebral. 

Nous sommes ainsi amenes a definir de la facon suivante les 
conditions d’un fonctionnement normal de l’organe cerebral : 

1° Integrity de la structure du cerveau. 

2° Composition normale du milieu liquide dans lequel il fonc- 
tionne (liquide interstitiel et circulation cerebrale). Tension nor¬ 
male de ces liquides. 

3° Integrity des surfaces internes, d’ou proviennent les stimuli 
cenesthesiques : organes visceraux, glandes a secretion interne, 
sympathique. 

Les conditions inverses sont celles d’un mauvais fonctionne¬ 
ment cerebral. Schematiquement, elles se pre'sentent ainsi : 

1° Cerveau altere dans sa structure,. 

II peut s’agir d’alterations grossieres ou microscopiques, loca¬ 
les ou diffuses : malformations, agenesies, atrophies ; encephali- 
tes ; lesions inflammatoires ou cicatricielles ; meningites, ramol- 
lissement, sclerose, nevroglique ou parenchymateuse, etc... 

2° Alteration physique ou chimique du milieu liquide qui *bai- 
gne le cerveau : intoxications exogenes : alcool ; 

intoxication endogene : syndrome de Basedow ; 

toxines microbiennes : bacillose ; 

troubles du metabolisme du sucre, du calcium, des substances 
albuminoides ( acidose, alcalose, uremie, etc...). 

Modifications circulatoires d’origine cardiaque ou vasculaire, 
etc... 

3° Viciation des stimuli cenesthesiques : 

Mauvais fonctionnement general de Vorganisme sous Vin- 
fluence des diatheses ou des infections latentes : syphilis, tuber- 
culose. Lesions du tractus digestif, du coeur, du poumon. Dese- 
quilibre endocrinien, alteration du systeme nerveux sympathi¬ 
que, epuisement, anemie, etc... 



10 


J. HAMEL 


Vous voyez. Messieurs, combien sont variees les alterations 
organiques et fonctionnelles capables de conditionner le develop- 
pement des affections mentales. 

Cependant, en dehors des cas ou le cerveau est directement 
interesse, il n’est pas douteux que les conditions generates que 
nous venous d’indiquer n’entratnent pas necessairement l’appa- 
rition de troubles psycbiques. II faut alors faire intervenir un 
etat de fragilite preexistante de l’organe cerebral, la predisposi¬ 
tion. 

G’est a l’etude de cette predisposition, facteur etiologique pri¬ 
mordial des maladies mentales, que nous consaererons notre 
prochain entretien. 


SCHIZOPHRENIE ET TUMEUR CEREBRALE 

Troubles du comportement et du caractere 
a type schizophrenique au cours de Vevolution d’un gliome 
du lobe temporal gauche 

PAR 

le Professeur H. CLAUDE et H. BARUK 


Si les troubles mentaux, habituellement observes au cours des 
I tumeurs cerebrales, consistent le plus souvent en manifestations 
confusionnelles ou en syndromes pseudo-dementiels, il n’en reste 
pas moins vrai que, dans quelques cas, la tumeur cerebrale peut 
realiser un tableau rappelant de tres pres certaines psychoses.:—. 

C’est ainsi que nous avons rapporte avec Lamache et Cuel (1) 

! une observation typique d’excitation maniaque, au cours d’un 
meningiome temporal. L’un de nous a egalement observe, avec 
Crouzon et Costes (2), au cours d’un gliome temporal, un tableau 
“ de delire de persecution caracteristique et certifie par des alie- 
nistes les plus competents. 

Nous rapportons ci-dessous une observation anatomo-clinique 
d’un gliome kystique du lobe temporal gauche, dans lequel cette 
tumeur ne s’est manifestee cliniquement que par un syndrome 
mental a type schizophrenique. 

En dehors de ce syndrome psychopathique, il n’y avait aucun 
signe de localisation, et malgre le siege de la tumeur dans l’he- 
misphere gauche et dans la zone de Wernicke, il n’y eut pas 
, d’aphasie. 

Voici d’abord l’histoire de notre malade. Nous envisagerons 
ensuite l’interpretation qu’on peut en donner et les enseigne- 
ments qu’elle apporte au point de vue psychiatrique. 

(1) Claude, Baruk, Lamache et Cuel. — Excitation maniaque et tumeur 
Encephale, n° 1, 1928. 

(2) Crouzon Baruk et Costes. — Ann. med. psych., n° 4, nov. 1927. 

Ann. med.-psych., 13 e serie, t. I. — Janvier 1931. 



12 


H. CLAUDE ET H. BARUK 


Dans les premiers jours de septembre 1929, on vit se presenter a la 
Consultation de la Salpetriere un individu ayant toutes les apparences 
d’un vagabond, les traits tires, l’aspect fatigue, les vetements en 
desordre et couverts de poussiere. En l’interrogeant, on n’obtenait de 
lui que quelques indications vagues entrecoupees de recriminations : 
il etait venu la veille de Troyes, disait-il, a.vait passe la nuit dehors 
en attendant l’ouverture de la Consultation de la Salpetriere ; il 
n’accusait pas de troubles particuliers, mais se plaignait de son tra¬ 
vail, de ses patrons, de la societe, etc... avec line expression marquee 
d’hostilite, Aussi le D r Thurel qui Pexamina a la Consultation.de la 
Salpetriere nous l’adressa le jour meme a la Consultation de Ste-Anne. 

Des le debut de notreT examen, nous fumes frappe de Paspect a la 
fois hostile et anxieux presente par ce malade. Arpentant a grand pas 
la salle de consultation, il s’ecriait d’un ton dramatique et indigne : 
« Mais qu’est-ce que je vais devenir ? C’est degoutant ! On se fout du 
monde. Mais qu’est-ce que c’est que tout cela ? » Le malade s’asseyait, 
se relevait, ne tenait pas en place, vociferant, sans cependant preci- 
ser les motifs de ses inquietudes et de son mecontentement. 

En l’interrogeant avec insistance, on flnit toutefois par apprendre 
qu’actuellement age de 32 ans, il a depuis plusieurs annees sans cesse 
change de places. Sa situation sociale a depuis quatre ans .notamment 
considerablement baisse : apres avoir fait de bonnes etudes, et avoir 
occupe un poste dans une administration, il s’est brouille avec ses 
chefs, a du prendre des places de moins en moins bonnes, et finale- 
ment est devenu un manoeuvre, un homme.de peine gagnant de plus 
en plus difficilement sa vie. 

En outre, depuis quelques mois, disait-il, il souffre de violents maux 
de tete. Il a d’autre part Vimpression qu’il est gravement malade, et le 
pressentiment qu’il est perdu. Il a consulte de tous les cotes. Il a ete 
recemment hospitalise a PHopital de Troyes ou on lui a fait une 
ponction lombaire. Mais de plus en plus inquiet il a pris brusquement 
le train pour Paris et s’est presente a la Salpetriere. 

Tous ces details ne nous^ etaient donnes que par bribes, le malade 
s’interrompant sans cesse pour se livrer a des lamentations, ou a des 
recriminations vehementes. 

On notait, en outre, dans la parole, une certaine dysarthrie et un 
achoppement leger dans certains mots d’epreuve. 

On constatait enfin un tres leger tremblement des doigts. 

L’examen neurologique etait par ailleurs entierement negatif. 
Reactions pupillaires normales. 

Il etait evidemment extremeinent difficile de poser un diagnostic. 
S’agissait-il d’un cas de desequilibre mental constitutionnel ? d’un 
debut de D. P. ? ou bien du debut d’une P. G. ou d’une autre affection 
organique, comme y faisaient penser la dysarthrie et le leger tremble¬ 
ment ? 

N ayant pas de place a la Clinique, nous adressames immediatement 
ce malade dans le service du Df Toulouse. Il y resta une quinzaine de 




GLIOME DU LOBE TEMPORAL GAUCHE 13 

jours en observation, et fut dirige de nouveau sur la Clinique le 
23 septembre 1929 avec le certificat suivant (D r Pi chard) : « Est ' 
atteint de desequilibre mental avec troubles du caractere. Attitude 
habituellement hostile. Recriminations continuelles. Protestations 
contre les soins. Grossierete et menaces envers le personnel. Refus 
d’examen a certains moments. Phases subanxieuses avec depression 
et concentration. » Le certificat immediat (D r Schiff) traduisait le 
meme tableau clinique ; « Attitude hostile avec mutisme absolu aux 
questions, le malade ne parlant que pour recriminer avec violence, et 
de facon peu explicite. Refus d’examen. Expression a la fois hostile 
et anxieuse. Aurait menace le personnel a l’hopital Henri Rousselle. 
Etat saburral des voies digestives » (24 sept). 

Le lendemain de son entree a la Clinique, nous avons fait a ce 
malade une P. L. dont voici les resultats : tension en position cou- 
ehee : 45 ; alb. 0,22 ; Pandy et Weichbrodt negatifs ; leucocytes 
5,4/mmc. ; Wass. et benjoin negatifs. 

En raison de la tension nettement elevee, nous n’avions retire 
qu’une faible quantite de liquide, et encore tres lentement, et en 
position couchee. 

Le soir meme, brusqUement, le malade accusa de l’oppression ; son 
visage devint cyanose, et en quelques minutes survinrent le coma et la 
mort. 

Autopsie 

Cerveau gauche : vu par sa face externe on voit une tumeur blan- 
chatre tranchant nettement sur le tissu cerebral, aspect gelatineux, 
mou, des limites tres floues, dont le centre occupe le centre des deux 
premieres tempOrales. 

A la limite superieure, il y a un sillon assez profond qui semble 
separer la tumeur de la circonvolution voisine pres du bord inferieur 
de Sylvius. Surface d’une petite paume de main (en somme, la 
tumeur est en pleine zone de Wernicke et longe inferieurement la 
scissure de Sylvius). 

Par la face inferieure la tumeur n’apparait pas exterieurement, 
mais le lobe temporo-sphenoidal (pole anterieur) est legerement 
voussure ; de ce fait, la face inferieure de scissure de Sylvius est 
transformee en une gouttiere tres profonde. 

La face interne ; aucuhe modification appreciable, 

Sur une coupehorizontale (de'Flechsig), l’hemisphere gauche parait 
plus large, les cavites ventriculaires sont aplaties. La tumeur, d’aspect 
gelatineux, ramolli, de limites ires diffuses, parait occuper' le quadri- 
iatere de P. Marie, s’arretant e'n'dedans a la limite externe de la 
couronne rayonnante, au voisinage de la corne frontale du ventricule 
lateral. En avant, elle parait se bifurquer en plein lobe frontal (aspect 
plus blanchatre, dessin des circonvolutions et des faisceaux de fibres 
blanches moins net, mais eonsistance qui ne parait pas tres diminiiee); 

n est impossible de preciser les limites posterieures de la tumeur. 
Les noyaux centraux paraissent aplatis. 


H. CLAUDE ET H. BARUK 



Fig. 1. — Face externe de l’hemisphere : le gliome kystique est marque 
par une cavite. 


Protuberance: bulbe : rien a l’oeil nu, aqueduc de Sylvius di- 


Cerveau droit: rien d’apparent. 


GLIOME DU LOBE TEMPORAL GAUCHE 


15 


Nous avons alors cherche a preciser les antecedents de ce 
malade et l’histoire de cette affection, dont nous n’avons observe 



Fig. 2. — Coupe horizontale de l’hemisphere montrant la diffusion de la tumeur. 

que l’episode terminal. Nous avons pu retrouver sa famille, et 
recueillir de sa tante, et de sa mere, ces renseignements : 

Des son enfance, le malade a presente un caractere plutot dif¬ 
ficile et une sante delicate. Tout jeune, il etait renferme, sombre. 


26 H. CLAUDE ET H. BARUK 

ayant peu de camarades, replie sur lui-meme. Cependant, il etait 
serieux, consciencieux et travaillait bien. II a fait de bonnes etu¬ 
des secondaires au lycee, et a passe son baccalaureat a l’age de 
17 ans. Immediatement'apres, il alia faire un sejour d’etudes en 
Allemagne, afin de perfectionner ses connaissances dans la lan- 
gue allemande. Il revint en France juste avant la guerre. Durant 
la guerre, il fut mobilise, partit au front dans un regiment de 
chasseurs a pied, ne fut ni blesse ni malade. 

La guerre finie, il revint a Paris, et suivit des cours dans une 
ecole commerciale. Mais peu a peu, insensiblement, son carac- 
tere devenait de plus en plus difficile. Il commenca a emettre des 
idees d’un pessimisme extreme, de multiples theories sociales 
plus ou moins bizarres et peu coherentes. 

Peu a peu, cet-etat s’accentua. Bientot, ses sentiments affectifs 
vis-a-vis de sa famille s’altererent et se transformerent en une 
veritable << haine familiale », Depuis 4 ans, il rompit tout 
contact avec ses parents, les accusait sans cesse, sans jamais don- 
ner aucun motif precis de son mecontentement ; « il en voulait 
a tout le monde », « voulait entreprendre des quantites de cho- 
ses qu’il ne realisait jamais », se plaignait que sa famille ne 
l’aidait pas, tout en refusant avec hauteur toutes les avances 
qu’on lui faisait. 

Le meme etat d’esprit entrave toute sa carriere professionnelle: 
devenu incapable de s’arreter a une ligne de conduite suivie, il 
abandonne bientot ses etudes commerciales, part brusquement, 
en 1922, a Nancy, s’embauche dans une usine, mais prend imme¬ 
diatement fait et cause pour des ouvriers renvoyes, et perd sa 
place. On perd ensuite sa trace ; il changeait sans cesse de resi¬ 
dence. En 1924, on le retrouve a Strasbourg. Sa mere va alors 
le voir ; il refuse de la recevoir. En 1926, sa famille apprend, non 
sans etonnement, qu’il a achete une petite maison. Il s’y est retire 
dans une solitude absolue, ne voyant personne, travaillant irre- 
gulierement comme manoeuvre, lisant parfois sans arret, preoc- 
cupe de theories sociales, anarchistes et communistes. Sa famille 
1 le P erd ensuite de vue, jusqu’au moment ou elle est avertie de 
son entree a la Clinique et de sa mort. 

Au point de vue somatique, la mere nous signale qu’il a tou- 
I°urs ete delicat : pas de convulsions dans l’enfance. A 12 ans, il 
aurait eu le pied platre pour une arthrite de la cheville ; il a pre¬ 
sente ensuite des exostoses (?) multiples. Pas d’autres maladies. 
A noter, cependant, que, depuis queLques annees, sa mere avait 
remarque, par intervals, des troubles de l’elocution Enfin rap- 
pelons que le malade avait. un frere de 24 ans atteint de troubles 



GLIOME DU LOBE TEMPORAL GAUCHE 17 

psychiques, impulsif, violent, interne a trois reprises a l’asile de 
Mareville. 

Le pere est mort a 51 ans de « congestion cerebrale ». La 
mere est bien portante. 

Comment interpreter une telle observation ? Notons, tout 
d’abord, qu’il existe chez ce malade, d’une part, des antecedents 
hereditaires et familiaux assez charges, d’autre part, un terrain 
psychopathique ancien, qui s’est manifesto des l’enfance : carac- 
tere sombre, renferme, constitution schizoide. Cependant, le 
malade a pu mener une existence normale et faire preuve d’une 
activite bien dirigee et soutenue jusqu’a l’age'de 24 a 25 ans. II 
a pu faire de bonnes .etudes, il a passe son baccalaureat, a fait 
la guerre sans incident. 

C’est done seulement depuis quelques annees que ce malade 
a presente des troubles de plus en plus graves de Vadaptation 
sociale : ces troubles se traduisent surtout par l’instabilite de 
son activite psychique. Le malade ne peut se fixer aucun but 
suivi, il change sans cesse de place et de residence, sans pouvoir 
s’adapter nulle part. Il y a done la des manifestations nouvelles, 
et qui ne sont pas uniquement l’aboutissant de ses caracteres 
constitutionnels. D’ailleurs, d’autres symptomes apparaissent 
plus caracteristiques: une haine familiale morbide, une tendance 
de plus en plus marquee a l’isolement, une activite intellectuelle 
speculative de plus en plus exacerbee, au detriment de l’activite 
pragmatique et du rendement social, enfin, un melange d’anxiete 
et d’hostilite, sans motif precis, sans fondement coherent. 

On reconnait la les signes d’un etat schizomaniaque, et l’on 
peut dire que l’histoire de ce malade, son terrain constitutionnel, 
son caractere schizoide et les divers symptomes qui se sont 
echelonnes depuis quelques- annees, sont tout a fait superposa- 
bles a ce qu’on observe -dans la schizophrenic la plus caracteris- 
tique. 

Mais cet etat schizophrenique est-il lie seulement au develop- 
pement spontane de la constitution mentale de ce malade, ou 
bien a-t-il ete determine par la tumeur cerebrale ? En un mot, 
quel est le role exact, chez ce malade, de l’element constitution¬ 
nel et du facteur organique ? Tel est le probleme que pose cette 
observation, probleme d’une importance d’ailleurs generale dans 
la facon d’envisager l’etiologie et la pathogenie des psychoses. 
Pour repondre a ce probleme, on peut faire appel, d’une part, a 
l’histoire clinique du malade, d’autre part, aux donnees que nous 
possedons concernant les troubles mentaux des tumeurs cere- 
brales. 

Ann. med.-psych., lB e serie, t. I. — Janvier 1931. 2. 



18 


H. CLAUDE ET H. BARUK 


Dans l’histoire clinique du malade, les signes propres a revo¬ 
lution de la tumeur cerebrale sont malheureusement restes des 
plus estompes. Tout au plus releve-t-on l’existence de cephalees, 
il y a quelques mois. Plus interessants sont les troubles de l’elo- 
cution, qui avaient frappe la mere du malade. Toutefois, il est 
difficile, sur les simples donnees de la clinique, de deceler des 
rapports rigoureux entre 1’evolution clinique de la tumeur et 
celle des troubles mentaux. Les constatations anatomiques, 
cependant, nous laissent penser que ce gliome kystique a du se 
developper depuis de longues annees. 

Mais il serait singulierement temeraire de se fonder sur ces 
donnees relativement negatives pour penser qu’il n’y a eu aucun 
rapport entre revolution de la tumeur et le syndrome schizo- 
phrenique. Nous savons, en effet, avec quelle frequence les~"' ; 
tumeurs cerebrales, quel qu’en soit le siege, retentissent au debut 
sur le psychisme et l’etat affectif : il est extremement frequent 
de constater, dans la periode prodromique de l’affection, un veri¬ 
table etat d’anxiete morale, consistant dans un pressentiment 
sinistre, dans une impression de mort prochaine, dans un pessi- 
misme general, traduisant en somme un etat de malaise cenes- 
thesique mal defini. L’un de nous, dans sa these (1), et ulterieu- 
rement, en a rapporte divers exemples. Recemment encore, dans 
notre service, nous avons pu observer une malade presentant un 
etat d’arixiete en apparence banale, chez qui survint brutalement 
une syncope mortelle, et dont l’autopsie revela la presence d’un 
gros gliome du lobe temporal. Assez souvent, d’ailleurs, cet etat 
depressif et anxieux special s’accompagne d’une certaine irri¬ 
tability qui a ete particulierement etudiee au cours des tumeurs 
cerebrales, par les auteurs allemands (Shuster (2), Pfeiffer (3), 
etc...). 

Il y a done lieu de tenir grand compte, lorsqu’on suit revolu¬ 
tion de certaines tumeurs cerebrales, des modifications deThu- 
meur, de l’etat affectif, et, en quelque sorte, de l’existence d’un 
— veritable malaise moral. Il est d’ailleurs frequent de noter l’exis- 
tence de ces manifestations psychiques dans des tumeurs ne 
s’accompagnant encore d’aucun signe somatique; souvent meme, 
il existe un veritable balancement entre ces troubles subjectifs 
anxieux et les signes physiques, qui n’apparaissent que lorsque 
les premiers ont disparu. Ces troubles subjectifs n’en ont ^as 


(1) H. Barok. — Les troubles mentaux dans les tumeurs 

(2) Shuster. — Psychistre storungen bei hirntumoren 

(3) Pfeiffer. — Archio. fur Psgchiairie, 1910, p. 558. ’ 


cerebrales, Doin, 1926. 
Stuttgard, 1902. 



GLIOME DU LOBE TEMPORAL GAUCHE 


19 


moins leur valeur, et l’on peut dire avec Duret, a cet egard, « que 
s’ils traduisent encore d’une facon obscure l’atteinte du cerveau, 
c’est parce qu’on ne sait pas comprendre son langage ». Bien 
entendu, cette modification de la tonalite affective pourra don- 
ner lieu a des reactions psychologiques variees et plus marquees 
chez certains sujets presentant anterieurement un terrain psy- 
chopathique : c’est ainsi que chez une malade observee par l’un 
de nous avec O. Crouzon et Coste (1), on a vu se developper, au 
cours de 1’evolution d’un gliome du lobe temporal droit, un veri¬ 
table delire de persecution a caractere processif, en imposant 
pour un etat paranoiaque. Chez le malade dont nous venons de 
rapporter l’observation, les reactions observees ont revetu beau- 
coup plus le caractere schizophrenique. Mais ces deux cas meri- 
tent d’etre rapproches a beaucoup de points de vue. Dans l’un 
comme dans l’autre, le trouble fundamental reste le malaise 
cenesthesique ; celui-ci determine secondairemen t de l’irritabi- 
lite, ou des reactions psychologiques diverses, suivant le terrain 
anterieur. 

Cette observation anatomo-clinique met done bien en relief le; 
role respectif du terrain constitutionnel et des facteurs organiques 
acquis. Tout se passe comme si ces derniers, par les perturba¬ 
tions du fonctiqnnement cerebral qu’ils determinent, agissaient 
au point de vue psychique comme June sorte de revelateur, met- 
tant a nu ou renforcant des tendances plus ou moins voilees ou 
latentes (2). 

Dans l’observation que nous venons de rapporter, nous avons 
la chance de pouvoir deceler ces deux facteurs etiologiques : le: 
terrain et le facteur cerebral. Remarquons d’ailleurs co m b ien ce 
dernier est difficile a mettre en evidenc : sans la decouverte de 
l’hypertension rachidienne n’aurait-on pas pu considerer cet etat 
schizophrenique comme lie exclusivement au developpement 
spontane de la constitution schizoide ? Les faits de ce genre nous 
montrent que dans les affections dont l’etiologie est encore incon- 

(1) Loco citato. 

(2) Dans un travail recent, intitule « tumeurs cerebrales et psychoses », 

Revue Neurol., 1929, p. 599) H. Gordon insiste sur le role indirect et accessoire 

des lesions organiques et en particulier de celles des tumeurs cerebrales dans 
le developpement des psychoses. Bien entendu il faut tenir compte en pareil 

cas du terrain anterieur. II faut tenir compte aussi de la nature et de la diflu- 

sion de l’atteinte cerebrale : les troubles psychiques fins comme ceux observes 
dans les psychoses, semblent en effet plus en rapport avec des atteintes dyna- 
miques cellulaires qu’avec des lesions destructives. C’est le cas de certains 
gliomes tres peu destructifs. Mais bien entendu il s’agit la de faits rares, et a 

ce point de vue les tumeurs cerebrales sont loin d’avoir, au point de vue psj 1 2 * * * * 7 - 
chiatrique, l’interet des intoxications. 



20 


H. CLAUDE ET H. BARUK 


nue, comme la schizophrenic, il faut etre prudent avant de se 
limiter exclusivement au facteur constitutionnel, et se mefier des 
causes acquises qui peuvent s’associer a ce dernier, et dont il rie 
faut pas meconnaitre la valeur. 

Un dernier point reste a discuter. Peut-on attribuer au siege 
de la tumeur un certain interet pour expliquer ce syndrome psy- 
chique ? Il est fort difficile de repondre a cette question. Il est 
plus vraisemblable de penser qu’au cours de ces etats anxieux des 
tumeurs cerebrales, il faut attacher plus d’importance a la per¬ 
turbation des fonctions cerebrales en general qu’a une atteinte 
localisee. Il faut noter, cependant, qu’apres les tumeurs fronta- 
les et calleuses, les tumeurs des lobes temporaux sont celles qui 
donnent lieu le plus souvent a des troubles mentaux. Rappelons 
que c’est dans des cas de tumeurs temporales que Foster Ken¬ 
nedy (1), dans son memorable travail, a decrit l’etat psychologi- 
que d’anxiete si special qui accompagne les crises de « dreamy 
J state ». Il s’agit, en pareil cas, d’une sorte d’anxiete intellectuelle, 

I avec exaltation de la conscience, exacerbation de toutes les sen¬ 
sations, et surtout une impression d’intuition presque tragique 
de l’avenir. « Cette impression de prescience va jusqu’a la soub- 
franee, tant par son acuite que par la sensation inevitable d’ina- 
chevement qui l’accompagne. » Ces phenomenes ne sont pas 
sans analogic avec la sombre vision de l’avenir que nous trou- 
vons chez notre malade. 

Il importe enfin de remarquer que malgre le siege de la tumeur 
en plein hemisphere gauche, et en pleine zone du langage (2), 
notre malade n’a pas presente d’aphasie. Tout au plus a-t-il eu 
quelques troubles dysarthriques legers. Ces faits ne doivent pas 
nous etonner : les gliomes infiltrent souvent plus qu’ils ne detrui- 
sent, et, a ce point de vue, ils ne peuvent pas etre compares aux 
lesions vasculaires. C’est pourquoi ils constituent un mau- 
vais terrain d etudes au point de vue topographique ; mais, 
par contre, en raison de leur diffusion et des troubles dynami- 
ques cerebraux qu’ils provoquent, ils determinent parfois des 
troubles mentaux varies et leur etude peut etre precieuse poUr le 
psychiatre. 


(1) F. Kennedy - The symptomatology of temporo-sphenoidal tumors Arch . 
of internal medicine, Chicago, 1911 (8-317). 

(2) Le malade n’elait pas gaucher. 



SOClfiTfi MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


BUREAU POUR 1931 

President : M. le prof. H. Claude. 

Vice-President : M. Marchand. 

Secretaire general : M. Rene Charpentier. 
Tresorier-Archiviste : M. Raymond Mallet. 

Secretaires des seances : MM. Cgurbon et Demay. 

LISTE DES MEMBRES 
Membres titulaires 

MM. P. Abely, Maison Nationale de Saint-Maurice (Seine). 

X. Abely, Asile de Vi'llejuif (Seine). 

Barbe, 14, rue de Luynes, Paris (VIP). 

H. Baruk, 4, rue Cacheux, Paris (XIIP). 

Baudouin, 5, rue Palatine, Paris (VP). 

Beaudouin, Asile de Maison-Blanche, Neuilly-sur-Marne (S.-et-O.). 
Borel, 11, Quai aux Fleurs, Paris (IV e ). 

Bussard, 8, avenue du 11-Novembre, Bellevue (S.-et-O.). 

Buvat, 130, rue de la Glaciere, Paris (XIIP). 

Calmels, 22, avenue des Gobelins, Paris (V e ). 

Capgras, Asile Clinique (Sainte-Anne), 1, rue Cabanis, Paris (XIV e ). 
Ceillier, 20, Quai de Bethune, Paris (IV e ). 

Rene Charpentier, 119, rue Perronet, Neuilly-sur-Seine (Seine). 

H. Claude, 89, bd Malesherbes, Paris (VHP). 

G. de Glerambault, 46, rue Danicourt, Malakoff (Seine). 

H. Codet, 10, rue de l’Odeon, Paris (VP). 

Collet, 6, avenue des Marronniers, Fontenay-sous-Bois (Seine). 
Courbon, Asile de Vaucluse, Epinay-sur-Orge (Seine-et-Oise). 
Demay, Asile de Maison-Blancbe, Neuilly-sur-Marne (S.-et-O.). 
Georges Dumas, 6, rue Garanciere, Paris (VI C ). 

Dupaxn, 5, bd Saint-Michel, Paris (V e ). 

A. Delmas, 23, rue de la Mairie, Ivry-sur-Seine (Seine). 

Devaux, 117 bis, rue Perronet, Neuilly-sur-Seine (Seine). 

Dupouy, 15, Villa du Bel-Air, Paris (XIP). 

Fillassier, 10, Quai Gallieni, Suresnes (Seine). 

Maurice de Fleury, 139, bd Haussmann, Paris (VIIP). 
Fribourg-Blanc, 15, rue Fays, Saint-Mande (Seine). 

Guiraud, Asile de Villejuif (Seine). 



22 


SOCIETE MEDICO-PSYCHOLO‘GIQUE 


Genil-Perrin, 99, avenue La Bourdonnais, Paris (VIP). 

Hartenberg, 64, rue de Monceau, Paris (VIII e ). 

Heuyer, 74, bd Raspail, Paris (VI 6 ). 

Pierre Janet, 54, rue de Varenne, Paris (VIP). 

Pierre Kahn, 38, rue Parmentier, Neuilly-sur-Seine (Seine). 
Laignel-Lavastine, 12 bis, place de Laborde, Paris (VHP). 

Laugier, 1, rue Hautefeuille, Paris (VP). 

R. Leroy, Asile Clinique (Sainte-Anne), 1, rue Cabanis, Paris (XIV e ). 
Levy-Valensi, 37, avenue Victor-Hugo, Paris (XVI 6 ). 

Lhermitte, 9, rue Marbeuf, Paris (VIIP). 

Logre, 49, avenue Montaigne, Paris (VHP). 

Lwoff, 14, avenue Marie-LoUise, La Varenne-St-Hilaire (Seine). 
Maillard, 40, rue Dispan, L’Hay-les-Roses (Seine). 

Raymond Mallet, 22, avenue Mozart, Paris (XVI C ). 

Marchand, 47, rue Falguiere, Paris (XV 6 ). 

Aug. Marie, 16, bd Edgar-Quinet, Paris (XIV e ). 

Meuriot, 51, avenue Montaigne, Paris (VIIP). 

Mignot, Asile de Ville-Evrard, Neuilly-sur-Marne (S.-et-O.). 
Minkowski, 2, Square Delambre, Paris (XIV 6 ). 

Peron, 10, Quai Gallieni, Suresnes (Seine). 

Petit, 160, rue de Paris, Neuilly-sur-Marne (S.-et-O.). 

Pieron, 52, route de la Plaine, Le Vesinet (S.-et-O.). 

Raffegeau, 9, avenue des Pages, Le Vesinet (S.-et-O.). 

Raynier, 3 bis, rue de Capri, Paris (XIP). 

Revault d’Allonnes, 22, rue Beautreillis, Paris (IV 6 ). 

Rodiet, Asile de Ville-Evrard, Neuilly-sur-Marne (S.-et-O.). 

Rogues de Fursac, Asile de Villejuif (Seine). 

Roubinovitch, 3, rue de Medicis, Paris (VI 6 ). 

D. Santenoise, Faculte de Medecine, Nancy (M.-et-M.). 

Senges, Asile de Moisselles (S.-et-O.). 

Th. Simon, Colonie d’enfants, Perray-Vaucluse (S.-et-O.). 

Sollier, 14, rue Clement-Marot, Paris (VIIP). 

Targowla, 169, rue de l’Universite, Paris (VIP). 

Mmele D r Thuillier-Landry, 68, rue d’Assas, Paris (VII 6 ). 

MM. Tinel, 254, bd Saint-Germain, Paris (VIP). 

Toulouse, Hopital Henri-Rousselle, 1, rue Cabanis, Paris (XIV 6 ). 
Truelle, Asile Clinique (Sainte-Anne), 1, rue Cabanis, Paris (XIV e ). 
VinchoN, 108, rue du Bac, Paris (VII 6 ). 

Vurpas, 161, rue de Charonne, Paris (XI 6 ). 

Wallon, 19, rue de la Tour, Paris (XVI 6 ). 

Membres honoraires (1) 

MM. Paul Camus, 55, Quai Bourbon, Paris (IV 6 ). 

Guillain, 215 bis, bd Saint-Germain, Paris (VII 6 ). 

Klippel, 63, bd des Invalides, Paris (VII 6 ). 

Legrain, 9, rue Pelouze, Paris (VIIP). 

Pierre Marie, 76, rue de Lille, Paris (VIP). 


(1) La liste des membres correspondants (nationaux) et la liste des membres 
associes etrangers seront publiees ulterieurement. membres 



LISTE DES MEMBRES 


23 


H. Meige, Allee Boileau, Champignolle, la Varenne-St-Hilaire (Seine) 
Nageotte, 82, rue Notre-Dame-des-Champs, Paris (VI e ). 

Pactet, 35, Grande-Rue, Chatenay (Seine). 

Papillault, 2 bis, avenue Froeliot, Paris (IX e ). 

Seglas, 96, rue de Rennes, Paris (VP). 

Semelaigne, 59, bd de Montmorency, Paris (XVP). 

Serieux, 83 bis, bd Brune, Paris (XIV e ). 

Andre Thomas, 17, rue Quantin-Bauchart, Paris (VHP). 

Trenel, 2, avenue Dorian, Paris (XIP). 

Liste des Presidents et Secretaires generaux 
de la Societe Medico-psychologique depuis sa fondation (1) 
( 1852 - 1931 ) 

Presidents 


Ferrus (avril 1852-juillet 1853). 
Gerdy (juillet 1853-juillet 1854). 
Buchez (juillet 1854-juillet 1855). 
Parchappe (juillet 1855-juillet 1856). 
Peisse (juillet 1856-juillet 1857). 
Baillarger (juillet 1857-juillet 1858). 
Cerise (juillet 1858-juillet 1859). 
Trelat (juillet 1859-decembre 1868). 
Brierre de Boismont (1861). 

Adolphe Garnier (1862). 

Delasiauvre (1863). 

Moreau de Tours (1864). 

Girard de Cailleux (1865). 

Felix Voisin (1866). 

Paul Janet (1867). 

Brochin (1868). 

Constans (1869). 

Lasegue (1870 et 1871). 

Jules Falret (1872). 

Lunier (1873). 

Loiseau (1874). 

Blanche (1875). 

Dumesnil (1876). 

Billod (1877). 

Baillarger (1878). 

Prosper Lucas (1879). 

Legrand du Saulle (1880). 

Luts (1881). 

Dally (1882). 

Motet (1883). 

A. Foville (1884). 

Dagonet (1885). 

Armand Semelaigne (1886). 


Magnan (1887). 

Cotard (1888). 

Jules Falret (1889). 

Ball (1890). 

Bouchereau (1891). 

Theophile Roussel (1892). 
Christian (1893). 

Auguste Voisin (1894). 

Paul Moreau de Tours (1895). 
Eugene Gharpentier (1896). 
Paul Garnier (1897). 

Meuriot (1898). 

Jules Voisin (1899). 

Magnan (1900). 

JOFFROY (1901). 

Motet (1902). 

Gilbert Ballet (1903). 

Ballet (1903). 

Brunet (1904). 

Vallon (1905). 

Briand (1906). 

Deny (1907). 

Seglas (1908). 

Legras (1909). 

Arnaud (1910). 

Serieux (1911). 

Klippel (i912). 

Rene Semelaigne (1913) 
Vigouroux (1914-1916). 

Chaslin (1917). 

Henri Colin (1918). 

Dupain (1919). 

Trenel (1920). 


(1) Cette liste a ete etablie pour les lecteurs des Annales Medico-psycholo- 
iliqnes par le D r Rene Semelaigne. 



24 


SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQ UE 


Pactet (1921). 
Toulouse (1922). 
Antheaume (1923). 
Truelle (1924). 
Roubinovitch (1925). 
Sollier (1926). 


Legrain (1927). 
Leroy (1928). 

Pierre Janet (1929). 
Gapgras (1930). 
Claude (1931). 

Secretaires generaux 


Dechambre (avril 1852-juillet 1856) 

Cerise (juillet 1856-juillet 1858). 

Brierre de Boismont (juillet 1858-juillet 1859) 
Archambault (juillet 1859-decembre 1861). 
Brochin (janvier 1862-decembre 1866). 

Loiseau (janvier 1867-decembre 1873). 

Motet (janvier 1873-decembre 1881). 

Ritti (janvier 1882-janvier 1920). 

Henri Colin (fevrier 1920-octobre 1930). 

Rene Charpentier (22 decembre 1930). 


Seance du Jeudi 15 Janvier 1931 


Presidence de M. le Prof. Henri CLAUDE 


En ouvrant la seance, M. le Prof. H. Claude, president, adresse 
les felicitations de l’Assemblee au D r Raoul Leroy, nomine Che¬ 
valier de la Legion d’Honneur. 

COMMUNICATIONS 

Paralysie generate et gravidite. Traitement malarique de la 
Paralysie generale chez une femme enceinte (Presentation 
de la mere et de l’enfant ), par MM. Leroy, Medakovitch et 
Masquin. 

Les paralytiques generales conservent un appetit sexuel quel- 
quefois meme exagere et ne semblent pas presenter de troubles 
de la menstruation, meme aux environs de la menopause. Ceci 
est a opposer a la suppression frequente des regies dans les psy¬ 
choses fonctionnelles, et tout specialement dans la psychose 
maniaque depressive. 


SEANCE DU 15 JANVIER 1931 


25 


La grossesse peut s’observer assez souvent chez les femmes 
paralytiques. Nous ne pouvons nous rallier a l’opinion de Suss- 
trunk ( Zentralbl. fur Gynakologie 1925, N° XXVI, p. 1436), 
considerant la gravidite comme tres rare au cours de la meningo- 
encephalite. Les 67 cas rassembles par lui dans la litterature ne 
peuvent avoir une valeur absolue, car on peut admettre que tous 
les cas de grossesse sont loin d’avoir ete publies. Contre cette 
these, nous citerons le fait que Pilcz, dans son travail « Sur 
l’avenir des enfants venus au monde durant revolution d’une 
maladie mentale de la mere », a trouve 32 femmes paralytiques 
meres de 34 enfants avec accouchement normal, generalement 
facile, quelquefois meme non douloureux. Les enfants ne presern 
taient aucun signe de syphilis hereditaire. Les avortements 
etaient exceptionnels. D’apres ce dernier travail, il semble etabli 
que le pronostic de la gravidite, ainsi que l’avenir des enfants, 
sont meilleurs dans la paralysie generale que dans la syphilis 
recente de la mere. La mortalite se montre cependant assez ele- 
vee (51,5 0/0). Etant donne la rarete de la syphilis congenital e 
comme cause de la mort, il faut admettre une debilite particu- 
liere des enfants, debilite conditionnee par le processus morbide 
de la mere. L’infection du fruit est peu vraisemblable, Une cure; 
specifique est, en tout cas, indispensable, surtout dans l’interet 
de l’enfant. 

La rencontre de la gravidite et de la paralysie generale pose 
toute une serie de questions interessant les psychiatres et les 
accoucheurs. Certains auteurs se sont demande si on est en droit 
ou si on est oblige d’arreter la gravidite en pareil cas. Deux points 
sont a envisager : la mere et l’enfant. L’avortement supprime 
l’enfant, mais il faut bien savoir qu’une paralysie generale chez 
les parents n’a pas toujours une influence nefaste sur le fruit. 
L’avortement n’est done pas indique pour l’enfant. Tout autre- 
ment se pose la question, quand on envisage le probleme a savoir 
dans quelle mesure une gravidite favorise l’explosion et la pro¬ 
gression d’une meningo-encephalite. On connait l’influence 
desastreuse de la grossesse sur 1’evolution de la maladie de Bayle. 
Unger a eu l’occasion de recevoir dans son service, en 1924, deux 
paralytiques generales qui lui ont permis de confirmer cette opi¬ 
nion. Ces deux malades etaient entrees a l’asile dans un etat de 
demence tres profond, developpe apres l’apparition de la gravi¬ 
dite. L’eclosion et l’acceleration de la maladie se montraient ici 
indeniables. 1 

Unger rapporte a cette occasion une observation des plus curieu- 
ses : il s’agit d’une femme de 40 ans, internee dans un etat de demence 



26 


SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


complete, avec incapacity de donner aucun renseignement, obnubila¬ 
tion totale, desorientation dans le temps et dans l’espace, tres grand 
affaiblissement de la memoire. Au point de vue physique : inegalite 
et inertie pupillaires, troubles des reflexes et de l’articulation de la 
parole, pcriture tremblee avec des repetitions et des oublis, gatisme 
fecal et retention urinaire necessitant le catheterisme journalier ; 
traces d’albumine dans les urines ; reactions biologiques tres positi¬ 
ves dans le sang et dans le liquide cephalo-rachidien. Le mari est 
lui-meme un paralytique general traite autrefois par la malaria et sorti 
en remission. Cette malade, atteinte de paralysie generale, est impa- 
ludee le 17 janvier 1923 ; souche tierce a acces quotidiens, 22 acces 
depassant 39°. Arret spontane des acces le 24 fevrier. Cure arsenicale 
post-malarique. Amelioration progressive de l’etat psychique et soma- 
tique, suppression du gatisme, mais persistance de la retention 
d’urine. A partir du 18 mars, la malade, qui boit beaucoup, emet 
spontanement 5 litres d’urine et ne presente plus de retention ; 
cependant il persiste une tumefaction abdominale indeterminee. Une 
consultation dans le service de gynecologie determine, le 23 mars, 
un uterus elargi jusqu’a 1’ombilic, diagnostic de gravidite au 6 e mois, 
bruits du cceur de l’enfant nettement perceptibles. La malade ne croit 
pas etre enceinte. 

Vu qu’au moment de 1’entree, il etait impossible d’obtenir des ren- 
seignements ni de la malade ni de son mari, on a meconnu la gros- 
sesse d’autant plus facilement que la vessie en retention recouvrait 
1’uterus. Quand la retention eut disparu, le diagnostic put etre etabli 
en raison de la forte augmentation de volume de l’uterus. L’auteur 
avoue que, s’il avait su etre en presence d’une femme enceinte, il 
n’aurait pas ose appliquer la malariatherapie. Cette ignorance a 
donne lieu a cette importante constatation qu’une cure energique 
n’arrete pas la grossesse. Par contre, elle ameliore l’etat psychique, 
dans une tres large mesure, durant la gravite. Il est etonnant de cons- 
tater que les frissons avec les oscillations thermiques n’ont pas nui a 
la grossesse. Nous connaissons d’autres infections (grippe) qui abou- 
tissent assez frequemment a l’avortement par suite de la mort du 
foetus. Dans le cas present, la gravidite n’avait pas ete interrompue, 
le foetus n’etant pas lese. 

Le 31 mai, debut des douleurs et le l er juin accouchement, sans 
trop de souffrances, d’un enfant vivant du sexe feminin pesant 
2.640 grammes, normalement constitue, bien developpe et sans signe 
de syphilis hereditaire. Dans le sang du bebe, le B.-W. est negatif et 
le Meinicke positif ; pas de plasmodes. Pas de plasmodes non plus 
dans le sang de la mere. 

L’etat psychique de celle-ci s’est tres ameliore et elle sort, sur la 
demande du mari, 15 jours apres l’accouchement. 

L’observation publiee par Unger est des plus interessantes. 
Elle montre qu’une fievre paludeenne avec 22 acces et de nom- 



SEANCE DU 15 JANVIER 1931 


27 


breux frissons n’a pas interrompu la grossesse. La meningo-ence- 
phalite, toujours aggravee rapidement par la gravidite, a ete 
arretee dans son evolution. La malade se trouvait, sans aucun 
doute, lors de son entree a l’asile, sous l’influence d’une poussee 
recente. Nous savons que les graves manifestations d’une exa¬ 
cerbation peuvent, jusqu’a un certain point, regresser spontane- 
ment. II n’est pas admissible de parler ici de remission spontanee, 
puisque Faction nocive de la gravidite persistait. Cette amelio¬ 
ration surprenante doit etre mise sur le compte de la malaria, 
qui a paralyse l’influence deplorable de la grossesse et brise revo¬ 
lution bruyante de la maladie. 

* 

** 

Puisque nous nous occupons aujourd’hui de la malariathera- 
pie chez les paralytiques generates enceintes, il est interessant 
d’etudier la question de la syphilis cerebrate. Sarbo A., « Sur un 
cas de syphilis cerebrale chez une femme enceinte traitee par la 
malaria » (Klinische Wochenschrift, 1928, N° XXI, p. 992), a 
publie sur ce sujet une observation instructive : 

Une femme de 25 ans, contaminee a 21 ans, sans connaissance de 
sa maladie, se marie a l’age de 21 ans et devient immediatement 
enceinte. Le premier enfant venu au monde a terme meurt, a 6 mois, 
d’une congestion pulmonaire avec symptomes cutanes tres probables 
de syphilis congenitale. Cette femme entre a l’hopital, le 28 juillet 
1927, pour cephalalgies atroces avec exacerbations nocturnes. Sang 
B.-W. tres positif. Liquide cephalo-rachidien : lympho. 128 ; albu- 
mine 0,25 ; globulines tres positives ; or colloidal positif, floculation 
complete jusqu’au 5 e tube ; B.-W. positif. Le mari avait un B.-W. nega- 
tif dans le sang. 

Traitement par la malariatherapie. Cinq jours apres l’inoculatfon, 
on apprend que la malade est enceinte de 4 mois. II s’agissait d’eta- 
blir s’il etait ou non necessaire d’arreter l’infection paludeenne par 
la quinine ? Comme on pouvait s’attendre a un avortement sous Fac¬ 
tion du medicament, on laisse agir la cure par la malaria, tout en 
prenant en consideration les dangers de l’avortement sous l’influence 
d’une temperature trop elevee. Le 9 e jour apres l’inoculation, frisson 
typique. Au 4 e acces, mouvements actifs du foetus. On laisse se derou- 
ler les autres acces febriles en controlant soigneusement les bruits 
du coeur et les mouvements de 1’enfant. Huit acces febriles, certains 
depassant 40°. Constatation dans le sang des croissants typiques 
de la fievre tierce. A la fin des acces febriles, injections par voie 
intra-veineuse de neo-salvarsan a la dose totale de 4 gr. 65. Dispari- 
tion des maux de tete. 



28 


SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


A la fin du neuvieme mois, naissance d’un enfant a terme, long de 
50 cm., pesant 2.600 grammes, tour de tete, 33 cm. ; aucune manifes¬ 
tation syphilitique. La mere nourrit elle-meme son bebe qui se deve- 
loppe normalement. A deux mois et demi, celui-ci pese 5.100 grammes, 
sa longueur est de 59 cm. et le tour de tete de 39 cm. La mere pre¬ 
sente encore cependant un serum sanguin tres positif pour le B.-W. 
et les reactions de precipitation ; dans le liquide cephalo-rachidien, 
reactions biologiques completement negatives ; albumine totale 0,25; 
elements cellulaires en diminution 48 ; les reactions des globulines 
et de l’or colloidal sont plus attenuees, mais encore poitives. 

En se basant sur ces resultats, on voit que la syphilis de la 
mere a cesse d’etre active, mais persiste au point de vue latent. 
Seuls les examens du liquide cephalo-rachidien sont en faveur 
d’une participation inflammatoire des meninges cerebrales. Chez 
1’enfant, la reaction de B.-W. et les reactions de precipitation 
sont completement negatives, aussi bien dans le sang que dans 
le liquide cephalo-rachidien. II existe cependant une participa¬ 
tion meningee : lymphocytes 24 ; albumine 0,35 ; Pandy et 
NoUne-Appelt tres fortement positifs, ainsi que la reaction de l’he- 
molysine. On peut done admettre que l’enfant lui-meme est infec- 
te, bien que ne presentant aucun symptome. Ni l’enfant ni la mere 
ne peuvent etre consideres comme giieris de leur syphilis, et la 
continuation d’un traitement anti-syphilitique energique s’im- 
pose pour tous les deux. L’auteur estime avoir, malgre tout, 
atteint un resultat heureux par la cure malarique suivie d’un 
traitement specifique, vu que la mere ne presente aucun symp¬ 
tome de syphilis et qu’on a pu prevenir chez l’enfant une syphi¬ 
lis congenitale. La guerison par la continuation d’un traitement 
tres energique est possible. 


La malade que nous vous presentons est une nouvelle preuve 
de 1 action heureuse de la malariatherapie chez les paralytiques 
generales enceintes. 

Leontine B..., fille de cuisine, agee de 29 ans, entre le 13 avril 1930 
a l’Asile Sainte-Anne : Paralysie generate typique avec etat dementiel 
accuse ; agitation motrice, dangereuse pour ses voisins par periodes, 
traitee sans amelioration par plusieurs series de noyar., a la dose 
totale de 21 grammes (Largeau). A l’entree, la malade presente, au 
point de vue mental, un etat d’affaiblissement intellectuel portant 
surtout sur le jugement et le raisonnement ; perte totale de l’auto- 
critique, inconscience de sa situation, ne sait pas pourquoi on l’a 



SEANCE DU 15 JANVIER 1931 


cbnduite dans un hopital. Orientation assez bonne ; connait l’annee, 
le mois, hesite sur le jour ; dit son nom, son age, sa profession et 
donne quelques details sur son existence anterieure. Aspect deprime, 
atone, indifferent. Sait etre enceinte. Ignore toute infection syphili- 
tique. Parle vaguement de piqures faites a la Charite et a l’Hotel-Dieu. 
Souvenirs flous. Euphorie beate et niaise. Inertie et rigidite pupillaire, 
tremblement de la langue et des mains ; dysarthrie. Reactions biolo- 
giques positives dans le sang et dans le liquide. L’evolution de la 
paralysie generate a ete rapide chez cette malade, car elle etait 
lucide et consciente au mois de mai 1930,. lors d’une hospitalisation 
a la Cbarite. Etant donne le bon etat general de cette femme, nous 
n’hesitons pas a 1’impaluder le 19 aout 1930, par voie intra-muscu- 
laire, au 7 e mois de la grossesse. Premier acces le 28 aout ; 8 acces, 
termines le 9 septembre, par l’administration de 2 gr. 50 de sulfate 
de quinine donnes en trois jours. 

Le 26 octobre 1930, accouchement a terme, normal, en deux heu- 
res, tres douloureux. Enfant du sexe feminin, 3.150 gr. Placenta, 
550 gr. Suites de couches normales. L’enfant a ete place a l’Assistance 
publique ; une note du medecin de l’Assistance nous a donne les 
renseignements suivants : 28 octobre : poids 2 kgr. 850 ; taille tres 
petite 45 cm. ; debilite congenitale, erythrodermie physiologique, 
cordon non tombe ; examen, par ailleurs, normal. Reactions de B.-W. 
et de Hecht negatives dans le sang. 2 decembre 1930 : a l’age de 
.5 semaines, poids 3 kgr. 400, rate non percue, foie normal, pas 
de malformation, pas de hernie, pas de fissures. L’enfant pousse bien, 
mais lentement. 

Un traitement specifique mixte a ete institue apres l’accouchement, 
au retour du Pavilion de Chirurgie : stovarsol, du 2 decembre 1930 
au 14 janvier 1931, 23 gr. 50 ; bi-iodure de mercure, du 10 dec. 1930 
au 14 janvier 1931, 1 gr. 25 ; iodure de potassium, du 10 decembre 
1930 au 14 janvier 1931, 175 grammes. 


Liquids cephaio-racliidien 

14 aout 1930 

12 janvier 1931 

Lymphocytes. 

8,5 

5,7 

Albumine. 

0,56 

0,40 

| Pandv.. 

positif 

positif 

[ Weichbrodt. 

positif 

positif 

Globulines | Nonne-Apelt. 

positif 

partiel. positif 

I Noguchi. 

positif 

partiel. positif 

[ Siliquid .... 

tres positif 

positif 

Benjoin.. 

12221.11100.00000 

11211.12211.00000 

Bordet-Wassermann. 

H° (tres positif) 

H° (tres positif) 

Sang 



Tolu (Meinicke)... 

negatif 

positif 

Floculation de Kahn. 

partiel. positif 

partiel. positif 

Hecht... 

positif 

positif 















30 


SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


Le poids de la malade etait a l’entree de 63 kgr. 500 ; il est tombe a 
59 kgr. 300 au moment de l’accouchement et meme a 57 kgr. 500 au 
commencement du mois de decembre. II est remonte progressivement 
a 60 kgr. le 15 janvier 1931. 

L’amelioration physique et psychique s’est manifestee progressive¬ 
ment depuis l’impaludation. Leontine montre actuellement une cer- 
taine activite, s’occupe a tricoter, a recouvre sa memoire, a cons¬ 
cience de sa maladie. Son caractere reste difficile, elle se dispute 
facilement avec les autres malades qui la traitent de Boche. Pas de 
dysarthrie a proprement parler. Pas de tremblement' de la langue ni 
des'mains. Etat general parfait. 

Mattuschka et Rosner « Malariatherapie de la syphilis »- 
(Springer, Vienne, 1927), ont donne une statistique portant sur 
11 femmes enceintes traitees par la malaria : 8 ont mis au monde 
un enfant bien portant, 2 un enfant malade, et 1 seulement un 
mort-ne. Avec le cas communique par Sarbo, on voit qu’en 
dehors de notre cas, la malariatherapie a ete employee 12 fois 
chez les femmes enceintes, et les resultats ont ete tres satisfai- 
sants. 

i * 

** 

On peut done affirmer qu’il est legitime d’appliquer la mala¬ 
riatherapie chez les paralytiques generates enceintes, contraire- 
ment a l’opinion de Susztrunk qui, sans aucune experience 
personnelle, pretend « qu’une cure malarique n’amene qu’avor- 
tement, lequel aggrave la maladie ». Notre communication mon¬ 
tre que l’impaludation therapeutique n’amene pas une evolution 
defavorable de la grossesse, que l’enfant n’est aucunement lese 
et que Faction fatale de la gravidite est, jusqu’a un certain point, 
suspendue. - 

Intoxication periodique par le Kalmidor, 
par MM. Leroy et C. Pottier 

L... Blanche, agee de 47 ans, entre a Sainte-Anne, pour la qua- 
trieme fois, le l er decembre 1930. Aucun antecedent hereditaire 
connu; enfant naturel ; un frere tue a la guerre, un peu arriere, 
au dire du mari. Antecedents personnels : a l’age de 20 ans' 
aurait pris de fortes doses de morphine, dix centigrammes par 
jour, peut-etre. Reglee a 21 ans. A 37 ans, operation sur le bas- 
tventre, hysteroplexie. Se marie 6 mois apres avec un veuf pere 
d’une fille d’un premier lit; un garcon age actuellement de 
10 ans, bien portant, mais tres turbulent. 



SEANCE DU 15 JANVIER 1931 


31 


De bonne sante pendant les premieres annees de son mariage ; 
de caractere « tres souriant et tres parlant », au dire du mari, 
nullement cyclothymique, mais, au moment de ses regies, violent 
te, migraineuse, avec insomnie et maux de reins. Pendant cette 
periode, brusque changement de caractere : devient mechante, 
irritable, « se fachant pour la moindre peccadille ». 

En mars 1927, les douleurs et 1’insomnie dues aux regies etant 
plus marquees, Blanche prend du veronal, sur le conseil d’une 
voisine. A la suite de F absorption de ce medicament, elle entre 
dans une agitation incoherente telle que sa concierge doit la 
conduire a l’hopital, en Fabsence de son mari. Demeure 8 jours 
a Saint-Antoine, tres agitee, les yeux hagards, ayant brise un car- 
reau. Le medecin de cet bopital dit a son mari : << Vous auriez 
mieux fait de la conduire a Sainte-Anne. » Sortie guerie. 

Fin mai 1927, a Foccasion de ses regies, et pour calmer les 
douleurs et l’enervement, la malade prend du << Kalmidor », spe¬ 
ciality hypnotique comparable au bromidia. Elle devient a la fois 
affaiblie et agitee, au dire de son mari : « Elle ne tenait plus sur 
ses jambes, perdait tout appetit et refusait de s’alimenter, avait 
une langue blanche et epaisse. » Elle gesticulait beaucoup, tenait 
a son mari des propos « sans queue ni tete », mais comprehen- 
sibles. Toutes sortes d’idees delirantes lui traversaient l’esprit 
sans s’y implanter. Notamment, elle accusait son mari de cou- 
cher avec une autre femme. Hallucinations visuelles, surtout le 
soir : femme vetue de gris dans sa chambre, fleurs sous la table 
de la salle a manger, cherchait a les cueillir. Hallucinations ou 
illusions auditives : on parle d’elle dans le couloir, a sa porte, et 
cela l’effrayait un peu. Reconnaissait bien les lieux et les person- 
nes, mais desorientee dans le temps. Un jour, descend en chemise 
dans l’escalier, frappant a toutes les portes pour reclamer son 
enfant, alors a Fecole. Conduite a FHopital Henri-Rousselle, d’ou 
elle sort guerie, le 14 juillet 1927, apres un sejour de 3 semaines. 

En decembre suivant, nouvel abus de Kalmidor, au moment 
des regies, nouvelle crise d’agitation avec logorrhee. Elle parlait 
tout le temps et ne faisait que le va-et-vient d’un lit a l’autre. Elle 
accuse encore son mari de la tromper. La carpette a fleurs d’arti- 
cbauds bariolee sous la table de la salle a manger lui donne 
encore la vision des fleurs qui poussent. Croit toujours entendre 
parler a sa porte. 

En janvier 1928, retour a FHopital Henri-Rousselle, ou son 
etat est ainsi decrit : Confusion mentale d’origine toxique. Pro¬ 
pension ancienne aux stupeflants et aux hypnotiques. Morphi¬ 
nisms durant deux annees, il y a 17 ans. Intoxication aigue par 



32 


SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


le veronal, traitee dans le service en juillet dernier. Abus quoti- 
dien, depuis lors, d’une speciality pharmaceutique contenant des 
doses importantes de bromure, de chloral, de haschich et de jus- 
quiame. Depuis un an, inactivity totale, negligence d’elle-meme, 
allegations d’insomnie persistante pour se droguer. A son entree, 
delirium tremens avec excitation psychomotrice et tremulation 
generalise. Incoherence des propos. Anxiete avec appels au 
secours ; pleurnicheries, craintivite, onirisme visuel et auditif : 
visions de fleurs variees et de beaux tapis d’Orient, visions d’her- 
bes poussant dans l’escalier. Zoopsie. Deguisement des siens. 

Apparition de vieillards et de Chinois dans sa cuisine. Halluci¬ 
nations liliputiennes ; defile rapide de tout petits personnages de 
nuances brillantes. Hallucinations auditives ; dialogues avec ces 
visions qui lui parlent. Persistance avec aggravation de cet etat 
depuis 20 jours. Etat confusionnel de plus en plus marque. 
Insomnie, loquacite, gesticulation desordonnee. Mauvais etat 
general. Epuisement. Teint plombe. Sudation faciale. Amaigris- 
sement. Insuffisance hepatique, avec presence d’urobiline et de 
corps acetoniques dans les urines. Heperreflectivite, puis dimi¬ 
nution des reflexes patellaires. Pas d’inertie pupillaire (Dupouy). 

l er Internement : transferee le 30 janvier 1928 dans le service 
du D 1 Serieux. Presente le meme etat de confusion mentale hal- 
lucinatoire. Desorientation dans le temps et dans l’espace : 
confond son internement actuel avec son sejour precedent a Fer- 
rus, en 1927. Se croit toujours dans le service du D r Toulouse, 
mais se trompe sur les dates des mois. Sait etre en hiver. Se rap- 
pelle de sa date de naissance, de son adresse. Declare avoir 2 filles 
et un petit garcon. Avoue avoir abuse des hypnotiques. Convient 
que ces « drogues » lui donnent des hallucinations. Nombreuses 
illusions visuelles, voit sa fille sous la forme d’un chat ou d’un 
oiseau. On met des fils sous son lit, dans le dortoir. Dans le car- 
relage se dessinent toutes sortes de tetes d’animaux immobiles. 
Dans tel carreau c’est une tete de cochon, dans tel autre Une tete 
de loup. II y a aussi des lanternes qui sont des signes pour, les 
gens du dehors. Raconte toujours avoir vu a son domicile des 
plantes monter du plancher tres rapidement, mais c’est parce 
qu’elle etait tres affaiblie et qu’il faisait presque nuit. Pas d’hal- 
lucinations provoquees. On lui fait entendre toutes sortes de cho- 
ses par les avions. La nuit, entend chanter « les Marocains ». 
D’autres fois, on lui dit qu’elle vole partout. On l’appelle « tour- 
chonne ». On lui envoie de mauvaises odeurs. II y a des vapori- 
sateurs en face d elle. Ici, on lui a coupe deux fois les jambes et 
on les lui a remises ; on devait lui enlever le coeur, elle ne sait 


SEANCE DU 15 JANVIER 1931 


33 


pas si on l’a fait, « c’etait la joumee des coeurs... ». Une fois, on 
lui a aussi decroche les intestins. Elle ignore si on a touche a ses 
poumons ! Illusions de fausses reconnaissances frequentes. 
Comme des infirmieres s’ent vont a la cuisine en riant, elle pre¬ 
tend reconnaitre le rire de sa cousine Alphonsine qui se moque 
d’elle. 

En dehors de ces troubles psycho-sensoriels si nombreux, si 
intenses, si frequents, Blanche est anxieuse, interpretante, pro- 
testaire. Pourquoi l’interroge-t-on ? Son mari a du faire toutes- 
les depositions necessaires. Aimerait mieux qu’on lui ouvre les 
veines que d’en dire plus long. Se plaint amerement de porter la 
tenue de l’asile. N’a pas envie de se tuer, mais « aimerait mieux 
qu’on la tue tout de suite, parce qu’elle a un interieur brise ». 
Pretend que son mari l’a fait enfermer pour sfe debarrasser d’elle, 
et que deux jours apres son depart, une autre femme etait ins- 
tallee a son domicile ; sa mere est morte ici il y a un an, etc... 
Parfois, repond a cote, par exemple : « Je ne veux pas coucher 
avec tous les medecins. >> 

A la mi-avril 1928, grande amelioration, orientation parfaite 
dans le temps et dans l’espace. Rectifie presque entierement les 
idees de persecution vagues et transitoires. Se souvient tres bien 
de toutes ses hallucinations actuellement disparues. Convient 
avoir « beaucoup divague » et n’avoir comme enfant a elle qu’un 
petit garcon de 8 ans. Ecrit des lettres correctes et sentimentales, 
notamment a une amie qui venait de perdre un enfant. Au mede- 
cin declare : « J’ai retrouve ma pauvre tete, et surtout ma 
yolonte, qui etait endormie. » Elle ajoute : « J’ai ete au moins 
15 jours ou je ne me rappelle de rien. » Par ailleurs, comporte- 
ment hypomaniaque. Au point de vue physique, augmentation 
de poids. Sortie guerie le 12 juin 1928. 

Son mari la conduit a la campagne, ou elle demeure calme et 
normale jusqu’au 4 aout 1928. A cette date, rentre a Paris, ou elle 
retrouve son interieur « neglige et complique ». Surmenage, se 
remet a boire beaucoup de vin et quelques aperitifs. Brusque- 
ment eclatent des troubles du caractere. Blanche reproche a sa 
belle-fille, agee de 17 ans, son indifference a son egard dans les 
lettres que celle-ci ecrit a ses amies. Le 6 aout au soir, il lui sem- 
ble qu’a un bal, des danseurs avec lesquels frayait sa fille se dis- 
putent et se menacent du revolver. Elle ramene immediatement 
sa fllle a la maison, et lui fait une scene, apres avoir bu un verre 
plein de Pernod pur. Colere violente, demolit la suspension, brise 
des assiettes, frappe son mari et ses enfants qui, emus, prient 
la police d’intervenir pour la reconduire a Sainte-Anne. Ajoutons 

Ann. med.-psych., 13 e serie, t. I. — Janvier 1931. 


3. 


SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQ UE 


M 

qne ces troubles avaient repris alors au moment de la menstrua¬ 
tion. 

2 e Internement. — 11 aout 1928. — Excitation actuelle, agita¬ 
tion par intervalles, reactions uiolentes, bris de uaisselle. Menaces 
de. mort envers son mari, surtout contre sa belle-fdle, qu’elle 
deteste. Quelques interpretations morbides : on la tourne en 
derision. Troubles de Vhumeur et du caractere. Pleurs, lamenta¬ 
tions, supplications. Insomnie. Toxicomanie.: Pernod et Kalmi¬ 
dor. Pouls 136. Langue tres saburrale. Tremblement diffus. Mens¬ 
truation actuelle (Logre). 

A son retour dans le service, Blanche se montre excitee, emo¬ 
tive, reticente ; parle beaucoup et redige des manifestes, mais 
plus pour revendiquer que pour renseigner. A rinterrogatoire, 
refuse de donner aucun detail sur les circonstances de son inter¬ 
nement, pretend que son mari exagere quand il la considere 
comme alcoolique. Se plaint qu’il l’ait « prise en traitre » 
pour la faire interner par la police. Refuse de rester au lit, car 
« bien portante ». Demande avec respect au medecin d’arbitrer, 
en queique sorte, son cas, s’apitoyant sur le sort de ses enfants. 
en son absence. 

Quinzaihe : 22 aout 1928 : Psychose periodique. Acces d’exci¬ 
tation intellectuelle avec colere pathologique. Toxicomanie. Reti¬ 
cence extreme. Amnesie. Hyperemotivite, pleurs (Serieux). A la 
fin du mois, grande amelioration, peut etre employee comme 
femme de menage. Sort guerie le 10 novembre 1928. 

3 e Internment. — 18 juillet 1929. — En raison d’un etat d’agi- 
tation pendant lequel elle se promenait dehors en chemise et 
pieds nus. Confusion mentale avec loquacite, propos incoherents, 
idees de persecution, craintes, pleurs, hallucinations penibles 
(Serieux). — Pendant le courant de juillet 1929, on constate de 
1’agitation verbale et motrice, de l’instabilite, des pleurs. Quin- 
zaine — 30 juillet 1929 — '. Psychose periodique avec acces de 
confusion mentale ; hallucinations penibles, des orientation ; 
agitation anxieuse ; idees de persecution (Serieux). Sort guerie 
le 25 septembre 1929. 

Fin octobre 1930, toujours a l’occasion de ses regies, Blanche 
recommence a bpire du « Kalmidor ». Pendant une douzaine 
de jours, elle absorbe environ une bouteille de Kalmidor par jour. 
Elle invoquait tou jours la necessite de calmer ses cephalees. 
Quand elle avait bu sa bouteille de medicament, elle tombait 
comme assommee, au dire du mari, et dormait alors 5 a 6 heures 
de suite. Au bout de ce laps de temps, elle retombe dans I’agita- 



SEANCE DU 15 JANVIER 1931 


35 


tion verb ale et motrice. Parle sans arret pour accuser son mari 
de differents mefaits qui lui viennent subitement a l’esprit : « II 
la trompe avec d’autres femmes, notamment il couche avec sa fille 
(la belle-fille de la malade, agee actuellement de 19 ans); il a prete 
2.000 francs a une voisine pour pouvoir coucher avec la fille de 
celle-ci. Et afin de penetrer dans sa chambre avec un motif vala- 
ble, il a aide la fille de cette voisine a monter une malle. » 

4 e Internement. — l ei decembre 1930. — Confusion mentale 
avec hallucinations et idees de persecution, sensation de fatigue, 
insomnie (Simon). Son etat varie presque chaque jour, dans le 
sens d’une augmentation des troubles. Nous decrirons dans l’or- 
dre chronologique les modifications de -son aspect clinique. 

La nuit de son entree, insomnie avec agitation, pleurs, discus¬ 
sions avec ses voisines de lit. Au premier interrogatoire, se mon- 
tre desorientee dans l’espace et dans le temps. Par ailleurs, donne 
son nom, age, adresse, profession. On est frappe d’emblee par le 
desordre de sa tenue : decoiffee, debraillee, son expression de 
physionomie egaree et inquiete, son instability et sa tendance a 
gesticuler. 

Sa confusion mentale s’accompagne d’un etat hallucinatoire 
aigu, surtout auditif ; « J’entends en ce moment des voix par 
les fils electriques... » ; ecoute et repond a ses hallucinations. Si 
on cesse d’attirer son attention en lui parlant, elle entre en conver¬ 
sation avec ses voix, notamment celle du D r Toulouse. Elle entend 
dire a la cantonade que les medecins bousculent les malades a 
Sainte-Anne. Quelques hallucinations visuelles : « Hier soir, 
j’ai vu dans la maison d’en face mon mari entre les mains de 
deux grues faisant l’amour... » Hallucinations de l’odorat : la 
veille, au repas du soir, a trouve que le potage sentait le petrole. 
Cette odeur lui « envahissait le cerveau... ». Hallucinations gus- 
tatives : gout particulier, souvent « acre » des aliments ; sensa¬ 
tion que ses « dents sont collees au palais... ». Nombreuses illu¬ 
sions : une infirmiere parlant dans la cuisine, elle croit reconnai- 
tre la voix de sa mere disant : « Que doit-on mettre dans la 
puree ? » Elle interprete immediatement ces paroles. Cela signi- 
fie qu’on va l’empoisonner, qu’elle est « condamnee ». 

Ses idees de persecution sont accompagnees par des halluci¬ 
nations, des illusions, des interpretations, mais elles sont vagues, 
mal systematisees. Blanche entend dire que le D r Toulouse est 
un etrangleur, que son mari a egalement ete empoisonne ici. 

Inquietude, emotivite, gemissements. Son attention se fatigue 
tres rapidement, au point qu’elle a de la peine a exprimer sa pen- 
see. Elle est d’ailleurs continuellement distraite par ses hallu- 



36 


S0C1ETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


cinations auditives. Reponses a cote frequentes, propos decou- 
sus, haches, phrases incompletes. La malade donne meme par- 
fois l’impression d’une femme ivre. 

Les jours suivants, ces troubles s’exagerent. La desorienta- 
tion augmente : se croit en octobre, mais sait etre dans le ser¬ 
vice du D r Leroy. Plus d’hallucinations visuelles. Les hallucina¬ 
tions gustatives persistent.: « gout pateux dans la bouche du 
aux medicaments », et surtout, les hallucinations auditives se 
montrent plus intenses encore qu’auparavant. Entend successi- 
vement devant nous la voix de Mme Dior son ancienne patronne. 
Sa fille et sa cousine l’injurient « par la T. S. F. », la traitant 
de « salope, vieille vache, etc... ». Souvent, elle fait allusion a 
ce que lui disent ses voix, surprise que nous l’ignorions. On 
note une certaine suggestibility On peut influencer, par les 
propos qu’on lui tient, le sens general de sa reverie hallucina- 
toire. Sa memoire, meme dans son bistoire pefsonnelle recente, 
se trouble. L’evocation est tres penible, sinon impossible. Les 
souvenirs surviennent de facon desordonnee, sans qu’elle puisse 
les classer avec precision au point de vue chronologique. Elle 
parait parfois fabuler pour compenser ses oublis. 

Attention extremement fatigable. Fuite des idees tres mar¬ 
quee. Vers la' fin de Finterrogatoire, ses propos deviennent 
veritablement incoherents et incomprehensibles. Se met alors 
soudainement a pleurer. Son anxiete provoque presque du refus 
d’aliments : « Le coeur me serre et je ne puis avaler. Je me sens 
eondamnee par les medecins qui croient que je les salis... » 
Idees de persecution persistantes mais non systematisees. 

Pendant les jours qui suivent, hallucinations auditives conti- 
nuelles et particulierement intenses. Blanche passe son temps 
dans des conversations avec ses voix. Interrogee, elle exprime 
des doleances diverses et vagues : « J’ai beaucoup d’ennemis...; 
on a pietine mon manteau, abime mon renard... » On la gave 
abusivement. II est difficile de fixer son attention accaparee par 
les voix. Se croit toujours intoxiquee. Elle a « la bouche mal- 
saine ». Au debut de Finterrogatoire, elle repond pertinemment 
aux questions simples, breves, precises, mais, peu a peu, si on 
la laisse parler, ses propos deviennent decousus, incoherents, 
rappelant la paraphasie et la jargonapbasie. Par exemple : 
« Que fait votre mari ? — II etait cimentier. », reponse cor- 

recte comme on le voit. « De quoi vous plaignez-vous ? _ Du 

mal aux reins..., j ai le mal de « chic », des femmes de chambre 
m’ont trop fait boire pour passer le bateau..., je ne tiens pas 
beaucoup mes gestes pour me venger..., j’ai pousse sur celui 



SEANCE DU 15 JANVIER 1931 


37 


qui me guerira au plus vite, de petits services, je ne m’en appuie 
pas, etc... » La malade emploie le mot « enterree » pour 
« internee ». « Je me suis mise a prise (pour prendre) du 
Kalmidor. » 

Nous sommes la en presence du langage pseudo-incoherent 
decrit par Teulie (1). Pour cet auteur, c’est Pabsence ou la faute 
de syntaxe qui donne a ce langage son apparence incoherente. 
Elle est due au trouble des associations d’idees en rapport avec 
le delire et 1’emotion qu’il provoque. Le trouble des associations 
d’idees est, en effet, considerable chez notre malade, et ne fait 
que s’accuser de jour en jour. 

Ce langage pseudo-incoherent, si semblable a la paraphasie 
par certains cotes, est comparable en cela au syndrome de Gan- 
ser. Or, pour Claude (2), le syndrome de Ganser est le stade 
precurseur de la salade de mots. II le decrit dans un cas tout a 
fait different du notre, et sans etiologie precise. Etant donnee 
1’analogie que ces troubles presentent, au point de vue Clini¬ 
que, avec la paraphasie et la jargonaphasie, Claude emet l’hypo- 
these qu’il s’agit la d’un trouble fonctionnel du a des modifica¬ 
tions dynamiques des centres et des faisceaux dissociation de 
la zone du langage dans leur connexion avec les centres psychi- 
ques superieurs. Ces modifications seraient provoquees par 
certains etats d’intoxication, d’usure fonctionnelle ou d’asthenie 
prolongee. Or, ici, nous savons que notre malade est, avant 
tout, une intoxiquee. Pendant le mois qui a precede son dernier 
internement, elle prenait le « Kalmidor » a raison d’une bou- 
teille au moins par jour, specialite ainsi composee : 

Bromure de potassium : 12 gr. 50 ; 

Chloral : 12 gr. 50 ; 

Extrait de jusquiame : 0 gr. 25 ; 

Extrait de chanvre indien : 0 gr. 60 ; 

Sirop d’ecorces d’oranges ameres : 250 grammes ; 
pour un flacon de 210 cc. 

C’est approximativement la meme formule que le « Bromi- 
dia ». Le flacon contient 14 cuillerees a soupe. Le mode d’emploi 
prescrit sur la bouteille est de 3 cuillerees a soupe par jour pour 
les grandes personnes. 

Le mari de la malade la voyait prendre ce medicament en 

(1) Teolie. — Les rapports des neologismes avec les idees delirantes. These 
Bordeaux , 1927. 

(2) H. Claude. — Troubles du langage dans la demence precoce et syndrome 
de Gauser. Concours medical, avril 1929. 



38 


SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


« buvant a la bouteille ». L’abus quotidien et repete de cet 
hypnotique semble avoir declanche, chaque fois que la malade 
s’y est adonnee, au bout d’un laps de temps variable mais 
generalement court, un etat d’excitation avec confusion mentale 
hallucinatoire aigue. Cet etat a toujours retrocede assez rapide- 
ment sous les bons effets de l’hygiene asilaire. Etat organique : 
hyporeflectivite tendineuse, R. O. C. tres positif, amaigrissement, 
teint terreux, urines rares mais normales, constipation, inappe¬ 
tence, langue saburrale. 

Actuellement, 13 janvier 1931, la malade est transformee, 
lucide, consciente, dit que les hallucinations ont disparu vers le 
l er janvier. 

Serieux a considere cette malade comme une periodique, mais 
etant donnee la predominance de l’etat confusionnel a chaque 
internement, l’hebetude, la desorientation si nette, les halluci¬ 
nations si nombreuses, l’incoherence des propos, nous pensons 
plutot a une intoxication recidivante. La maladie a toujours 
apparu a la suite de Fabsorption de doses massives de Kalmidor. 
On peut toutefois penser ici a un rapport possible entre 1’apparL 
tion d’un episode cyclothymique et l’intoxication, comme cela 
s’observe dans la dipsomanie. 

M. Dupouy. —■ Cette malade fut presentee par moi en colla¬ 
boration avec M. Toulouse a la Societe de psychiatrie de fevrier 
1928. Nous avions conclu que la psychose intermittente etait pri¬ 
mitive, signale a cette occasion que le Kalmidor est une prepara¬ 
tion susceptible de produire des troubles mentaux par 
intoxication et manifesto notre etonnement que. ce produit 
puisse etre delivre sans ordonnance par les pharmaciens. 

M. Leroy. — Les deux presentations se completeiit l’une par 
l’autre. II etait interessant de savoir ce qu’etait devenue la malade 
au bout de 3 ans. Le delire hallucinatoire autrefois visuel est 
devenu surtout auditif. Blanche-Aurelie a ete internee quatre fois 
depuis la premiere presentation. 

Troubles du caractere et de Padaptation sociale a type schizo- 

pbrenique avec fugue et vagabondage evoluant en meme 

temps qu’une tumeur du lobe temporal gauche, par MM. 

H. Claude et H. Baruk. 

Cette communication parait in extenso comme memoire original 
avec deux figures dans le present numiero des Annales medico-psycho- 
logiques. 



SEANCE DU 15 JANVIER 1931 


Psychose polynevritique. Guerison rapide de la polynevrite. 
Etat dementiel consecutif a forme de demence precoce, par 
M. L. Marchand. 

Dans differents travaux anterieurs, j’ai montre que certains 
■etats de demence precoce pouvaient etre symptomatiques d’une 
encephalite presentant anatomiquement les caracteres d’une 
encephalite toxi-infectieuse. A cote de cette forme, il en existe 
d’autres dans lesquels une etiologie toxique seule semble pou- 
voir etre invoquee. C’est pourquoi j’ai pense qu’il serait interest 
sant de vous montrer une malade qui, apres avoir ete atteinte 
de psychose polynevritique d’origine ethylique, se presente 
actuellement comme une demente precoce. 

La malade, C... Celine, agee de 38 ans, entre dans mon service le 
24 juillet 1928 avec les certificats suivants : 

1°.« Psychose polynevritique d’origine alcoolique. Amnesie et 
desorientation partielle, elle est arrivee depuis deux jours, la guerre 
s’est terminee en 1916. Fabulation, fausses reconnaissances. Sugges¬ 
tibility, bavardage hypomaniaque. Abolition des reflexes tendineux 
des membres inferieurs. Crampes, douleurs a pression des masses 
musculaires. Atrophie legere avec diminution de la force musculaire. 
Tremblement digital et lingual. Pituites matinales. » 

2° « Affaiblissement intellectuel. Gros troubles de la memoire. 
Fabulation. Hypomanie. Grossieretes. Actes dementiels. Alcoolisme 
probable. Tremblements. Cauchemars. Zoopsie. Abolition des reflexes 
rotuliens. Crampes dans les mollets. Nausees le matin. Troubles de la 
demarche et de l’equilibre. » 

Le certificat de quinzaine porte : « Psychose polynevritique. 

Excitation. » 

Les renseignements suivants nous sont donnes par son fils age de 
18 ans. Son pere a 60 ans et est bien portant. Sa mere est morte a 
54 ans de hernie etranglee. 

Celine est jumelle. Son frere est faible d’esprit et est incapable de 
gagner sa vie. 

Aucun renseignement sur les affections qu’elle a pu avoir dans son 
jeune age. Instruction rudimentaire. Divorcee depuis dix ans, elle a 
eu ensuite une vie dereglee. Elle a vecu longtemps avec un ami qui, 
il y a 6 a 7 ans, a voulu la tuer. II lui a tire une balle de revolver 
dans le dos ; la balle n’a pas ete extraite. Celine, depuis plusieurs 
annees, se livre a des exces de boisson et principalement de vin. 

Le debut des troubles actuels remonte a un mois. Les membres 
inferieurs ont commence a se paralyser, puis les troubles inentaux 
sont apparus. Delire surtout nocturne. La malade appelait les voisins, 
poussait des cris, bouleversait les objets de son appartement. Elle a 
passe ses chaussures au ripobn. 


40 


SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


Je puis ajouter quelques autres renseignements a ceux donnes par 
son fils. Cette jeune femme etait cuisiniere chez un fonctionnaire de 
la Maison Nationale de St-Maurice quand j’etais medecin de cet eta- 
blissement, et elle se faisait remarquer, a la fois, par sa mauvaise 
conduite et son intemperance. 

A son entree dans mon service, je constate les differents symptomeis 
signales dans les certificats d’internement. Grande confusion dans les 
idees. Celine est incapable de donner le moindre r,enseignement sur 
sa maladie. Elle sait son age, mais ignore la date actuelle, le nom de 
Phopital ou elle est ; elle ne sait de quel etablissement elle arrive. 
Pas de tabulation, mais idees de persecution mobiles : on lui a arra- 
che les dents ; on lui a jete du verre pile dans les yeux, etc. Elle croit 
reconnaitre des infirmiers qui etaient a Charenton. Nombreuses 
reponses a cote : ex. : D. : Qu’est-ce que Jeanne d’Arc ? — R. : Mon 
frere a ete tue pas loin d’elle. — D. : Qu’est-ce qu’etait Napoleon ? — 
R. : Le roi des Beiges. Elle manifeste cependant une certaine cons¬ 
cience de son etat mental et reconnait qu’elle est folle. Soliloquie. 

Crises de colere se transformant brutalement en acces de rire. 
Propos grossiers. Insomnie, cauchemars. 

La marcbe sans soutien est impossible. Avec soutien, la malade 
marche lentement, en steppant. 

La force musculaire est surtout diminuee aux extremites. L’exten- 
sion des pieds et principalement des orteils est tres limitee. Resis¬ 
tance a l’extension de la jambe sur la cuisse tres faible. Les troubles 
paretiques sont symetriques. 

La force musculaire est egalement affaiblie aux membres supe- 
rieurs. Tremblement fin et rapide des doigts. Ecriture tres tremblee. 

Amaigrissement generalise. Masses musculaires mal indiquees sous 
les teguments. 

La sensibilite tactile et douloureuse parait conservee. Douleurs 
des mollets a la palpation. Crampes et douleurs fulgurantes. Les pieds 
sont frais et cependant la sudation est abondante a leur niveau. 

Abolition des reflexes rotuliens et achilleens. Pas de clonus. Le 
reflexe cutane plantaire est indifferent. 

Les pupilles sont egales et reagissent. 

Les resultats de la ponction lombaire sont negatifs. Tension, 35 ; 
albumine, 0,25 ; globuline, 0 ; leuco., 0,8 ; benjoin, Wassermann et 
Meinicke, negatifs. Le Wassermann est egalement negatif dans le 
sang. 

Rien de particulier a noter du cote des organes. Le volume du foie 
parait normal. 

Regime lacto-vegetarien. Bromidia. Enveloppement ouate des 
membres inferieurs. 

Rapidement, dans la suite, l’etat mental se transforme, et, apres 
quelques mois, presente la meme symptomatologie qu’actuellement. 

La malade est continuellement agitee, violente, grossiere, malpro- 
pre. Elle est gateuse, se barbouille de matiere et mangerait ses excre- 



SEANCE DU 15 JANVIER 1931 


41 


ments si elle n’etait continuellement camisolee. Elle introduit toutes 
sortes de salete dans ses narines, dans ses oreilles. 

On ne peut tenir aucune conversation avec elle. Non seulement ses 
idees ne s’enchainent pas, mais la plupart des phrases prononcees 
n’ont aucune signification. Chaque phrase est accompagnee d’une 
certaine intonation comme si son contenu avait une grande impor¬ 
tance. Parmi les mots prononces se trouvent souvent quelques noms 
propres de personnes que j’ai connues a St-Maurice. Yoici un exem- 
ple des propos tenus : « Vous n’avez pas ete trop malade a Charen- 
ton ; vous avez visite la Belgique. Marie May etait avec moi, nous 
avions la grippe espagnole ; nous etions parties chez les Boches ; 
l’adjudant est venu, 57, Grande-Rue, c’etait un gendarme ; c’etait un 
chef-cuisinier. Adam et Eve sont morts a Charenton ; je les convain- 
crai pour un rien que j’ai la par le pied de table. Je vous ai dit : 
touchez a la creche, mais ne touchez jamais a Mistinguette... » 

Pendant qu’elle parle, la malade s’excite, devient violente, fait des 
menaces, se frappe la poitrine a coups de poings redoubles ; la salive 
vient sourdre de chaque cote des commissures labiales. Souvent, il 
suffit de lui tendre a ce moment un papier quelconque, un morceau 
de journal et immediatement la colere tombe. 

Indifference complete. Celine n’adresse la parole a personne. 
Jamais elle n’a demande sa sortie. Quand, dans son dortoir, une 
malade declame, elle lui repond par des phrases denuees de sens ou 
des mots grossiers, prenant pour elle les propos entendus. 

Mouvements stereotypes. Usure des cheveux a la partie posterieure 
du crane, causee par des mouvements alternatifs de rotation de la 
tete. 

Quant aux troubles polynevritiques, ils disparurent en quelques 
mois, les paralysies les premieres. Les reflexes achilleens et rotuliens 
resterent abolis pendant un an environ. Actuellement, on ne note plus 
comme reliquat qu’une acrocyanose des extremites inferieures avec 
sudation exageree. 

L’etat general est satisfaisant. La malade est reglee regulierement. 

Dupre a decrit, a cote de la forme amnesique et de la forme 
confuse de la psychose polynevritique, une forme dementielle. 
L’etat mental de notre malade revet evidemment cette forme, 
mais le point interessant de "ce cas est devolution differente 
qu’ont suivi, d’une part, les troubles psychiques, d’autre part, 
la polynevrite. Tandis que les phenomenes paralytiques dispa- 
raissaient en quelques mois, 1’etat mental evoluait rapidement 
vers la demence. 

Comment expliquer cette evolution differente de deux syn¬ 
dromes ayant une meme cause etiologique ? Peut-etre faut-il 
invoquer une predisposition speeiale du cerveau de notre sujet, 
qui est la soeur jumelle d’un frere atteint lui-meme de debilite 
mentale accusee ? 



42 


SOCIETE MED1CO-PSYCHOLOGIQ UE 


M. Heuyer. — Pourquoi appeler precoce cette demence? 

M. Claude. — En effet, une demence qui devient evidente 
longtemps apres une alcoolisation de l’organisme meriterait 
plutot l’epithete de secondaire que celle de primaire et, par 
consequent, que celle de precoce. 

M. Marchand. — Je ne tiens pas du tout au terme demence 
precoce quoique cliniquement cette malade se presente comme 
une demente precoce. II s’agit d’un etat dementiel d’origine 
toxique a marche rapide chez une jeune femme. Si j’ai employe 
le terme « demence precoce », c’est que ce diagnostic a ete pose 
par les collegues qui ont vu la malade depuis la disparition de la 
pblynevrite et qui ignoraient la cause toxique de la demence. 

Regression spontanee d’une paralysie generale apres torsion 
sigmo'idienne, par MM. Paul Courbon et Mondain. 

Voici une femme de 36 ans qui, aprfes avoir realise pendant 
de nombreux mois un syndrome de demence megalomaniaque 
incontestable, presente spontanement, a la suite de sigmoido- 
pexie pour torsion de l’anse sigmoide, une regression des trou¬ 
bles mentaux aussi complete que celle que l’on constate dans les 
cas les plus favorables de cure par malariatherapie ou par 
stovarsol. 

Elle est entree a l’Asile de Vaucluse le 4 janvier 1930 avec le 
certificat du Docteur Dupouy, date de l’avant-veille : « Paraly¬ 
sie generale a forme expansive. Euphorie morbide. Loquacite. 
Idees delirantes de satisfaction et de grandeur: elle est riche 
a centaines de milliards. Erotisme. Turbulence desordonnee. 
Inegalite et rigidite pupillaire. Tremblements. Dysarthrie. Ictus 
ancien. Reactions de Bordet-Wassermann et de Meinicke posi- 
tifs dans le sang. Dans le liquide cephalo-rachidien : albumine, 
0,50 (globulines, -f -f) ; leucocytes, 23 ; benjoin, 22222.222.22 ; 
Elixir paregorique, 22-8 ; Bordet-Wassermann et Meinicke posi- 
tifs. » 

Trois jours auparavant, le Docteur Courtois avait redige le 
certificat que voici : « Paralysie generale, affaiblissement intel- 
lectuel, troubles des actes, prodigalite, idees megalomaniaques 
de richesses. Elle a des millions, des milliards et elle en gagnera 
22 autres a faire des initiales sur des sacs, offre au medecin des 
chemises de soie, des chaUssettes et le mariage. Agitation motrice 
continue. Refuse tous les soirs de se coucher, reste nue pour 
etre prete plus vite lorsqu’on lui donnera ses habits. Essais de 



SEANCE DU 15 JANVIER 1931 43 

fuite. Fracture de Dupuytren ancienne. Dysarthrie, tremble- 
ments, inegalite pupillaire (gauches plus grande) et rigidite. 
Reflexes de la face et des membres exageres... Azotemie, 0,15... 
Bordet-Wassermann et Meinicke positifs dans le sang. Liquide 
cephalo-rachidien : albumine, 0,50... ; Pandy, ; leucocy¬ 

tes, 23... ; benjoin, 22222.22222.20000... ; Elixir paregorique, 
22 + 2... ; Bordet-Wassermann et Meinicke positifs. L’etat men¬ 
tal de cette malade rend necessaire son internement dans un 
asile d’alieiies. » 

A son arrivee a Vaucluse la malade preseiitait un etat de 
demence megalomaniaque qui resta stationnaire jusqu’au mois 
d’aout. Completement desorientee, incoherente et bruyante, les 
seules paroles suivies qu’elle prononcait etaient pour vanter sa 
puissance et ses riehesses : elle possedait des milliards, offrait 
des millions, gatait et faisait preuve d’une voracite insatiable. 

Le debut de la maladie aurait ete insidieux, depuis quelques 
mois, la malade qui aidait son mari dans le metier de colporteur, 
ne travaillait plus. Et, a la suite d’un ictus qui la laissa un jour 
sans connaissance, elle fut, en decembre 1929, menee a l’ho- 
pital. 

Une erreur de classification l’ayant fait ranger parmi les 
paralytiques generates evacuees sur un asile de banlieue parce 
que refractaires a la malariatherapie, on ne lui fit aucun traite- 
ment. Et elle mena une vie grabataire et turbulente dans un 
quartier de gateuses, jusqu’au jour ou elle attira l’attention sur 
elle par des phenomenes d’obstruction intestinale. 

Le 7 aout, au bout de quatre jours de vomissements et d’efforts 
infructueux pour les arreter, on la transfera d’urgence au 
pavilion de chirurgie ou le diagnostic de torsion de l’anse sig- 
moidienne fut fait. Mais l’operation ne fut pratiquee que trois 
semaines apres. Et, le 6 octobre, elle revenait a 1’asile de Vau¬ 
cluse, ayant subi une sigmo'idopexie sous-anesthesie par le 
melange , de Schleich, c’est-a-dire par melange d’ether et de 
chloroforme. 

Des son retour, on etait surpris par la transformation radi- 
cale operee dans son etat mental. Elle etait exuberante, mais 
calme ; avait recouvre la memoire ; racontait son operation, 
disait, avec une jovialite encore un peu excessive, qu’elle avait 
ete piquee de la tete, qu’elle s’etait crue follement riche, et fai¬ 
sait de sa vie un recit dont le mari a confirme l’exactitude. 

Jamais malade, ni enceinte, mariee depuis 8 ans avec un came- 
lot, elle a toujours assez bien gagne sa vie eomme domestique 
ou employee chez differents patrons avec qui elle resta en 



44 


SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


bonne intelligence. C’est vers la fin de l’annee derniere qu’elle 
a deraille et qu’on l’a menee a Henri-Rousselle, puis a Vaucluse. 
L’annee precedente elle s’etait casse la jambe en glissant. Et 
ces deux maladies ont fortement ebreche les 25.000 fr. d’econo- 
mies que le menage avait mis de cote. Les gains personnels les 
plus eleves ne depasserent jamais 30 fr. par jour. 

Elle sera contente de recommencer a faire du commerce 
ambulant avec son mari, qui, ne le 8 novembre 1894, a un mois 
de plus qu’elle, nee le 8 decembre de la meme annee. Elle sera 
heureuse de revoir sa mere qui, nee en 1861, aura 70 ans le 
5 mars prochain. 

Sur son passe, la duree de ses places de domestique, le nom 
de ses patrons, les evenements de la guerre, les dates de celle-ci, 
elle fait les reponses les plus exactes. 

Depuis son retour du pavilion, elle accomplit avec intelligence 
les fonctions d’infirmiere benevole. Elle calcule correctement, se 
comporte avec opportunity, fait des projets d’avenir tres senses, 
reconnait avoir eu des troubles mentaux, avoir raconte et fait 
des extravagances, s’etre imaginee qu’elle etait milliardaire 
alors qu’elle n’a malheureusement pas grand’chose. 

Sa conduite a 1’asile serait tout a fait normale si elle deman- 
dait d’en sortir. Mais elle y est si contente, elle aime tant y 
converser entre les heures de travail avec son entourage, que, 
spontanement, elle ne pense pas a reclamer sa sortie au medecin. 

En somme, la regression constatee consiste en ceci : 

a) Au point de vue mental : disparition du delire, critique de 
la periode delirante, conscience d’avoir etc malade, recuperation 
de la memoire et de 1’activite ordonnee, adaptation des juge- 
ments et de la conduite aux circonstances de l’asile. Mais l’eu- 
phorie et l’exeitabilite intellectuelle sous-jacentes prouvent que 
la gueris.on est incomplete, et, malgre le caractere judicieux des 
projets concernant l’avenir, il est a presumer que les facultes 
d initiative a la reprise de la vie en liberte ne seront plus aussi 
puissantes qu’autrefois. 

b) Au point de vue physique : le tremblement de la langue a 
beaucoup diminue, l’embarras de la parole n’est qu’episodique 
et tres leger ; 1 anisochorie a persiste et la pupille gauche mydria- 
tique reste indocile a la lumiere et a l’accommodation. Le Bor- 
det-Wassermann est toujours positif dans le sang et le liquide 
cephalo-rachidien. II y a encore 0,45 d’albumine dans le liquide 
cephalo-rachidien et une lymphocytose a 66,5. Le masque facial 
est atone et abruti. Benjoin 22222.22222. 



SEANCE DU 15 JANVIER 1931 


45 


Deux questions se posent a son sujet : 

1° S’agit-il d’une paralysie generate veritable, ou simplement 
d’un acces maniaque chez une debile syphilitique ? La concor¬ 
dance de diagnostic de trois .psychiatres, l’ietus anterieur, l’eu- 
phorie, le facies dechu, l’alliance des signes physiques classiques 
de la paralysie generale, l’absence de tout acces maniaque ou 
melancolique anterieur, permettent d’aflirmer la realite de 
celle-ci. 

2° Cette regression est-elle vraiment spontanee ou bien la 
torsion sigmoidienne et l’intervention qu’elle necessita ont-elles 
joue un role dans son apparition ? » 

L’operation et Fanesthesie ne sauraient entrer en considera¬ 
tion, car la regression avait commence avant elles. L’arrivee au 
pavilion de Chirurgie coincida avec l’amelioration des troubles 
physiques et psychiques, et, pendant la semaine qui preceda 
F operation, la malade allait mentalement si bien qu’elle servait 
d’auxiliaire aux infirmieres. 

La perturbation biologique apportee par la torsion sigmoi¬ 
dienne qui pendant 4 jours se traduisit par des vomissements 
bilieux et fecaloides, de la polypnee, de Fhypothermie, peut-elle 
etre comparee a celle des suppurations prolongees qui amene- 
rent la regression de deux paralysies generates citees par Fis¬ 
cher et par Wagner von Jauregg ? (Bauer : Regression des 
troubles mentaux dans les maladies organiques intercurrentes, 
These de Strasbourg, 1924). Nous n’oserions l’aflirmer, mais c’est 
possible. 

Quoi qu’il en soit, le cas nous a paru digne d’etre rapporte a 
cause de l’ampleur considerable de la regression des troubles 
mentaux. II prouve que la therapeutique par l’expectative n’a 
pas toujours que de mauvais effets. 

La malade introduite repond correctement a toutes les ques¬ 
tions. 

M. Marchand demande a M. Courbon si sa malade avait eu 
de la fievre au moment de son affection intestinale. C’est sou- 
vent sous cette influence que l’on voit apparaitre des remissions 
dans la P. G. A titre documentaire, il resume le cas suivant 
observe a l’asile de Blois : un paralytique general arrive a la 
derniere periode, a la periode grabataire, fut atteint d’appendi- 
cite. Apres l’operation, il defit son pansement et infecta sa plaie. 
II eut, pendant une dizaine de jours, une temperature tres ele- 



46 


SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOG1QUE 


vee, et je m’attendais a une issue fatale. II guerit neanmoins. 
Dans la suite, il resta dement ; la paralysie generate etait fixee. 
Quand, plusieurs annees plus tard, M. Marchand quitta l’asile, 
ce malade etait encore en vie avec un etat physique satisfaisant. 

M. Dupouy. . —- La regression de la maladie mentale de la 
femme qu’on vient de presenter est enorme et evidente. Les 
reactions humorales n’ayant pas ete du tout modifiees, il ne faut 
done pas baser le pronostic des paralysies generates sur les reac¬ 
tions biologiques. 

M. Trenel. — Les torsions de Tanse sigmo'ide, quand elles 
vont jusqu’a l’obstruction intestinale, sont tres souvent fatales.' 
C’est ainsi que j’ai eu l’occasion de faire trois autopsies d’alie¬ 
nees dans les derniers mois, mortes au Pavilion de Chirurgie, 
malgre la pratique de l’anus artificiel pour volvulus de cette anse. 

M. Leroy. — C’est generalement la fievre qui amene des 
remissions aussi completes. Quelquefois meme, la regression 
porte egalement sur les troubles bumoraux. Ce fut le cas d’un 
de mes malades entre dans un etat de cachexie extreme et 
auquel on dut enlever un ceil pour ophtalmie purulente. 

M. Claude. — Il est vrai que la regression des troubles mep- 
taux de la femme presentee est considerable. Mais ses reactions 
biologiques sont aussi troublees qu’auparavant. Cela ne permet 
done pas d’eriger en principe de conduite la therapeutique par 
l’expectative, car, tres souvent, les autres, comiiie la malaria- 
tberapie, ameliorent les troubles biologiques. 

M. Courbon. — La temperature de la malade a toujours ete 
inferieure a 37,5. La seule perturbation biologique qui ait prece¬ 
de Tamelioration de l’etat mental est celle de l’obstruction 
intestinale qui dura une buitaine de jours et qui est sans doute 
tres importante, quand il s’agit de torsions sigmoidiennes, etant 
donne ce que nous a dit M. Trenel. 

Pour heureuse qu’elle soit, cette evolution ne saurait decou- 
rager les efforts de therapeutique active contre la paralysie gene- 
rale. 

Les Secretaires des seances, 
Courbon et Demay. 



SEANCE DU 26 JANVIER 1931 


47 


Seance du Lundi 26 Janvier 1931 


Presidence de M. CAPGRAS et de M. le Prof. H. CLAUDE 


Allocution de M. CAPGRAS, president sortant 

MES CHERS COLLOGUES, 

Une tradition respectable m’oblige de jeter un coup d’ceil sur 
Fannee qui vient de s’ecouler. Je vous rappellerai brievement que 
nous avons entendu de Mile Pascal et de M. Vie une etude 
critique des morphogrammes schizoides de Krestchmer ; de 
M. Targowla une synthese hardie sur la psychose anxieuse envi- 
sagee, sous le signe de la pathologie generate, comme un syn¬ 
drome encephalitique ; de MM. Leroy et Medakovitch une ana¬ 
lyse des differences clinique et therapeutique de la paralysie 
generale chez la femme ; de M. Simon d’utiles enseignements. 
sur l’emploi de ses tests, universellement connus, dans l’examen 
du niveau mental des paralytiques generaux et la mesure des 
resultats de la malariatherapie ; de M. Codet une fine discrimi¬ 
nation de deux aspects de Femotivite ; de M. Marchand une 
importante etude anatomo-clinique de la demence encephalitique; 
de M. Paul Abely quelques observations de melancolie pancreati- 
que ; enfin, diverses communications et discussions interessantes 
sur la schizophrenic, la paraphrenie, les delires hallucinatoires et 
interpretatifs, le paregorisme, l’incontinence mentale senile, les 
cyphoses des dements precoces, le delire cenesthesique, les ence- 
phalites psychosiques, la pseudo-paralysie generale traumatique, 
le liquide cephalo-rachidien dans la confusion mentale puerpe- 
rale; les injections de serum hypertonique dans certaines psycho¬ 
ses toxi-infectieuses. 

Ce sommaire vous prouve que notre vieille Societe ne s’endor- 
mait pas. Mais un evenement capital vient de la stimuler : 
l’introduction dans son sein des deux autres societes psychiatri- 
ques separees d’elle depuis un quart de siecle. Je m’honore d’avoir 
preside cette seance memorable, ou, d’un commun accord, des 
sacrifices furent consentis a. une fusion qui, sans leser personne. 



48 


SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


accroitra l’importance de nos travaux et la renommee de la 
psychiatrie francaise. C’est une ere nouvelle qui commence, a 
proclame 1’un de vous. Je souhaite que la posterity ratifie ce 
jugement et que, de nos efforts conjugues, naisse une pathogenie 
plus sure, une therapeutique plus efficace des troubles mentaux. 
Notre science s’oriente vers des recherches qui ne tarderont sans 
doute pas a l’enriehir de notions precises. Par des moyens tout 
differents, la biologie et la psychanalyse concourent a nous ouvrir 
de vastes domaines inexplores. Les cadres d’autrefois se dislo- 
quent. II ne nous s uffi t plus de collectionner des faits, aussi f 
pittoresques soient-ils, nous voulons decouvrir les causes profon- 
des, au benefice de la prophylaxie et de la guerison des psychoses. 
Ce sera l’oeuvre de demain, celle de nos jeunes collegues dont 
l’ardeur se traduit deja dans l’ordre du jour tres charge de ce 
soir. 

Je ne voudrais pas l’allonger inutilement, mais avant de ceder 
ce fauteuil au maitre eminent que vous allez applaudir, il me 
reste des devoirs a remplir : d’abord, vous exprimer ma vive 
gratitude pour m’avoir procure la plus belle satisfaction de ma 
carriere ; ensuite, rendre hommage a la memoire de notre regrette 
secretaire general, le D r Henri Colin, et complimenter celui que 
vos suffrages presque unanimes ont appele a le remplacer, 
M. Rene Charpentier : justifiant pleinement notre confiance en 
son activite, il a vite transforme les Annales medico-psychologi- 
ques, dont vous admirerez tres prochainement la presentation 
modernisee. Je remercie les secretaires des seances, MM. Guiraud 
et Minkowski de leur devouement, et je suis certainement votre 
interprete a tous en leur disant combien nous regrettons qu’ils 
ne puissent pas continuer leur precieuse collaboration a la redac¬ 
tion de notre Bulletin. Je salue leurs successeurs, MM. Courbon 
et Demay, qui, par leur ferme amenite, sauront obtenir de tous 
les orateurs la prompte remise des manuscrits necessaires a la 
publication reguliere et rapide de notre revue. Je remercie notre 
tresorier, M. Raymond Mallet, que nos acclamations ont contraint 
d’assumer a nouveau une tache de plus en plus lourde. 

Pour terminer, il m’est particulierement agreable de feliciter 
notre ancien President, mon ami Raoul Leroy, qui vient d’etre 
nomme Chevalier de la Legion d’Honneur, digne recompense de 
son labeur desinteresse et de sa bonte souriante qui le font aimer 
de tous ses malades et de tous ses confreres. 

M. le Professeur Claude va maintenant donner une impulsion 
vigoureuse a notre Societe rajeunie et diriger nos debats avec la 
haute autorite qui s’attache a son nom. Je felicite M. Marchand 


SEANCE DU 26 JANVIER 1931 


49 


de son election a la vice-presidence et je le prie de prendre place 
au bureau. 

Allocution de M. Henri CLAUDE, president 

En prenant place a la^presidence, M. le Prof. Henri Claude 
prononce les paroles suivantes : 

Mes chers Collegues, 

La reunion que nous tenons aujourd’hui comptera parmi les 
plus importantes qui figurent aux annales de la Societe medico- 
psychologique. Apres quelque vingt-cinq ans de dissidence, cette 
derniere groupe de nouveau dans son sein tous les psychiatres 
francais et cette fusion des trois societes pour laquelle je peux 
dire que j’ai lutte depuis plusieurs annees, m’apparait comme . 
devant etre fructueuse et de nature a favoriser les progres de la 
branche de la medecine qui nous interesse. II m’a ete particulie- 
rement agreable que vous me fassiez l’honneur de me designer 
pour la presidence de la Society transformee et je vous exprime 
mes tres vifs remerciements pour la confiance que vous m’avez 
temoignee. J’essaierai de m’en rendre digne et je n’aurai qu’a 
prendre exemple sur les eminentes personnalites qui m’ont 
precede a cette place. L’annee que je viens de passer au Bureau, 
a cote de votre president, notre distingue collegue le D r Gapgras, 
a ete pour moi precieuse en enseignements, car j’ai pu apprendre 
comment la sagesse et la moderation permettaient d’aiBrmer 
davantage l’autorite. 

Mais je m’en voudrais de retenir plus longtemps votre atten¬ 
tion, d’autant plus que notre ordre du jour est exceptionnellement 
charge et que je dois vous donner l’exemple pour vous demander 
de vous resigner dans vos communications et vos discussions a 
une brievete rendue necessaire par suite des frais de publication 
devenus tres onereux. 

Notre Societe est une personne venerable, mais elle doit mettre 
une certaine coquetterie a accommoder ses 78 ans a des mceurs 
nouvelles. Les foqdateurs des Annales medico-psychologiques, 
ne disaient-ils pas deja, comme l’a rappele Rene Charpentier : 
« II faut a notre epoque s’enquerir des progres indispensables, 
des lacunes nombreuses a combler. » 

Je suis d’accord avec votre secretaire general, dont le labeur a 
ete et reste immense pour renover notre Societe et transformer 
les Annales, son organe ofiBciel, en vous demandant de nous 

Ann. med.-psych., 13 e seme, t. I. — Janvier 1931. 


4. 



50 


SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


exposer oralement vos communications, de facon a rendre plus 
vivantes vos observations, a mettre en lumiere plus nettement les 
points sur lesquels vous attirez F attention. 11 est beaucoup plus 
facile de souligner brievement l’interet d’un travail en l’exposant 
de cette facon, que dans une lecture, et de susciter ainsi les 
remarques ou les discussions, qui sont Fob jet meme de nos 
reunions. La lecture, ajouterai-je, encourage les conversations 
particulieres que le President a grand’peine a rendre discretes. 

Les rapports sur les candidatures ont garde encore une forme 
solennelle et academique qui apparait comme un peu desuete et 
sans objet. Le candidat est en general connu de nous tous, il n’a 
pas de concurrent : des lors, cette formalite qui prend le temps 
reserve aux travaux pourrait etre ecourtee, et remplacee par une 
simple presentation et une enumeration de titres ; le rapport 
etant, si vous le desirez, insere dans les comptes rendus. 

Grace a l’activite de notre nouveau secretaire general, la Societe 
medico-psychologique, avec ses deux seances mensuelleS, va pren¬ 
dre une jeunesse et une autorite nouvelles. II faut que tous nos 
efforts tendent a lui assurer une vitalite qui augmente encore son 
bon renom, c’est pourquoi nous vous proposons d’apporter quel- 
ques modifications a vos methodes de travail. J’espere qu’elles 
seront bien accueillies, car ce que nous desirons tous, c’est de 
contribuer par tous les moyens a la prosperity de la Societe 
jnedico-psychologique, et aux progres de la Psychiatrie francaise. 

Allocution de M. Ern. DE CRAENE 
au nom des psychiatres beiges 

M. Henri Claude, president, salue la presence, a la seance, du 
professeur Ern. de Craene, de l’Universite de Bruxelles, qui a 
demande la parole. 

M. Ern. de Craene tient a exprimer les felicitations de ses 
eollegues beiges et les siennes aux psychiatres francais pour la 
fusion de leurs trois societes en une seule, pour Fheureuse cir- 
constance qui fait que cette fusion se soit operee sous la presi- 
dence du professeur Claude, dont la valeur est si appreeiee en 
Belgique, et sous la direction du docteur Rene Charperttier que 
son devouement et ses brillantes qualites, mis au service de la 
psychiatrie francaise, ont fait depuis longtemps le frere d’adop- 
tion de tous ceux qui, hors des frontieres, concoivent la civili¬ 
sation comme on la concoit en France. 



SEANCE DU 26 JANVIER 1931 


51 


Correspondance 

La correspondance manuscrite c.omprend : 

une lettre de M. le D r Vullien donnant a la Societe des nouvelles 
rassurantes des blessures de M. le Professeur Raviart; 

une lettre de M. le. D r Maurice de Fleury qui, opere le 12 janvier 
dernier, s’excuse de ne pouvoir assister a la seance ; 

une lettre de M. le D r Jacques Vie qui remercie la Societe de l’avoir 
elu membre • correspondant; 

une lettre de M. le D r G. Villey-Desmeserets qui demande a faire 
partie de la Societe au titre de membre correspondant, Une commis¬ 
sion composee de MM. Rogues de Fursac, Guiraud, Senges rapporteur, 
est designee pour l’examen de cette candidature. Le vote aura lieu a 
la seance du lundi 23 fevrier ; 

une lettre de M. le D r Seglas, membre titulaire, qui demande a etre 
nomme membre titulaire bonoraire « pour ceder sa place aux jeu- 
nes ». A l’unanimite des membres presents, M. le D r Seglas est nom¬ 
me membre honoraire. 

Reception de nouveaux membres correspondants nationaux 
et de nouveaux membres associes etrangers 

Conformement aux decisions prises anterieurement par la Societe, 
a 1’occasion de la fusion des Societes psychiatriques, sont nommes : 

1° Membres correspondants nationaux 

MM. Barre (de Strasbourg), Chartier (de Nice), L. Gornil (de 
Marseille), Courtois (de Paris), Daday (de Saint-Maurice), Dumolard 
(d’Alger), A. Gonnet (de Saint-Etienne), Hyvert (de Yauclaire), Jude 
(de Damas), Mace de Lepinay (de Versailles), Martin-Sisteron (de 
Grenoble), Meignant (de Nancy), Rougean (de St-Lo). 

2° Membres associes etrangers 

Sir Robert Armstrong Jones (de Londres), MM. Pierce Bedford; 
(d’York), B. Conos (de Constantinople), d’Hqleander (de Louvain), 
Ch. Ladame (de Geneve), Georges Medakovitch (de Paris), Parhon 
(de Jassy), Demetre Em. Paulian (de Bucarest). 

Prix de la. Societe 

Aucun memoire n’ayant ete depose pour les prix a decerner en 
1931, il n’est pas procede a la designation de Commissions chargees: 
d’examiner l’attribution de ces prix. 

La Societe decide de remettre l’attribution du Prix Belhomme 
(2.000 francs) a 1933. Les memoires devront etre deposes avant le: 



52 


SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


31 decembre 1932. Question : « Les Hallucinations psychomotrices 
verbales s>. 

Seront a decerner en 1932 (memoires deposes avant le 31 decem¬ 
bre 1931) : 

le Prix Christian qui sera exceptionnellement de 1.000 francs, 

le Prix Aubanel (qui sera exceptionnellement de 3.000 francs). 
Question : « Consequences cliniques, anatomo-biologiques et thera- 
peutiques de la Malariatherapie de la Paralysie Generate », 

et le Prix Moreau 9 de Tours (200 francs). 

Les conditions de ces prix sont publiees dans le present numero 
des Annates Medico-psychologiques. 

Fixation des dates des Seances 

La Societe : decide de tenir deux seances mensuelles. 

La seance ordinaire aura lieu le dernier lundi de chaque mois 
(sauf en aout et septembre), a 4 heures de l’apres-midi, au siege de la 
Societe, 12, rue de Seine. 

La seance supplemental, reservee a des presentations, aura lieu 
le deuxieme jeudi de chaque mois (sauf pendant les vacances), a 
9 heures 1/2 dii matin, dans un etablissement hospitalier. La seance 
du jeudi 12 fevrier aura lieu a l’Hopital Henri-Rousselle. 

Fixation de la cotisation 

A l’unanimite, la Societe Medico-psychologique decide de fixer a 
150 francs la cotisation annuelle des membres titulaires. 

Les membres correspondants nationaux ayant l’obligation de 
s’abonner aux Annales et beaucoup d’entre eux ayant manifesto le 
desir legitime d’etre convoques aux seances de la Societe, il est decide 
a l’unanimite de leur donner satisfaction. 

Les membres correspondants recevront desormais les convocations 
et les Annales Medico-psy6hologi4ues contenant le Bulletin officiel de 
la Societe. 

Leur cotisation est fixee a 110 francs. 

Les membres titulaires honoraires et les membres associes etran- 
gers ne paient pas de cotisations. 

Creation de membres titulaires non residants 

Sur la proposition du bureau et conformement au desir d’un grand 
nombre de membres correspondants de la Societe habitant la prq t 
vince, la Societe decide a l’unanimite de creer 30 places de ..membra 
titulaire non residant. Ces membres auront les memes droits que les 
membres titulaires residants et paieront la meme cotisation (150 fr.). 



SEANCE DU 26 JANVIER 1931 


53 


Le total des membres titulaires (residants et non residants) se 
trouve ainsi porte a 100. 

Afin de Iaisser le temps de presenter les candidatures, l’election a 
ces 30 places de membre titulaire non residant aura lieu a la seance 
du lundi 25 mai 1931. La Commission chargee d’examiner les candi¬ 
datures et de faire des propositions a la Societe sera designee a la 
seance du lundi 27 avril. II pourra done etre fait acte de candidature 
jusqu’au 26 avril 1931. 

Rapport de la Commission des Finances 

M. Pactet. — Au nom de la Commission des Finances, j’ai l’hon- 
neur de vous exposer la situation financiere de la Societe Medico- 
psychologique. 


L’avoir de la Societe au 31 decembre 1929 etait de ..... 29.045 14 

Les recettes en 1930 ont ete de.... 8.993 » 


Total.... ..... . 38.038 14 

Les depenses en 1930 ont ete' de.. . . ... . 7.927 69 


II reste done un excedent total de.... 30.110 45 

se decomposant ainsi : 

Societe Medico-psychologique ........ 16.593 35 

Prix Aubanel ..... 7.611 60 

Prix Belhomme ...... 2.450 » 

Prix Moreau de Tours . 200 » 

Prix Christian .......... 3.255 50 


Total ... .. 30.110 45 

Les rentes annuelles se decomposent ainsi : 

Societe Medico-psychologique .. 566 » 

Prix Aubanel ...... ..... 800 » 

Prix Belhomme ... 300 » 

Prix Moreau de Tours ........ .. 100 » 

Prix Christian ... 302 » 


Total .. 2.068 » 


Votre Commission vous propose d’approuver les comptes de l’an- 
nee 1930 et de voter des remerciements a M. le docteur R. Mallet, 
notre devoue tresorier. - 

La Societe adopte ces conclusions et, a l’unanimite des membres 
presents, vote des felicitations a M. Raymond Mallet, tresorier. 




















54 


SOCIETE MEDICO-PSYCH0L0G1QUE 


Election a 13 places vacantes de membre titulaire 

Au nom de la Commission composee de MM. Pactet, Toulouse, Mar- 
chand, Courbon et Tinel, M. Tinel, rapporteur, presente le rapport 
suivant : 

Messieurs, La Commission des Candidatures a 1’honneur de vous 
presenter, pour les 13 places vacantes a la Societe Medico-psycholo- 
gique, la liste suivante qu’elle a cherche a etablir en s’inspirant a la 
fois de la date d’entree .des membres dans les Societes de Clinique 
mentale et de Psychiatrie, des titres, des travaux publies, des servi¬ 
ces rendus a ces deux Societes et de l’importance des communica¬ 
tions qui y ont ete presentees. 

Fil e vous propose done en premiere ligne les 13 noms suivants (1) : 

MM. Pierre Kahn (1920). 

Hartenberg (1921). 

Mme Thuillier-Landry (1922). 

MM. Buvat (1922). 

Collet (1922). 

Vinchon (1923). 

Ceillier (1924). 

Borel (1924). 

Codet (1925). 

Targowla (1925). 

P. Abely, medecin de la Maison Nationale de St-Maurice. 

H. Baruk (1927). 

Peron (1927). 

Cette liste a ete etablie par la Commission apres bien des hesita¬ 
tions, avec le regret, en presence de beaucoup d’autres candidatures 
de grand merite, de ne pouvoir y faire figurer un plus grand nombre 
de noms, et avec le ferme espoir que les prochaines elections pour- 
ront aisement reparer les defaillances qu’elle n’a pu eviter. 

Votre Commission me charge egalement d’insister sur ce point que 
la liste qu’elle a etablie n’a qu’une valeur purement indicative et que 
vous avez toute liberte naturellement pour la modifier. 

C’est pourquOi elle vous presente, ' en seconde ligne, la liste sui¬ 
vante : 

MM. Boudon (1921). 

D about (1922). 

Revertegat (1922). 

Cornelius (1923). 

Gallais (1923). 

(1) Les chiffres entre parentheses indiquent la date d’election soit a la 
Societe Clinique de Medecine Mentale, soit a la Societe de Psychiatrie. 



SEANCE DU 26 JANVIER 1931 


55 

Bonhomme (1924). 

Largeau (1925). 

Nathan (1925). 

Schaeffer (1925). 

Gilbert-Robin (1926). 

Cenac (1926). 

Montassut (1926). 

Schiflf (1928). 

Morlaas (1929). 

II est ensuite procede au vote qui donne les resultats suivants : 

Nombre de votants : 40. 

Majorite absolue : 21 voix. 

Ont obtenu : 


MM. P. Abely. 

38 voix. 

MM. Cenac ..- 

12 voix. 

Ceillier. 

38 — 

Bonhomme . 

9 — 

Yinchon . 

38 — 

Montassut. 

8 — 

Codet . 

35 — 

Schiflf. 

7 '' 

H. Baruk ....... 

34 — 

Boudon . 

6 —* 

Borel.. 

34 — 

Largeau . 

6 — 

Buvat . 

33 — 

Gilbert-Robin . 

6 — 

Collet .. 

33 — 

Nathan ... 

5 — 

Hartenberg. 

32 s " — 

Morlaas ....... 

4 —' 

Mme Thuillier-Landry 

32 — 

Schaeffer . 

4 — 

MM. Targowla. 

31 — 

Cornelius. 

2 — 

Peron .. 

30 — 

Courtois. 

1 — 

Pierre Kahn ... 

28 — 

Dabout . 

1 — 



Revertegat .... 

1 — 


M. H. Claude, president, proclame MM. P. Abely, Ceillier, Vxnchon, 
Codet, H. Baruk, Borel, Buvat, Collet, Hartenberg, Mme Thuil- 
lier-Landry, MM. Targowla, Peron et Pierre Kahn, elus membres 
titulaires residants de la Societe medico-psychologique. 

Election d’un membre correspondant 

Apres lecture d’un rapport de M. Demay, au nom d’une Commission 
composee de MM. Mignot, Raynier et Demay, sur les titres de M. le 
D r Desruelles, medecin-chef a l’Asile de Saint-Ylie (Jura), candidat 
au litre de membre correspondant national, il est procede au vote. 

M. le D r Desruelles est elu membre correspondant de la Societe 
medico-psychologique a l’unanimite des 37 suffrages exprimes. 



























56 


SOCIETE MEDIC0-PSYCH0L0G1QUE 


COMMUNICATIONS 

De Pintervention judiciaire dans le placement des alienes, par 

MM. Xavier et Paul Abely. 

Le Senat a repris tout reeemment la discussion du projet de loi 
sur les alienes. Certes, les tentatives de reforme de la vieille loi de 
1838 ont ete maintes fois mises en chantier et finalement aban¬ 
donees. Mais ces rejets ont ete dus en grande partie a la 
vigilance des psychiatres et a Pintervention de leurs societes 
medicales. 

Le pro jet actuel contient certaines innovations qui sont dignes 
d’approbation. Mais il en est une contre laquelle nous devons nous 
elever avec force : c’Cst celle de Pintervention judiciaire, systema- 
tique, prealable a tout internement volontaire. 

Cette mesure serait pernicieuse aux malades, a leurs families, a 
la dignite des alienistes. On a pu dire que, par la, la loi nouvelle 
ne serait plus une loi d’assistance, de bienfaisance, mais une loi 
de suspicion et.qu’elle constituerait, non pas un progres, mais un 
recul. Cette mesure vexatoire existait en effet avant la loi de 1838, 
dont un des buts a ete de la faire disparaitre. Des discussions 
vehementes avaient eu lieu, avant la guerre, dans les Societes 
medicales specialiSees et a l’Academie de medecine, qui avaient 
toutes conclu au rejet de cette innovation. Et cependant cette 
mesure inquisitoriale est maintenue dans le projet actuel. Allons- 
nous, par notre silence et notre abstention, laisser croire aux 
parlementaires, qui ne nous ont d’ailleurs pas consultes, que 
nous acceptons aujourd’hui ce que nous avons combattu ante- 
rieurement ? 

II est infiniment probable que si les alienistes n’interviennent 
pas en faveur des malades leses par ce projet, aucune voix ne 
s’elevera au Parlement pour les defendre. II nous a semble que 
la Societe medico-psycbologique, qui represente des aujourd’hui 
la syntbese de la specialite psychiatrique, devrait etre appelee A 
faire connaitre a nouveau son opinion particulierement qualifier 
et que Ce ne serait pas faire oeuvre inutile qu’amorcer une 
discussion sur Ce sujet qui touche a des interets medicaux, scien- 
tifiques et sociaux. 

Done, de par la loi nouvelle, tout placement asilaire, de type 
volontaire, meme lorsque le malade n’est pas protestataire, ne 
deviendrait effectif qu’apres un jugement obligatoire rendu par 



SEANCE DU 26 JANVIER 1931 


57 


un tribunal. Les placements d’office sont d’ailleurs exempts de 
cette formalite. Cette intervention judiciaire est presentee comme 
une garantie essentielle de la liberte individuelle. 

Nos legislateurs sont obsedes par la pbobie de rinternement 
arbitraire. Le fait, pour une famille, de vouloir faire soigner un 
malade mental est un acte essentiellement suspect. On a du 
reconnaitre cependant que la necessite du traitement rapide des 
maladies mentales etait incompatible avec la lenteur du forma- 
lisme judiciaire. Done, la condamnation a rinternement n’aura 
plus lieu a l’entree meme, mais au bout de six mois de sejour a 
l’asile. Mais, des lors, n’est-il pas monstrueux, si l’on croit en la 
realite des internements arbitraires, de tolerer leur existence 
pendant 6 mois, 9 mois ou davantage ? La decision juridique doit 
etre immediate ou ne doit pas etre. Mais la n’est pas le, point 
essentiel. C-est le principe meme de I’intervention judiciaire 
generalisee et obligatoire dans tous les cas de placement volon- 
taire qu’il y a lieu de combattre. 

Nous aliens tout d’abord essayer de montrer rapidement, rappe- 
lant les arguments deja mis en valeur, en apportant de nouveaux, 
que cette mesure sera inutile, inefficace et nefaste. 

Cette mesure est inutile, parce e’est entrer en guerre contre une 
chimere que de vouloir supprimer les internements arbitraires, 
qui n’existent pas. C’est en vain qu’on essaiera d’apaiser ainsi le 
prejuge traditionnel et mystique de l’opinion publique. Aujour- 
d’hui, elle met en cause les medecins ; demain, elle s’attaquera 
aux magistrats. Qu'elle que soit l’autorite qui aura couvert le 
placement, les protestations et les campagnes calomnieuses per- 
sisteront. Le seul effet du controle judiciaire sera de porter 
atteinte a la dignite des alienistes. On pourrait rejeter du projet 
actuel ce que Constance disait au Senat du projet Dubief : « II 
produira necessairement, resultat d’ailleurs voulu, ramoindrisse- 
ment du medecin d’asile et ne sera contre lui qu’une loi de 
suspicion qui pesera sur toute sa carriere. » 

G’est pourquoi il serait necessaire de s’employer activement a 
faire connaitre enfln la verite sur les pretendues sequestrations 
asilaires, et cela non pas seulement aupres du grand public, mais 
surtout dans les milieux cultives, parlementaires, judiciaires, 
medicaux non specialises, qui, trop souvent, partagent a ce sujet 
les prejuges de 1’opinion publique. On ne s’etonnera pas trop de 
la defiance des juristes, parlementaires ou magistrats a notre 
egard, lorsqu’on saura que cet etat d’esprit est officiellement incul- 
que dans les facultes de droit par des professeurs theoriciens 
trop eloignes de la pratique asilaire. Nous n’exagerons rien. Voici 



58 


SOGIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


un extrait d’un cours de Droit civil, classique dans toutes les 
facultes, celui de Colin et Capitan : « Comment peut-on expliquer 
que, de l’aveu de presque toutes les personnes competentes, les 
garanties que la loi de 38 donne de la liberte individuelle ne 
soient pas suffisamment efficaces ? Comment se fait-il que les 
internements arbitraires, non pas frequents mais encore trop 
nombreux, puissent se produire, comme en font foi non seule- 
ment les campagnes de presse, mais encore les comptes rendus 
judiciaires ? C’est que la plupart des garanties sont posterieures 
a l’internement, au lieu de le preceder. Une fois que le pretendu 
aliene aura ete enferme a I’asile a la demande, peut-etre, d’heri- 
tiers cupides ou d’un conjoint desireux de s’en debarrasser, il lui 
sera bien difficile d’obtenir son elargissement. Les decisions a 
prendre a cet effet par le medecin impliqueraient souvent la 
reconnaissance d’une erreur commise, parfois 1’incrimination 
de confreres en l’art medical. On hesite done a la prendre et l’on 
s’attache, de preference, generalement d’ailleurs de bonne foi, 
dans l’examen du pretendu malade, plutot aux symptomes qui 
peuvent justifier le inaintien de l’internement qu’a ceux qui 
feraient apparaitre cette mesure comme illegale. » Voila comment 
on nous apprecie. Serait-il done si difficile de convaincre, nieme 
le grand public, d’une verite si evidente : l’impossibilite des inter¬ 
nements abusifs. G. Ballet, qui protestait avec vehemence contre 
ce qu’il appelait les sacrifices des parlementaires a la « dema- 
gogie », racontait qu’il assita un jour, avec Brissaud, a l’une de 
ces reunions populaires dirigees contre la loi de 38. Ils montre- 
rent les garanties qu’elle donne a la liberte individuelle ; ils 
mirent en parallele l’inutilite et le caractere vexatoire des mesu- 
res projetees : « Ce fut, dit-il, pouf les auditeurs, une clarte nou- 
velle, et il fallut toute l’autorite de Brissaud pour empecher les 
membres de la reunion de, rediger et de porter incontinent au 
Ministre de 1’Interieur une protestation vehemente, non plus 
contre la loi de 38, mais contre le projet Dubief. » 

L intervention judiciaire qu’on veut imposer aux placements 
volontaires est non seulement inutile, mais encore, en se placant 
dans 1 hypothese ou les internements arbitraires seraient possi¬ 
bles, elle est parfaitement inefficace. Il serait encore necessaire de 
faire penetrer dans l’esprit du legislates cette idee incontestable 
que la question de la legitimite d’un internement est une ques¬ 
tion d’ordre purement medical. Peut-on serieusement estimer 
que le juge est competent pour jouer ce role de controleur psy- 
cbiatrique, de super-medecin alieniste, d’autant plus que le pro- 
Meme ne se posera que pour des cas difficiles situes sur les fron- 



SEANCE DU 26 JANVIER 1931 


tieres de la pathologic. Que se passera-t-il en pratique '? Ou bien 
le tribunal homologuera simplement les. conclusions des mede¬ 
cins, et il ne sera plus qu’un bureau d’intemement ou seront 
enregistres les diagnostics medicaux, « J’ai entendu dire qu’un 
ancien medecin Directeur d’asile, homme prudent et precurseur, 
avait applique preventivement l’intervention judieiaire systema- 
tique. II conduisait periodiquement devant le tribunal du chef- 
lieu, dans le fourgon de l’asile bien garni, tous les protestataires 
du moment. » Ou bien le juge, prenant a la lettre sa mission de 
controleur de l’etat mental des malades, croyant, comme bien 
des gens, que le simple bon sens suffit a faire reconnaitre la folie, 
entreprendra un examen medical personnel, qui abOutira a une 
conclusion psychiatrique independante de F opinion du medecin. 
Les resultats peuvent en etre deplorables. M. Parant pere, l’emi- 
nent alieniste toulousain, a decrit avec une aimable ironie ces. 
examens medicaux pratiques par les magistrats, essentiellement 
esclaves des formes, et qui transportent dans Finterrogatoire des 
alienes les procedts du juge d’instruction. La magistrat-instrue- 
teur ne prend pas une observation ; il ne note, dans son proces- 
verbal, que les reponses de l’aliene aux questions posees, minu- 
tieusement redigees, relues et contresignees. M. Parant citait le 
cas d’un juge qui, accable d’injures et menace de projectiles 
divers, tout desoriente, lui disait a peu pres ceci : « Je ne puis 
rien faire connaitre sur l’etat mental de ce sujet : je n’ai pas fait 
mon interrogatoire. » M. Parant conelut par cette phrase, qu’il 
est piquant d’opposer a celle des professeurs de droit citee tout 
a Fheure : « Les magistrats ne savent pas qu’il faut juger de la 
folie d’un individu non pas par ce qui leur reste de raison, mais 
par ce qui lui en manque. » Muni de ces precieux renseignements, 
le tribunal peut aboutir a des conclusions fort dangereuses. Nous 
connaissons tous des cas ou le tribunal a pris des decisions aliant 
a l’encontre des opinions des medecins traitants et des medecins 
experts. J’en sais peu qui n’aient pas eu des resultats regretta- 
bles. Dans la Seine meme, ou, en general, les magistrats sont plus 
experimentes, plus circonspects et plus desabuses, il y a peu de 
temps, une persecutee evidente, ayant ete convoquee d’autorite, 
en personne, devant le tribunal, fut mise en liberte sur-le-champ; 
les consequences en furent faeheuses a plusieurs titres : la 
malade dut, en tout cas, etre rapidement reinternee. 

Mais il vaut mieux laisser sur ce sujet la parole/aux magistrats 
eux-memes. A la Societe de legislation, en 1904, le procureur 
Morizet-Thibault rapporta le cas suivant : « Un jeune semina- 
riste atteint de folie religieuse avait demande sa mise en liberte. 



60 


SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


Le tribunal, en presence du refus du medecin, hesitait. Sur de 
nouvelles reclamations plus instantes encore, il fut interroge, si 
vous me permettez 1’expression, sur toutes, les coutures. Le tri¬ 
bunal, negligeant l’avis du medecin, le remit en liberte, Quelques 
jours apres, sa sceur etant en train de traire les vaches a 1’etable, 
il saisit une hache et lui fendit le crane. « J’avais besoin, dit-il, 
de laver mes peches dans le sang d’un juste. » A la meme seance, 
un autre haut magistrat rapporta aussi un exemple personnel : 
<< J’etais substitut a Rennes. On presente un-jour une demande 
de sortie d’un aliene. Je m’etais, pour mpn compte, oppose a la 
sortie. Le tribunal estima qu’il ne fallait pas conserver cet 
homme, qui paraissait gueri. On le remit en liberte. Un jour, nous ; 
reeevons un proces-verbal nous annoncant qu’il venait de tuer sa 
femme, quatre enfants et deux voisins. Depuis ce jour, j’ai tou- 
jours ete plus rigoureux pour les sorties que pour les entrees. » 

A la meme Societe, on concluait que les juges auront ainsi 
des lecons terribles qui les rendront circonspects et qui leur 
imposeront une sage reserve ». Il faut avouer qu’a la lumiere 
des exemples precedents, cette declaration n’etait pas tres rassu- 
rante pour les sujets d’experience des premieres lecons. 

Ces graves consequences de l’intervention judiciaire sont encore 
aggravees du fait de I’irresponsabilite a peu pres complete des 
juges. On sait que pour sauvegarder l’independance des magis- 
trats, la loi a rendu extremement difficile, sinon impossible, la 
mise en jeu de leur responsabilite. « L’intervention du tribunal, 
a ecrit M. Fillassier, a donne lieu a de serieuses critiques. Mais 
une des plus graves, a notre avis, est de substituer a la responsa¬ 
bilite de la loi de 1838 rirresponsabilite d’un tribunal. » La for- 
malite judiciaire n’apporte ainsi aucune garantie efficace, car elle 
ne fait que superposer une responsabilite illusoire, anonyme et 
insaisissable, a la responsabilite effective et personnels des 
families et des medecins. 

L’intervention du tribunal est non seulement inutile et ineffi- 
cace, mais, chose plus grave, elle est nefaste ! 

Elle sera nefaste pour le malade, parce qu’elle aggravera la 
tare de l’interaement. « Les Asiles, dit Ballet, sont deja des 
maisons mal famees. Que sera-ce. le. jpur ou l’on aura ecrit impli- 
citement sur leur facade : « Ici, on n’entre que par autorite de 
justice. » Pensez-vous qu’il sera facile au malade, une fois sorti, 
de se reclasser, avec cette sorte de easier judiciaire etablissant 
qu’un jugement aura decide de son placement definitif >,, car, de 
par la loi, le placement, meme pour des malades curables, s’ap- 
pellera definitif. Le resultat le plus clair sera de limiter conside- 



SEANCE DU .26 JANVIER 1931 


61 


rablement le traitement des maladies mentales et de retarder 
Finternement jsuqu’a des limites fatales a la guerison. II fau- 
drait encore enumerer toutes les repercussions facheuses que 
•peut avoir sur l’etat-mental d’un melancolique, d’un persecute, 
la procedure de l’intervention judiciaire, qui aggravera les idees 
de culpabilite, de chatiment, de detention arbitraire. La mesure 
nouvelle sera tout aussi nefaste pour les families. Le formalisms 
judiciaire, les enquetes inevitables, porteront une grave atteinte 
a la discretion que commandent Finfortune des parents et le 
secret, au respect desquels ils devraient avoir droit. Elle entraine 
des frais pour les parents : constitution d’avoue, depenses judi- 
ciaires diverses. II y a la une disposition particulierement 
injuste, qui rend obligatoire la procedure judiciaire mais ne la 
rend pas gratuite. Elle est surtout nefaste pour la famille, 
parce qu’elle cree inconsiderement autour d’elle une atmosphere 
de suspicion, de culpabilite systematiques. 

On pourrait repeter ce que disait en 1838 le Comte de Monta- 
lembert, s’elevant contre les exces d’intervention des autorites 
publiques : « Je trouve dans Cette loi d’excellentes garanties 
pour la liberte individuelle ainsi que pour la securite publique, 
mais je n’en trouve pas pour un objet aussi important qui est 
Fhoiineur des families. » 

La mesure nouvelle est nefaste enfin pour la securite publique, 
parce qu’elle retardera les internements jusqu’a des limites dan- 
gereuses pour la societe. Les consequences sociales des mes.ures 
prises tantot pour mieux defendre la liberte, tqntot pour mieux 
defendre la societe, suivent une sorte de mouvement de bascule. 
II est facile de comprendre que si l’on met des barrieres aux 
mesures preventives du danger social, celui-ci augmente auto- 
matiquement. II est des tmaintenant remarquable de constater 
que toute campagne de presse, tout proces ayant trait a une pre- 
tendue sequestration arbitraire, est infailliblement suivi d’une 
recrudescence des reactions antisociales d’alienes en liberte, 
parce que la famille, les autorites memes, dans la crainte d’en- 
gager leur responsabilite, ne consentent a Finternement qu’a la 
derniere limite du danger social. On aboutit ainsi a cette conse¬ 
quence paradoxale, mais exacte, que l’intervention judiciaire 
provoquera une diminution de la securite publique. 

M. Demay. — La Commission du Senat a consulte indivi- 
duellement quelques alienistes dont M. Colin, Toulouse, et les 
representants de l’Association Amicale des Medecins des Etablis- 



62 


SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


sements publics d’alienes, societe professionnelle. Mais, etanfc 
rlonne l’importance de la question, c’est la Societe medico-psy- 
chologique dont l’avis serait necessaire. Je pense que la discussion 
de cette communication devrait etre maintenue a l’ordre du jour. 

M. Heuyer. — II serait bon, en effet, qu’avant toute discus¬ 
sion, on puisse prendre connaissance du texte de cette commu¬ 
nication qui envisage divers problemes importants. 

M. D. Anglade appUie cette proposition. Pour ne retenir 
qu’un point du pro jet de reforme de la loi, l’intervention de la 
justice, fixee a l’echeance de 6 mois apres le debut de l’interne- 
ment, est un recul par rapport a ^organisation actuelle qui 
permet cette intervention des le premier jour, conformement a 
Particle 29 de la loi de 1830. 

M. Tr&siel. — Faire prononcer l’internement par les magis¬ 
trals c’est, comme on l’a dit, assimiler les alienes aux criminels 
et leur retirer le seul appel qu’ils aient contre la decision de 
sequestration, .C’est dans la transformation du placement volon- 
taire en placement d’ofBlce que Pintervention de la justice serait 
opportune. 

II faudrait etudier la reforme en la comparant aux legislations 
etrangeres. 

M. le President H. ClauUe. — La question restera done a l’or- 
dre du jour de la seance du lundi 23 fevrier. 

Psychose onirique endocrinienne consecutive a la dengue, par 

les D rs J. Roubinovitch, Mignon, Leullier et Picard, 

Outre la rarete assez grande de Pobseryation que nous avons 
l’honneur de rapporter a la, Societe, nous ne croyons pas sans 
interet Clinique certaines, des particu.larites presentees, par notre 
malade. 

Observation. - Mile M..., agee de .20 ans, nee a Smyrne, a ete 
soignee par nous a son arrivee de cette derniere ville, au mois 
de decembre dernier. Pas d’antecedents speciaux. Pas de tares 
psychopathiques anterieures. Aucune anomalie notable avant la 
dengue. Instruction un peu negligee pendant l’enfance, d’ou 
developpement intellectuel moyen, Egalite de caractere et affec- 
tivite normale. II faut noter, neanmoins, que, moins avantagee. 
que ses sceurs au point de vue physique, elle eprouvait de ce 



SEANCE DU 26 JANVIER 1931 


63 


fait un certain sentiment d’inferiorite, cause de preoccupations 
quant a son avenir matrimonial. Ayant, par ailleurs, entr’apercu 
la vie parisienne comme eleve, durant deux annees, d’un lycee de 
jeunes lilies, le fait de retourner definitiyement a Smyrne, ville 
peu attrayante. depuis l’incendie, Faffectait. beaucoup. Elle avait 
toujours manifesto un sentiment de revolte pour la vie recluse 
que ses sceurs se plaisaient a mener. Aussi, comme nombre de 
jeunes filles, le mariage lui semblant un moyen d’acquerir une 
certaine emancipation, y pensait-elle souvent. Toutefois, avant 
la dengue, on ne releve chez elle, en depit d’une imagination sans 
doute active, ni perturbation sexuelle notable, ni excitation geni- 
tale exageree. Regies normales et regulieres depuis la puberte, 

Alors que la dengue avait fait son apparition a Smyrne, en sep- ; 
tembre 1928, presque en meme temps que l’epidemie d’Athenes 
de Fete de la meme ann.ee, M.„ ne fut atteinte que lors de la reap- 
parition de l’epidemie, en septembre 1929, ou ne furent tou- 
chees que les personnes qui avaient ete indemiies l’annee prece- 
dente. Apres une periode de debut de quelques jours, qui fut 
caracterisee par une elevation progressive de la temperature jus- 
qu’a 39-40°, avec grands frissons, cephalees intenses, vomisse- 
ments, lombalgies violentes et sans autres prodromes, l’eruption 
caracteristique apparut le 5° jour sur les bras et les jambes, 
puis sur tout le corps, en meme temps que la temperature oscil- 
lait aux environs de. 38°. Tout rentre dans l’ordre le 7° jour. La 
malade se leve le 8 e , Aucune complication organique de l’ordre de 
celles qui sont le plus frequemment observees (albuminurie,. 
troubles endocriniens aigiis). Toutefois, notre malade restait tres 
affaiblie, tenant mal sur ses jambes, accusant des vertiges et des 
cephalees, un etat nauseeux avec anorexie complete et secheresse 
de la bouche. Apres une no.uvelle periotle d’alitement d’une ; 
semaine, il est decide que M... achevera sa convalescence en 
France. Des troubles du caractere etaient survenus des cette 
periode : coleres, obstination puerile, tendance a la revolte contre 
les siens. Finalement, Fon avait cru devoir, acceder a ses desirs. 

Sur le paquebot, la malade commence a perdre le controle 
d’elle-meme, Apparaissent alors de la confusion des idees et un 
etat d’agitation anxieuse. M..., une fois, s’habille, se pare de son 
linge le plus fin, et on la retrouve dans le lit du maitre d’hotel, 
Elle a declare, par la suite, qu’elle etait en proie a des craintes 
vagues de persecution, que tout lui semblait transforme autour 
d’elle, qu’ayant cru reconnaitre dans ce maitre d’hotel un sien 
oncle, elle avait ete chercher refuge, a ses cotes, Les souvenirs 
deviennent alors de plus en plus confus, les paramnesies se mul- 



64 


SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


tiplient, Tetat onirique apparait en meme temps que les souvenirs 
s’estompent de plus en plus. 

Apres un bref sejour a Paris, ou elle se montre irritable, impul¬ 
sive, insomnique, les siens doivent la placer en maison de sante, 

A son entree, la malade presente une excitation psychique , 
marquee, avec bavardage plus ou moins incoherent. Ses explica¬ 
tions sur les incidents du paquebot sont des. plus vagues. L’in- 
conscience de l’etat morbide est totale. Tendance intermittente a 
1’agitation motrice et aux reactions colereuses. Fatigabilite tres 
grande, perceptible au cours de la conversation, dont le debut, 
en apparence normal, laisse vite place a des propos mal coherents, 
au fur et a mesure que l’attention se reduit. Si l’on ne note point 
d’hallucinations vraies, la malade s’enferme dans un etat de dis¬ 
traction et de reveries avec mutisme. Elle nous a avoue, par la 
suite, que tout lui paraissait se transformer autour d’elle ; que 
les fleurs du papier de sa chambre s’agrandissaient demesure- 
ment, sortaient de leur plan pour s’animer « comme dans uh 
reve dont elle ne pouvait se detacher » ; que les bruits reels lui 
apparaissaient deformes, avec une « resonance » extraordi¬ 
naire, puis se transformaient peu a peu en bruits plus significa- 
tifs, doiit elle ne pouvait interrompre le cours. 

Au bout de 3 semaines de cet etat (fin janvier 1930), le pronos- 
tic restait des plus reserves, en raison d’attitudes discordantes, 
d’inexpressivite mimique, du desordre des actes, du decousu 
apparent des propos, cependant que le sommeil et l’alimentation 
avaient repris peu a peu un cours normal. 

Des ce moment, des troubles de la sphere sexuelle apparurent. 
La malade s’agite par instants ; ses propos deviennent exagere- 
ment enjoues ; elle se farde, eprouve le besoin de danser ; pre¬ 
sente des attitudes equivoques marquees au coin d’un erotisme 
indubitable. Ses propos manquent de reserve. Elle ne se cache 
point d’aspirer a la vie des boites de nuit parisiennes. 

Apres quelques semaines, tout rentre dans l’ordre : la malade 
corrige ses idees delirantes ; son comportemerit redevient nor¬ 
mal ; elle temoigne d’une reserve plus marquee. Seuls, les souve¬ 
nirs de toute la periode morbide restent imprecis. Elle a l’impres- 
sion de sortir d’un reve dont elle ne Sait apprecier la duree. PrO- 
gressivement, les gens et les choses lui paraissent rentrer dans 
leur plan normal et le sentiment d’etrangete s’efface. Toutefois, 
soulignant 1 etat d asthenie, quelques jours auparavant encore 
s’etaient manifestees des craintes phobiques, avec le besoin de 
laver constamment les objets familiers, en particular ceux 
qu’elle avait apportes de Smyrne. 



SEANCE DU 26 JANVIER 1931 


65 

Au point de vue organique, aucun symptome neurologique 
notable durant toute la psychose. Pas de mo difi cations des 
reflexes tendineux cutanes on pupillaires. L’examen des divers 
organes n’a rien decele de special, si ce n’est un etat d’anemie 
avec. .decoloration des conjunctives, tachycardie paroxystique 
(100 a 120 pulsations); grosse hypotension arterielle (maxima 
9 1/2, minima 6, au Vaquez-Laubry), durant toute revolution 
des troubles mentaux. D’autre part, une boufl'issure des traits 
avec empatement, attirait 1’attention du cote du corps thyrp'ide, 
normal a la palpation. 

La therapeutique employee, a comporte des gouttes d’adrena- 
line et des extraits thyroidiens, qui ont permis de relever la ten¬ 
sion arterielle et de modifier le facies de la malade, modifications 
qui ont , coincide avec l’amelioration de l’etat mental. La malade 
dysmenorrheique a revu alors ses regies plus abondantes mais 
douloureuses. 

A la fin du traitement, la numeration globulaire donnait : 
3.480.000 hematies et 6.710 leucocytes, dont 61 0/0 de polynu- 
cleaircs, 12 0/0 de mono, 26 0/0 de lympho et : 1 eosinophile. Le 
dosage de rhemoglobine au Sahli donnait,une presence de 95 0/0. 
Malgre le traitement, le metabolisme basal a 31,2 etait encore 
diminue de 15 0/0. 

Ajoutons que les reactions de Wassermann, Hecht et Kahn, 
s’etaient toujours montrees negatives, et que le taux de l’uree 
dans le sang etait de 0 gr. 49. ... 


Les troubles psychiques consecutifs a la dengue restent des 
plus rares. Apostolides, Chariotis, Hadjissarantes et Frankiada- 
kiss ont note quelques psychoses sans preciser leur nature. Ils 
ecrivent ceci : « Quelques-unes durent encore, et nous ignorons 
si elles constituent une sequelle definitive due a la dengue. » Un 
medecin de Smyrne, que nous avons cpnsulte par ailleurs, nous 
ecrit : « Quoi qu’il en soit, les cas de nevrose furent tres rares 
(5 ou 6 cas dans tout Smyrne, sur une population de 150.000 habi¬ 
tants). Gependant, il semble que les delires oniriques avec agi¬ 
tation etaient predominants. A notre connaissance, tous les cas 
ont gueri. Le cas le plus rebelle aurait dure trois mois. » Ce 
meme medecin ajoutait plus loin : « II m’a semble que, parmi les 
nombreuses complications de la dengue, il fallait surtout incri- 
miner les glandes endocrines : asthenie surrenale de la convales¬ 
cence, troubles ovariens, avortements et accouchements prema- 
Ann. med.-psych., 13 e serie, t. I. — Janvier 1931. 5 



SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


tures, dus sans doute a la pituitaire ; enfin, quelques cas de goi¬ 
tre exophtalmique. » 

Comment interpreter, des lors, le' cas de notre malade ? II ne 
se presente point comme une confusion mentale aigue veritable 
(pas de fievre durant toute revolution de la psychose), malgre 
1’amnesie partielle consecutive, mais plutot comme un etat d’as- 
thenie tres marquee, oil se inanifestent de l’anxiete, des craintes 
phobiques passageres, et cela sur un fond organique d’anemie et 
d’hypotension arterielle permanente. G’est a la faveur de cet etat 
que se developpent une obtusion psychique et un delire de reve, 
ou les choses reelles s’estompent pour laisser la place, grace a 
cet etat crepusculaire, a des paramnesies et des illusions senso- 
rielles multiples, a un sentiment profond d’etrangete des choses, 
a une sorte d’onirisme qui laisse transparaitre des preoccupa¬ 
tions subconscientes sous-jacentes, ou la sexualite tient un role 
de premier plan. 

II est difficile, si 1-on veut bien retenir l’hypotension arterielle, 
la dysmenorrhee, les troubles thyroidiens avec modification du 
metabolisme basal et la disparitibn de ces troubles par les traite- 
ments opotherapiques, en meme temps que disparaissaient les 
troubles mentaux, de ne point voir dans un tel cas une veritable 
psycbose onirique endocrinienne (1). 

M. Trenel. -— En Silicie, j’ai constate frequemment de l’oni- 
risme mais sans delire dans la fievre de trois jours. 


Anemie et paraplegie rappelant certains syndromes neuro- 
anemiques, au cours d’un syndrome bebephreno-catatOnique. 
Amelioration des troubles psycho-Organiques par la methode 
de Whipple, par M. G. Petit, medecin-chef de la Maison 
de sante de Ville-Evrard et Mile D. Martiiille. 

Resume. — - Au. cours d’un syndrome hebephreno-catatonique evo- 
luant depiiis plus de 20 mois, une jeune fille presente, concurrem- 
ment avec une anemie notable, une paraplegie avec contracture en 
flexion, exageration puis abolition des reflexes tendineux, signe de 

(1) M. le professeur Peusis, professeur de clinique medicale a l’Universite 
d’Athenes, qui vient de faire (15 et 17 janvier 1931) deux legons sur la dengue, a 
la Faculte de medeeine de Paris, a pris connaissance de notre observation et l’a 
citee dans sa derniere leeou. D’apres ce maitre, qui a etudie sur place les grandes 
epidemies de dengue en 1928 et 1929, notre cas vient corroborer les elements 
qu’ilpossede sur l’influence de la dengue sur la zone psychique. 



SEANCE DU 26 JANVIER 1931 


67 


Babinski negatif. Amelioration lente, mais progressive, des troubles 
psycho-organiques par la methods de Whipple. La constalation 
parallels d’une serie de signes organiques particuliers (fievre, myo¬ 
clonies, parkinsonnisme frusts, crises oculogyres, etc.) plaide en 
faveur. dune inf ection .neurotrope par le virus de V. encephalo-myelite 
epidemique : etiologie qu’il semble possible d’envisager, d’une 
mcmiere plus generate, dqns le determinisme de certains syndromes 
neuro-anemiques et psycho-anemiques qualifies encore de cryptoge- 
netiques 

Cette communication paraitra in extenso dans le numero de 
fevrier des Annales medico-psychologiques. 


Sequelles psychiques de la maladie de Heine-Medin. Syndrome 

de demence precoce, par MM. A. Gourtois et P. Mareschal* 

Le domaine des atteintes inflammatoires du cerveau, des ence- 
phalites, comme causes de troubles mentaux, s’elargit chaque 
jour. Mais parmi les travaux recents, les faits anatomiques, —^ 
qui constituent la base la plus solide de c'es recherches, — ne 
concernent guere, jusqu’a present, que les formes les plus graves 
evoluant sous le type clinique du delire aigu, encephalites psy- 
chosiques aigues, azotemiques, primitives et secondaires (1), et 
se terminant rapidement par la mort. Aussi faut-il souvent 
encore se contenter dd rassembler des faits cliniques que la con- 
naissance des lesions histologiques des eas a evolution fatale per- 
met de mieux interpreter. 

Toutes les maladies infectieuses peuvent, sans doute, presen¬ 
ter des complications cerebrales (typho'ide, diphterie, rhumatisme 
articulaire aigu, pneumopathies aigues, erysipele, grippe, infec¬ 
tion puerperale, fievres eruptives). Les cas non mortels peuvent 
evoluer vers une guerison complete, ou bien laisser des sequelles 
psychiques et parfois neurologiques variables. Elies offrent une 
symptomatology differente, variant avec le virus, Tintensite de 
l’atteinte cerebrale et l’age ou le cerveau a ete touche. 

Les plus anciennement connues de ces sequelles sont, sem- 
ble-t-il, les etats psychopathiques divers consecutifs a la typho'ide. 

(1) E. Touloose, L. Marchand et P. Schiff. — Les encephalites psycho- 
siques. Encephale, mai 1929, p. 413. 

E. Toolocse, L. Marchand et A. Cocrtois. — L’encephalite psychosique 
aigue azotemique. La Presse Medicate, 12 avril 1930, p. 497 et Les encephalites 
psychosiques secondaires. LaPresse Medicate (a parailrej. 



68 SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 

MM. Ghalier et Froment (1) ont tente recemment d’en indivi- 
dualiser plusieurs formes cliniques. M. Heuyer et Mile Badon- 
nel (2) rapportent une observation interessante de perversions 
instinctives post-typhiques chez un enfant. Nous-memes avons . 
observe, dans ces deux dernieres annees, 6 cas de sequelles plus 
ou moms graves d’encephalites typhiques. 

Une observation de MM. Demay et Sizaret (3) montre que 
l’encephalite diphterique peut laisser comme suites des perver¬ 
sions, tout comme l’encephalite epidemique ou l’encephalite 
typhique. 

Par ailleurs, bien des pervers, des debiles, des instables, des 
emotifs, des epileptiques, ont presente, dans les premiers mois 
de la vie, une encephalopathie manifestee le plus souvent par des 
convulsions, et dont la cause est variable : infections banales, 
fievres eruptives, syphilis hereditaire, sans doute aussi tubercu- 
Iose (4). 

A cote de ces infections qui touchent accidentellement 
le nevraxe, il y a place pour celles qui atteignent electivement 
le cerveau et ses enveloppes. Nous avons observe des malades 
arretees dans leur developpement intellectuel, a l’age ou elles 
furent atteintes d’une meningite otitique ; une autre resta debile, 
avec des perversions instinctives, apres un e meningite cerebro- 
spinale. 

L’encephalite epidemique, lorsqu’elle touche un cerveau d’en- 
fant, arrete frequemment le developpement intellectuel, et des 
perversions s’ajoutent a l’arrieration. Ces demirs cas sont 
malheureusement trop connus. 

L’existence d’une encephalite, au cours de la maladie de Heine- 
Medin, bien que rare, est prouvee par certains symptomes neuro- 
logiques (hemiplegies ou monoplegies spasmodiques, apbasie) et 
mentaux (confusion mentale). II ne semble pas que jusqu’a ces 
derniers temps l’attention ait ete attiree sur les troubles men¬ 
taux survenant plusieurs annees apres une atteinte de la maladie 
de Heine et Medin pendant l’enfance, et pouvant etre consideres 
comme une sequelle de 1’affection. - 

Nous n’avons trouve, parmi les faits francais recents, que de 

(1) De l’existence d’une encephalite typhique, de sa relative frequence, de ses 
prmcipales modalites cliniques. Soc. Med. Hop., 23 mai 1930 
w (2 > Tr - , d “ caraetere et.perversions consecutives a une fievre typhoide. Soc. 
de Psychwtne, avnl 1927. “ r 

• (3) P ^ erSi °“ S cons£cutives S une diphterie grave. Ann. Medico-PsnchoL, 
janv. 1930, p. 53. y 

(4) H. Barbier. — Soc. Med. Hdpitaux, 31 mars 1930, p. 466. 


SEANCE DU 26 JANVIER 1931 


rares observations dissociation des deux maladies. MM. X. Abely 
et Bauer (1) rapportent celle d’une femme atteinte de confusion 
mentale avec phenomenes polidmyehtiques ; elle presenta, dans 
la suite, un syndrome bebepbrenique. Apres une remission, 
apparut un syndrome catatonique (2) necessitant un nouvel 
internement qui dure encore. MM. P. Guiraud et P. Lelong (3) 
observent une atteinte poliomyelitique chez un dement precoce 
et rapportent les deux, ordres de phenomenes neurologiques et 
mentaux a une rneine cause. L’un de nous, avec M. Marchand (4), 
signale un cas de demence precoce survenu chez une debile 
atteinte de poliomyelite dans le jeune age, Un nouveau cas est 
observe l’annee suivante (5). s ; 

C’est une observation analogue que nous rapportons aujour- 
d’hui, mais dans laquelle les phenomenes pathologiques se sont 
succede sans interruption. 

Micheline B., 18 ans, entre a 1’Hopital Henri-Rousselle le 24 decem- 
bre 1930 pour un etat d’excitation. 

Antecedents : pere et mere, bien portants. Pas de tare mentale 
connue dans la famille. 

Fille unique. Nee a terme apres une grossesse normale. Developpe- 
ment regulier jusqu’a 7 ans. Etait parmi les premieres de sa classe. 

Vers 7 ans, poliomyelite anterieure aigue qui laisse une paraplegie 
flasque a predominance crurale gaucbe. La mere n’a pu preciser si 
l’enfant avait presente du delire au cours de la periode aigue. Ce qui 
est certain, c’est la transformation complete de la fillette apres cette 
infection, De. retour en classe, elle ne fait plus aucun progres, est 
toujours la derniere malgre sa bonne volonte et ses efforts. Son intelli¬ 
gence, nous dit sa mere, est. restee fixee a Page d’une enfant de 7 aps. 
On ne note pas d’abord de troubles du caractere. Gependant, peu a 
peu, apparait un etat depressif a v ec, idees de persecution. L’enfant 
devint jalouse, « ombrageuse ». Dans la rue, elle pretendait qu’on se 
moquait d’elle a. cause de son infirmite, elle faisait .des grimaces aux 
passants, les menacait du poing. Vers 13 ans, au moment des premie¬ 
res regies, la moindre contrariety, la, plus petite resistance provoque 
des crises de colere violente, elle brise les objets, frappe les siens, va 
jusqu’a poursuivre sa mere Un couteau a la main. 

(1) Nevrite infectieuse prolongee. Soc. Cl. Med. Ment., fevrier 1925, p. 20. 

(2) P. Masquin. — Syndrome catatonique post-nevraxitique. Soc. Cl. M. M., 
juillet 1927, p. 131. 

(3) Myoclonies et poliomyelite chez un malade atteint d’hebephrenie depuis 
plusieurs annees. Soc. Cl. M. M., aout 1926, p,. 45. 

(4) L. Marchand et P. Mareschal. — Paralysie infantile et demence precoce. 
Soc. Cl. M. M., dec. 1928, p. 206. 

(5) A. Courtois. — Demence precoce. Atteinte poliomyelitique de l’enfance. 
Soc. Cl. M. M., avril 1929, p. 62. 


70 


SOCIETE MEDICO-PSYCHOJLOGIQ UE 


Fn outre, depuis 14 a ns, des, symptom es nouveaux sont apparus, ce 
sont ,des periodes d’inertie avec desinteret, indifference affective, 
passivite, immobilite, gatisme prinaire et fecal, puis tout a coup im¬ 
pulsion subite a crier, a frapper, a dechirer. Ou bien la malade passe 
des journees entieres a rire sans motif. 

On dut l’interner a plusieurs reprises (Bordeaux, Mont-de-Marsan). 

Signalons des periodes ' de caline durant plusieurs mois (de 3 a 
9 mois) ou la malade peut vivre eri famille ; elle est tranquille, assez 
active, joue du piano, son affectivite serait alors hormale. Cependant, 
outre l’arrieratioh iritellectuelle, il persiste une certairie instabilite de 
I’humeur. : ; 

L’etat d’excitation actuel remonte a juin 1930, il fut precede par 
une periode ou la malade devint peu a peu hostile, opposante, taci- 
turne, avec . des iuterpretations delirantes. Actuellement B... presente 
un etat d’excitation.tres intense, Cris, chants, litanies, coups dans les 
portes, propos grossiers et erotiques, crache au visage lorsqu’on 
l’approche. Denudation. Gatisme, laceration de linge et de literie. 
Malignite, violences contre le personnel et les voisines de lit qu’elle 
insulte et qu’elle accuse (idees de persecution). 

L’examen physique montre une malade de petite taille, infantile, 
presentant une amyotrophic des membres inferieurs avec predomi¬ 
nance a la jambe gauche qui est de 4 centimetres plus courte que la 
droite. A la cuisse, bien que nette, l’atrophie est moins marquee qu’a 
la jambe, et Ie mOllet gauche est de 7 centimetres plus petit que le 
droit. Pied tombant, eqUinisme. Abolition des reflexes rotuliehs et 
achilleens a gauche. Pas de troubles' sensitifs appreciables. Reflexe 
cutarie plantaire indifferent a gauche, en flexion a droite: 

Examen electrique : hypoexcitabilite des muscles du membre infe- 
rieur gauche, surtout de la jambe et du pied, en rapport avec uli pro¬ 
cessus degeneriatif ahcien eteint, qui s’est ter mine par la perte de cer- 
taines fibres musculaires (Mile Neoussikine). 

Pas de signes ocUlaires. Apyrexie. Azotcmiie 0,36. Bordet-Wasser- 
mann, Meinicke et Kahn negatifs. Liquide ; cephalo-rachidien : albu- 
mine 0,22, globulines O, leuco. 1,2. Benjoin : 00000.02210.00000. Pare- 
gorique : 00-0. Bordet-Wassermann et Meinicke negatifs. 

L’etat d’excitation n’a pas perinis la deterinination du niveau mem 
tal 'au laboratoire de ! psychologies 

La msilade a etc internee le 5 janvier 1931. 

Nous n’insisterons guere sur la question de savoir dans quel 
cadre nosologique il convient de faire rentrer ce cas, cela ne pre¬ 
sente guere d’interet. Il s’agit d’un etat mental a evolution chro- 
nique, encore entrecoupe de periodes de calme, permettant par- 
fois le sejour dans la famille. Nous rangeons, pour la commodite, 
ce cas dans le vaste groupe de la dernence precoce, sans nous 
attacher a ce diagnostic, qui reste un cadre d’attente ou l’on 



SEANCE DU 26 JANVIER 1931 


71 


melange des fails que l’avenir montrera comme relevant de cau¬ 
ses bien differentes. 

Ce qui est certain et ce qui fait l’interet de cette observation, 
c’est Farret du developpement intellectuel survenu chez cette 
enfant apres Fatteinte poliomyelitique. II est done permis de 
supposer qu’avec la moelle, le cerveau a ete touche aussi par 
l’infection. El les symptomes mentaux qui se sont succede chez 
cette jeune fille depuis 11 annees paraissent conditionnes par 
les lesions encephalitiques et leur organisation. En effet, ils se 
sont pr ogres si vement installes et aggraves depuis Fatteinte infec- 
tieuse, a l’age de 7 ans. 

II semble done que l’on puisse parler, dans ce cas, de sequelles 
mentales de la maladie de Heine-Medin. 

Hopital psychiatrique Henri-Rousselle. Medecin-directeur : D r Toulouse 

Heredite psycbopathique et sterilisation eugenique, 
par Paul Schifit et Pierre Mareschal 

Nous avons eu l’occasion d’etudier une malade atteinte de 
delire senile de persecution et chez laquelle la recherche des 
antecedents a revele la succession de troubles psychiques dans 
trois et peut-etre quatre generations successives. 

De tels faits sont superposables a ceux qu’envisageait recem- 
ment la Cour supreme des Etats-Unis, quand elle eut a approuver 
les lois de sterilisation obligatoire promulguees par pliisieurs 
Btats dans un but eugenique. Pourtant, un examen objectif des 
donnees du probleme, tel qu’il peut etre pose pratiquement dans 
un cas concret comme celui-ci, montre toutes les incertitudes en 
face desquelles on se trouverait si l’on consentait a une telle 
mesure. 

Voici d’abord l’histoire de la malade : 

Eugenie T... est une femme de 75 ans qui vivait seule dans une 
petite chambre et avec de tres faibles ressources. Elle vient consulter 
l’un de nous au Dispensaire de Clicby parce que, disait-elle, sa voi- 
sine lui envoie des odeurs de petrole, de medicaments et d’eau de 
Cologne. La concierge ne cessait de l’injurier, l’empechait de dormir. 
On veut la chasser de son logement. La nuit elle s’agite et trouble le 
sommeil des co-locataires. Elle est dans un etat de denutrition mar¬ 
que. Sur les instances d’une de ses petites-filles, elle reclame de nous 
un medicament qui la calme et lui pefmette de mieux supporter les 
« manigances » de ses persecuteurs. 



72 


SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


Des renseignements concordants permettent. d’attribuer un role a 
des exces ethyliques et cafeiques dans le developpement de ce delire 
de persecution, dont les premiers signes sont apparus il y a environ 
deux ans. . ., 

Mise en observation pendant quelques jours a PHflpital Henri-Rous- 
selle et mieux nourrie, les troubles s’estompent quelque peu. II per- 
siste des crises colereuses qui, par leur declanchement subit et sans 
cause appreciable, leur sedation brusque, orit un ciractere comitial. 
A d’autres moments, elle se montre paradoxalement eujphorique, trou- 
vant toutes choses pa'rfaites, memo l’internement de sa fille et de sa 
petite-fille cohtre lequel elle avait proteste. La memoire est conservee : 
il ne s’agit pas d’une demence senile, mais d’un delire de persecution 
lentement developpe chez une predisposee. 

L’examen neurologique ne revele rien de particulier. Dans, le sang 
le taux de Puree est de 0,43 0/00, les reactions de Bordet-Wassermann 
et de Meinicke sont negatives^ 

La fille et la petite-fille d’Eugenie T... sont internees depuis 
sept ans. Void quelques certificats 'concerna'nt la fille, The- 
rese D..., aujourd’hui agee de 57 ans. 

Asile Clinique. 27 mai 1923. Certiflcat immediat : 

Delire de persecution. Hallucinations de l’ouie, illusions, interpre¬ 
tations delirantes, troubles de la sensibilite generale. Exces etbyliques 
probables ( D T Colin). 

Asile Clinique. 9 juin 1923. Certiflcat de quinzaine : 

Delire de persecution avec hallucinations de l’ouie, troubles de la 
sensibilite generale, craintes d’empoisorinement, plaiintes aux autorites, 
achat d’un revolver. Designation de ses persecuteurs. Fille internee. 
(D r Serieiix). 

Asile Clinique. 17 janvier 1925. Certiflcat en vue de sortie : ‘ 

Delire de persecution avec hallucinations de l’ouie. Chronicite. Ten¬ 
dance a des reactions violentes. La sortie de cette malade ne peut 
etre envisagee et si elle etait reclamee par sa famille il y aurait lieu 
de demander la conversion du placement volontaire en placement 
d’office. (D r Serieiix). 

Asile Clinique. 11 avril 1927 : 

Delire de persecution avec hallucinations de Tome, troubles de la 
sensibilite generale, Craintes d’empoisonnement, plaintes aux autori¬ 
tes, achat d’un revolver, tendances agressives, designation de ses per¬ 
secuteurs. Fille internee a Yillejuif. Chronicite. Peut etre transferee a 
Villejuif. (D, r Serieiix). 



SEANCE DU 26 JANVIER 1931 


73 


Une fille de Therese D... est egalement internee : il s’agit de 
Blanche D..., agee de 32 ans, a l’heure actuelle. Voici deux cer- 
tificats qui la concernent : 

Asile Clinique. 5 avril 1927. Certifieat de transfer! : 

Demence precoce. Indifference. Mutisme, Impulsivite. A ete vio- 
lente. Peut etre transferee. 

Sa mere, placee dans le service de M. le' D ,r Serieux, sera transferee 
ulterieurement a Yillejuif. La fille ignore que sa mere est internee, il 
y aura lieu de les-placer separement. ( D r Trenel). 

Des recherches genealogiques sur l’heredite de. cette famille 
ont montre que la psychopathie avait touche un bien plus grand 
nombre de sujets, et si l’on envisage quatre facteurs morbides 
dont l’importance eugenique est des plus grandes, soit les affec¬ 
tions neuro-psychiatriques, la mortinatalite et la steriHte, on 
s’apercoit que la famille N... est extremement taree. 

Voici, en effet, un tableau genealogique (v. figure), que nous 
avons pu dresser, grace a l’obligeance de plusieurs membres de 
cette famille. Ces renseignements n’ont ete utilises qu’apres 
controles et recoupements successifs. 

L’explication de ce tableau est la suivante : 

Henri N. (n° 1), pere de notre malade, etait lancier de la garde sous 
le Second Empire. 

Il se maria deux fois. De son premier mariage il eut deux filles, de 
son second mariage il eut 14 enfants dont 6 seulement survecurent ; 
les 6 survivants etaient tous des filles. 

Henri N. mourut a 76 ans a l’hospice de Bicetre ou il fut transports 
a la suite de son cinquieme ictus: 

Parmi les enfants du premier lit : Vainee Jeanne (N° 2) eut sept 
enfants, 3 garcons qui se marierent et ne firent pas souche et 4 filles. 
De ces filles l’une est morte a 15 ans de tuberculose pulmonaire. — 
La seconde eut un fils qui se maria et fut pere d’une petite fille. — 
La troisieme eut un fils qui n’eut pas d’enfant. — La quatrieme eut 
une fille, mere de trois enfants. 

La seconde des filles du premier lit de Henri N..., Lucie (3), n’etait 
pas mariee, elle eut 5 enfants dont 4 moururent de meningite et la 5 e , 
qui etait idiote, ne survecut que de tres peu a ses aines. 

Henri N... contracta un second mariage. De sa seconde femme il eut 
quatorze enfants, 8 moururent en bas age, sur ces 8 morts il y eut 
4 garcons qui durent etre amenes au forceps, les 6 survivants etaient 
tous des filles. . 

Vainee, Madeleine (14), est morte a Page de 75 ans. Elle eut 2 filles : 
Pune, Florence, n’eut pas de descendance, et l’autre mourut de me¬ 
ningite en bas age. 



74 


SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


La seconde des filles du second lit, Honorine, mourut a 60-ans, elle 
eut deux filles dont nous avons perdu la trace mais dont nous savons 
qu’elles eurent des enfants. 



La troisieme, Emilie, eut egalement deux filles : Fune; Julie, qui eut 
elle-meme deux filles sans enfant et: Andree qui fut mariee, mais 
n’eut pas non plus d’enfant. 

La quatrieme, Cesarine (17), eut 5 enfants qui tous moururent de 
tuberculose. 

La cinquieme (18) est la malade que nous venons de vous presenter : 
Eugenie N., femme T., qui eut une fille, Therese, internee depuis 1923, 



SEANCE DU 26 JANVIER 1931 


75 


nous 1’avons dit, a Villejuif, avec le diagnostic de psychose halluci- 
natoire chronique. Cette fille, Therese I).., (43), aujourd’hui agee de 
57 ans, eut 4 enfants : Marthe, 40 a ns, sans enfant- — Ernest qui fut 
tue sur le front. — Simone C., 33 ans, mariee, sans enfant. — Blanche 
D..., 32 ans (n° 57), sans enfant, internee depuis 1923 a Villejuif, 
quelques jours apres sa mere, avec le diagnostic de demence precoce. 

La sixieme, Marie (19), etait epileptique, elle tombait dix fois par 
jour et mourut a la Salpetriere a Page de 7 ans 1/2. 

En resume, parmi les filles du premier lit de Henri N... : 
Jeanne eut une fille morte a 15 ans de baeillose pulmonaire ; 
Lucie eut 5 enfants naturels, dont 4 moururent en bas-age de 
meningite et dont la 5 e etait idiote. 

Des filles du second lit : Madeleine eut une fille qui mourut a 
20 ans de' meningite ; Honorine eut 5 enfants, qui tous mouru¬ 
rent tuberculeux ; notre malade, Eugenie, a une fille et une 
petite-fille internees a Villejuif ; Marie est morte epileptique a la 
Salpetriere. 

Ce qui fait six bacillaires, une idiote, une epileptique, cinq 
ineningites, trbis alienees, 3 morts-iies et 8 sujets qui, maries, 
demeurerent steriles. 

Ce tableau genealogique fournirait peut-etre a certains des 
arguments en faveur de la sterilisation obligatoire des psycho- 
pathes et des tares. Nous croyons, pour notre part, qu’il montre 
1’impossibilite de la realiser dans un cas concret comme celui 
que nous apportons. Nous avons, pour appuyer notre opinion, 
plusieurs arguments qui s’additionnent : 

1° La maladie mentale d’Eugenie T. est apparue tardive- 
ment, alors que sa fille et sa petite-fille se trouvaient deja a 
I’asUe depuis 5 ans et a un age oil la castration physiologique 
s’etait faite cbez, elle depuis longtemps.: la menopause remon¬ 
tant a plus de. 20 ans en arriere. Pour empecher la procreation 
de la descendance alienee, il aurait fallu « steriliser » cette 
femme en 1872, cinquante-trois ans avarit I’apparition des signes 
mentaux : elle a eu sa fille en 1873, a 18 ans ; les premiers trou¬ 
bles mentaux Sorit apparus en 1025, quand elle avait 70 ans. 

lj etude de son caractere et de ses antecedents personnels 
n’eut pas permis d’imaginer par avance l’eclosion de la psycho- 
pathie de sa fille. Et meme si elle avait montre des traces de 
desequilibre, une suppression de sa fonction procreatrice n’eut 
pas ete justifiee. Quand on lit les consciencieux travaux que 
Rudin, Kahn, Mme Minkowska, Kebrer, Kretschmer, etc., ont 



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S0C1ETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


consacres au probleme de 1’heredite psychopathique, on n’en 
tire qu’une donnee certaine : l’impossibilite de prevoir, a lheure 
actuelle, la valeur psychique d’une descendance. 

2° La maladie de Therese D. est apparue alors que tous ses 
enfants etaient nes. 

II est peu probable egalement qu’on eut pu prevoir, en 1896, 
annee ou fut concue la fille demente precoce, les troubles men- 
taux paroxystiques qui motiverent, en 1923, l’internement de la 
mere. Trois de ses enfants, d’ailleurs, se sont montres des 
membres utiles de la societe, et Fune des filles, que pous avons 
amenee, possede d’indubitables qualites d’intelligence, de coeur 
et d’energie. 

3° Le seul spjet chez qui la mesure sterilisatrice puisse etre 
enyisagee, la derniere nee de la famille N..., Blanche, est une 
demente precoce, catatonique immobile et muette depuis plus 
de 7 ans et qui finira vraisemblablement ses jours a l’asile, sans 
l’avoir quitte depuis son admission. 

4° Puisque l’heredite morbide, et en particulier l’heredite 
psycho-nevropathique, se retrouve dans les deux souches N..., 
issues de deux femmes differentes, il est probable que c’est a 
l’ancetre commun, Henri N..., que remonte 1’alteration du germe. 
La polylethalite, constatee dans les deux souches, pent faire 
suspecter chez lui une specificite. 

Mais peut-on imaginer retrospectivement une mesure steri¬ 
lisatrice appliquee a un sujet dont la prestance l’avait fait 
admettre dans un corps d’elite ? Tout au contraire, le choix dont 
il avait ete l’objet permet de croire que si le « haras humain » 
reclame par certains eugenistes avait existe sous Napoleon lll, 
Henri N... y eut peut-etre ete envoye par designation speciale. 

5° Eut-elle ete possible, cette sterilisation serait probable- 
ment inutile, puisque la tres grande majorite de la descendance 
dans les deux branches s’eteirit, autbmatiquement, par morti- 
natalite, par tuberculose et par sterilite spontanee. 

Il n’est pas du tout certain que la suppression de la fonction 
reproductrice des glandes sexuelles soit sans effet sur leur role 
endocrinien, et, sur ce point entre beaucoup d’autres, les 
conclusions des eugenistes de Pasadena nous paraissent hati- 
ves (1). Mais nous ne voulons pas insister aujourd’hui sur cet 
aspect de la question et laisserons volontairement de cote. 


(1) Cf. R. Penel. — La sterilisation eugenique en Ameriaue L’Huniene 
MenfaZe, no 7, jnillet-aont 1930, 173. Ce nnmero tont entier de l’Hygiene 

Mentale est consacre a la question de la sterilisation des anormaux. 9 



SEANCE DU 26 JANVIER 1931 


Tt 


com me les arguments biologiques, tous les arguments de mora- 
lite et de dignite humaine qui paraissent s’opposer a une 
sterilisation legale des alienes. 

La doctrine sterilisatrice a deborde aujourd’hui 1’ « Ouest 
aventureux » des Etats-Unis d’Ameriqtie, elle est envisagee avec 
sympathie dans les milieux legislates de plusieurs grands etats 
europeens, en France aussi le vice-president de la Societe d’Euge- 
nique la considere comme un progres social. «,La resistance 
sentimentale, dit-il, qu’on oppose en France; a la sterilisation se 
dissipera petit a petit devant les arguments - precis que l’expe- 
rience fournit en faveur de cette intervention pratiquee avec 
ponderation et humanite (2) . » Nous avons voulu montrer, par 
texpose d’un cas concret, que la pratique de la sterilisation 
eugenique serait d’une difficulte d’application extreme et tres 
souvent inoperante. 

M. Minkowski.—- Je souligne l’importance de la communica¬ 
tion de MM. Scbiff et Mareschal et m’associe aux conclusions 
qu’ils viennent de formuler.' Je le fais eii rappelant notre pre¬ 
miere communication a la Societe Medico-psycbologiqu’e, Com¬ 
munication que nous avions faite, Mme Minkowska et moi, en 
1920. Les donnees que nous apportent MM. Scbiff et Mareschal 
concordent avec les resultats de notre enquete. 

Le probleme de la sterilisation est particulierement complexe. 
II faut se mefier de solutions simplistes. Des mesures restrictives 
a Fegard des malades ne doivent etre prises que quand l’interet 
general l’exige imperieusement. II faut egalement tenir compte 
des facteurs d’ordre social qui entrent en jeu, en premier lieu de 
la natalite et de la repopulation. Pour une mesure aussi grave 
que l’est la sterilisation, des donnees precises sur la transmission 
hereditaire des maladies mentales sont necessaires ; c’est la 
methode geneaiogique qui pent et doit les fournir avarit tout. Les 
resultats obtenus jusqu’a present, en mettant en relief le role de 
la regenerescence progressive, ne plaident point en faveur de la 
sterilisation ; celle-ci se.montre non seulement comme un moyen 
inefficace, incapable d’enrayer le mal, mais encore comme une 
mesure pouvant leser dans ses forces vives la vie de la famille 
tout entiere. 

Deux points de detail ont attire mon attention. Le premier a 
trait, suivant l’expression de M. Heuyer, a l’heredite precessive. 

(1) G. Schreiber. — La sterilisation humaine aux Etats-Unis. ( Revue Anthro- 
pologique, juillet-septembre 1929, p. 260). 



78 


SOCIETE MEDIGO-PSYCHOLOGIQ UE 


De meme que MM. Schiff et Mareschal, nous avions trouve des 
exemples de cette heredite dans nos arbres genealogiques. II 
semble bien que dans certains cas, la ou les conditions defavora- 
bles s’accumulent, l’heredite precessive indique une aggravation 
du mal, mais en meme temps qu’elle represente, en eliminant 
les sujets atteints des leur jeune age de la procreation, une 
reaction de defense naturelle. Le deuxieme point concerne les 
relations entre la tuberculose et les psychoses. Dans Parbre 
genealogique de MM. Schiff et Mareschal, des cas frequents de 
tuberculose se trouvent, non pas chez les malades atteints de 
troubles mentaux, mais chez leurs parents proches ; ces resultats 
concordent egalement avec les notres ; nous avions trouve des 
cas frequents de tuberculose chez les freres et soeurs, ou les cou¬ 
sins germains de nos schizophrenes. C’est la evidemnient une 
constatation qui doit retenir toute notre attention., 

M. Heuyer. — Je crois, d’apres ce que j’ai pu voir en Amerique 
et en Angleterre, qu’il n’y a qu’un tres petit nombre d’Etats 
americains, dont la Californie, qui appliquent la castration pro- 
phylactique et que c’est uniquement le controle des naissances 
et non la‘castration qu’on preconise en Angleterre comme pro- 
phylaxie. 

M. Guiraud. — Les degeneres sont vdues a la sterilite, disait 
Morel, constatation qui rend inutile la castration. 

M. Trenel. — La meilleure prophylaxie contre la reproduction 
des alienes est l’internement. A ce point de vue, la cure de Palie- 
nation dans les services ouverts n’est pas une mesure prophy- 
lactique. • 

M. Schiff. — Ce sont en effet les Etats de l’Ohest americain 
qui pratiquent la castration. En Angleterre, certaines commis¬ 
sions legislatives la recommandent comme moyen d’economie 
sociale. II en est de meme au Danemark et en Suede. Quant au 
vice-president de la ligue eugenique de France, il la qualifie de 
progres social. Les cas comme Ie notre et commie ceux de M. et 
Mme Minkowski n’autorisent pas cette opinion. Par ailleurs, nous 
connaissons des descendants de dements precoces ne presentant 
pas de tare psychique bien appreciable. 



SEANCE DU 26 JANVIER 1931 


79 


Deux cas de suicide accidentel (Les anomalies du sens genital), 

par M. Chavigny, medecin general de l’armee, professeur a la 

Faculte de medecine de Strasbourg* 

Un axiome fondamental, en medecinelegale,, est que tout 
suicide, doit etre interprets an point de vue psychiatrique. II en est 
parfois de meme des suicides accidentels,, 

Ces suicides accidentels peuvent mettre l’expert aux prises 
avec des cas de pathologic mentale genitale absolument imprevus, 
demeures jusque-la insoupconnes. 

Peut-etre, si l’on s’en rapporte aux deux cas ci-apres, les 
anomalies du sens genital seraient-elles plus.repandues qu’on ne 
le croirait ? 

Void deux cas observes a une date deja ancienne. Les deux 
personnes qui .en ont ete les victimes avaient, j usque-la, ete 
considerees par leur entourage comme absolument normales. 

1° Un iingenieur marie, pere de deux fillettes, vient seul pour 
installer son mobilier dans une ville dans laquelle il va occuper 
une situation importante. II a une excellente reputation, et 
appartient a un milieu parfaitement honorable et considere. 

Un matin, des voisins s’etonnent de ne pas le voir sortir a 
l’heure habituelle, et de constater que la lumiere brule encore 
dans sa cbambre a coucher. N’obtenant aucune reponse, on 
enfonce la porte de Cette cbambre, dont, d’ailleurs, le bouton de 
serrure manque- 

On trouve le cadavre de M. CL., vetu seulement d’un gilet de 
flanelle, couche sur le dos au milieu de la piece, sur le planeher. 

La mort remonte a la veille au soir. 

Un fil electrique double, du^ type lumiere, et long de deux 
metres, est branche par Fune de ses extremites sur la prise de 
courant de la piece. 

A l’autre extremite, l’un des brins de ce fil est entortille sur 
une clef de porte, et cette clef est enfoncee dans' l’anus du 
cadavre. 

L’autre brin est fixe sur la poignee de porte qui a ete emprun- 
tee a la serrure de la cbambre. Cette poignee de porte est du 
type bec-de-cane ; l’axe coude, metallique, est garni, sur la 
portion formant poignee proprement dite, par un cylindre en 
porcelaine. Le fil electrique est fixe sur la par tie metallique de 
cette poignee, Celle-ci constitue done un excitateur electrique 
bati sur le principe de ceux qu’on emploie dans les laboratoires. 
Le manebe isolant constitue par la porcelaine preserve la main 
du passage du courant. 



SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


Cette poignee de porte est tenue dans la main droite du cada- 
vre, crispee sur elle. 

Des taches de sperme qu’on constate sur 1’abdomen ne 
laissent aucun doute sur le genre d’operation a laquelle se 
livrait M. C... au moment ou il a ete surpris par la mort. Elec- 
triciten, il avait invente un mode assez inedit d’emploi du cou- 
rant. Malgre ses connaissances techniques, il avait meconnu les 
dangers d’un courant de 125 volts passant au travers du corps 
par l’intermediaire de points de contact humides, bon conduc- 
teurs. 

Pas de traces de brulures superflcielles. 

Il n’existait aucune lesion expli quant la mort par une cause 
naturelle autre que F electrocution. 

2 ? M. B..., apres avoir dine en ville chez des amis, trouve, ten 
rentrant dans la villa qu’il occupait avec sa famille, son frere 
pendu au pied de Fescalier. 

Ce jeune homme avait allegue un motif tres quelconque.pour 
ne pas accompagner M. B... au diner auquel il etait egalement 
invite, et rester seul a la maison. 

M. B.„, s.achant que son frere n’avait aucun motif de se suici- 
der, a Fimpression qu’un crime ,a ete commis et alerte le commis- 
saire de police ; celui-ci ; arrive aussitot accompagne du medecin 
legiste. 

Dans la maison, aucun desordre. Rierr n’a ete vole. 

La corde a laquelle est suspendu le cadavre est attachee, au 
niveau du premier etage, aux barreaux de la rampe par un, noeud 
soigne, tres solide. Elle pend dans la cage de Fescalier. En bas, 
elle est terminee par un noeud coulant qui enserre le cou de la 
vietime. 

Une autre corde, identique a la premiere comme volume et 
aspect, est attachee a la cheville gauche, par plusieurs tours bien 
serres, et arretes par un noeud bien ajuste. Ce lien remonte pour 
s’engager dans le noeud coulant du cou ; la longueur de cette 
corde est calculee de telle sorte que, le corps etant pendu, ce 
lien est exaciement tendu. 

Le cadavre test vetu de son pantalon avec bretelles, d’un gilet 
de flanelle, de ses chaussures avec guetres. Nul desordre de ces 
diverses parties du vetement. La ceinture du pantalon est serree 
a la taille par son crochet, tandis que les boutons de la braguette 
sont defaits ; et, les premiers .temoins arrives sur les lieux, sont 
tres affirmatifs sur ce point, la verge passait par l’ouverture de 
la braguette. L’un des assistants Fa rentree avant Farrivee du 
eommissaire. Mais, il n’y a pas d’incertitude sur ce point. 

Autour du cou, sous le noeud coulant, etait enroulee une ser- 


SEANCE DU 26 JANVIER 1931 


81 


pilliere servant a nettoyer le plancher. En outre, soit sous le 
menton, soit au niveau de la bouche (ce point a ete mal elucide 
par les dires des premiers temoins), une chemise de femme etait 
enroulee. Cette chemise etait celle de la mere du pendu. 

Dans sa main droite, le cadavre tient un mouchoir blanc, 
immacule. 

Etant donnee la longueur de la corde et la position du corps, 
le pendu aurait pu facilement atteindre de la pointe du pied, le 
rehord saillant de la premiere marche de l’escalier, et, par ce 
geste, eviter la pendaison. 

Un escabeau etait renverse dans le corridor du rez-de-chaus- 
see, mais a une distance telle que le pendu ne paraissait guere 
avoir pu s’en servir pour se passer la corde au cou, a moins qu’il 
ne Fait volontairement repousse ensuite au loin, tandis qu’il se 
soutenait en prenant appui sur la marche de l’escalier. 

Tous renseignements pris et confrontes, le meurtre devait etre 
resolument ecarte. 

Restait l’hypothese du suicide. 

Un suicide volontaire a paru, a tous, invraisemblable. Aucun 
motif valable n’en apparaissait, et la reconstitution de l’emploi 
des heures qui avaient precede la mort ne permettait guere de s’y 
arreter. 

II restait a admettre qu’il s’agissait d’un suicide involontaire, 
analogue, par certains de ses points, au precedent et conditionne 
par les memes influences particulieres. 

Comme confirmation de cette derniere hypothese, une seule 
preuve faisait defaut : il n’avait pas ete constate de tache de 
sperme au-dessous du point ou le cadavre etait pendu, mais on 
peut supposer que la strangulation s’etait accidentellement pro- 
duite avant Fejaculation. 

La victime etait un sujet d’une rare intelligence, ayant fort 
bien reussi dans sa profession, et pouvant escompter un bel 
avenir. Au point de vue moral, on le tenait pour irreprochable, et 
une persohne de l’entourage m’a declare: « C’etait un sujet 
d’un veritable ascetisme, tant sa conduite etait irreprochable. >> 

II est vrai que, quelques mois plus tard, un personnage bien 
place pour etre documents, et qui avait evoque en ma presence 
cette affaire, sachant que j’en connaissais les details, m’a dit 
avoir su que la victime de cet... accident, appartenait a une sorte 
de club adonne a ces pratiques. 

La seance est levee a 18 heures* 40. 

Les secretaires des seances, 
Courbon et Demay. 

Ann. med.-psych., 13 e serie, t. I. — Janvier 1931. 6, 


SOClfiTfiS 


Soeiete de Neurologie de Paris 


Seance du 8 Janvier 1931 


Action des rayons de Roentgen sur les symptomes de l’hypertension 
intra-cranienne, par M: Beceere : 

M. Beclere distingue a ce sujet : la radiotherapie d’emblee, la radiothe- 
rapie post-operatoire • et les donnees experimentales. La radiotherapie est 
susceptible, sinon d’arreter definitivement devolution du neoplasme, du 
moins de soulager certains symptomes (cephalee, stase papillaire, etc...). 
Elle est parfois tres efficace contre la meningite sereuse et rarachnoidite 
kystique, meme parfois sans qu’il soit necessaire de la faire preceder d’une 
trepanation decompressive. Ces donnees cliniques ont ete confirmees par 
les recherches experimentales de Marburg et de ses eleves, qui ont montre 
l’action inhibitrice des rayons de Roentgen sur l’activite des plexus cho- 
roides et sur la secretion du liquide cephalo-rachidien. 

II faut cependant savoir que les doses trop fortes peuvent determiner 
des poussees d’hypertension intra-cranienne, et qu’il faut done regler avec 
beaucoup de soin et de prudence les doses. 

Discussion : M. Cl. Vincent se limite en general a la radiotherapie post- 
operatoire. Celle-ci favorise la resorption des exsudats et peut etre tres utile 
apres ^intervention. II estime egalement que les fortes doses d’emblee sont 
dangereuses et qu’il faut leur preferer les petites doses fractionnees. 

M. H. Baruk a vu, dans un cas d’epithelioma parietal soumis a une radio¬ 
therapie a tres fortes doses, des lesions cerebrales diffuses avec cedeme 
intense, lesions cellulaires et produits de disintegration abondants. 

M. Barre insiste sur l’amelioration plus clinique qu’anatomique obtenue 
a la suite de la radiotherapie. 

Hemiplegia cerebelleuse avec clonies rythmiques, 

par MM. Chavany et Worms 

MM. Chavany et Worms presentent une malade atteinte, a la suite d’un 
ictus, de tremblement intentionnel gauche, avec clonies rythmees. Ils dis- 
cutent les parentes de ce tableau clinique avec la dyssynergie cerebelleuse 


SOCIETES 


myoclonique et- les hypotheses de localisation anatomique (region sous- 
optique, etc...). 

Discussion : M. Alajouanine rapproche ce cas des cas de dyskinesies vOli- 
tionnelles d’attitude qu’il a deerites. 

Le signe de Babinski chez l’enfant, par M. TournXy 

M. Tournay, en reponse a une communication de Juarros (Le signe de 
Babinski chez les nouveau-nes, Soc. de Neurol., 4 dec. 1930), discute la ques¬ 
tion de la presence du Tsigne de;Babmski ?chez l’enfant et de la^ date de sa 
disparition. 

A propos des reflexes pendulaires et de leur valeur semeiologique 
dans les lesions cerebelleuses, par M. Andre Thomas 

M. Andre Thomas, en reponse a une communication de Benedek et de 
Thurzo (Soc. Neurol., 4 dec. 1930), rappelle que, s’il a insiste sur le caractere 
pendulaire des reflexes rotuliens dans le syndrome cerebelleux. il n’a par 
contre jamais fait de ce symptome un signe pathognomonique a lui seul du 
syndrome cerebelleux. On le peut rencontrer en dehors du syndrome cere¬ 
belleux, et il ne prend toute sa valeur que lorsqu’il est associe a d’autres 
elements de la serie cerebelleuse. 

Isothermoesthesie du membre inferieur gauche d’origine specifique, 
par M. Laignel-Lavastixe 

M. Laignel-Lavastine montre un cas d’isothermoesthesie du membre infe¬ 
rieur gauche chez un specifique. . Il insiste sur la semeiojogie de ce syn¬ 
drome. 

Resultats operatoires de tumeurs de la region hypophysaire, 
par M. Clovis Vincent 

M. CZ. Vincent montre trois malades operes avec succes de tumeur de la 
region hypophysaire. 

Dans le premier cas, il s’agissait d’une tumeur solide de la poche de 
Rathke, dans le second d’une tumeur solide au niveau du chiasma optique, 
dans le troisieme d’une tumeur siegeant sur le versaht anterieur du 3 e ven- 
tricule. 

. L’auteur a pratique actuellement 26 operations sur la region hypophy¬ 
saire sans mortalite. 

Sclerose en plaques et zona, par MM. Alajouanine et Bernard 

MM .Alajouanine et Bernard presentent une malade atteinte de sclerose 
en plaques dont le debut : a ete precede d’un' zona, avec -paralysie zoste- 
rienne, qui disparut rapidement. Toutefois la paraplegie spasmodique pre- 
domine dans le territoire anterieurement touehe par la paralysie zoste- 
rienne. 9 - 

Les auteurs discutent les rapports de ce zona et de la sclerose en plaques. 
Ils se demandent notamment s’il s’est agi d’un zona vrai ou d’une paralysie 
zosterienne. 

M. Barre insiste sur certains cas de -radiculo-arachnoido-myelite d’ori- 



84 


SOCIETES 


gine infectieuse donnant un tableau Clinique analogue a celui de la scle¬ 
rose en plaques mais de pronostic plus benin. 

M. Lhermitte estime qu’il s’agit d’une eruption zosteriforme. II rappelle 
les cas d’eruption zosteriforme qui accompagnent le debut de l’encephalite 
lethargique et de diverses infections neurotropes. 

H. Baruk. 


Societe de Medecine Legale de France 


Seance du Lundi 8 Decembre 1930 


Syringomyelic et traumatisme, par MM. Laignel-Lavastine et A. Miget 

MM. Laignel-Lavastine et A. Miget rapportent line observation de syringo¬ 
myelic a evolution lentement progressive et dont les premiers troubles 
sont apparus dix ans apres un traumatisme tres violent. 

Les auteurs envisagent les differentes theories pathogeniques de la syrin- 
gomyelie : hematomyelie (Minor), lesions medullaires par voie de nevrite 
ascendante (G. Guillain), traumatisme obstetrical (Schultze). 

Ils pensent qu’un traumatisme violent, qui provoque une commotion 
spinale, determfne par la meme un micro-traumatisme medullaire, qui, dans 
certains cas, parait pouvoir etre a l’origine d’une gliomatose. Cette hypo- 
these est a discuter et l’apparition tardive des troubles nerveux et leur evo¬ 
lution progressive n’infirment pas les rapports possibles de causalite trau- 
matique. 

Dans ces cas ou on ne peut ecarter d’une maniere irrefutable le rapport 
traumatique de l’affection, les auteurs admettent que le doute doit profiter 
a 1’accidente. 

Mort rapide dans un cas d’osteome dure-merien, 
par MM. Coliez et R. Fauquez 

MM. Coliez et R. Fauquez relatent l’observation d’un homme de 38 ans 
qui meurt rapidement dans le coma precede d’une perte de connaissance au 
cours d’un etat de sante normale en apparence. A l’autopsie, on constate 
l’integrite absolue de tous les organes, sans excepter le squelette cranien. 
avec presence de deux osteomes dan's la faux du cerveau, osteomes qui ont 
trace une emprCinte dans le lobe frontal droit. L’irritation cbronique exer- 
cee sur le cortex cerebral explique cfette mort rapide. II s’agirait done d’une 
inhibition cerebrale. Les lesions organiques tres reduites ont pu determiner 
un debut d’infection meningee qui expliquerait la temperature elevee a la 
periode pre-agonique. 

MM. Coliez et Fauquez se demandent pourquoi, dans la dure-mere, on 
observe cette reactivation de la fonction osteogene. On peut invoquer la 
congestion cerebrale. Pourquoi l’ossification dure-merienne provoque-t-elle 



SOCIETES 


85 


la mort subite ? L’innervation de la dure-mere est extremement developpee. 
Les filets centripetes peuvent determiner des reflexes divers. On pent admet- 
tre la possibility de reflexes bulbaires. Une affection febrile, une grippe, est 
venue mettre fin a la periode de tolerance de ces osteomes. Ce cas est 
interessant egalement par le fait que la mort est survenue rapidement mais 
non subitement. 

Friboubg-Blanc. 


Societe de Psychiatrie et de Neurologie de Barcelone 


Seance du 6 Decembre 1930 


Presidence du D r J. CORDOBA 


Un cas probable d’idiotie amaurotique familiale, 
par B. Rodriguez-Arias, J. Pons-Balmes et J. Juncosa (de Barcelone). 

Deux freres idiots (l’un de 5 ans et 1’autre de 10 mois), avec cecite primi¬ 
tive et atropbie simple du nerf optique. Famille de race espagnole pure, 
sans antecedents speciaux, A l’examen ophtalmoscopique : atrophie simple 
de la papille, pas de signe de Tay-Sachs. Les auteurs songent a la possibi¬ 
lity d’un cas familial d’idiotie amaurotique, bien qu’il ne s’agisse pas de 
sujets israelites, et malgre les donnees negatives recueillies au point de vue 
de la papille, a cause de la coincidence, dans une meme famille (freres), 
d’une lesion primitive du nerf optique et d’une idiotie. Les degenerations 
tapeto-retiniennes et les amauroses avec idiotie, d’ailleurs tres semblables, 
ne sont pas familiales. Parfois, le diagnostic de maladie de Tay-Sachs n’est 
certifie qu’apres plusieurs examens. En dehors du cas de J. Duran (de Bar¬ 
celone), etudie a l’etranger, c’est le premier deceit en Espagne. II est inte- 
ressant, aussi, de trouver un patient age de 5 ans, car ils meurent genera- 
lement tres prematurement. 

Discussion. — J. Peris (de Barcelone) accepte le diagnostic pose et aifirme 
que L. Barraquer (de Barcelone) avait parle d’un cas dans la province de 
Tarragone. R. Sarro (de Barcelone) souligne l’importance du cas, nie la 
grande valeur attribuee a la notion de race et etablit le diagnostic diffe- 
rentiel avec la maladie de Niemann-Pick. J. Guasch (de Barcelone) dit que 
les maladies de Tay-Sachs et de Niemann-Pick peuvent coexister et qu’il 
serait bon d’etudier, dans les cas presentes a la Societe, les alterations des 
cellules lipoides. 

Cas clinique de diagnostic difficile, par B. Rodriguez-Arias (de Barcelone) 

Un bomme de 32 ans, celibataire, atteint d’un purpura a 5 ans et d’une 
syphilis secondaire, tres peu traitee, dernierement. Caracterologie comitiale. 
II v a un an, ictus cerebral sans perte de connaissance, avec bemiparesie 


SOCIETES 


droite, non sensitive, qui dispar ait quelque temps apres, dans la face et 
dans le bras. Manifestations epileptofdes focales a la partie distale des mem- 
bres inferieurs. Babinski a gauche (?). Secousses nystagmiformes. Abolition 
des reflexes abdominaux. Eosinophilie. Sang avec Wassermann positif. 
Liauide cephalo-rachidien : pas d’hypertension, albumine : 0,52, 5 cellules 
par mm 3 , giobulines: +, Wassermann: faiblement +, benjoin colloidal: — 
or colloidal : 11121.10000. Radiographie laterale du crane : 4 taches, qui 
semblent de condensation osseuse, a la region fronto-parietale et a la region 
occipitale. Radiographie stereoscopique (projections laterale et antero-poste- 
rieure) : 4 masses de calcification, differentes, intra-cerebrales, situees deux 
d’un c6te -et deux ^de Tautre, dans 1 les fosses <mbyenne et^posterieure. L’au- 
teur se demande : s’il s’agit d’une neurosyphilis tertiaire simple et si les 
calcifications ne sont pas des gommes, quelle pourrait etre leur origine et 
aussi leur valeur focale, etant donne que la moitie siegeait dans une zone 
muette. II faut admettre, enfin, l’association d’une syphilis nerveuse et de 
localisations multiples. 

Discussion. — J. Peris (de Barcelone) pense, plutot, a la nature gommeuse 
des calcifications, apres avoir examine le, malade et les radios. 

Une enquete a la prison avec les differents « tests » mentaux. 

L’epreuve de la penalite des delits, par J. Fuster (de Barcelone). 

Etude au moyen des « tests » usuels du degre de l’intelligence de 200 
delinquants, primaires et recidivants, ages de 16 a 26 ans, et condamnes 
pour fautes contre la propriete, attentats aux mceurs et delits contre les 
personnes. Le niveau intellectuel est plus bas que chez les individus du 
meme age. Le manque d’intelligence intervenait comme une des causes 
principales de la delinquance. Eh meme temps, 1’auteur a utilise les epreu- 
ves du jugement moral de Fernald-Jakobson et Un test personnel dit « de 
la penalisation des delits », qui consiste a faire juger par les delinquants 
11 delits de nature variable, exposes d’Une fagon tres Claire et Comprehen¬ 
sible et dans un ordre quelconque, mais jamais grave. Les reponses 
(dument controlees au point de vue de la sincerite) ont ete considerees soit 
qhkntitativement (intensite de la peine),- soit qualitativement (classe de la 
punition). Les coefficients de correlation entre les resultats des epreuves 
intCllectuelles et celles du jugement moral indiquent un manque de rapport 
appreciable entre les differents elements du probleme. 

Discussion. — E. Mira (de - Barcelone) souligne l’importance de cette 
contribution a l’etude experimentale de la psychologie de la delinquance et 
demande a l’auteur de bien vouloir etablir quelques conclusions plus pre¬ 
cises a propos des resultats des epTeuves du jugement moral, compares, 
d’ailleurs, avec ceux obtenus chez des individus non delinquants. 

J. Peris, M. Soler-Mariin, R. Sarro et B. Rodriguez-Arias (de Barcelone) 
parlent de certains details et croient a la necessity de diviser le travail, qui 
est excellent, en plusieurs communications. 

B. Rodriguez-Arias. 



ANALYSES 


LIVRES, THESES, BROCHURES 


HISTOIRE DE LA PSYGHIATRIE 

Les pionniers de la psychiatrie frangaise avant et apres Pinel, Tome I, 

par le D r Rene Semelaigne (lvol. in-8°, 360 pages, J.-B. Baillieres et fils edit., 

Paris .1930). 

Ainsi que l’a ecrit M. Rene Semelaigne dans un livre remarquable, 
aujourd’hui classique (1), « les vrais reformateurs n’en demeurent pas 
moins, dans la memoire des peuples, eeux qui, aux heures diffiiiiles, ont 
seme la bonne graine, laissant a d’autres la joie de recueillir la mOisson ». 
Philippe Pine!,, dont M. Rene Semelaigne avait deja, dans sa these inaugu¬ 
rate, et dans nn travail sur les alienistes frangais, expose l’oeuvre magis¬ 
trate, a de plus rendu a son pays un service signale. II liii a doUne Esquirol, 
et c’est a l’ecole de ce grand clinicien que Se sont formes des homines tels 
que Jean-Pierre Falret, Georget, Galmeil, Bayle, Foville, Moreau de Tours, 
Leuret, Baillarger. 

Pour faciliter aux Jeunes a qui il dedie ce livre (2) une tache necessaire, 
peut-etre rendue difficile par les conditions de vie actuelles, M. Rene Seme¬ 
laigne a eu l’heureuse idee de completer son oeuvre par un expose de la vie 
et des travaux des .alienistes frangais precurseurs ou successeurs de Phi¬ 
lippe Pinel. 

L’ensemble constituera une veritable histoire de la psychiatrie frangaise 
dont le tome II, aujourd’hui termine, paraitra bientot. Le present volume, 
comme tous les travaux anterieurs de son auteur, se signale par une erudi¬ 
tion dont l’abondance n’exclut pas la clarte, par la richesse de la documen¬ 
tation, Fetude clairvoyante des caracteres, l’objectivite impartiale des. juge- 
ments, le choix eclaire des oeuvres et des citations, par la concision et la 

(1) Alienistes ■et Philanthropes. Les Pinel et les Ti ke, par le D r Rene 
Semelaigne, page 3, (1 vol. 548 pages. Steinheil,. edit.,>Paris, 1912). '■ 

(2) « Je dedie ce livre aux Jeunes et le meilleur souhait qu’il me soit possiide 
« de leur adresser, est de savoir unir I’effort de l’heure presente, l’espoir des 
« jours futurs, au culte du passe. » D r Rene Semelaigne. 




nettete des exposes, enfin par une langue dont certains apprecieront d’au- 
tant plus l’elegance et la purete que ces qualites sont devenues bien rares. 

Apres une interessante introduction, pittoresque histoire des balbutie- 
ments de la psycbiatrie et des debuts de l’assistance aux malades - de 
l’esprit, M. Rene Semelaigne passe en revue, avant Pinel, Dubois, plus 
connu sous le nom de Sylvius, qui naquit en 1478 et eut pour eleve le cele- 
bre Vesale ; Fernel, qui guerit Diane de Poitiers, remedia, assure-t-on, a la 
sterilite de Catherine de Medicis, et, partagearit' les idees de son epoque, crut 
aux sorciers, aux malefiees, aux envoutements ; Roudelet qui, en deman¬ 
dant opportunement un gourdin, guerit a Rome les crises d’extase d’un 
jeune simulateur ; Lepois (Nicolas), appele encore Piso, dont le traite, paru 
en 1580, comprend plusieurs cbapitres consacres aux troubles psychiques ; 
Baillou qui, Pun des premiers, traita comme des- malades ceux que l’on 
croyait sous Finfluence du demon ; A. du Laurens, medecin de Henri IV et 
de Marie de Medicis, qui consacra un discours aux maladies melancoliques 
et aux moyens de les guerir ; Lepois (Charles) ou Piso qui mourut de la 
peste en 1633 a Nancy ou il etait alle soigner les pestiferes ; Riviere ; 
Ferraud qui signala l’influence d’une-tare hereditaire dans la melancolie 
erotique (1612) ; Bayle (Frangois) qui fit isoler de « pretendues possedees » 
dont le Parlement de Toulouse lui avait confie Fexamen ; Mesange de 
Saint-Andre qui declare avoir « toujours regarde le sabbat comme une 
chimere, les sorciers comme gens ordinairement malades d’imagination et 
la plupart des contes qu’on en fait comme des fables » (1725) ; Lieutaud, 
premier medecin de Louis XV ; Sauvages de la Croix, le « medecin de 
l’amour » ; Le Camus a qui Voltaire reprochait d’avoir ecrit sans esprit la 
« Medecine de l’Esprit », et qui signale l’influence de l’heredite ; Tenon 
qui, dans son Memoire sur les Hopitaux de Paris, amorga la reforme da 
l’assistance aux alienes mais prevoyait encore des chaines fixees aux murs ; 
Lorry qui ecrivit en deux volumes 828 pages sur la melancolie. (1765) ; 
Bienville, auteur de « la nymphomanie ou traite de la fureur uterine » 
(1771) ; Daquin dont la « Philosophic de la Folie » traitait de l’influence 
des « secours moraux » mais attestait l’influence de la lune sur l’intensite 
des troubles de l’esprit ; Colombier, qui conseillait l’inoculation de la gale 
comme traitement de Fimbecillite, fut surtout un administrateur et un 
philanthrope et dont il faut citer F « Instruction sur la maniere de gou- 
verner les insenses, et de travailler a leur guerison dans les asiles qui leur 
sont destines » ; Andry ; Dufour ; Retz de Rochefort qui attira l’attention 
sur les relations entre certains troubles mentaux et la « plethore bilieuse » 
(1777). 

Aphks Pinel, M. Rene Semelaigne etudie successivement Fodere, Royer- 
Collard, Dubuisson, Marc, Esquirol, Broussais, Prost, Amard, Ferrus qui fut 
le premier president de la Societe medico-psychologique (1852), Bracket, 
Delaye, J.-P. Falret, Felix Voisin, Scipion Pinel, Georget, Bottex, Trelat, 
Evrat, Leuret, Calmeil, Brierre de Boismont, Bayle (Antoine) qui, le premier, 
en 1822, dans sa these inaugurate, isola la paralysie generale, Ach. Foville, 
Belhomme, Casimir Pinel, le grand-pere maternel de M. Rene Semelaigne, 
Parchappe, Bouchet, Cazauvieilh, Sandras, Lelut, Moreau (de Tours'), Dela- 
siauve, Archambault, Etoc-Demazy, Lucas, Renaudin, Baillarger, fondateur 
des Annales medico-psychologiques, Morel, auteur du « Traite des degene- 
rescences physiques, intellectuelles et morales de l’espece humaine » (1857), 
volume de 700 pages. 


ANALYSES 


Toutes ces monographies, dont il est impossible de rendre compte ici, 
sont remarqiiables de Vie, d’exaetitude, de precision. Cie sont de veritables 
tableaux evocateurs d’une epoque, d’un caractere, dans lesquels abondent 
les souvenirs personnels, . les traits originaux, les details pittoresques. 
L’ceuvre de chacun de ces auteurs est analysee finement, les idees bien mises 
en valeur, Chaque biographie se termine par une reference complete des 
travaux psychiatriques de l’auteur. 

II s’agit la d’une oeuvre considerable. Aussi doit-on desirer que paraisse 
bientfit le deuxieme volume de ce veritable repertoire qui complete remar- 
quablement les travaux anterieurs de M. Rene Semelaigne et le met au 
premier rang des historiens de la psychiatrie frangaise. 

Rene Charpentier. 

ASSISTANCE 

Quinze mois d’inspection de 1’ancien Service Public des alienes du 

Massachusetts ( 1913 - 1914 ), par L. Vernon Briggs. 1 vol. 437 pages. 

Boston, 1928, 

Le service d’inspection des etablissements d’alienes, tel qu’il existait dans 
le Massachusetts avant 1914, presentait de grandes lacunes. Les statuts 
remontent a 1899, mais l’orgahisation prevue alors n’a ete realisee qu’en 
1908. Grace a l’augmentation considerable du budget, des ameliorations 
furent rapidement apportees a la situation des alienes- des Asiles — (au 
debut 20 0/0 des pensionnaires logeaient provisoirement dans les corridors 
et les salles de jour) — et cependant la situation etait loin d’etre satisfai- 
sante. M. Vernon Briggs devint un des 5 membres du bureau d’inspection 
en mars 1913 et s’appliqua a diminuer l’importance des services fermes, 
malgre 1’opposition de certains directeurs a qui incombait la responsabilite 
administrative et qui redoutaient avant tout le moindre changement dans 
leur routine. Aucun organisme prophylactique ne fonctionnait ; le travail 
en commun, le traitement des malades etaient inexistants. En mai 1913, a 
la reunion du Comite de Sante Publique, Vernon Briggs defend ses concep¬ 
tions sur le fonctionnement du service social et des ecoles d’infirmiers. 
Puis des sanctions severes sont prises contre les brutalites des gardiens, 
notamment a l’hopital de Worcester, ou le personnel est insuffisant et ou 
les malades manquent des soins les plus elementaires. Au cours de cette 
dramatique periode de reorganisation, une i.nflrmiere, Bessie Lukanoff, dont 
les courageuses denonciations repetees avaient permis la repression de 
nombreux abus, est acculee au suicide, victime des persecutions de l’entou- 
rage. 

Des le debut de 1914, les premiers reultats des perseverants efforts de 
M. Vernon Briggs apparaissent : vote du remplacement de certains asiles 
par des hopitaux d’admission, creation d’une nouveRe ecole d’arrieres, de 
nouveaux etablissements de traitement, augmentation des credits alloues 
au service des alienes. Enfln il obtient la transformation complete du role 
de l’Inspecteur qui devient un agent paye et r&sponsable dont toute l’acti- 
vite doit etre reservee a son service. 


P. Carrette. 


90 


ANALYSES 


Deux annees au Serviee Public des Alienes reorganise dans le Massa¬ 
chusetts (aout 1914-aoutl916), par L. Vernon Briggs. 1 vol. 553 pages, 
Boston, 1930. 

Jusqu’en aout 1914, l’ancienne Commission-d’inspection des asiles et des 
hopitaux d’alienes exercait nn controle inoperant. L’emploi d’inspecteur, 
non retribue, etait confie a des personnalites marquantes, mais incompe- 
tentes et indifferentes au sort des malades. La nomination de Vernon Briggs 
ouvre l’ere des reformes. La ^Commission' dont il fait partie est formee de 
trois membres.; Elle est aidee dans sa tache par des employes en rapport 
constant avee le gouvernement federal, les administrateurs et les directeurs 
d’etablissements d’assistance. Les reunions du service d’inspection sont 
bihebdomadaires. Un bulletin mensuel rapporte le travail fait et les refor¬ 
mes a entreprendre. Pour interesser le plus de monde possible a cette vaste 
question de l’hygiene mentale, une publicite suffisante est reservee aux 
bulletins et les hopitaux sont ouverts quotidiennement au public, soit pour 
des visites de 1’etablissement et des pensionnaires autorises, soit, s’il s’agit 
de malades,. pour des . consultations generates ou : speciales ; les. services de 
chirurgie sont pourvus d’instaUatiqns modernes. On nniforinise les rapports 
et les statistiques. On ameliore les conditions materielles et l’education 
profesSionnelle du personnel medical et inflrmier. On multiplie les labora- 
toires. On applique une dietetique rigoureuse. La consommation de l’alcool 
et des stupeflants, jadis non Surveillee, est severement controlee et reduite. 

Le probleme des deliiiquants juveniles reqoit egalement des solutions 
satisfaisantes par ‘ le deVeloppement des ecoles et des cliniques. Toutefois, 
certaines dispositions restent critiquables : des enfants arrieres, vicieux 
Ou turbulents, troublant 1’ordre d’une ecole specialisee. comme celle de 
Bridgewater, sont places dans les services ou ils cotoient des criminels, et 
de jeunes criminels, reconnus irresponsables par les experts, sont aban- 
donnes en prison. 

L’activite de Vernon Briggs s’etend a tous les domaines de l’assistance 
psychiatrique. 11 lui apparait clairement que le meilleur moyen de faire 
germer I’idee de prophylaxie, c’est d’aider d’abord l’ancien malade et le 
consultant par l’ecole de reeducation et le travail a domicile surveille, 
questions capitales pour l’adaptation sociale de 1’alcOolique, de l’arriere, 
par exemple, et de developper les centres de convalescence comme celui 
d’Hopkinton ou de Dauvers. Cette situation nouvelle presentait Un autre 
avantage, celui d’instruire le psychiatre sur le mode de debut des troubles 
mentaux et leur traitement precoce. Des hopitaux comme Worcester, 
veritable prison d’alienes en 1913, sont completement readaptes aux 
conceptions modernes de l’assistance des 1915. Bien des reformes sont 
conduites sans frais supplementaires, la bonne gestion faisant suite au 
gaspillage compense l’augmentation des credits. 

Pour bien comprendre l’etendue de la bienfaisante action de Vernon 
Briggs et de ses collaborateurs, il faut savoir que le Massachussets, Centre 
d’une grande activite dans tous les domaines, Etat de 3 millions d’ames, 
d’une superficie egale environ aux 3/4 de celle de la Belgique, etait, en 
1913, depourvu des moyens d’assistance psychiatrique les plus simples et 
qu’auj ourd’hui, apres 17 ans, les fondations d’Etat et privees depassent de 
loin ce que nous possedons dans nos departements frangais les mieux 
outilles. La reorganisation du Psychiatric-Hospital, la fondation du Metro- 



ANALYSES 


91 


politan-Hospital, les 12 dispensaires pour enfants arrieres, les ecoles 
oliniques ont permis de grouper a Boston un noyau d’enseignement de 
premier ordre. II a ete cree egalement dans 24 villes des services de 
consultation et d’aide a domicile a proximite de stations d’hospitalisation 
et un departement special pour le traitement, l’education et le travail des 
arrieres, et des epileptiques dans chacun des quatres districts de l’Etat. 

P. Carrette. 


JOURNAUX ET REVUES 


PSYCHIATRIE 

Li’Hypochondrie et la constitution hypochondriaque, par le Prof. J. 
Abadie (Congres des Alienistes et Neurologistes, Lille 1930, Masson et C ie edit. 
Paris. 

Cette etude est un plaidoyer convaincant de la necessity de reconnaitre 
que l’hypocondrie a sa place parmi les principales constitutions psychopa- 
thiques. 

En effetj l’hypocondrie se- caracterise essentiellement par « l’exageration 
du souci de l’indiyidu pour sa propre sante et par la reeherche’excessive de 
la defense de celle-ci 

Or, elle est de tous les temps, de tous les lieux, de toutes les conditions 
sociales et de tous les ages. Tout au plus, est-elle un pen moins frequente 
chez les femmes que ,chez les hommes et un peu plus frequente dans les 
pays du Nord que dans ceux du Midi et dans la race juive que dans les 
autres. . 

Des l’enfance, elle s’annonce par l’extreine repulsion qu’inspirent les 
manifestations exterieures des ; atteintes de la sante : la vue des plaies, du 
sang, des secretions, des pansements, des personnes alitees, ; des enterre- 
ments, etc. A la puberte, elle se precise dans, les inquietudes sixscitees par 
les phenomenes physiologiques : poussee des poils, developpement des orga- 
nes genitaux, erections, regies, pollutions, etc, A l’age adulte, elle eclate 
avec d’autant plus d’evidence dans l’expression des craintes de maladie, que 
c’est le moment ou le sujet est dans la plenitude de ses forces. Avec la 
vieillesse, au contraire, qui amene une caducite reelle, elle parait s’apaiser. 

L’introspection perpetuelle a laquelle il se livre sur sa persoUne physique 
et sur sa personne mentale fait de l’hypocoridriaque un observateur et un 
theoricien ton jours en eveil sur son mecanisme physiologique. 

Observateur, c’est la fonction digestive qui, de par son rythme quotidien, 
accapare le plus de son activite. Le jeu de ses sphincters devient pour lui 
une vraie ceremonie. Ses evacuations .intestinales, vesicales, buccales, nasa- 
les, il les recueille, les conserve, les analyse, les compare suivant des pro- 
cedes rituels qui sont speciaux a chaque malade. 

Theoricien, c’est a l’explication de ses constatations que l’hypocondria- 
que consacre le temps qu’il ne passe pas a s’observer. 

Dans le cabinet, medical il est plus ardent a exposer ce qu’il croit savoir 
et le pourquoi des erreurs des nombreux medecins deja consultes, que 



92 


ANALYSES 


patient a supporter l’investigation. Dans la vie courante, il se montre avide 
de therapeutiques (faisant la fortune des pharmaciens, des charlatan?, par- 
fois recourant aux chirurgiens), insatiable de documentations (recherchant 
les lectures, les frequentations, les alliances, et quelquefois meme entrepre- 
nant de serieuses etudes medicales), infatigable de conseils (courant repan- 
dre sa science partout ou il est des auditeurs disposes a la recevoir). Dans 
sa famille il tyrannise pour appliquer ses methodes envers lui-meme, ou ce 
qui est pire, pour en appliquer d’analogues a son entourage qu’il estime en 
avoir besoin. 

Cette description illustree d’exemples pris dans la clientele de Pauteur, 
dans la litterature psyehiatrique, dans l’Argan de Moliere, le Knock de 
Romains, le Rousseau des Confessions,- ecrite avec une elegance aisee, lue 
avec une diction a la fois claire et discrete, est le modele du discours pre- 
sidentiel d’un congres. La matiere scientifique y est abondante, la forme 
sous laquelle elle est presentee la rend accessible a tout auditeur cultive. 
En l’appelant « constitution arganique », le professeur Abadie fit compren- 
dre a toute l’assemblee ce qu’est la constitution hypocondriaque. 

Paul Courbon. 

Primare u; Sekundare Symptome der Schizophrenic. (Symptomes primai- 
res et secondaires de la schizophrenic), par M. le Prof. E. Bleuler (Zurich), 
(Z. Neur., 124, 607-646, 1930). 

Symptomes primaires : la plupart des symptomes physiques, le processus 
organique fondamental que nous ne pouvons pas encore saisir, les altera¬ 
tions anatomiques et histopathologiques diverses ; les poussees aigues cata- 
toniques, la demence simple, les catatonies chroniques sans superstructure 
psychique, quelques troubles du sommeil, certains maux de fete, les acces 
catatoniques avec. perte de connaissance et crises epileptiformes. Parmi 
les symptomes psychiques primaires le trouble essentiellement schizophrene 
est realise par une faiblesse elementaire de l’integration psychique et des 
associations. Par ce trouble primaire s’expliquent la plupart des sympto¬ 
mes secondaires. Parmi les symptdmes primaires elementaires, M. Bleuler 
mentionne encore le mentisme (Gedankendrangen), l’arret de la pensee, les 
etats melancoliques et maniaques, l’echolalie et l’echopraxie dans les etats 
aigus, le sentiment de l’etrangete du monde exterieur. 

Les symptdmes secondaires sont les symptomes psychogenes, les idees 
delirantes dans les etats lucides, les hallucinations psyehogenes, le contenu 
de certaines hallucinations primaires, les attitudes vis-a-vis de l’entourage, 
l’autisme, la plupart des stereotypies, les etats d’agitation secondaires, les 
etats residuels. 

Plusieurs symptomes ont une genese complexe et compliquee : quelques 
hallucinations, les troubles de l’affectivite par exemple. La collaboration de 
facteurs primaires et secondaires se trouve egalement dans les acces cata¬ 
toniques dans lesquels le processus organique cree la disposition et ou le 
conflit psychogene determine l’eclosion de l’acces et le contenu des idees 
delirantes et des hallucinations. 

Dans les symptomes catatoniques il ne faut non seulement tenir compte 
des facteurs primaires et secondaires, distinguer entre apport physiogene 
et psychogene mais aussi determiner la localisation corticale et basale. 

H. Steck. 


ANALYSES 


Uber Heilungsmechanismen in der Schizophrenie. {Mecanismes de gueri- 
son dans la schizophrenic), par M. Muller (Munsingen-Bern), Abhandl. a. d. 
Neurologie, Psychiatrie, Psychologie usihren Grenzgebieten, N° 57, p. 1-143, 
Verlag S. Karger, Berlin 1930. 

Tout en admettant avec Bleuler la nature organique de la schizophrenic, 
l’auteur etudie les processus et les attitudes psychiques qui accompagnent 
les guerisons et remissions des schizophrenes d’un point de vue dynamique 
et genetique. Les differents chapitres contenant une documentation clinique 
et psychopathologique interessante sont intitules : 

1. les rapports affectifs avec le monde environnant : le transfer! sur le 
medecin ; les transferts sur d’autres personnes de l’entourage ; la thera- 
peutique par le travail. 

2. l’elaboration des evenements psychosiques et du systeme delirant dans 
le sens d’une tentative de guerison : l’elaboration formelle (intellectuelle) ; 
l’elaboration du contenu (affective et dynamique) ; I’autoseparation. 

3. les mecanismes de refoulement : la question de la conscience de la 
maladie ; le refoulement et l’encapsulation ; l’isolement du systeme 
delirant. 

En etudiant ainsi les diverses attitudes du malade qui favorisent la gue¬ 
rison, l’auteur souligne particulierement I’impOrtance du rapport affectif 
-du malade avec son medecin et les resultats qu’on peut en obtenir ; la pru¬ 
dence avec laquelle il faut le manier et le doser pour ne pas provoquer un 
revirement dans un sens negatif ; il demande aussi une distinction nette 
entre la domestication importante pour la vie de l’asile et Faction sur le 
processus schizophrenique, surtout en vue de la therapeut-ique par le tra¬ 
vail. Dans les symptomes du refoulement, de l’encapsulation et de la dissi¬ 
mulation l’auteur voit une tentative de protection du malade dont il faut 
tenir compte dans notre activite therapeutique. 

H. Steck. 

La tuberculose et la psychopathie, par E. Toulouse, Benue d’.Hygiene, tome 

LII, n° 9, sept. 1930. 

Etude tres documentee des rapports de la tuberculose et des troubles 
mentaux qui donne une orientation a des recherches nouvelles et a la pro¬ 
phylaxies de ces maladies sociales. 

Apres avoir passe en revue les divers modes d’atteinte du systeme ner- 
veux par la tuberculose, M. Toulouse rappelle les caracteristiques de l’etat 
mental des tuberculeux tant au point de vue du rendement intellectuel que 
du comportement social. Puis, s’appuyant surtout sur les faits anatomo- 
cliniques de la • these de Brunerie, il etudie les psychoses des bacillaires et 
rappelle les essais d’individualisation d’une encephalite tuberculeuse, 

Il aborde ensuite la question importante et si controversee de l’heredite 
tuberculeuse, question redevenue d’actualite avec la decouverte de l’ultra- 
virus tuberculeux capable de traverser le placenta. Il conclut que quel que 
soit son mecanisme — qu’il s’agisse d’une infection precoce meme intra¬ 
uterine ou de blastotoxie — l’atteinte hereditaire existe. Or — et c’est un 
fait capital — le terrain tuberculeux avec ses dystrophies est frequemment 
celui sur lequel evoluent certains etats psychopathiques pa'rmi lesquels le 
plus frequent est la demence precoce. Bien des auteurs out insiste sur les 


94 


ANALYSES 


rapports de ces deux, maladies, rapports etablis soit par l’observation clini- 
que et des statistiques, soit par 1’etude des caracteres morphologiques des 
malades, soit plus recemment par celle des reactions humorales. 

A c6te de la demenee precoce, M. Toulouse signale la frequence du terrain 
tuberculeux chez les psychopathes, les epileptiques, les delinquants juve¬ 
niles... ; ....... 

Une partie importante du travail est reservee a la prophylaxie basee sur 
le depistage precoce des deux affections par les dispensaires, les mesures 
d’eugenique (consultations prenuptiales) et Ja' vaccination des nouveau-nes 
(B. C. G.). Enfin M. Toulouse fait un parallele enfre la tuberculose et la 
psychopathie, les deux plus grands fleaux sociaux qui atteignent en France 
chacune pres d’un million d’individus ; leurs causes favorisantes, , .leurs 
modes de propagation sont souvent les memes ; leur bilan financier est 
enorme. M. Toulouse termine en soulignant la difficulte et la complexite 
des mesures prophylactiques pour lutter contre les grandes maladies socia- 
les. A son avis, « la prophylaxie de la psychopathie... doit etre au centre 
de toutes les actions preventives comme d’ailleurs le cerveau commande 
toute Tactivite individuelle et sociale. 

A. Courtois. 

Examen des enfants arrieres dans les ecoles publiques, par Edith E„ 
W^oodill. Bulletin of the Massachusetts department of Mental Diseases, Avril 
1930. 

La grande autbrite de Fernald a permis le developpement rapide de l’aidfe 
aux arrieres par la creation dans de nombretises localites de cliniques en 
relation etroite avec les ecoles. Les consultations etablissent le retard de 
l’enfant par rapport a son age et, quand ce retard atteint 3 ans, l’eleve est 
admis aux classes speciales soumises a la direction medicale. 

P. C. 

Quelques experimentations des tests de suggestion et dissociation chez 
les debiles, par T. Saxty Good. The Journal of Mental Science, Janvier 1930. 

L’auteur a tente avec succes d’appliquer les procedes annexes de la psy- 
chanalyse aux enfants normaux et arrieres. Les reactions de suggestibility 
regoivent une interpretation symbolique de I’influence paternelle ou mater- 
nelle. De meme les associations selon la methode de Jung donnent des 
indications d ? apres le genre : la predominance des symboles masculine 
indique la domination du pere dans la vie familiale, des symboles neutres, 
celle des tendances egoistes. Ces resultats n’ont pas la pretention d’etre 
definitifs, mais ils meritent d’etre ajoutes aux moyens d’ihvestigatiOh du 
psvehisme infantile. 

■ ■ P. G. 

Recherches sur l’arrieration mentale avec etude speciale de l’heredite, 
par Abraham Myerson, Henry B. Elkind, Louis Ui.lian et Hannah Smith. 
Bulletin of the Massachusetts department of Mental Diseases, Avril 1930. 

Les malades sont groupes dans les categories suivantes : cfetinisme, mon- 
golisme, arrieration avec lesions localisees du cerveau, avec malformations 



ANALYSES 


du crane, heredo-syphilis et enfin, les autres, ceux qui n’entrent pas dans 
les 5 categories et qui constituent uneforte majorite. L’etude dCil’heredite 
des cretins est souvent negative (il s’agit la dhine affection cOngenitale'du 
corps thyroide), egalement negative’ chez les mongols et chez les enfants 
atteints de lesions organiques du systeme nerveux. Dans certains cas 
l’hydrocephalie n’est pas associee a la debilite mentale. L’heredo-syphilis 
cree surtout des demences,, mais relativemeht peu d’arrieration > simple. 
Dans le groupe des non-classes, On trouve d’abord les enfants ayant prer 
sente des convulsions, en proportion d’autant plus forte que le niveau intel- 
lectuel est moins eleve.: On trouve -surtout dans les ascendants des arrieres 
des debiles et des alienes. 

P. C. 

Le syndrome paracatarrhal, par T . C. Graves. The Journal of Mental Science, 
Janvier 1930. 

Les troubles se sueeedent ainsi : catarrhe nasal tendant a la chronicite, 
sinusite, cephalees, confusion mentale. A l’origine on trouve souvent la rou- 
geole et la scarlatine. 

; " p. c: 

Aspect mental de la pratique gynecologique et quelques notes sur le 
pelvis eonsidere comme foyer-septique, par Muriel Keyes. The’Journal 
of Mental Science, Janvier 1930. 

Les infections d’ordre. gynecologique entrainent, outre des complication^ 
rhumatismales, des manifestations, psychqpathiques allant du trouble, du 
caractere aux crises de melancolie avec tendance au suicide. On ne saurait 
. attacher trop d’importance au traitement local : antisepsie suivie de dia¬ 
thermic, faradisation et haute frequence. 

. * P. C. 

Un bref resume des types de folie communement rencontres aux Indes 
avec une description complete de Pintoxication par le chanvre indien 
particuliere a ces pays, par Jal Eldulji Dhcnjibhoy. The Journal of Mental 
Science, Avril 1930. 

Les formes d’alienation mentales les plus frequentes sont surtout la 
psychose maniaque-depressive avec tendances aux extremes (fureur et 
stupeur), la demence precoce qui est surtout Papanage des colons 
et les psychoses toxiques au premier ratig desquelles il faiit citer 
l’intOxication par le chanvre indien (indian hemp insanity). Le chan- 
Vre se fume, se hoit en decoction, s’absorbe en pilules. Cette der- 
niere forme, connue sous le nOrn de charas, correspond au haschich 
des Arabes. L’usage de la drogue provoque de l’excitation violente, puis de 
la torpeur et de l’amnesie. Elle est frequemment employee par les crimi- 
nels associee au datura comme stimulant a la violence. Elle provoque des 
acces de manie, d’abord curables, puis des periodes de torpeur et de mutis- 
me pouvant aboutir a la demence. Les malades peuvent etre sevres brus- 
quement sans danger. * 


P. C. 



96 


ANALYSES 


PSYCHOLOGY PATHOLOGIQUE 

Psychologie de la demence, par le professeur Wiersma de Groningen. The 
Journal of Mental Science, Janvier 1930. 

Les principaux mo-yens d’observation et d’experimentation sont passes en 
revue pour 1’etude des diminutions des fonctions psychiques ; il est fait 
grand cas des methodes de Binet et Simon. Le ! resultat des tests montre 
qu’il n’y a entre le normal et le pathologique qu’une difference de degres ; 
affirmation illustree par l’analyse des formes de demence : comparaison 
de la vieillesse et de la senilite, de certains etats preparalytiques et de la 
P. G., du caractere et de la demence epileptiques, des degres de la schizo¬ 
phrenic, de la catatonie et des etats parkinsoniens. 

p. a 

PSYCHANALYSE 

Contribution a l’etude psychanalytique du reve dans les nevroses, par le 
Dr Jorge Thenon. Revista de Crim. Psiq. y Med. Legal., Buenos-Aires, mai- 
juin 1930. 

La methode de l’auteur n’est pas tres orthodoxe. Elle consiste a apporter 
a l’analyse des reves. l’appoint des associations libres, a noter l’intensite 
emotive des reminiscences, les gestes symptomatiques, les hesitations, les 
erreurs, bref a recourir a l’analyse active et a y joindre, dans les cas d’in- 
digence onirique, la methode anamnesjque de Jung au moyen des mots 
inducteurs. 

Le langage symbolique est remis en vedette dans l’analyse des reves, 
mais a c6te du symbolisme general, universel, on doit s’efforcer d’utiliser 
le symbolisme particulier au patient, le seul qui soit vraiment utile par sa 
charge affective. 

P. Carrette, 

Geisteskrankheit u. Gesellschaft. (Maladie mentale et Societe. Quelques 
considerations psychanalytiques), par Blum (Bern), Schweiz. Med. Wochens- 
chr., 1929, p. 1129. 

Psychoanalytische Bemerkungen zum Thema Ursachen und Bekampfung 
der Vorurteile gegen Psychiatrie und Irrenanstalten. (Quelques conside¬ 
rations psychanalytiques sur la. genese des prejuges contre la psychiatrie et 
les asiles d’alienes et les moyens de les combattre), par Behn-Eschenburg 
(Zurich). Schweiz. Med.. Wechr., 1929, p. 1385. 

Dans ces deux communications presentees a la 75® assemblee de la Societe 
suisse de psychiatrie du 8 juin 1929 a Rheinau (Zurich), les auteurs traitent 
de divers points de vue la question toujours actuelle des prejuges qui se 
dirigent contre l’alieniste, l’aliene et l’asile. Blum trouve leur source dans 
le subconscient, dans la peur primitive devant ce qui est incomprehensible 
et inquietant, l’aliene reste encore maintenant un etre mysterieux comme 
dans les vieilles superstitions des peuples primitifs et l’alieniste ressemble 


ANALYSES 


97 


au sorcier qui chasse le demon. Behn-Eschenburg trouve qne la reaction de 
l’homme normal contre l’aliene est avant tout dictee par un esprit de 
defense et de revanche contre ses propres instincts primitifs refoules aux- 
quels 1’aliene donne libre cours. Ces reactions de defense contre l’aliene 
tendent a s’attenuer, mais elles se montrent encore trop souvent. II faut 
tacher de les rationaliser en rendant les motifs conscients pour les faire 
disparaitre. 

H. Steck. 

NEUR0P5YCMATRIE 

Epilepsie climaterique, par J. Sanchis-Banus. Archivos de Neurobiologia, 
tome X, janvier-avril 1930. 

Chez 12,74 0/0 des femmes atteintes d’epilepsie essentielle, le climate- 
rium exerce une influence aggravante sur les crises : soit en augmentant 
leur frequence, soit en terminant la « pause sans attaques » dans laquelle se 
trouvait la malade, soit en transformant les equivalents (migraine, verti¬ 
ces, absences) en crises de grand mal, soit en eommengant une serie de cri¬ 
ses n’existant pas auparavant. Ce type clinique a ete decrit, en 1920, sous 
le nom d’epilepsie climaterique, par Sanchis-Banus (de Madrid). L’age criti¬ 
que diminue seulement le seuil d’excitation. Nos connaissances actuelles 
sur la pathogenie de la crise convulsive ne permettent pas d’etablir claire- 
ment le mecanisme de l’influence du climaterium sur la production des cri¬ 
ses. On peut croire a l’importance du facteur circulatoire sur lequel le cli¬ 
materium feminin exerce une action certaine. 

B. Rodriguez-Arias. 

Sur un cas d’epilepsie jacksonienne, par P. Gotor. Archivos de Neurobiolo¬ 
gia, tome X, janvier-avril 1930. 

Un homme de 38 ans est atteint d’epilepsie partielle gauche et gene- 
ralisee, de troubles mentaux surtout caracterises par un etat d’euphorie, de 
symptdmes de compression cerebrale et d’une . forte reaction cyto-chimique 
du liquide. A l’operation, on trouve quatre nodules tumoraux (zone rolan- 
dique). Reflexes tendineux plus forts a droite. L’hypothese pre-operatoire 
d’uhe neoplasie frontale etait logique, mais le resultat chirurgical de notre 
cas demontre que la complexity clinique et l’intensite de la reaction cyto- 
chimique du liquide devaient faire penser k des localisations multiples. 
L’inegalite des reflexes, qui peuvent etre plus accuses homo-lateralement, 
trouverait une explication suffisante, selon I’auteur, dans la theorie patho- 
genique de la « liberation » (Kretschmer). 

B. R.-A. 

Etat de mal comitial : etude clinique, par R. de Montaud. Archivos de 
Neurobiologia, tome X, janvier-avril 1930. 

Etude sur la symptomatologie, le diagnostic differentiel et le traitement du 
syndrome. 11 faut depister les auto-intoxications et les processus meningiti- 
ques. La saignee et la p'onction lombaire sont a conseiller couramment. 

B. R.-A. 

Ann. med.-psych., 13 e serie, t. I. — Janyier 1931. 7 



ANALYSES 


I/heredite de l’epilepsie et de ses equivalents, par N. Lopez-Aydillo. 
Archivos de Neurobiologia, tome X, janvier-avril 1930. 

II existe nn fond constitutionnel epileptique qui assure la transmissibi- 
lite hereditaire des differents syndromes epileptiques. La migraine, surtout 
maternelle, est a la base de la propagation aux descendants du facteur 
genotypique. Figurent, en seconde ligne, la frayeur, l’eclampsie et les dys- 
thimies. Parfois, l’heredite de I’epilepsie classique et de ses equivalents est 
reciproquement croisee. 

B. R.-A. 

GEdeme nerveux : quelques considerations sur ce syndrome a propos 
d’un cas clinique, par J. Vilato. Soc. de Psych, et de Near, de Barcelone * 
seance du 30 octobre 1930). 

11 s'agit d’un malade de 23 ans atteint de mal de Pbtt dorsal, classique* 
avec paraplegie spasmodique, a la suite d’un gros effort musculaire. Long- 
temps apres, cedeme dur, diffus, fixe de deux membres inferieurs. L’auteur 
croit que les epreuves d’ordre experimental et clinique' permettent d’attri- 
buer au systeme nerveux sympathique l’origine des tropticedemes. Le trou¬ 
ble trophique des neurones centraux est la catise essentielle. En outre, deux 
facteurs, l’un endocrinien, l’autre physico-chimique, reglent la circulation 
locale, donnant lieu a une certaine autonomie fonctionnelle. S’il faut pen- 
ser a une intoxication, celle-ci pourrait perturber, soit la nutrition cellu- 
laire, soit le regime des vaisseaux. L’etude des oedemes nerveux symptoma- 
tiques et de toutes les manifestations sympathiques des centres et des nerfs 
augmenterait nos connaissances sur la physiopathologie du sympathique. 

B. R.-A. 

ANATOMIE 

Recherches sur la structure normale et pathologique de la microglie, par 
G. Marinesco. (Ann. d’anat. path, et d’anat. norm. med. chirnr., tome VII* 
n° 2, fevrier 1930). 

M. Marinesco donne un apergu de la stricture et de l’evolution de la 
microglie, il etudie ses modifications dans differents etats pathologiques. 

La microglie se repand dans l’ensemble du tissu nerveux des centres* 
mais elle est plus abondante dans la substance grise. Sa forme est en rela¬ 
tion etroite avec la structure du tissu qui l’environne (cellules rameuses, 
cellules en batonnets). II existe des satellites microgliqueS neuronaux, vas- 
culaires et nevrogliques. 

La microglie apparalt au moment de la naissance.' Elle provient de la 
pie-mere et du tissu conjonctif vasculaire, de la profondeur de la substance 
blanche. Elle est d’origine mesodermique. Les corpuscules migrateurs arri- 
vent en peu de temps dans les regions les plus eloignees de leur point 
d’origine. D’abord arrondie, la cellule microglique prend successivement 
une forme de plus en plus ramifiee. 

Dans les lesions traumatiques du systeme nerveux, la microglie prend 
. rapidement la forme de corps granuleux aux prolongements reduits ; elle 


ANALYSES 


emmagasine les lipoldes. Les cellules ■ microgliques pourraient s’evader le ■ 
long des vaisseaux jusqu’au voisinage des meninges. 

Dans les lesions en foyer du cerveau produites par des troubles vasculai- 
res, M. Marinesco a trouve, a c6te des corps granuleux, des cellules en 
batonnet ; dans un thrombus, il a note la presence de cellules bipolaires et 
meme multipolaires ; cette constatation tranche pour lui le probleme de la 
migration des cellules microgliques. 

Dans les maladies infectieuses experimentales a ultra-virus : rage, ence- 
phalite herpetique, poliomyelite experimentale ; dans les maladies infec¬ 
tieuses aigues : encephalite epidemique, meningites, sclerose en plaques, 
ophtaimo-neuro-myelite, l’aspect des cellules microgliques est en rapport 
non seulement avec la nature de l’agent mais surtout avec la duree de 
l’affection. ; 

Dans la paralysie generale, le voisinage des capillaires constitue un centre 
de multiplication de la microglie. II n’y a pas de microglie dans les man- 
chons perivasculaires (Ramon y Cajal). Les cellules en batonnet existeraient 
dans l’ecorce normale, mais leur nombre devient considerable dans la para¬ 
lysie generale. Souvent la cellule de microglie embrasse la cellule nerveuse 
atrophiee. 

Dans les intoxications, la microglie peut garder son aspect normal et ne 
commence a s’alterer que dans les formes ou l’activite phagocytaire est 
stimulee. 

Dans les processus degeneratifs, les cellules microgliques peuvent former 
des nodules, des plaques ou des etoiles, Les cellules microgliques a la Peri¬ 
pherie des foyers peuvent prendre la forme de batonnets recourses. Dans 
les plaques seniles, les cellules de microglie siegent dans la couronne et a 
l’interieur de la plaque. 

Tous les auteurs ont ete frappes par le J>olymorphisme de la cellule 
microglique. Cela tiendrait aux proprietes; qu’a la microglie d’emigrer et de 
s’adapter aux differentes structures du systeme nerveux. M. Marinesco fait 
aussi intervenir d.es facteurs physico-chimiques (tension osmotique, tension 
de surface et electricite de contact). 

L. Marchand. 

Recherehes experimentales sur la microglie, par J. Bazgan et D. Enachescd. 

(Ann. d’anat. path, et d’anat. norm. med. chir., n° 1, janvier 1929, p. 43). 

Les differents agents pathogenes introduits dans la cavite cranienne du 
lapin par trepanation provoquent un processus vasculaire intense. Dans ce 
cas, la reaction microgliale se manifeste par la proliferation et l’hypertro- 
phie des cellules. Le rapport ehtre la reaction vasculaire et la microglie est 
evident et les auteurs soutiennent l’origine mesodermique de celle-ci. 

L. M. 

Systeme reticulo-endothelial local de l’encephale, par S. Bratiano et 

A. Llombart. (Role de la pie-mere profonde et superficielle. R61e.de la 

mesoglie. Societe anat. , 4 juillet 1929). 

A la suite d’experiences cbez les animaux, les auteurs concluent que l’en- 
semble des histiocytes de la pie-mere constitue l’organe protecteur du cer¬ 
veau, le systeme reticulo-endothelial local encephalique a fonction colloido- 


100 


ANALYSES 


pexique et de la colloido-stabilisation. La mesoglie (microglie) ne possede 
pas la propriete de fixer les colloides. Elle constitue le systeme phagocytaire 
du tissu nerveux ayant les memes proprietes que les elements mesodermi- 
ques phagocytaires. 

L. M. 

Histopathologie de Pepilepsie, par R. Rodriguez-Somoza. Archivos de Neuro- 
biologia, tome X, janvier-avril 1930. 

Les alterations anatomiques de l’epilepsie sont toujours microscopiques 
et tres peu developpees, consistant dans la destruction d’un nombre rela- 
tivement reduit de cellules et de fibres nerveuses et dans la production 
d’une gliose reactionnelle assez moderee et predominant au cervelet et a la 
corne d’Ammon. Ces lesions sont la consequence de l’angiospasme des petits 
vaisseaux et de la limitation de Pafflux sanguin survenus pendant les crises. 
Etant secondaires a l’ictus epileptique, on pent les trouver dans toutes les 
maladies epileptiformes. Le diagnostic anatomique de Pepilepsie veritable 
est done incertain. 

B. Rodriguez-Arxas, 


6 ' 


Excretion hemocrine et hydrencephalocrine des produits elabores par la 
glande pituitaire, par R. Collin. (Ann. d’anat; path, et d’anat. norm, med, 
chir., Octobre 1929, p. 1007). 

L’excretion hemocrine s’opere soit par fonte holocrine de cellules entie- 
res, soit par separation mesoerine de grains contenus dans les cellules. II y 
rt\a identite entre les cellules cyanophiles et les cellules eosinophiles, les 
^ cellules cyanophiles n’etant que des cellules eosinophiles videes de leurs 
gjj grains et hydratees. 

** L’excretion dans le liquide cephalo-rachidien se fait de deux fagons : les 
► produits pituitaires y parviennent sous deux aspects : boules de collo'ide 
formees dans le lohe posterieur, ou ilots cellulaires qui achevent leur fonte 
apres leur chute dans le recessus infundibuli. 

L. M. 


BIOLOGIE 


Le test de Boltz dans le liquide cephalo-rachidien, par C. Thomas. The 
Journal of Mental Science, avril 1930. 

La reaction de Boltz (0,3 d’anhydride acetique et 0,8 d’acide sulfurique 
pour 1 cc. de L. C.-R.) donne une coloration lilas quand elle est positive. 
Ce serait la reaction la plus sensible des globulines. Elle n’est pas constam- 
ment positive dans la P. G. * 

P. C. 


Klinische Probleme der Liquorzirkulation, (Problemes cliniques de la 
circulation du liquide cephalo-rachidien), par H. Steck (Lausanne). Schweiz. 
Med. Wschr., 1930, p. 373. 

Dans ce rapport, presente au Congres annuel de la Societe helvetique des 
Sciences naturelles, section de biologie medicale, a Davos, le 30 aout T929, 


ANALYSES 


101 


1’auteur expose les donnees actuelles de la circulation du liquide cephalo- 
racliidien dans les psychoses, les troubles de la pression, l’alteration de la 
barriere hemato-encephalique, l’importance cliniqne et therapeutique de ces 
phenomenes dans les psychoses, en resumant la litterature actuelle de cette 
question a laquelle il apporte line importante contribution personnelle. 

H. S. 

Les perturbations de l’equilibre acido-basique et leur rapporl^avec l’epi¬ 
lepsie, par A. Torres-Lopez. Archivos de Neurobiologia, tome X, janvier- 
avril 1930. 

La recherche de la reserve alcaline (17 malades) donne un resultat nor¬ 
mal ou bien une acidose plus ou moins intense, mais Jamais une alcalose. 
II serait bon d’etablir quelques conclusions definitives et d’etudier, en plus, 
le pH du sang, l’anhydride carbonique alveolaire, l’ammoniaque urinaire, 
etc. 

B. R.-A. 

Le quotient hemo-rachidien du calcium dans l’6pilepsie essentielle, par 
M. Prados-Such et A. Santos-Gutierrez. Archivos de Neurobiologia, tome X, 
janvier-avril 1930. 

Les modifications du calcium rachidien et hematique dans l’epilepsie ne 
sont pas absolument paralleles. La regie admise par certains auteurs 
n’existe done pas. Le quotient hemo-rachidien est constant pour les chlo- 
rures et pour le glucose, mais pas pour le calcium. 

' B. R.-A. 

Le dosage des protein es du liquide cephalo-rachidien dans Pepilepsie 
essentielle, selon la methode de Kafka-Samson, par J.-M. Sacristan tt 
J. Salas. Archivos de Neurobiologia, tome X, janvier-avril 1930. 

Le coefficient d’hydratation est eleve dans l’epilepsie essentielle, mais, 
on ne peut pas parler actuellement d’un type caracteristique de modifi¬ 
cations des proteines dans le liquide des epileptiques. La teneur en albu- 
mine et globulines est absolument normale. Ce fait est, encore, a interpreter. 

B. R.-A. 

ENDOCR1NOLOQIE 

Etude comparative du terrain biologique dans les etats melancoliques 
depressifs et dans le psoriasis, par le D r Baldomero Lois Asor'ey. Archivos 
de Med. Cir. Esp., Madrid, 15 novembre 1930. 

D’accord avec quelques auteurs contemporayps et apres avoir rappele les 
recberches recentes de Targowla, l’auteur separe d’abord, du point de vue 
biologique, les etats depressifs et la melancolie anxieuse. II note que cer¬ 
tains deprimes sont atteints de psoriasis, syndrome de deficience glandu- 
laire permettant le developpement sur la peau d’agents microbiens ou my- 
cosiques. Deprimes et psoriasiques presenteraient un hypofonctionnement 



102 


ANALYSES 


de la thyrolde, des glandes genitales et de la surrenale, une diminution du 
metabolisme basal, une rupture de l’equilibre adido-basique, de l’hyper- 
cholesterinemie, etc. 

. P. Carrette. 

Melancolie et Vitiligo, par Parhon Ballif et Nathalie Lavrenenco. Bulletin 
de la Societe Roumaine de Neur. Psychia. Psycho et Endocr., n° 1, aout 1930. 

Les manifestations dyschromiques de la peau sont parfois en rapport 
avec des troubles hypopbysaires. II s’agit ici d’Une femme ayant suhi 
l’ovariotomie double et presentant en outre une dystrophie adiposo-genitale. 

P. C. 

Acees de tetanie au cours du syndrome de Basedow, par C. I. Parhon, 
Helene et Michel Derevici. Bulletin de la Societe Roumaine de Neur. Psychia. 
Psycho, et Endocr., n® 1, aout 1930. 

Cas a aj outer a d’autres de publication recente et qui tendraient a 
demontrer qu’il existe un certain antagonisme thyro-parathyroidien. 

, P. G. 

Un cas de psyehasthenie, par Marie Briese. Bulletin de la Societe Roumaine 
de Neur. Psychia. Psycho, et Endocr., n° 1, aout 1930. 

C’est sur un terrain hyperthyroi'dien qu’evoluent les obsessions de cette 
malade. Les troubles psyehiques semblent aussi avoir ete favorises par 
d’autres desordres glandulaires : insuffisance ovarienne, obesite hypophy- 
saire. L’auteur signale des faits d’apparition et de disparition d’obsessions 
en rapport avec l’essai et l’interruption du traitement thyroidien. 

‘ P. C. 

Kystes de l’epiphyse avec relation de 2 cas, par Richard Handley. The 
Journal of Mental Science, avril 1930, 

Deux observations chez des femmes de 42 ans d’affections ' evoluant en 
un mois vers la mort et donnant les signes suivants : hypertension intra- 
cranienne, anxiete, hallucinations, confusion, dyssomnie. L’examen micros- 
copique a montre les kystes entoures d’un feutrage glial, avec des inclusions 
de cellules pineales. 

P. C. 

ASSISTANCE ET THERAPEUTIQUH 

Histoire de l’Assistance des Arrieres, par Benjamin W. Baker. Bulletin of 
the Massachusetts departement of Mental Diseases, avril 1930. 

L’auteur relie l’apparition de 1’assistance des arrieres au developpement 
du christianisme, Des oeuvres charitables existent en Angleterre au iv® sie- 
de. Au xvii® siecle, un contemporain de saint Vincent de Paul, l’Espagnol 
Pablo Bonet, s’oceupe surtout de 1’instruction des sourds et muets. La 



ANALYSES 


103 


periode moderne debute en Amerique au temps de 1’emigration de Seguin 
(1837) dont l’influence fut considerable et dont le souvenir est fidelement 
garde. Les derniers progres ont ete realises par Walter E. Fernald. II fut 
pendant 37 ans directeur de l’ecole des arrieres du Massachusetts qui porte 
aujourd’hui son nom ; il mourut en 1924. 

P. G. 

Moderne Antaltsbehandlung und oftene Fiirsorge, betrachtet aus dem 
Gesichtspunkt der Vorurteilsbekampfung. (Le traitement nioderne dans 
les asiles et le patronage ouvert du point de vue de la lutte contre les preju- 
ges), par H. Steck (Lausanne). Schiv. Med. Wschr., 1930, p. 49. 

M. Steck envisage le cdte directement pratique pour le medecin d’asile qui 
par la therapeutique, par le travail, therapeutique qui a repris une nouvelle 
vogue par la methode de Simon (Giitersloh), l’installation moderne des 
asiles (par exemple en Hollande), peut contribuer beaucoup a faire diminuer 
les prejuges contre les asiles d’alienes. Dans le systeme des sorties precoces 
et du patronage libre qui sont un complement heureux, l’auteur voit cepen- 
dant de nouveaux dangers, Palieniste doit eviter aussi bien un humanita- 
risme antieugenetique qu’un utilitarisme etatiste. 

II. S. 

Beitrage zur Therapie der Geisteskrankheiten (Contribution a la therapeu¬ 
tique des psychoses). Die Behandlung der akuten lebensgefahrdenden 
Psychosen (La therapeutique des psychoses aigues mettant la vie en danger), 
par H. Steck, (Lausanne). Schweiz. Med. Wschr., 1930, p. 962. 

Ce travail comprend une premiere application therapeutique des donnees 
modernes en exposant, apres quelques considerations pathogenetiques, un 
nouveau traitement des delires aigus, catatoniques, etc., de pronostic grave, 
traitement qui consiste en ponctions lombaires repetees avec injections 
hyper ou hypotoniques intrayeineuses selon les conditions et surtout d’in- 
jections. sous-cutanees repetees de 500-1.000 cc. de solution physiologique de 
Normosal ou de Glucose a 5 0/0, suivies d’Une alimentation liquide composee 
avant, tout de boissons riches en sucre, telles que cidre sterile ou vin sans 
alcool, Les narcotiques, dangereux a fortes. doses, telles que le preconise 
la. methode de la narcose prolongee de Klaesi, agissent mieux a faibles 
doses, la circulation intracerebrale etant amelioree par ce. precede de lavage 
interne. La methode a donne a l’auteur, dans des cas desesperes, des resul- 
tats tres heureux. 

H. S. 

Le traitement par les infections en psychiatrie, par le D r E. Escardo. 
Archivos de Med. Cir. y Esp., Madrid, 6 decembre 1930. 

La malaria dans la P. G. doit etre employee precocement comme un 
moyen prophylactique chez les syphilitiques dont le liquide cephalo-rachi- 
dien est altere. Les malades qui ont subi en meme temps le traitement spe- 
eifique sont en general plus nettement ameliores. Parmi les remarques inte- 
ressantes qu’une grande experience de la question a permis. a 1’auteur de 
faire avec certitude, il faut signaler : l’utilisation de la cafeine de preference 


104 


ANALYSES 


au eamphre comme tonique cardiaque, le camphre ayant une action convul- 
sivante, l’inoculation intradermique chez les sujets debilites, l’interruption 
de la fievre apres 3 on 4 acces chez les seniles avec possibility de reprise de 
la cure apres quelques semaines de repos. Le mode d’introduction ideal 
serait la voie intraveineuse, 2 cm 3 , en tenant compte evidemment du groupe 
sanguin du donneur. Le pyramidon a ete essaye avec succes pour limiter 
l’hyperthermie. Enfin, dans le tabes, l’impaludation serait utile aux sujets 
non ataxiques, surtout dans les crises gastriques ; elle donnerait des resul- 
tats desastreux dans les cas d’atrophie optique. 

L’inoculation de la fievre recurrehte a egalement ete utilisee avec succes. 
Elle peut etre communiquee de la souris a l’homme par la voie intra- 
musculaire. II faut savoir que la transmission de souris a souris finit par 
detruire la valeur pathogene du spirochete pour l’homme. Les acces sont 
irreguliers et variables ; ils cessent en general spontanement, diminuant 
peu a peu de frequence et d’intensite. 

Le Sodoku a eu la faveur de divers observateurs apres les recherches fai- 
tes par Mooser au Mexique en 1925. Le rat infecte fournit un sang plus ou 
moins virulent suivant la quantite employee, sa richesse en spirilles et 
l’anciennete de l’infection (maximum : 2 mois). On lutte contre les acces 
avec le salvarsan. Le grand inconvenient est la possibility d’ulcerations 
necrotiques a l’endroit de l’injection et meme d’infections secondaires pou- 
vant conduire a la cachexie. La periode d’incubation est de 8 jours environ. 
Le sang du rat, — quelques gouttes, — doit etre dilue dans du serum phy- 
siologique (2 cm 3 ). Les acces thermiques, d’abord quotidiens, s’espacent a 
partir du 5 e ou 6 e . Les resultats therapeutiques paraissent inferieurs a ceux 
de la malaria. 

P. Carrette. 

Les problemes de pyretotherapie dans la demence paralytique, par H. 
Wilfred Eddison. The Journal of Mental Science, Janvier 1930. 

La malariatherapie devrait ytre reservee aux cas dans lesquels une reac¬ 
tion leucocytaire satisfaisante a ete obtenue par l’emploi preliminaire d’un 
agent leucogenetique. L’auteur admet une relation etroite entre les pyrexies 
et les alterations du systeme reticulo-endothelial, auquel il assigne une 
fonction hematopoietique. Pour les memes raisons, il conseille apres la 
malaria le sejour a l’altitude, favorable a l’erythropoiese. Il est partisan de 
la pyretotherapie prophylactique des syphilitiques chez lesquels des lesions 
secondaires et tertiaires ont ete observees. 

P. C. 

Uber den Verlauf der progressiven Paralyse ohne u. mit Fieberbehand- 
lung. (L'evolution de la Paralysie generate avec et sans traitement pyreto- 
gene. Recherches catamnestiques sur les malades de la clinique psychiatrique 
de Zurich (Burgholzli), de 1903-1929), par O. Briner (Zurich), Z. Neur 128, 
792-816 1930). 

Ce travail rapporte 605 cas de paralysie generale traites au Burgholzli 
depuis 1903. Le pourcentage des admissions pour Paralysie Generale a la 
Clinique n’a pas augmente, malgre une grande progression des maladies 
veneriennes et le traitement du Salvarsan. L’age moyen du debut de la mala- 



ANALYSES 


105 


die n’a pas change, il varie entre 42 et 45 ans. La forme expansive a consi- 
derablement diminue de frequence dans les derniers 10 ans. La duree 
moyenne de la maladie (sans pyretotherapie) reste la meme : pour les for¬ 
mes simplement dementielles, 3, 4 ans ; pour la forme euphorique, 3, 6 ans; 
pour la forme maniaque, 2, 5 ans ; pour la forme depressive, 1, 4 ans ; pour 
la taboparalysie, 2, 6 ans ; et pour la forme agitee, 1 an. 

Depuis l’introduction de la pyretotherapie, l’auteur a traite jusqu’en 
automne 1929 125 cas avec malaria seule, 6 avec malaria et pyrifer, 5 avec 
pyrifer seul, 5 avec fievre recurrente (dont 4 apres malaria). Cette therapeu- 
tique prolonge la duree de la maladie, mais elle augmente aussi fortement 
la duree et le nombre des remissions. Le nombre des remissions avec capa¬ 
city totale de travail et depassant une duree de 2 ans est monte de 4,3 0/0 
a 18,2 0/0. Les meilleurs sucees sont obtenus chez les taboparalytiques et 
les formes euphoriques, tandis que les resultats sont mauvais dans les for¬ 
mes expansives. 

Les chances paraissent d’autant meilleures que le traitement est institue 
plus precocement, mais il est impossible de faire un pronostic certain avant 
le traitement. 11 0/0 des malades traites par la malaria sont morts au cours 
du traitement ou des suites. Chez 10,4 0/0 une hallucinose paranoide chro- 
nique s’est developpee a 4a suite du traitement, tandis que, chez les P. G. 
non traites, ces phenomenes sont beaucoup plus rares et presentent un 
autre caractere, etant la plupart du temps en rapport avec une heredite ou 
des antecedents schizophreniques. 

H. Steck. 

Un cas de syndrome cerebelleux d’origine maArique gueri par le Quine- 

tum, par C. Bart et Marie Briese. Bulletin de la Societe Roumaine de Neur. 

Psychia. Psycho, et Endocr., n° 1, aout 1930. 

Syndrome rapidement curable par la quinine et provoque, non par une 
embolie, mais probablement par l’agglutination spontanee des hematies 
dans les petits .vaisseaux. 

P. C. 

Pathogenie et traitement de l’epilepsie essentielle, par A. Vallejo-Nagera. 

Archivos de Neurobiologia, tome X, janvier-avril 1930. 

Etude d’ensemble sur la question. Le mecanisme intime de la reaction 
convulsive n’est pas connu, sauf quelques facteurs, tels que l’influence 
favorable des lesions anatomiques et la coexistence des periodes d’alcalose 
et d’hypocalcemie. Au point de vue therapeutique, 1’empirisme nous guide 
encore. Lfe luminal est le meilleur medicament. Les associations sont tou¬ 
jour s a conseiller et, dans l’etat de mal, l’injection intraveineuse de somni- 
fene. 

B. R.-A. 

Quelques considerations sur le traitement de l’epilepsie, par B. Rodrigdez- 

Arias. Archivos de Neurobiologia, tome X, janvier-avril 1930. 

L’auteur fait quelques considerations a propos du diagnostic differentiel 
des epilepsies et conseiUe une cure mixte de tartrate borico-potassique et 



106 


ANALYSES 


de luminal soluble, preferable, dans 50 0/0 des eas, aux autres traitements 
usuels. Les erythrodermies partielles ou generalises constituent l’unique 
inconvenient. Ces' accidents cutanes sont plus frequents qu’on le croit (3,5- 
4 0/0 de tous les cas traites), genent la cure ulterieure et font penser a une 
scarlatine. 

P. C. 

Impaludation therajpeutique des epileptiques, par A. Vallejo-Nagera et 
R. Gonzalez-Pinto. Archivos de Neurobiologia, tome X, janvier-avril 1930. 

Des epileptiques alienes sont impaludes selon la technique classique ; le 
fond dementiel ne s’ameliore pas ; les autres manifestations se modifient 
tres irregulierement. 

B. R.-A. 

Le Mongolisme et son traitement, par Walter Timme. Bulletin of the Mas¬ 
sachusetts department of Mental Diseases, avril 1930. 

II s’agirait d’insuffisance du lobe anterieur de l’hypophyse et les maigres 
resultats de la therapeutique glandulaire seraient imputables a 1’insufBi- 
sance de nos techniques. 

P. C. 

Les moyens de coercition a l’egard des alienes, etudies sous Pangie des 
postulats historiques, par le D r Siemionkin. Nowiny Psychjatryczne, 1930, 
Rok VII, Kwartal III-IV, page 253. 

Apres un bref apergu historique, l’auteur etudie la question des moyens 
de coercition a l’egard des alienes. II constate que ces moyens ne diminuent 
en aucune fagon l’agitation motrice des malades, mais la suspendent uni- 
quement pour quelque temps. L’agitation augmente parfois, une fois les 
liens enleves. Les moyens de coercition d’ordre physique ne font souvent 
que rendre durables les phenomenes psychopathiques excitants et que 
determiner Papparition de nouvelles manifestations morbides. L’isolement 
a une action defavorable sur le malade. Les agents pharmacologiques ne 
donnent pas de resultats stables et jouent, au fond, le role d’une camisole 
de force chimique. L’auteur propose de proscrire entierement les moyens 
de coercition physiques et de reduire au strict minimum l’emploi d’agents 
chimiques, en considerant cet emploi comme un mal neeessaire. II recom- 
mande, par contre, beaucoup d’espace, le travail et les bains, methode qui 
dans 90 0/0 des cas remplacera avantageusement les moyens de coercition. 
L’auteur estime que le role d’un etablissement psychiatrique ne doit pas 
se borner a interner et a traiter les malades, mais qu’on doit chercher, de 
plus, a exercer une influence educatrice sur eux et A les elever sur un eche¬ 
lon superieur de la vie sociale. 


L. R. 


VARIATES 


ATTENTAT CONTRE LE PROFESSEUR RAVIART 

Le mardi 6 janvier, dans la soiree, le Docteur Raviart, Professeur de 
Clinique psychiatrique a l’Universite de Lille, Directenr de la Clinique 
Departementale d’Esquermes, Membre du Comite de Redaction des Annales 
medico-psychologiques, un des representants les plus estimes de l’Ecole 
psychiatrique frangaise, fut l’objet d’un attentat qui a mis ses jours en 
danger. 

Vers la fin du mois de decembre, une demoiselle Leroy (nom qu’on sut 
plus tard avoir ete invente) ecrivit au Professeur Raviart pour lui deman- 
der conseil : il s’agissait de son pere dont l’etat de sante, disait-elle, l’in- 
quietait, et qui refusait de se laisser soigner. Un rendez-vous fut pris, puis 
remis : le pere, dont la presence etait indispensable a la reussite de ce triste 
projet, n’etant pas encore arrive. Enfin, le 6 janvier, rendez-vous pris tele- 
phoniquement, le Professeur Raviart regut dans son cabinet, vers 6 h. 1/2 
du soir, ceux qu’il attendait. 

A peine dans son cabinet, avant mAme que le Professeur Raviart n’ait eu 
le temps de s’ass'eoir a sa table de travail, la femme dechargea sur lui les cinq 
balles d’un revolve!* qu’elle tenait dissimUle dans son sac a main. Surpris, 
le Professeur Raviart eut seulement un geste instinctif de protection de la 
main gauche, geste qui parait lui avoir sauve la vie. La femme prit aussitot 
la fuite. Rassemblant ses forces, en faisant preuve d’un sang-froid et d’une 
presence d’esprit remarquables, le Professeur Raviart, malgre ses blessures, 
rattrappa celle qui aVait tetite de le tuer et reussit a la maintenir jusqu a 
l’arrivee du personnel. 

Aussitot appeles, les inedecins de l’etablissement s’empresserent aupres 
du blesse qui leur dit avec le plus grand calme : « Je crois que j’ai des 

balles dans le ventre. » Ils manderent d’urgence le docteur Lambrfet, pro¬ 
fesseur de Clinique chirurgicale, qui heureusement arriva sans retard et 

diagnostiqua une bemorragie interne, particulierement inquietante. 

Transports a la maison de sante de l’Hdpital St-Sauveur, le blesse regut 
immediatement les soins necessaires. L’examen et la radiographie montre- 
rent qu’une balle avait traverse la main gauche d’avant en arriere ; une 
autre, entree dans le coude, s’etait logee dans les muscles de la face poste- 
rieure de l’avant-bras ; une troisieme se trouvait dans un espace intercostal 
tres pres du cceur ; une quatrieme, enfin, traversant le pole snperieur du 
rein gauche, s’etait perdue dans les muscles de la masse sacro-lombaire. 

Actuellement, le Professeur Raviart va aussi bien que possible. La tempe¬ 
rature elevee dans , les premiers jours s’est abaissee peu a peu. Elle n’est 



108 


VARIETES 


pas encore, a l’heure actuelle, revenue a la normale, mais le docteur Lam- 
bret estime tout danger ecarte. 

La meurtriere, une dame Leplat, declare qu’en cherchant a tuer le Doc¬ 
teur Raviart elle a voulu atteindre le directeur de la maison de sante ou 
elle a, dit-elle, ete internee arbitrairement pendant une quinzaine de jours, 
en juin 1929. D’ailleurs, a 1’epoqUe ou eut lieu cet internement, le Docteur 
Raviart, en conge regulier, asjsistait , an Congres de Barcelone. II n’a done 
jamais eu a connaitre de cette femme ni comme medecin, ni meme comme 
Directeur de la Clinique d’Esquermes. 

Ce douloureux attentat, dirige contre 1’un des notres dont la personnalite 
nous est chere, dont la competence, la conscience professionnelle et la bonte 
sont connues de tous nous touche particulierement. 

Venant si peu de temps apres les attentats contre le D r Salomon, le 
D r Lafage, et la mort tragique du D r Louradour, puisse-t-il attirer l’atten- 
tion des pouvoirs publics sur tant de nos collegues, toujours a la peine, trop 
rarement a l’honneur, et sur les dangers d’une profession indispensable au 
bon ordre public, pourtant si mal protegee et si peu defendue. 

Chevalier de la Legion d’Honneur depuis 1919, le Professeur Raviart vient 
a tant d’autres titres d’aj outer de son sang un titre de plus a une promotion 
deja si meritee et que tous demandent pour lui. 

R. C. 

SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 

La seance supplement air e de la Societe Medico-Psychologique, seance 
exclusivement reservee a des presentations, aura lieu le jeudi 12 fevrier 
1931, a 9 heures 1/2 tres precises, a PAmphitheatre du Pavilion Magnan, a 
l’Hopital Henri Rousselle, 1, rue Cabanis, Paris, XIV e arrondissement. 

La seance ordinaire de la Societe Medico-Psychologique aura lieu le lundi 
23 fevrier 1931, a. 4 heures tres precises, 12, rue de Seine, Paris, VI e arron¬ 
dissement. 

Creation de membres titulaires non residants. 

Sur la proposition du Bureau, la Societe Medico-Psychologique, dans sa 
seance du 26 janvier 1931, a decide la creation de 30 places de membre titu- 
laire non residant. Le nombre des membres titulaires de la Societe se 
trouve ainsi porte a 100. 

L’election a ces 30 places de membre titulaire non residant, auxquelles 
seront attachees les memes prerogatives et les memes conditions qu’aux 
places de membre titulaire residant, aura lieu a la seance du lundi 25 mai 
1931. La Commission chargee d’examiner les candidatures sera nommee par 
la Societe dans sa seance du lundi 27 avril 1931. 

Les candidatures devront etre adressees au Secretaire general avant le 
27 avril 1931. 

Execution du projet de fusion des Societes psychiatriques. 

Conformement aux decisions prises lors de la fusion de la Societe Clini¬ 
que de Medecine Mentale, de la Societe de Psychiatrie et de la Societe 
Medico-Psychologique, le delai accorde aux membres correspondants natio- 



YAR1ETES 


naux des deux Societies dissoutes pour demander a faire partie de la Societe 
Medico-Psychologique au litre de membre correspondant expire le 
15 fevrier 1931. 

Le delai accord# aux membres associes etrangers des Societes dissoutes 
pour demander leur inscription sur la liste des membres associes etrangers 
de la Societe Medico-Psychologique expirera le 30 juin 1931. 


PRU DE LA SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 

Annee 1932 

Prix Aubanel. — 3.000 francs. — Question : Consequences cliniques, 
anatomo-biologiques et therapeutiques de la Malariatherapie de la Paralysie 
Generate. 

Prix Moreau de Tours. — 200 francs. — Ce prix sera decern# au meilleur 
m#moire mabuscrit ou imprim#, ou bien a la meilleure des theses inaugu¬ 
rates soutenues de 1929 a 1931 inclus dans les Facult#s de M#decine de 
France sur un sujet de pathologie mentale et nerveuse. 

Prix Christian. — 1.000 francs. — Ce prix est attribu# chaque ann#e par 
le Bureau de la Soci#t# donataire a un interne des Asiles d’ali#n#s de Paris 
ou de la province, momentan#ment g#n# soit pour terminer ses #tudes, soit 
pour payer sa these (1). 

Ce prix, habituellement de 300 francs, a #t# port# exceptionnellement par 
la Soci#t# Medico-Psychologique a 1.000 francs pour 1931. 

Nota. — Les ntemoires, manuscrits ou imprim#s, devront etre d#pos#s 
avant le 31 d#cembre 1931 au siege de la Soci#t# M#dico-Psychologique, 12, 
rue de Seine, a Paris, ou chez le D r Ren# Charpentier, secretaire g#n#ral de 
la ‘ Soei#t# M#dico-Psychologique, ll9, rue Perronet, a Neuilly-sur-Seine 
(Seine). Les m#moires manuscrits devront etre in#dits et n’aVoir pas obtenu 
de prix dans une autre Soci#t# ; ils pourront etre sign#s. Ceux qui ne seront 
pas sign#s devront etre accompagn#s d’un pli cachet# avec devise contenant 
les noms et adresses des auteurs. 

(1) Reglemcnt du prix Christian : 

Article premier. — Les Internes des Asiles de France candidats au prix 
Christian devront : 

1° Etre de nationalite francaise ; 

2° Justifier de leur #tat de gene momebtane par la production d’une attesta¬ 
tion du medecin chef du service ou ils sont internes ; 

3° Faire parvenir au secretaire g#neral de la Societ# Medico-psychologique 
une copie du manuscrit de leur these. 

Art. 2. — Le candidat design# par le Bureau recevra le montant du prix 
apres l’envoi au tresorier de la Societe M#dico-psychologique de deux exem- 
plaires de Faculte de sa these. 

Art. 3. — Dans le cas ou le prix ne serait pas decern# une annee, le montant 
en sera report# a l’annee suivante et le Bureau pourra. s’il y a lieu, decerner 
pliisieurs prix. 

Art. 4. Le prix Christian ne confere pas au candidat qui l’obtient le titre 
de laureat de la Societe Medico-psychologique. 



110 


VARIETES 


Annee 1933 

Prix Belhomme. — 2.000 francs. — Question : Les Hallucinations psgcho- 
motrices oerbales. 

Prix Christian. — 300 francs. 

ASILES PUBLICS D’ALIENES 

Hommage h la memoire du D r Henri Colin. 

Sur la proposition de M. Rebeillard le Conseil general de la Seine pro¬ 
nonce le renvoi a l’Administration avec avis favorable de la deliberation 
suivante : 

Le nom du D r Henri Colin sera donne a la section des alienes difficiles de 
Vasile de Villejuif. 

Cet hommage rendu a la memoire de notre tres regrette Redacteur en 
Chef, le D r Henri Colin, qui fonda et organisa la section reservee aux alie¬ 
nes difficiles du departement de la Seine, recevra l’approbation de tous. 
L’Administration voudra certainement s’associer a l’heureuse initiative de 
M. Rebeillard approuvee par le Conseil general de la Seine. 

Legion d’Honneur. 

Sont nomm£s Chevaliers de la Legion d’Honneur : 

MM. le D r Jacques Hamel, charge de cours a la Faculte de Medecine de 
Nancy, medecin-chef a l’Asile de Mareville (Meurthe-et-Moselle). 
le D r Raoul Leroy, medecin-chef a l’Asile Clinique (Ste-Anne); 
le D r M. Olivier, directeur-medecin de la Maison Departementale • de 
Sante de Blois (Loir-et-Cher). 

Medaille d’argent de l 1-e classe. 

M. le Prefet du Loiret a remis la medaille d’argent de l re classe des actes 
de devouement a Sceur Therese-Augusta (Mme Souzy, Therese), grievement 
blessee lors de l’incendie qui se declara, dans la nuit du 8 au 9 janvier, 
dans un des batiments de l’Etablissement psychotherapique de Fleury- 
les-Aubrais (Loiret). 

Nomination. 

M. le docteur Leyritz, medecin-chef au quartier d’alienes de l’hospice de 
Font-d’Aurelles (Herault), est nomme medecin-chef du quartier d’alienes 
de 1’hospice de Morlaix (Finistere), en remplacement de M. le docteur 
Daussy. 

Vacance de poste. 

Un poste de medecin-chef est vacant au quartier d’alienes de l’hospicd 
de Font-d’Aurelles (Herault), par suite du depart de M. le docteur Leyritz. 


VARIETES 


111 


Concours du Medicat des Asiles publics d’alienes. 

En raison de la prolongation de l’annee budgetaire.au 31 mars 1931, le 
concours de 1931 n’aura lieu qu’apres cette date, probablement au mois de 
mai 1931. 

Asiles de la Seine. 

Un concours pour la nomination a un emploi de medeein-chef de service 
des asiles publics d’alienes de la Seine s’ouvrira a la Prefecture de la Seine, 
a Paris, le lundi 23 mars 1931. 

Sont admis a y prendre part les . seuls medecins du cadre des asiles 
publics d’alienes ayant, au moment de leur inscription, moins de 55 ans 
d’age et plus de 5 ans effectifs de service. 

Les inscriptions seront regues a la Prefecture de la Seine (bureau des 
etablissements departementaux d’assistance, annexe-est de l’Hotel-de-Ville, 
2, rue Lobau, 2° etage, piece 227).. 

Concours de l’Internat en Medecine des Asiles Publics d’Alienes 
de la Seine 

Un concours pour sept places d’internes en medecine, titulaires des asiles 
publics d’alienes de la Seine, de l’Infirmerie speciale des alienes pres la 
Prefecture de Police et de l’Hopital Henri-Rousselle, s’ouvrira, a Paris, le 
lundi 9 mars 1931. Les inscriptions seront regues a la Prefecture de la 
Seine/(Service de l’Assistance departementale, 3 e bureau, annexe Est de 
l’Hotel-de-Ville, 2, rue Lobau, 2, e etage, piece 227), tous les jours, de 10 a 
12 heures, et de 14 heures a 17 heures, sauf les dimanches, du 13 fevrier au 
jeudi 26 fevrier 1931inclus. 

Annuaire de l’Internat des Asiles de la Seine. 

L’edition 1931 de YAnnuaire de l’Internal en medecine des Asiles publics 
d’alienes du Departement de la Seine, publie par .1’AssOeiation Amicale des 
Internes et anciens Internes^ est paru en janvier. 

Cet annuaire contient tous les renseignements concernant le recrutement 
des internes des Asiles de la Seine, des medecins des Asiles publics d’alie¬ 
nes, des medecins des Asiles de la Seine, etc., les promotions successives, 
les affectations actuelles, et generalement tous renseignements d’ordre 
professionnel interessant les psychiatres. 

II est envoye gratuitement a tous les membres de l’Association Amicale 
des Internes et anciens Internes des Asiles publics d’alienes du Departe¬ 
ment de la Seine [ Secretaire : D 1 ' Paul Courbon, medecin-chef, Asile de 
Vaucluse, a Epinay-sur-Orge {Seine-et-Oise) ]. 

L’Asile-Cliuique (Ste-Anne) menace. 

Parmi les projets de reconstruction de la Faculte de Medecine de Paris, 
il en est un qui consisterait a prendre, pour y construire les ncuveaux 
batiments de la Faculte, les terrains sur lesquels se trouvent actuellement 
1’Asile clinique (Ste-Anne), et I’Hopital Henri-Rousselle. 



112 


YARIETES 


Au eours de la derniere session du Conseil general de la Seine, M. Geor¬ 
ges Prade, Conseiller du XIV e arrondissement de Paris, s’est vivement eleve 
contre ee projet, declarant qu’il le combattrait de tous ses efforts. 

II faut esperer que l’on trouvera un autre emplacement a mettre a la 
disposition de la Faculte et que ne disparaitra pas de Paris ce centre 
d’assistance et d’enseignement psyehiatrique que devraient proteger, tant 
son activife presente que son glorieux passe. 

FACULTE DE MEDECINE DE PARIS 

Clinique des maladies du systeme nerveux. 

Des conferences neurologiques sur des sujets d’actualite seront faites a 
1’ Amphitheatre de la clinique Charcot (Hospice de la Salpetriere), a 
10 h. 1/2, aux dates suivantes : 

Vendredi, 30 janvier 1931, M. Clovis Vincent : Les adenomes hypophy- 
saires. 20 fevrier 1931, M. Laignel-Lavastine : Le diagnostic de l’anxiete. 
Vendredi, 27 mars 1931, M. J. Lhermitte : Le syndrome thalamique et ses 
varietes cliniques. Vendredi, 24 avril 1931, M. Th. Alajouanine : La compres¬ 
sion medullaire par lesion du disque intervertebral. Vendredi, 19 juin 1931, 
M. A. Souques : Syndrome de Benedikt et noyau rouge. Vendredi, 3 juillet 
1931, M. R. Garcin : La semiologie des tumeurs de la base du crane. 


ARCHIVES SUISSES DE NEUROLOGIE ET DE PSYCHIATRIE 

Depuis la mort du regrette Professeur de Monakow, fondateur et redac- 
teur en chef des Archives sursses de Neurologie et de Psychiatrie, le Comite 
de redaction de cette importante revue est compose du Professeur Bing 
(de Bale) et du Professeur M. Minkowski (de Zurich) pour la partie neuro- 
logique, du Professeur H.-W: Maier (de Zurich) et du D T Steck (de Lau¬ 
sanne) pour la partie psyehiatrique. 


Les Archives suisses de Neurologie et de Psychiatrie donneront, comme 
par le passe, 4 fascicules annuels (2 volumes). Prix pour la France : 
50 francs suisses par an. 



Le Redacteur en chef-Gerant : Rene Charpentier. 



Cahors, Imprimerie Codeslant (personnel interesse). — 41.676 


Tome I. — N° 2 


Fevrier 1931 


ANNALES 

MfiDICO-PSY chologiques 


MEMOIRES ORIGINAUX 


LA SCHIZOPHASIE 

PAR 

Guilhem TEULIE 

Medecin-chef de l’Asile de Lommelet (Nord) 

« Parmi les signes exterieurs par lesquels peut se manifester 
la pensee, le langage est celui qui la serre du plus pres. » Ainsi 
s’exprimaient MM. Damourette et Pichon dans leur interessant 
Essai de grammaire. de la langue frangaise (1). Beaucoup de psy- 
■ehologues et de psychiatres sont de cet avis, et eertains, non seu- 
lement estiment que le langage est l’expression la plus parfaite: 
■de la pensee, mais admettent meme qu’une partie de la pensee 
n’existerait pas sans le langage : a cote d’une pensee animate, 
riiomme possederait une pensee proprement humaine, pensee 
synthetique, grace a laquelle il aurait des idees generates que 
di’auraient jamais les animaux. C’est une hypothese qui deman- 
■derait a etre demontree. Cependant, quelles que soient la nature 
■et la valeur des rapports de la pensee et du langage, ces rapports 
existent : c’est un fait. Aussi saisit-on le grand interet qu’il y a a 
etudier les troubles du langage des alienes. Si l’on parvenait a 
•decouvrir des relations entre les troubles linguistiques et les 

•(1) Damocjrette (J.) et Pichon (E.). — Essai de grammaire de la langue 
francaise, t. I, p. 2. = . :i 

Ann. med.-psych., 13 e serie, t. I. — Fevrier 1931. 8. 





114 


GVILHEM TEULIE 


troubles psychiques, on serait sur la voie de la connaissance de 
nouveaux moyens de diagnostic dont l’importance pourrait etre 
considerable. 

Or, cette etude comparative psycho-linguistique est encore 
rudimentaire. Les ouvrages classiques, en particulier celui de 
Seglas (1), ne traitent guere que des monstruosites du langage 
rencontrees dans des maladies tres evoluees (neologismes de 
toutes sortes, par exemple). Ces annees-ci seulement, quelques 
auteurs ont commence a etudier en details les modes de transfor¬ 
mation du langage normal en langage pathologique, les cas 
dans lesquels se produisent cette transformation, la valeur 
diagnostique et pronostique de celle-ci, etc... 

Com m ent, expliquer F apparition si tardive d’une telle etude ? 
En considerant qu’aux difficultes habituelles en psychiatric 
(necessite de connaitre le psychisme du sujet avant la maladie, 
ldngue observation portant parfois sur plusieurs annees), s’ajoute 
celle de connaitre a fond la linguistique : il faut avoir pu ana¬ 
lyser dans toils ses elements le langage d’un individu pour se 
rendre compte plus tard des modifications dont il a pu etre 
l’objet entre le premier et le second examens. 

Nous voudrions montrer ici ou en est l’etude de cette question 
(ce qui est acquis et ce qui reste a faire), en particulier en ce qui 
concerne la demence precoce dont un nouvel element de diag¬ 
nostic ne serait souvent pas a dedaigner. 

Tout deficit de la pensee s’accompagne d’un deficit du lan¬ 
gage : tout dement' est incoherent. Mais, de meme qu’il y a 
plusieurs especes de demences, il y a plusieurs especes d’incohe- 
rences, et, de meme que l’aspect clinique terminal des demences 
est le meme pour toutes, l’aspect clinique terminal-des incohe¬ 
rences est aussi le meme pour toutes. De plus, cet aspect terminal 
commun est atteint par des voies differentes, selon les diverses 
maladies, mais a une meme evolution des troubles dementiels 
correspond toujours une meme evolution des troubles du langage 
vers Fincoherence. « Il existe un parallelisme constant entre la 
progression de Fincoherence et la decheance mentale (2). » 

M. Jacques Ley, dans son rapport au X e Congres beige de 
Neurologie et de Psychiatrie, tenu a Liege les 28 et .29 juillet 

(1) Seglas (J.). — Des troables du langage chez les alienes. 

(2) Podderocx (J.). — Remarques sur Vincoherence des propos de quelques 

alienees, p. «s7. y x 



LA SCHIZ0PHAS1E 


115 


1930, a montre les liens qui unissent les troubles de developpe- 
ment du langage et les troubles evolutifs de I’intelligence (qui 
peuvent etre consideres comme des demences constitutionnelles). 
Le lecteur pourra puiser de precieux renseignements dans ce 
travail d’ensemble. 

Pour ce qui est des demences acquises (demences proprement 
dites), la demence senile constitue la forme-type. A un. stade 
plus ou moins avance, cette affection s’accompagne de troubles 
linguistiques. La date d’apparition de ces troubles linguistiques 
et leur nature varient selon les formes cliniques (et vraisembla- 
blement anatomiques) de cette maladie. Dans certains cas, les 
troubles du langage sont tardifs et legers, dans d’autres cas ils 
sont precoces et graves. Le D r Anglade a insiste sur la descrip¬ 
tion des formes de demence senile touchant electivement le 
langage (1). Comme dans toute demence, le stade final est 
1’incoherence, mais les modifications du langage du malade ne 
se font pas d’emblee et on peut distinguer les echelons suivants 
correspondant a la progression de 1’affaiblissement intellectuel: 

1. langage normal ; 

2. paraphasie (confusion des.mots) ; 

3. jargonaphasie (confusion et alteration des mots); 

4. incoherence (emission de phonemes qui ne sont lies par 
aucune loi). 

A cote des troubles du langage de la demence senile, sont a 
signaler ceux des demences vesaniques, nevrosiques et toxiques. 
Ces demences sont mal connues et a fortiori les troubles linguis¬ 
tiques qu’elles provoquent. Cependant, ici encore le stade final 
est rincoherence et le sujet 1’atteint par des voies differentes selon 
~ sa maladie : l’intoxique et le nevrose passent par tous les degres 
de la confusion mentale avant de devenir dements, leurs langa- 
ges prennent les caracteres de celui du confus (ralentissement, 
paraphasie), avant de devenir veritablement incoherent ; le 
dement post-maniaque passe par les intermediaires de la 
logorrhee et de la fuite du langage ; le dement post-melancoli- 
que a son langage qui disparait lentement par simple inactivite. 
Quant aux rares paranoiaques qui sur le tard finissent par s’affai- 
blir, ils emploient souvent, pendant de longues annees, des 
vocables ou des expressions etranges, les neologismes. Si l’usage 
de ceux-ci s’exagere, le malade est bientot incomprehensible 

(1) Anglade (D.). — Les trois grandes formes cliniques et anatomiques de la 
senilisation cerebrule. (Congr. des alien, et neur., Barcelone, 1929). 


116 


GUILHEM TEULIE 


pour l’entourage, sans cependant etre incoherent (i). Ce n’est 
que bien plus tard que le langage se reduira en meme temps que 
l’intelligence et que le langage neologique deviendra de l’incohe- 
rence. 

•Srfr - 

Comment s’installe l’incoherence chez le dement precoce ? 
Telle est la question que nous voudrions surtout etudier ici. 

Nous entendons par demence precoce ce grand groupe d’affec- 
tions mentales comprenant la schizophrenic, l’hebephreno-cata- 
tonie, la demence precoce paranoide et les paraphrenies de 
Krsepelin. II est possible qu’il y ait la, tout au moins clinique- 
ment, plusieurs maladies ; cependant, les troubles du langage y 
revetent, en general, des aspects bien voisins. 

Dans toutes ces affections, Involution des troubles du langage 
vers Fincoherence se fait aussi lentement que l’evolution des 
troubles du psychisme vers la demence proprement dite. 

C’est chez le dement precoce paranoide que les caracteres de 
la transformation du langage normal en incoherence sont le 
plus net. Les schizophrenes et les hebephreno-catatoniques peu- 
vent presenter des modifications 'du langage, mais tous les psy- 
chiatres savent combien il est difficile de leur arracher les mots, 
ce qui complique beaucoup le travail d’analyse liriguistique. 
Quant aux paraphreniques, ce sont des malades aux affections 
encore mal classees, dont certaines entrent peut-etre dans le 
cadre de la demence precoce et d’autres dans celui de la para¬ 
noia ; aussi est-il possible de rencontrer chez eux des troubles 
linguistiques differents selon les cas et analogues a ceux des 
sujets atteints de l’une ou de l’autre de ces maladies. 

Ces raisons expliquent pourquoi les etudes de ces dernieres 
annees ont porte surtout sur les psychoses paranoides (c’est- 
a-dire la demence precoce paranoide et les paraphrenies qui s’en 
rapprochent), affections a delire important, bien que peu syste¬ 
matise, a evolution tres lente, a terminaison dementielle. 

Chez ces malades, atteints de psychoses paranoides, on peut 
considerer trois eventualites : 

1° absence de troubles du langage. Elle n’existe guere qu’au 
debut de la maladie ; plus tard, il est rare que le langage ne soit 

(1) Telle une malade dont le Professeur P. Janet a bien voulu nous commu- 
niquer l’observation. Il s’agit d’une vieille delirante bypocondriaque et perse- 
cutee pour laquelle a le paturo roi homme » signifie le « medecin », « les droits 
de bouche et les droits du mouton » designe « l’appetit ou la sante », « detacher 

les toiles couteau a veut dire « obtenir une selle normale »,■ etc. . . 


LA SCHIZOPHASIE 


117 


pas trouble ; on est ramene alors a l’un des deux cas suivants, 
selon que Faffection evolue assez rapidement, comme une 
demence precoce, ou plus lentement, eomme un delire chro- 
nique ; 

2° des neologismes et des langages neologiques. Les cas ou 
ils se rencontrent, rares aussi, sont ceux devolution tres lente 
se rapprochant cliniquement plus de la paranoia que de la 
demence precoce. Neologismes et langages neologiques ne sont 
d’ailleurs qu’un seul et meme phenomene (1), a un degre de 
developpement different. Cette categorie de troubles linguisti- 
ques est celle qui a ete le plus etudiee. Tanzi (2), Charles Lefe- 
1 vre (3), Trenel (4), ont tour a tour expose la question des neo- 
| logismes isoles. Bleuler (5) a montre leur emploi par les dements 
precoces. Le D r X. Abely (6) les a assimiles a des stereotypies. 
Trenel et Bleuler signalerent aussi l’existence des langages neo¬ 
logiques ; mais c’est au D r Cenac (7) que revient le merite d’en 
avoir ecrit une belle monographie d’ensemble. C’est lui qui les a 
■ divises en glossomanies et glossolalies vraies. 

Cette simple enumeration de noms d’auteurs montre cOmbien 
ces phenomenes ont ete etudies. Tout n’est pas eclairci, en par¬ 
ticular le chapitre pathogenique ; cependant, nous avons la 
certitude d’une bonne quantite de faits. II est loin d’en etre de 
meme pour les troubles suivants, auxquels nous allons nous 
attacher plus longuement ; 

3° la schizophasie. 


Decrite, dans son ensemble, par le Professeur Pfersdorff (8), 
cn 1927, la schizophasie (9) est le langage pathologique des 
dements precoces. 

Avant l’etude du Professeur Pfersdorff, des observations de 
schizophasiques avaient ete produites par le D r Quercy (10) et 

(1) Teulie (G.). — Les rapports des langages neologiques et des idees delirantes, 
p. 154. 

(2) Tanzi (E.). — I neologismi degli alienati in rapporto col delirio cronico. 

(3) Lefevre (C.). — Etude clinique des neologismes en medecine mentale. 

(4) Trenel (M.). — Neologismes. Article dans Nouvelle Pratique medico-chirur- 
gicale illuslree. 

(5) Bleoler (E.). — Dementia prsecox oder Gruppe der Schizophrenien. 

(6) Abely (X.). — Les stereotypies, p. 83. 

(7) Cenac (M.). — De certains langages crees par les alienes. 

(8) Pfersdorff. (C). — La schizophasie. 

(9) Mot cree par Kraepelin pour designer un etat schizophrenique dans lequel 
le trouble du langage est un symptome precurseur (dissociation entre la fonction 
du langage troublee et les autres fonctious psycbiques pen ou pas modifiees). 

(10) Quercy (P.).— Langage etpoesie d'un aliene. 


GUILHEM TEULIE 


118 

nous-meme (1) (quatre observations sous la denomination de 
langages pseudo-incoherents). Apres la publication de M. Pfers¬ 
dorff, MM. Schiff et Courtois, en 1928, donnent l’observation 
d’un nouveau cas (2). En 1929, M. Pouderoux (3) signale sept 
cas dont il est regrettable qu’il n’ait pas donne des observations 
tres detaillees. La meme annee, M. Pfersdorff (4) reprend la 
question et presente deux malades analyses tres minutieusement. 
En fin , en 1930, M. Pottier (5), dans son interessante these sur 
les troubles du langage dans les psychoses paranoides, presente 
six cas de schizophasie, tous etudies avec grand luxe de details. 

Tous ces malades emploient constamment ou par intermit- 
tences des langages pathologiques qui ont des caracteres com- 
muns ; ils sont incomprehensibles pour l’auditeur bien qu’ils se 
composent, en general, de mots de la langue habituelle du malade 
et de tres peu ou pas de neologismes. Mais ces mots habituels 
Sont groupes d’une facon personnelle a chaque sujet. L’incom- 
prehension par l’auditeur n’est pas due a l’emploi d’un vocabu- 
laire nouveau, mais a l’emploi de tournures nouvelles, de regies 
syntactiques nouvelles. Tous ceux qui ont etudie les schizopha- 
sies sont d’accord sur ce point. Ils sont d’accord aussi sur ce que 
les malades emploient leur langage special de facon inconstante, 
tout au moins dans les premieres annees de la maladie. Le plus 
souvent, les premieres phrases d’une reponse a une question sont 
en langage normal et en rapport avec cette question. Ce ne sont 
que les phrases qui suivent qui sont incomprehensibles. A remar- 
quer que, plus la maladie evolue, plus la phase de langage 
normal devient courte. 

II semble, d’autre part, que cette phase normale est d’autant 
plus courte que le discours a ou n’a pas trait aux idees deliran- 
tes du malade. Une question banale provoque une reponse 
normale ou qui ne presente des phrases pathologiques qu’au 
bout d’un long moment. Au contraire, une question se rapportant 
qux idees delirantes provoque quelques phrases normales (d’au¬ 
tant moins nOmbreuses que la maladie est plus avancee), suivies, 
presque aussitot, de tout un discours incomprehensible. 

Tout cela est a peu pres admis par tous. La ou il y a diver- 


(1) Teulie (G.). Les rapports des langages neologiques . p 20 a 60 

(2) Schiff (P.) et Courtois (A.). - Un cas de schizophasie avec glossomanie et 

syndrome dejeu. a 

(3) Pouderoux (J.). — Remarques sur Vincoherence..., p. 12 a 19. 

(4) Pfersdorff (C .). — Contribution a Vetnde des categories du langage. 

( ) Pottier (C.). — Reflexions sur les troubles du langage dans les psychoses 
paranoides, p. 33 a 9o. ^ ” 



LA SCHIZOPHASIE 


119 


gence, c’est dans l’explication de la pathogenie de ces troubles 
linguistiques. 

•£* 

Pour certains, groupes autour de M. Pfersdorff, les troubles 
du langage schizophasique sont de meme nature que ceux du 
langage automatique, langage denue de sens : langage incoherent. 

Pour d’autres, dont nous sommes, ces troubles n’apparaissent 
que lorsqu’il y a emission des idees delirantes ou discussion de 
celles-ci et seraient speciaux a la demence precoce (surtout dans 
sa forme parano'ide) ; l’incoherence ne serait qu’apparente : lan¬ 
gage pseudo-incoherent. 

En realite, ces deux theories, loin de s’opposer, paraissent se 
completer. S’il y a divergence de vues, c’est que la question ne 
semble pas avoir ete placee, de part et d’autre, sur le meme ter¬ 
rain : 

1 0 Les divers observateurs ont etudie des malades parvenus a 
des periodes devolution differentes ; 

2° Le premier groupe a analyse le mecanisme intime du lan¬ 
gage schizophasique, tandis que le deuxieme a etudie le « pri- 
mum movens » de ce mecanisme intime. 

D’une part, le langage schizophasique completement deve- 
loppe a, en effet, les caracteres linguistiques du langage auto- 
matique (1), mais il se differencie de celui-ci en ce que, s’il n’a 
pas de sens par lui-meme puisqu’il est incomprehensible pour 
l’auditeur, il est cependant l’expression des idees du malade. II 
n’est incoherent que d’apparence (2) : le malade, lui, sait ce 
qu’il veut dire. C’est pourquoi nous employons l’appellation de 
langage pseudo-incoherent. 

D’autre part, ce langage pseudo-incoherent n’est employe, tout 
au moins au debut de la maladie, qu’en cas d’emotion ou d’exci- 
tation. Il est employe en particulier au cours de la conversation 
sur les idees delirantes, conversation qui emeut et excite le 
malade. 

Rappelons brievement les caracteres linguistiques de la pseu¬ 
do-incoherence schizophasique, exposes ailleurs en detail (3). 
Ce sont : 

(1) Teclie (G-). — Les rapports des langages neologiques.. p. 141 et 155. 

(2) Pottier (C.). — Reflexions sur les troubles du langage.. p. 129. 

(3) Tedlie (G.). — Les rapports des langages.. p. 65. 


120 


GUILHEM TEUL1E 


I. Les symptomes du langage automatique du Professeur 
Pfersdorfif : 

1° Des symptomes de deficit : 

a) Troubles de la syntaxe simple (1) (Teulie) ou de la fonction. 
« choix du mot » (Pfersdorfif) : 

—- suppressions (absences de mots ou de propositions, et, par 
suite, a leurs places, des coupures dans la suite des propos), 

— exces (categories de mots employees beaucoup plus fre- 
quemment qu’il ne serait necessaire), 

1— substitutions (mots employes les uns a la place des autres); 

b) Troubles de la syntaxe compliquee (Pfersdorfif) ou pheno- 
menes dissociations d’idees (Teulie) : 

—. juxtapositions de propositions (la seconde amenee par ua 
mot quelconque de la premiere), 

— propositions independantes (l’attention a fait defaut ; il 
n’y a pas eu dissociation d’idees et la seconde proposition n’est 
unie par aucun lien a la premiere). 

2° Des symptomes actifs : 

— neologismes et paralogismes (mots ou expressions de for- 
mes ou de sens nouveaux), 

— stereotypies verbales (expressions employees trop frequem- 
ment), 

— mots privilegies (mots r even ant a tous propos), 

— series de mots assonancees ou alliteratives, 

— paroles rapportees telles qu’elles ont ete lues ou entendues; 
enumerations existantes (series), 

— series de mots ideo-associatives. 

Les symptomes de deficit predominent dans la forme du 
langage automatique qui constitue 1’incoherence vraie des 
dements. Les symptomes actifs predominent dans la forme du 
langage automatique qui constitue la fuite des idees exterieure 
des excites (maniaques et hebephreno-catatoniques). 

II. Un symptome caracteristique, semble-t-il, de la pseudo- 
incoherence schizophasique : l’interpketation philologique. 
Celle-ci a ete decrite par M. Pfersdorfif, pour qui, « quand il y a 
« interpretation philologique » le malade ne reagit pas au sens 
du mot ; il ne fournit pas non plus une association purement 
verbale (assonance, rime, alliteration ; la reaction dite « exte¬ 
rieure ») comme le fait un maniaque, mais il reagit au carac¬ 
al La syntaxe simple est le mode de groupemeni des mots ; la sjmtaxe 

compliquee est le mode de groupement des propositions. 


LA SCH1Z0PHASIE 


121 


tere purement verbal du mot provocateur avec critique et il 
enonce cette critique » (1). II y a « interpretation, critique 
consciente des elements constitutifs du mot et du double 
sens » (2). 

M. Pfersdorff distingue plusieurs especes ^’interpretations 
philologiques : 

I ° Interpretation utilisant le caractere verbal du mot pro¬ 
vocateur. Exemple : la main, die Hand (ecarte les doigts), cinq, 
c’est le cinq octobre, on a coupe la main a saint- Joseph ; 

2° Interpretation utilisant le caractere phonetique du mot 
provocateur. Exemples : Lespinois (de l’espi, l’aspi est un ser¬ 
pent), ou : Robillard (c’est la robe et un billard) ; 

3° l’interpretation de lettres isolees. Exemple : A. la lettre a, 
la premiere lettre, signifie Adam, 2° Abel, 3° les Huns, les uns 
veut dire Allemand, Anglo-saxons, Anglais, Americains, ca com¬ 
mence par un A aussi ; 

4° l’interpretation sans sens. G’est « une fonction « interpret 
tation », qui travaille « a vide » pour ainsi dire, et qui est 
nullement motivee ni explicable par le sens des elements ver- 
baux qu’elle utilise ». Exemple : Tout ca ce sont des noms. C’est 
une poesie, ce sont des particulars. 

II semble que lorsque l’interpretation philologique presente 
la forme d’interpretation « a vide », il ne s’agit plus de pseudo- 
incoherence, d’incoherence apparente, mais bien d’incoherence 
vraie, puisqu’il n’y a plus de lien entre le mot provocateur et 
l’interpretation qui le suit. 

Le langage pseudo-incoherent dont les divers symptomes vien- 
nent d’etre enumeres n’est d’ailleurs qu’une forme de la schizo- 
phasie, si on entend par schizophasie le langage du dement 
precoce en general. C’est la forme de la periode d’etat, celle oil 
la dissociation mentale a atteint son complet developpement, 
sans cependant toucher encore a la demence vraie. 

** ' 

Quelle est done 1’evolution de la schizophasie ? 

Elle paSse par trois phases, dans lesquelles elle est constitute 
par des troubles differents qui sont : 

1 ° Le manierisme du langage. 

Des le debut de sa maladie, le dement precoce emploie un lan- 

(1) Pfersdorff (C.). — Contribution a l’etude des categories.. p. 340. 

(2) Pfersdorff (C.). — id. — Nombreui exemples d’interpretations philolo¬ 
giques. Les exemples cites ici sont pris dans cet article. 


122 


GUILHEM TEULIE 


gage anormal et ce, surtout a l’occasion de propos se rapportant 
a son delire. Ce n’est que plus tard que le manierisme s’etend a 
tout le discours. Tanzi (1) disait deja, au siecle dernier : « Quoi- 
que inconsistante et erronee, l’idee delirante est a ce point vive 
et aigue qu’elle est obligee de s’exprimer en un langage 
recherche. » Et M. Pottier, aujourd’hui developpant la meme 
idee ecrit (2) : « ...Certains lambeaux de phrase, bouquets de 
vocables reunis ensemble sans souci de la syntaxe ont ete 
employes avec enthousiasme par le malade a cause de' la valeur 
pittoresque, suggestive, evocatrice de l’expression symbolique 
ainsi constitute. Pour traduire sa pensee, le schizophrene prefere 
■cette sorte d’interjection symbolique a l’emploi de mots banaux, 
mais agences en une proposition logique satisfaisant aux lois de 
la syntaxe. » 

A notre connaissance, le manierisme du langage n’a pas ete 
analyse de facon a*pprofondie, cependant tous les alienistes con- 
naissent ces langages de dements precoces au debut, qui contien- 
nent des paralogismes, des stereotypies verbales, des expressions 
bizarres, des reponses a cote (symptome de Ganser). 

Le manierisme est-il une ebauche, un premier degre de pseudo¬ 
incoherence ou ces deux phenomenes sont-ils d’ordres differents ? 
Les avis sont partages. Cependant, un fait est certain, c’est qu’il 
y a passage insensible du manierisme a la pseudo-incoherence : 
quand tous les propos, quels qu’ils soient, sont devenus « manie- 
res », ceux qui se rapportent au delire commencent a devenir 
pseudo-incoherents, c’est-a-dire incomprehensibles pour l’audi- 
teur. 

2° La pseudo-incoherence. 

Elle se developpe, a son tour, progressivement, atteignant 
d’abord l’expression des idees auxquelles le malade porte encore 
quelque interet (en particulier les idees delirantes), puis tous les 
propos. 

Rappelons, en passant, qu’il y a toujours quelques proposi¬ 
tions correctes au debut de la reponse, et que c’est apres elles 
qu’apparaissent les phrases pseudo-incoherentes. Les propositions 
correctes sont d’autant moins nombreuses que le malade est 
plus excite ou plus emu et que la maiadie est plus avancee. Cette 
« periode correcte » des reponses ne semble pas exister dans le 
manierisme ni dans 1 incoherence vraie. Elle serait peut-etre 
propre a la pseudo-incoherence en general : on la trouve, en efifet, 

(1) Tanzi (E.). — I neologismi..., p. 368. 

(2) Pottier (C.). — Reflexions sur les troubles du langage..., p. 129 



LA SCH1ZOPHASIE 


123 


aussi dans la pseudo-incoherence des excites maniaques et des 
hebephreno-catatoniques. 

Les symptomes de la pseudo-incoherence schizophasique ont 
ete enumeres dans les pages precedentes. On y a vu que I’ « in¬ 
terpretation philologique » semble constituer un signe propre a 
cette forme de pseudo-incoherence. 

Bientot, le langage est incomprehensible non seulement pour 
l’auditeur, mais aussi pour le locuteur en train de devenir 
dement ; derriere les mots, il n’y a plus alors aucune idee : c’est 
Fincoherence vraie qui s’installe. 

3° Vincoherence. 

Elle s’installe sous la forme d’interpretations sans sens. Tan- 
dis que dans la pseudo-incoherence, Interpretation utilise le 
caractere verbal du mot ou son caractere phonetique, ou tout 
simplement une lettre, dans Fincoherence l’interpretation fonc- 
tionne « a vide » (Pfersdorff). 

Ces interpretations sans sens deviennent de plus en plus nom- 
breuses en meme temps que la maladie evolue, et bientot arrive 
un jour ou le malade emploie le langage commun a tous les 
dements : des series de mots sans suite ou depressions toutes 
faites, qu’il emet automatiquement. Elies sont denuees de sens : 
le malade parle, mais il n’a plus d’idees a exprimer. 

A notre connaissance, le D r Pouderoux est le seul qui ait tente 
une etude d’ensemble de Fincoherence des propos (1). Son livre 
contient une foule d’idees originales (parfois trop originales), 
dont certaines meriteraient des developpements qu’on regrette 
de ne pas trouver. Il y est peu question de la symptomatologie du 
syndrome incoherence, et c’est dommage. Au contraire, les cha- 
pitres sur l’evolution et la pathogenie sont plus genereusement 
etudies ; nous y reviendrons plus loin. 

- (a suivre). 

(1) Pouderoux (J.). — Remarques sur Vincoherence... 




MODIFICATIONS CHIMIQUES DU SANG 
AU COURS 

DU DELIRIUM TREMENS ALCOOLIQUE 

PAR 

E. TOULOUSE, A. COURTOIS et RUSSELL 


Nous avions entrepris l’etude chimique du sang des alcooliques 
chroniques lors des acces de delirium tremens, esperant observer 
des modifications pouvant apporter une explication pathogenique 
a ces accidents qui surviennent comme des drames dans la vie 
des buveurs d’habitude. Nous n’avons pu mettre en evidence par 
l’examen du sang la cause de l’acces delirant ; il nous a cepen- 
dant paru interessant de rapporter les faits observes. 

Nous avons choisi pour ce travail des sujets alcoolises de 
longue date presentant les symptomes habituels du delirium 
tremens : confusion mentale avec onirisme, zoopsies, agitation 
motrice continue, tremblement, sueurs, fievre assez souvent, tous 
phenomenes durant de 2 a 4 jours. 

Un trouble des fonctions hepatique et renale ayant ete le plus 
souvent incrimine, nous avons recherche dans le sang le taux des 
corps suivants : uree(l), sucre libre, cholesterine, pigments 
biliaires, et dans quelques cas-: chlore, pH et reserve alcaline. 
Les dosages ont ete pratiques sur des malades a jeun, habituelle- 
ment le matin vers 8 heures. 

Les moyennes normales sont pour les corps doses les sui- 
vantes : 

Methodes Moyennes 


Uree . Grimbert 0,20 a 0,40 

Sucre libre . Fontes et Thivelle 0,80 a 1,20 


(1) M. Fribourg-Blanc a deja signale une azotemie passagere au cours du 
delirium tremens. Fribodrg-Blanc et Jdde. — Soc. de Med. Militaire, 1927. 

Ann. med.-psych., 13 c serie, t. I. — Fevrier 1931. 




MODIFICATIONS CHIMIQUES DU SANG 


125 


Methodes Moyennes 


Cholesterine .. Grigaut 1,50 a 1,80 

Pig. biliaires .. . Fouchet 0 


Dans une premiere serie de cas les dosages out ete effectues le 
jour de 1’entree, puis 5 a 8 jours apres, alors que l’etat confusion- 
nel avait disparu depuis 3 a 5 jours. 

Dans ces cas, le taux des corps doses depassait quelquefois les 
limites normales, le jour de l’entree, mais de peu. Les chiffres 
ont toujours ete trouves inferieurs au deuxieme dosage (1), 
comme l’indique le tableau ci-dessous. 


Noms 

Age 

Duree de 

l’acces 

Dates 

Uree 

Sucre 

Cho- 

Pigm. toil. 

A. 

36 

2 jours 

17-1 

0,35 

1,15 

1,70 

1/30.000 




24-1 

0,21 

0,98 

1,25 

1/40.000 

Tr. 

24 

1 jour 

28-10 

0,29 

1,23 

2,04 

1/30.000 




7-11 

0,21 

1,14 

2,05 

1/40.000 

Sep. 

42 

1 jour 

6-12 

0,26 

1,41 

1,67 

1/25.000 




11-12 

0,18 

1,05 

1,43 

1/40.100 

Sch. 

33 

1 jour 

6-11 

0,39 

1,11 

1,66 

1/25.000 




20-11 

0,36 

1,07 

1,27 

1/40.000 

Ro...... 

27 

3 jours 

30-11 

0,46 

1,07 

1,33 

1/30.000 




5-12 

0,18 

1,04 

0,86 

1/40.0(0 

Ra...... 

59 

3 jours 

22-10 

0,39 

1,18 

1,58- 

1/30.000 




4-11 

0,29 

0,97 

1,31 

1/30.000 

Les. 

31 

2 jours 

25-10 

0,34 

1,23 

2 

1/25.000 




5-11 

0,18 

0,96 

1,29 

1/35.000 

Leg. 

48 

3 jours 

25-10 

0,49 

1,18 

2,50 

1/30.000 




4-11 

0,20 

0,86 

1,87 

1/30.000 

Ch...... 

49 

2 jours 

24-10 

0,63 

1,11 

2,14 

1/25.000 




4-11 

0,21 

0,85 

1,81 

1/40.000 

M.. 

37 

2 jours 

2-12 

0,56 

5,33 

1,30 

1/20.000 




9-12 

0,36 

1,13 

1,11 

1/40.000 


Nous avons alors dans une seconde serie fait pratiquer le 
deuxieme dosage des la disparition de l’etat confusionnel, des 
que l’etat des malades permettait de les recevoir en dortoir, apres 
leur isolement dans une cbambre necessaire les premiers jours. 

(1) Ces malades sont mis au regime lacte puis lacto-vegetarien. 


















126 E. TOULOUSE, A. COURTOIS ET M lle RUSSELL 

Les resultats ont ete sensiblement les memes : 


Noms 

Age 

Duree de 

Dates 

Uree 

Sucre 

Cho- 

Pigm. bil. 

P- (1)... 

40 

2 

jours 

31-1 

0,26 

1,30 

1,43 

1/40.000 





3-2 

0,40 

1,04 

1,27 

1 35.000 

M. 

54 

2 

jours 

7-1 

0,52 

1,26 

1,87 

1/30.000 





9-1 

0,65 

1,62 

1,63 

1/35.000 

L. 

33 

4 

jours 

3-12 

0,23 

1,35 

1,44 

1/35.000 





8-12 

0,21 

1,35 

1,27 

1/35.000 

Tr. 

48 

3 

jours 

3-2 

0,51 

1,13 

1,90 

1/40.000 





6-2 

0,43 

1,12 

1,30 

1/40.000 

N. 

46 

2 

jours 

14-12 

0,42 

1,22 

1,43 

1/40.000 





17-12 

0,34 

1,17 

1,21 

1/35.000 


Ayant eu l’occasion d’observer, dans certains cas de delirium 
tremens grave avec flevre et etat physique tres precaire, une anu- 
rie complete pendant plusieurs jours avec ascension parallele de 
l’uree sanguine (qui tombait rapidement des que se retablissait 
la diurese), nous avons fait un dosage quotidien de l’uree du 
sang. En void quelques exemples dans le tableau que Ton trou- 
vera page 127. 

Nous avons observe alors une courbe croissante de la teneur 
du sang en uree, puis une chute rapide des la fin de l’acces confu- 
sionnel. Le taux maximum est variable suivant l’intensite de 
l’acces. 

Enfln, dans un cas, nous avons pu suivre la courbe quotidienne 
non seulement de l’uree mais des autres corps (sucre, choleste- 
rine), et nous avons pu voir que ces derniers offraient une courbe 
analogue, c’est-a-dire qu’il existe, au cours de la crise de delirium 
tremens, un etat de retention dans l’organisme de ces divers pro- 
duits, comme cela s’observe d’ailleurs dans les maladies aigues 
(Achard et Leblanc) (2). Le fait est egalement a rapprocher de la 
retention ureique au cours des encephalites psychosiques aigues, 

(1) Ce raalade a presente une congestion pulmonaire febrile apres la fin de 
son acces delirant. 

(2) Achard et Leblanc. — L’etat de retention dans Forganrsme au cours des 
maladies aigues. Soc. Med. Hop., 26 juillet 1918. 










MODIFICATIONS CHIMIQUES DU SANG 127 

ou elle est si importante qu’elle a pu etre choisie pour caracteri- 
ser l’affection : encephalite psychosique aigue azotemique (1). 

On connait bien d’ailleurs la valeur de la courbe urinaire dans 
les cas de delirium tremens (Regis et ses eleves) (2) et de la crise 


Noms 

Age 

Duree de 
l’acces 

Dates 

Uree 

Sucre 

Cholest. 

Prgm. bil. 

Dw. 

38 

2 jours 

20-3 

0,46 







21-3 

0,78 







—(3) 








22-3 

0,52 




Del. 

38 

3 jours 

25-3 

0,65 







26-3 

0,90 







27-3 

0,60 




Pr. 

48 

3 jours 

5-12 

1,26 

1,54 

1,55 

1/20.000 




7-12 

2,52 







8-12 

1,72 


1,24 





10-12 

0,81 




Br. 

40 

4 jours 

9-3 

0,57 







10-3 

0,72 







11-3 

1,30 







12-3 

1,68 







13-3 

1,17 







14-3 

0,65 




Y. 

35 

4 jours 

7-5 

0,26 

1,10 

1,66 

1/30.0C0 



9-5 

1,56 

1,15 

2,05 

1/30.000 




10-5 

1,66 

1,39 

2,05 

1/30.000 




11-5 

0,77 

1,23 

1,66 

1/25.000 




16-5 

0,26 

1,10 

1,68 

1/35.000 


urinaire terminate dont il faut sans doute rapprocher la crise 
sudorale. 

Mais nous avons note que ces modifications humorales ne sont, 
comme les troubles delirants, que des symptomes de l’affection, 
elles ont une evolution parallele a celle de l’acces confusionnel, 

(1) E. Toulouse, L. Marchand et A. Courtois, — La Presse Medicale, 
12 avril 1930. 

(2) In Precis de Psychiatrie, 5 e ed., p. 579. 

(3) Le trait horizontal indique la fin de l’acces delirant. 










128 


E. TOULOUSE, A. C0URT01S ET M ll€ RUSSELL 


mais avec un certain retard. Le malade delire deja alors que le 
taux des corps que nous avons doses est encore dans les limites 
normales, de meme le calme mental est retabli parfois plusieurs 
jours avant la disparitiqn des perturbations sanguines. 

Ainsi, dans un cas avec anurie complete pendant 3 jours, nous 
avons pu voir la confusion disparaitre alors que le malade 
n’avait pas encore ends d’urine ; 1’azotemie etait de 2 gr. 52. 
Sondee, la vessie fut alors trouvee vide. La premiere miction, de 
250 grammes, ne survint que plus de 3 heures apres. Les 14 pre¬ 
mieres heures ce malade emit 800 cc. d’urines contenant 
0 gr. 24 0/00 d’albumine, 32 gr. 50 0/0 d’uree et beaucoup d’uro- 
biline. 

Les modifications humorales que nous avons pu observer 
apparaissent done comme des symptomes du complexe qui 
conditionne aussi l'acces delirant et ne peuvent expliquer l’appa- 
rition de la confusion mehtale. 

Le petit nombre de cas oil en meme temps que celui de l’uree 
le taux du chlore, du pH et de la reserve alcaline ont ete mesures 
tous les jours ne nous permet pas d’emettre une opinion precise 
a ce sujet. Dans deux cas l’equilibre acide-base n’a pas paru nota- 
blement perturbe, alors que le taux du chlore augmeiite passa- 
gerement. 

Par ailleurs, l’examen des urines, quand il peut etrd pratique 
au cours de la periode confusioniielle, revele souvent une albumi- 
nurie legere, une certaine glycosurie parfois avec levulosurie, 
rarement de l’acetone ; l’urobilinurie est toujours abondante, il 
y a parfois elimination de sels biliaires. Ces symptomes parais- 
sent relever d’une insufflsance bepatique. 

Enfin le jour de l’entree nous avons recherche souvent l’alcool 
dans les urines de ces malades. Elies en contenaient le plus sou¬ 
vent, en petite quantite d’habitude. Mais, et le fait est assez fre¬ 
quent, si le malade est deja soigne depuis quelques jours chez 
lui (avant l’apparition du delire et de l’agitation intenses qui 
motivent l’entree) et si on lui a supprime le vin, les urines ne 
contiennent plus d’alcool. 

Il ne semble pas d’ailleurs que les accidents subaigus de 
falcoolisme chronique puissent etre toujours rapportes" a une 
intoxication alcoolique actuelle (periode d’incubation du delirium 
apres un court sevrage, acees au cours d’une affection inter- 
currente febrile ou non et traitee hors du milieu familial). Enfin 
l’ivresse presente--une symptomatology differente. 

Il nous a paru utile d’ajouter a cette etude les resultats de 
quelques dosages .pratiques dans des cas mortels de delirium 



MODIFICATIONS CHIMIQUES DU SANG 


129 


tremens. Ces faits sont rares, car malgre le grand nombre d’al- 
cooliques entrant cbaque annee dans le service (pres de 400 chez 
les hommes seulement) il y a peu de deces (3 a 5 par an). 

Voici quelques resultats reunis depuis 1929. Les examens ont 
eu lieu quelques heures avant ou apres le deces. 


Moms 


& g 

D 4TE 

3 1 

Sang 

L. C. R. 

Duree 


3 1 

DECKS 

a $ 

uree 

Uree 

SUCRE 

Chlore 

SEJOUR 

B . . . . 

33 

39°9 

14-1 

14-1 


0,65 

0,79 

4,60 

0 

S . . . . 

49 

40° 

4-12 

4-12 


1,93 

0,54 


2 

R. . . . 

41 

41°8 

22-8 

20-8 

0,95 









21-8 

1,30 




5 

P . . . . 

52 

40°7 

27-8 

25-8 

1,17 









27-8 


2,80 

1,52 

4,11 

3 

Le N. . 

47 

41° 

26-8 

26-8 


0,57 

0,85 

5,25 

0 

L. . . . 

58 

40°9 

14-4 

14-4 

1,54 




1 

B. . .'. 

41 

39° 

2-4 

31-3 

1,13 




3 

P. . . . 

41 


9-12 



1,51 

0,87 


2 






Sang 







Uree 

Sucre 

Cbolest. 

PlGM. 

biliaires 


C. (1). , 

48 

40°4 

| 15-11 

14-11 

3,66 

2,1 

1,7 

1/5.000 

2 





15-11 

5,20 






Ge tableau nous indique que, au meme titre que toutes les 
confusions mentales aigues et aussi les affections aigues mor- 
telles, le delirium tremens alcoolique s’accompagne d’une hausse 
importante de l’uree sanguine. Mais alors la valeur pronostique 
de l’azotemie est mediocre. Dans les cas a evolution tres rapide 
(deces le jour de l’entree), le taux de l’uree peut etre a peine aug- 
mente au moment de la mort (0,57, 0,65) ; dans les autres cas, 
les chiffres oscillent autour de 1 gr. 50 avec comme maximum 
observe 2 gr. 80. (II faut mettre a part le cas d’ictere grave termi¬ 
nal ou 1’azotemie atteignit 5 gr. 20). 

(1) Ictere grave, complication terminate du delirium tremens. 

Ann. med.-psych., 13 e serie, t. I. — Fevrier 1931. 9. 









230 E. TOULOUSE, A. COURTOIS ET M lle RUSSELL 

Mais ces ehiffres eleves s’observent aussi dans les formes gra¬ 
ves, curables. Aussi, a notre avis, les meilleurs elements du pro- 
nostic restent la temperature, F appreciation de l’etat general et 
de la resistance cardiaque. Les variations du taux des autres 
corps doses nous sont apparues moins constantes et moins im~ 
portantes que celles de l’uree. 


En resume, F etude clinique du sang au cours du delirium 
tremens alcoolique a montre les faits suivants. 

Le taux de l’uree, du Sucre, de la cholesteririe du sang est 
habituellement normal ou peu augmente au debut des accidents 
mentaux. II existe au cours de Faeces une retention de ces divers 
corps — retention qui porte specialement sur l’uree. Apres Faeces 
Fazotemie rie retombe a la normale qu’avec un retard parfois de 
plusieurs jours. 

Les pigments biliaires du sang ont toujours ete trouves nette- 
ment augmentes des F entree des malades dans le service, ils s’eli- 
minent assez rapidement, et leur taux s’abaisse vite apres Faeces 
a des limites ou ils deviennent indosables (1/40.000 limite extre¬ 
me). Ce fait, associe aux modifications urinaires que nous avons 
pu relever, par ait indiquer une insuffisanee initiale du foie. 

Dans les cas mortels, Fazotemie s’eleve a mesure que l’acces 
dure, mais habituellement au moment de la mort le taux de 
Furee n’atteint pas 2 gr. 0/00. Comme dans d’autres cas non mor¬ 
tels ces ehiffres peuvent etre depasses, la valeur pronostique de 
cette azotemie reste minime. 

Bien que ces recherches chimiques sanguines, poursuivies 
depuis deux ans, ne nous aient pas permis de saisir le facteur 
intime qui conditionne chez un alcoolique chronique l’apparition 
du delirium tremens, il nous a neanmoins paru interessant 
d’apporter nos resultats en contribution a l’etude du syndrome 
humoral du delirium tremens alcoolique. 



ANEMIE, PARAPLEGIE 

Er SYNDROME HEBEPHRENO-CATATONIQUE 

Amelioration par la methode de Whipple 

PAR 

G. PETIT et M !le D. MARTRILLE 

Medeein-chef de la Maison de sante Interne des Asiles de la Seine 

de Ville-Evrard 


II nous a paru interessant de presenter a la Societe Medico- 
psychologique (1) F observation clinique d’un syndrome hebe- 
phreno-catatonique, qui s’accompagna, apres une evolution de 
plus de vingt mois, d’une paraplegie, a caracteres assez particu¬ 
lars, associee a un notable degre d’anemie. 

Chez notre malade, — remarquons-le tout aussitot, cette 
anemie n’a jamais affecte (tout au moins pendant la duree de 
notre observation directe), ni l’intensite ni le type des anemies 
dites pernicieuses, qu’il est de regie de noter a un moment donne 
de Revolution des syndromes neuro-anemiques classiques. 

Mais l’on sait, — depuis les observations de Risien, Russel, 
Batten et Collier, Henri Claude et Schaeffer, Putnam et Taylor, 
etc., — que des syndromes neurologiques, tout a fait superposa- 
bles a ceux notes au cours de l’anemie pernicieuse (scleroses 
combinees ou pseudo-combinees, pseudo-tabes, syndrome des 
fibres longues, degenerescences combinees avec polynevrites, 
my elite funiculaire des auteurs allemands, etc.), peuvent evoluer 
sans jamais s’accompagner d’anemie. 

D’autre part, des observations recentes, de plus en plus nom- 
breuses (voir, en particulier, la these de Pierre Mathieu, les publi¬ 
cations de Babonneix et Pollet, P.-Bmile Weil et Cahen, Cordier 
et Devic, Langdon, etc), etablissent que meme dans les syndro¬ 
mes anemiques classiques, il n’existe ni determinisme direct, ni 


(1) Seance du 15 janvier 1931. 

Ann. mkd.-psych., 13' serie, t. I. — Fevrier 1931. 



132 


G. PETIT ET M Ue D. MARTRILLE 


parallelisme absolu entre l’apparition et le degre de l’anemie et 
1’apparition et revolution des syndromes d’ordre neurologique : 
la deficience du systeme nerveux et la deficience des organes 
hematopoietiques pouvant se manifester l’une avant l’autre, ou 
inversement. 

Les memes remarques valent d’ailleurs pour les syndromes 
d’ordre psychique, qui se manifestent aussi tres frequemment 
au cours de ces syndromes anemiques, dominant meme parfois 
le tableau clinique, a l’exclusion de tout symptome medullaire 
(syndromes psycho-anemiques de P.-Emile Weil et Cahen, Urec- 
hia et Mihalescu). 

Ajoutons p. nfin que, dans notre observation, nous avons note, 
concurremment avec les syndromes hebephrenique, paraplegi- 
que et anemique, de multiples signes organiques, dont le carac- 
tere et le groupement assez particuliers nous orientent vers une 
etiologie infectieuse assez precise, vers la notion d’une ence- 
phalo-myelite epidemique en evolution : affection dont il n’est 
peut-etre pas trop temeraire de signaler 1’importance dans le 
determinisme possible de certains syndromes neuro-anemiques 
ou psycho-anemiques qualifies encore de cryptogenetiques. 

Voici resumee l’histoire de notre malade : 

II s’agit d’une jeune fllle, nee en 1901, sans profession, qui fut 
admise, en mars 1930, a la maison speciale de sante, par transfert 
d’une autre maison de sante^ ou elle se trouvait internee depuis 
22 mois. Le certificat d’admission, redige par l’alieniste — tout a fait 
consciencieux et distingue — qui l’avait observee pendant ce laps 
de temps, indiquait que la malade etait atteinte de demence pre- 
coce. 

II signalait, au debut de son affection (mai 1918), une agitation de 
type hebephrenique, avec confusion mentale, anxiete, hallucinations 
de la vue et probablement de l’ou'ie, propos incoherents ou puerils, 
paroles et gestes stereotypes indefiniment repetes, negativisme, 
mutisme, insomnie. 

En octobre 1928, sedation de 1’agitation avec retour relatif de la 
lucidite. Puis, a nouveau, anxiete, hostilite et agressivite vis-a-vis 
de l’entourage, idees de suicide, sitiophobie, avec vomissements 
volontaires frequents, necessitant l’alimentation a la sonde, de mai 
a novembre 1929 ; oisivete totale ; affectivite en decroissance, sans 
indifference complete ; enfin, amaigrissement et gatisme. 

Des renseignements recueillis aupres de la famille, il resultait que 
les antecedents hereditaires et collateraux de la malade se montraient 
absolument negatifs au point de vue nerveux; vesanique ou convulsif. 
Rien non plus a signaler dans les antecedents personnels. Jeune fllle 
intelligente, affectueuse, sociable, sportive, sans aucun signe de la 


SYNDROME HEBEPHRENO-CA TA TONIQ UE 


133 


constitution schizoide. On ne retrouvait guere dans son histoire, 
que la notion d’une typho'ide survenue en 1917 et des chocs emotifs 
deja anciens, a la suite du deces d’une soeur ainee (1922), puis d’une 
amie intime (1923). 

C’est en avril 1928 que la famille aurait note, — sans episode 
infectieux, febrile ou pseudo-grippal anterieur —, les debuts de 
Vaffection actuelle. 

Gaie et insouciante auparavant, la jeune fille devient soudain 
taciturne, manifeste des craintes au sujet de sa sante. Elle n’a plus 
d’appetit, s’amaigrit, dort mal : on parle de neurasthenie, d’anemie 
(sans d’ailleurs qu’il ait ete fait d’examen hematologique). Elle 
accuse aussi, a diverses reprises, des vertiges. 

Au debut de mai, elle presente deux a trois « crises nerveuses », 
sans morsure de la langue ni miction involontaire ; puis, pendant 
sept a huit jours, des mouvements desordonnes, de type tantot cho- 
reique, tantot athetosique, mais parfois, egalement, nettement 
rythmes. L’insomnie devient totale, Yanxiete, plus vive. La malade 
a conscience d’un automatisme mental pathologique qui s’impose a 
elle, soit sous forme d’hallucinations visuelles (zoopsies) ou auditives, 
soit sous forme d’un dedoublement de sa personnalite : « Je suis 

deux.. l’une ne peut plus lutter contre l’autre.. je deviens 

« fou » (sic). » Et elle manifeste le desir de se suicider. 

Rapidement, les perturbations mentales s’accentuent : les zoopsies 
(visions de rats) et les hallucinations auditives deviennent plus fre- 
quentes, la panophobie avec cris et gestes de defense, tentatives de 
fuite, necessitent l’isolement dans une maison speciale de sante. On 
remarque, a ce moment, des signes (Yhyperthyroidisme qui cedent a 
un traitement par l’hemato-ethyroidine. 

En octobre 1928, sedation de Yagitation, mais on note du pueri- 
lisme avec troubles du langage (zezaiement), des stereotypies des 
gestes et des propos (« cochonne ! »). 

Ulterieurement, enfin, s’etablit, concurremment avec un etat de 
deflcience physique progressive qui s’accompagne de gatisme, un 
syndrome de semi-stupeur, avec catatonic parfois complete, mutisme, 
sitiophobie, entrecoupee de crises brusques d’anxiete, avec pano¬ 
phobie, idees de suicide ou agressivite subite, avec reactions violentes. 
contre son entourage. 

Get etat mental persiste durant les premieres semaines de notre 
observation. Nous notons neanmoins, — comme l’avait signale notre 
collegue —, que l’affectivite n’est pas eteinte et que la malade, en 
apparence indifferente et toujours muette devant nous, sort de son 
inertie au moment des visites de sa mere ou d’une amie qu’elle 
accueille avec un plaisir evident ; elle manifeste alors, — malgre ses 
troubles intellectuels et son anxiete irreductible —, une conscience 
impressionnante de sa decheance physique, suppliant sa mere de la 
ramener au foyer familial pour y mourir. 

L’examen physique de la malade, pratique a son arrivee (mars 




134 


G. PETIT ET M lle D. MARTRILLE 


1930), nous permet de relever une multitude de signes organiques 
qui temoignent d’une atteinte infectieuse profonde. 

Signalons, d’abord, une impotence fonctionnelle complete des 
membres inferieurs, motivee par une paraplegie avec contracture en 
flexion des membres immobilises a 100°, qui se serait etablie qupl- 
ques semaines avant l’entree de la malade a la maison de sante, en 
fevrier 1930. Cette paraplegie s’accompagne d’une amyotrophie tres 
accusee, surtout accentuee a gauche. Au moment de l’entree, les 
reflexes rotuliens se montraient vifs des deux cotes et la percussion 
du tendon rotulien gauche provoquait en meme temps la contraction 
du quadriceps droit. Nous n’avons jamais pu deceler, ni a ce 
moment, ni ulterieurement, de signe de Babinski positif. Au debut 
d’avril, nous notons Vabolition complete des reflexes achilleens et 
rotuliens des deux cotes, avec chute du pied, oedeme transitoire et 
refroidissement habituel des extremites. 

Les divers modes de la sensibilite sont presque impossibles a 
determiner, la malade manifestant de l’anxiete, avec crises de lar- 
mes, des qu’on la mobilise ou meme qu’on la touche. En octobre 
1930, cependant, alors que l’abolition des reflexes persistait encore, 
la malade, plus calme, put nous indiquer qu’elle percevait la piqure 
et le contact ; mais il fut impossible de determiner les caracteres de 
la sensibilite thermique et de la sensibilite profonde. 

Nous observons egalement : 

de Vhypertonie generalisee, avec signe bilateral de la cremaillere, 
qui s’exagere lorsque l’on veut mobiliser les divers segments des 
membres, et qui disparait, au contraire, momentanement, pendant 
les crises d’anxiete avec reaction colereuse : durant ces raptus, la 
malade, ordinairement bradycinetique, execute des mouvements 
extremement rapides, souples, et precis ; 

de la lenteur et de la maladresse des mouvements des membres 
superieurs, avec tendance spontanee a placer les mains dans une 
attitude d’abduction et de pronation forcee ; 

de l’exageration des reflexes olecraniens et antibrachiaux; 

de Vhyperexcitabilite musculaire generalisee, avec boule de myo- 
cedeme a la percussion ; 

des crises de tremblement generalise ; 

un tremblement intermittent a type parkinsonnien au niveau des 
pouces ; 

des myoclonies multiples plus particulierement frequentes au 
niveau des membres (surtout a gauche), de l’hemiface gauche et de 
la region cervicale gauche Ces myoclonies apparaissent plus intenses 
au moment des crises d’anxiete et lorsque la malade veut faire un 
effort, par exemple pour ouvrir la bouche et tenter de tirer la lan- 
gue (protrusion seulement ebauchee et provoquant souvent une crise 
de larmes) ; 

des crises oculogyres, avec « phenomene des yeux au plafond », 
apparaissant spontanement, a plusieurs reprises, chaque jour, pen- 



SYNDROME HEBEPHRENO-CATATONIQUE 


135 


dant plusieurs mois, et disparaissant parfois quand on attire-Patten-- 
tion de la malade d’une maniere instante sur le phenomene. Le 
27 mars 1930, on note a deux reprises, durant la matinee et pendant 
une heure environ, un etat pseudo-comitial, avec paleur de la face 
et immobility absolue, qui coincide avec le « phenomene des yeux 
au plafond ». Dans l’apres-midi de ce jour, la malade demeure inerte 
et hypertonique et l’on observe, a plusieurs reprises, des mouve- 
ments cloniques du membre superieur droit et des myoclonies tres 
frequentes du cou et du membre superieur gauche. La malade tient 
d’ordinaire les paupieres closes et animees d’une incessante nictita¬ 
tion. Elle accuse frequemment de P amblyopic et presente, de maniere 
presque constante, des secousses nystagmiformes dans le sens lateral 
et oblique. 

Elle accuse egalement, surtout la nuit, des sensations de decharges 
electriqu.es et des impressions de torsion et d’arrachement des visce- 
res, en particulier des visceres abdominaux, qui l’obligent, dit-elle a 
sa mere, a pousser des cris. 

En novembre 1930, elle a presente, pendant trois jours, une ebau- 
che de spasme de torsion du tronc, du cote droit. 

line ponction lombaire, pratiquee le 19 mars, donne les resultats 
suivants : 

Tension (manometre H. Claude) : 30-16. 

Albumine : 0 gr. 95. 

Lymphocytes : 1,6. 

Pandy : -f. 

Weichbrodt : traces. 

Benjoin : 00000.02222.20000. 

Elixir paregorique : 0. 

R. de B.-Wassermann et de Meinicke : negatives dans le sang et 
dans le liquide cephalo-rachidien. 

Notons egalement : 

la persistance des reflexes abdominaux; l’excitation du reflexe 
cutane abdominal gauche provoque la contraction des muscles abdo¬ 
minaux du cote droit ; 

de la paresie fctciale droite et de la contracture de Vhemiface 
gauche ; 

de la paresie soudaine et intermittente des muscles masticateurs, 
avec chute du maxillaire inferieur et ouverture beante de la bouche, 
exprimant la terreur, et co'incidant, en general, avec un brusque 
raptus anxieux ; 

de la paresie intermittente et variable des extremites des membres 
superieurs qui aflfectent habituellement le type des paralysies radia¬ 
tes, mais quelquefois aussi simulent des contractures cubitales ; 

de l’incontinence des sphincters, habituelle depuis plusieurs mois. 

une sialorrhee extremement intense, avec sputation incessante 
<champignon de salive mousseuse a la bouche) ; 



136 


G. PETIT ET M ne D. MARTRILLE 


des troubles respiratoires, avec respiration arythmique, irregu- 
liere, superflcielle, periodes d’apnee et de micropnee ; 

de la tachycardie habituelle (110 a 140), avec troubles vaso-moteurs. 
(dermographisme, alternatives brusques de rougeur et de paleur de 
la face) ; 

des crises frequentes de sueurs profuses, avec eruptions miliaires. 
fugaces ; 

du refroidissement et de la cyariose des extremites, surtout au„ 
niveau des membres inferieurs avec cedemes transitoires ; 

de I’exageration des reflexes pilo-moteurs ; 

des plaques de pelade symetriques, de la dimension d’une piece d& 
cinq francs, au niveau de la region occipitale ; 

enfin, il existe une fievre continue et irreguliere, la temperature- 
vesperale oscillant entre 38° et 39°, atteignant parfois 39°2, mais. 
redescendant habituellement, le matin, autour de 37°. 

L’examen du sang, pratique le 4 mai 1930, decele un notable degre- 
d’anemie, portant a la fois sur les globules rouges et les leucocytes : 

G.R. : 3.300.000. 

G. B. : 5.600. 

Polynucleaires neutrophiles : 76 0/0. 

— eosinophiles : 3 0/0. 

Grands et moyens mononucleaires : 2 0/0. 

Lymphocytes : 19 0/0. 

En raison de cette anemie, nous instituons, concurremment avec- 
la therapeutique habituelle de ces syndromes psycho-neuro-infec- 
tieux, un traitement special par l’ingestion quotidienne d’extrait de 
foie (methode de Whipple) et d’extrait splenique. 

Les resultats du traitement furent, comme d’ordinaire, loin d’etre 
immediats et, pendant les mois de mai et de juin, nous assistames^ 
avec quelque melancolie, a la lente mais progressive accentuation de 
tous les troubles psycho-organiques : les myoclonies deviennent tres 
frequeptes ; on note des crises de pleurer spasmodique, des contrac¬ 
tures des membres superieurs ; la paraplegie devient complete ; les 
reflexes tendineux des membres inferieurs s’abolissent ; des eschar- 
res fessieres, sacrees et talonnieres se constituent ; la malade se 
cachectise (poids : 30 kilos) ; et de nombreuses syncopes, avec- 
paleur et lividite de la face, font craindre une issue fatale a breve 
echeance. 

Mais, en juillet 1930, sous l’influence, pensons-nous, de la thera¬ 
peutique anti-infectieuse, leucogene et anti-anemique que nous conti— 
nuons avec perseverance, nous avons la satisfaction d’observer une 
amelioration progressive et parallele de l’etat mental et de l’etat 
physique. 

La malade, qui tenait obstinement les paupieres closes, consent a 
ouvrir les yeux et articule, d’une voix lente et scandee, quelques- 
phrases pour nous faire part de son anxiete continue, dont elle- 


SYNDROME HEBEPHRENO-CATATONIQUE 


137 


apercoit elle-meme le caractere pathologique et endogene : « J’ai 
peur de tout..., meme de mes vetements..., c’est stupide !... » Elle 
commence a s’alimenter seule, bien que lentement. Elle devient 
prop re et deman de spontanement le bassin. L’expression mimique 
redevient peu a peu normale. L’anxiete s’attenue en frequence et 
en duree, cependant que le barrage psychomoteur diminue, que 
Fhypertonie et les tremblements s’attenuent. Les mouvements des 
membres inferieurs redeviennent plus rapides et plus precis. Le som- 
meil s’etablit sans hypnotique. Le poids remonte rapidement (gain 
de 7 kilos en 10 semaines). Les escharres s’assechent et se cicatrisent. 
La fievre tombe peu a peu. 

Parallelement, l’anemie s’est amelioree : 

Examen da sang (25 septembre 1930) : 

Hematics : 5.900.000. 

Globules blancs : 8.750. 

Polynucleaires neutrophiles : 63 0/0. 

— eosinophiles : 6 0/0. 

Grands mononucleaires : 14 0/0. 

Lymphocytes : 17 0/0. 

On constate egalement une amelioration assez nette des reactions 
du liquide cephalo-rachidien ; 

P. L. 26 septembre 1930 : 

Tension (H. Claude) : 60-38. 

Albumine : 0,20. 

R. des globulines : 0. 

Lymphocytes : 0,2. 

Benjoin : 00000.02220.00000. 

Certes, la paraplegie en flexion persiste toujours ; et la malade, 
encore incapable de se deplacer seule, se borne a ebaucher les mou¬ 
vements de la marche quand on la soutient. Les reflexes achilleens 
demeurent abolis. Mais en decembre 1930, les reflexes rotuliens, abolis 
depuis avril 1930, reapparaissent, avec un peu moins de vivacite, 
cependant, du cote gauche, ou persiste une amyotrophie plus accen- 
tuee. Les troubles vaso-moteurs des pieds ont une tendance nette a 
la regression. 

Quant aux membres superieurs, ils semblent avoir recupere toutes 
leurs fonctions : et la malade mange seule, tricote et ecrit sans diffi- 
culte et sans maladresse. 

Au point de vue mental, il persiste, certes, encore un fond de sub- 
anxiete, avec panophobie, qui s’exprime encore de temps en temps 
par des crises subites de terreur immotivee (avec cris percants ou 
crises de larmes lentes a s’apaiser) a Toccasion d’un bruit soudain 
et inhabituel ou d’une visite inopinee. 

Mais la malade a pu quitter la maison de sante, en octobre 1930, 
et retourner dans sa famille ou elle se montre heureuse de vivre. Elle 



138 


G. PETIT ET M ne D. MARTR1LLE 


prend part aux repas en commun, s’interesse aux jeux de ses jeunes 
parents, joue aux cartes, tricote, lit et ecrit. 

II existe, certes, toujours, un certain degre de bradypsychie et quel- 
ques lacunes amnesiques portant sur les periodes confusionnelles et 
catatoniques ; mais, dans leur ensemble, l’intelligence et l’affectivite 
s’averent a peu pres normales, sans aucun signe actuel de dissociation 
ou d’affaiblissement, malgre l’incontestable nettete des syndromes de 
la serie hebephreno-catatonique que l’on a pu observer chez elle pen¬ 
dant plus de deux ans. 

En resume, chez une jeune fille de 27 ans s’etablit, en mai 1928 
(apres une courte periode marquee, d’abord, par de l’anxiete 
coenesthesique, des vertiges et de l’insomnie, puis, par des crises 
hysteriformes, des mouvements choreo-athetosiques ou rythmes, 
de hallucinations et un sentiment d’automatisme incoercible), 
un syndrome psychopathique qui s’est traduit, pendant pres de 
deux ans, par une agitation d’allure hebephrenique, a laquelle 
succeda de la stupeur catatonique entrecoupee de crises d’anxiete, 
avec reactions melancoliques, agressives ou desordonnees. Au 
bout de vingt mois se manifeste, en meme temps qu’on note un 
certain degre d’anemie, une paraplegie en flexion, avec exagera- 
tion puis abolition des reflexes tendineux, sans Babinski. On 
remarquait egalement toute une serie de signes organiques 
assez particuliers, sur lesquels nous reviendrons plus loin. 

Bien que l’amelioration constatee chez notre malade nous 
paraisse en rapport avec la therapeutique institute, et en parti¬ 
cular avec la methode de Whipple, bien que les troubles psychi- 
ques et organiques aient evolue favorablement et parallelement, 
en meme temps que s’ameliorait la formule globulaire, le role 
pathogenique de l’anemie ne nous parait pas preponderant dans 
le determinisme general du syndrome. Certes, Sand (cite par 
H. Claude in Mai. du S. N., T. II, p. 307) a montre que l’arret pro- 
longe de la circulation sanguine peut suffire a provoquer des 
lesions medullaires systematiques. Neanmoins, on admet genera- 
lement aujourd’hui que l’anemie seule ne saurait etre rendue 
responsable des desordres constates dans les syndromes neuro 
ou psycho-anemiques classiques, et que c’est l’agent toxique ou 
infectieux qui engendre l’anemie et qui provoque egalement, 
conjointement ou tour a tour, — les troubles medullaires ou 
cerebraux observes. 

Au reste, l’anemie nous parait etre un symptome assez banal, 
au cours des demences precoces, et nous avons pu constater 
souvent une diminution assez notable du chiffre des hematies et 
du taux de l’hemoglobine, aussi bien au debut des syndromes 



SYNDROME HEBEPHRENO-CATATONIQUE 139 

hebephreniques — ou la paleur livide de la face des malades se 
montre souvent tout a fait frappante, qu’a des periodes tres 
lointaines de la maladie. 

De meme, si ron veut bien s’attacher a la recherche systema- 
tique de ces phenomenes, F existence de paresies des membres 
inferieurs, et meme de paraplegies plus ou moins complexes, plus 
ou moins transitoires ou progressives, ne constitue pas une rarete 
dans les formes diverses de la demence precoce ; et il nous a ete 
permis d’en observer personnellement maints exemples. L’ori- 
gine psychique, ou exclusivement corticale, des contractures 
des membres inferieurs dans la demence precoce, soutenue par 
les anciens auteurs, parait difficilement defendable, alors que Ton 
sait, depuis les travaux de Klippel et Lhermitte, combien sont 
frequentes, pour ne pas dire habituelles, les lesions medullaires 
constatees a l’examen anatomique de ces malades. Signalons, sur 
ce sujet, la communication de M. Dide ( Soc . Neurol., 6 juin 1929), 
qui a observe, dans quatre cas d’agitation catatonique termines 
par la mort, l’apparition de paraplegies en flexion, qui lui parais- 
sent ressortir, — d’apres l’examen anatomique, — a revolution 
d’une encephalo-myelite diffuse, a reactions surtout nevrogliques, 
vraisemblablement due, ajoute-t-il, a un virus filtrant. 

Telle nous parait etre, en effet, chez notre malade, la nature 
infectieuse du processus pathologique observe. Et la fievre, le 
parkinsonnisme fruste, les myoclonies, les crises de tremble- 
ment, les paresies et contractures intermittentes, les crises ocu- 
logyres, ainsi que les multiples autres signes psycho-organiques 
que nous avons releves, nous paraissent plaider plus precisement 
en faveur d’une encephalo-myelite du type dit epidemique. 

Nous savons que de tels syndromes psycho-organiques ne 
constituent pas des raretes dans cette affection, essentiellement 
polymorphe, et qui peut, — comme l’un de nous l’indiquait dans 
son rapport avec Truelle, au Congres de 1922, — realiser tous 
les symptomes et tous les syndromes de la pathologie mentale. 
De nombreux cas de syndromes hebephreno-catatoniques, d’ori- 
gine encephalitique incontestable, ont deja ete publics par Briand 
et Rouquier, H. Claude, Combemale et Vullien, Gruchet et 
Armand, P. Kahn et Benda, Laignel-Lavastine, Logre, May et 
Chevalley, etc. L’un de nous a presente a la Soc. de Psychiatrie, 
le 15 decembre 1921, une observation presque absolument super- 
posable a celle que nous publions aujourd’hui. II s’agissait ega- 
lement d’une jeune fille ayant realise tout d’abord un syndrome 
hebephreno-catatonique classique, et chez laquelle apparurent 
rapidement (en meme temps que du parkinsonnisme precoce. 


140 


G. PETIT ET M Ue D. MARTRILLE 


des crises de rire et de pleurer spasmodiques et de multiples 
autres troubles organiques accompagnes egalement de fievre), 
une paraplegie en flexion avec, d’abord, exageration des reflexes 
et Babinski positif, puis abolition des reflexes, qui aboutit a un 
etat cachectique rapidement mortel. Et ajoutons que cette 
malade avait presente, a plusieurs reprises, sous nos yeux, le 
phenomene extremement rare de Yhematidrose ou sueurs de 
sang, qui temoignent, incontestablement, de perturbations hema- 
tiques graves. 

Ajoutons que Fanemie est frequemment observee dans l’en- 
cephalite epidemique, ou certains auteurs ont publie des formu- 
les hematologiques assez voisines de celles presentees par notre 
malade. Dans la plupart des cas, cependant, en particulier dans 
un cas d’H. Claude {Bull. Soc. 1920, p. 289), qui avait 

trait precisement a une forme myotonique d’encephalite epidemi¬ 
que, avec impotence fonctionnelle des membres iriferieurs, equi- 
nisme, abolition des reflexes tendineux, etc., la leucocytose se 
montrait beaucoup plus accentuee que dans notre observation. 

Ajoutons enfin que l’amelioration obtenue par une medica¬ 
tion, theoriquement elective et specifique, mais vraisemblable- 
ment d’action generale, chez notre malade, plaide en faveur 
d’une therapeutique active a poursuivre sans decouragement, 
meme dans les cas qui semblent, de prime abord, les plus deses- 
peres. 



SOCIETE MEDICO'PSYCHOLOGIQUE 


Seance du. Jeudi 12 Fevrier t931 


: : M. H. CLAUDE, president 


Correspondance 

La correspondance manuscrite comprend des lettres de MM. Demay 
Laignel-Lavastine et Trend qui s'excusent de ne pouvoir assister 
a la seance. 

COMMUNICATIONS 


Exhibitionnisme conscient sans caractere erotique, par M. X. 

Abely et Mile Truche. 

Le malade que nous yous presentons a ete arrete pour exhibi- 
tionnisme devant des petites lilies qui jouaient dans un jardm. 
Cet acte a ete accompli en toute conscience sous 1 influence d u 
etat obsedant caracteristique. II s’agit done d’un de ces cas 
d’exhibitionnisme vrai, dans le sens ou l’entendaient Lasegue et 
Magnan. Ces exhibitionnistes conscients, qui ne cedent a leur 
obsession qu’apres une lutte angoissante, sont en realite fort 
rares. Le plus souvent on a tout simplement a fame a des pervers. 
Mais, de plus, ce qu’il y a de vraiment original dans le cas pre¬ 
sent, e’est que l’acte n’est lie a aucun element erotique ; il n a pas 
pour but une satisfaction sexuelle. 

M. X..., age de 61 ans, est un psychasthenique constitutionnel. 
II en a tous les caracteres classiques : heredite, etat habituel de 



142 


SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


timidite, de gene, de scrupule, de doute, sentiment d’incomple- 
tude, sensibilite de l’affectivite. Par ailleurs, intelligence nor- 
male, instruction assez developpee, sens moral tres strict, senti¬ 
ments religieux tres profonds. Sur ce fond mental se sont 
greffes, au cours de sa vie, sous l’influence demotions vives, de 
deuils de famille surtout, des acces paroxystiques caracterises 
par des obsessions, des phobies, des doutes de formes richement 
variees. M. X... a meme ete interne pendant trois mois, en 1907, 
dans le service de Magnan. 

Nous n’insisterons pas sur les symptomes classiques de eet 
etat psychasthenique. Nous n’en retiendrons que les particulari- . 
tes qui permettent de mieux comprendre l’acte antisocial recent. 
Les obsessions de notre malade relevent surtout d’une predispo¬ 
sition mentale au contraste et a la superstition. Ghaque fois 
qu’une idee triste surgit dans son psychisme, il l’associe aussitot 
a l’image d’une personne chere. C’est ainsi qu’une pensee de mort 
est immediatement suivie de la pensee ou de l’image de sa mere. 
Ces associations .pejoratives et par contraste sont frequentes chez 
tous les obsedes. Des que cette liaison mentale est realisee, le 
malade est persuade qu’elle va inevitablement porter malheur a 
la personne evoquee et l’angoisse s’eveille et grandit. — Mais 
depuis longtemps il a decouvert un moyen de defense ou plutot 
de preservation. Il essaye de conjurer le sort dangereux par Invo¬ 
cation d’une idee gaie, d’un tableau riant : une image du prin- 
temps ou de la jeunesse est opposee par exemple a l’idee de la 
mort. Il ne reussit pas toujours a substituer ainsi une pensee a 
l’autre. Mais lorsque la pensee gaie arrive a s’imposer, c’est une 
sensation de soulagement et la persuasion que le malheur est 
conjure. Grace a l’entrainement de cette gymnastique mentale, 
d’ailleurs tres fatigante, les victoires sont assez frequentes. La 
conjuration ne se manifeste pas seulement en pensee ; elle se 
realise parfois en acte. Nous pouvons en citer quelques exemples: 
etant comptable dans une maison de commerce, X... dechirait a 
plusieurs reprises toutes les factures tant que l’inscription du 
nom d’un client, auquel il craignait de porter malheur, etait asso- 
ciee a une idee triste. S’il rencontre dans la rue un cortege fune- 
bre, il revient a son point de depart pour prendre un autre che- 
min, en evoquant une image gaie. 

Tels sont les traits particuliers que revetent les obsessions et 
les phobies chez M. X... Ils nous permettront de saisir plus clai- 
rement Fexplication de son acte d’exhibitionnisme : 

Depuis quelque temps, a la suite de la mort de sa soeur, le 
malade traversait une periode paroxystique avec des bouffees de 



SEANCE DU 12 FEYRIER 1931 


143 


phobies et d’obsessions. II avait meme du interrompre partielle- 
ment ses occupations. 

Le matin du jour ou l’acte s’est accompli, M. X... avait ete fort 
preoccupe par un incident qu’il reconnaissait insignifiant en lui- 
meme, mais qu’il avait aggrave par tout un enchainement disso¬ 
ciations du type habituel : en allant a la selle, il avait legerement 
souille sa verge contre le siege des cabinets. Un lavage avait bien 
enleve aussitot la souillure. Mais de la etaient nees toute une 
suite d’images redoutables. Le malade en donne la genese et l’on 
suit tres bien la serie complexe de ses associations : partant de 
l’idee de contamination possible il est passe a l’image d’individus 
atteints de tares physiques, de deformations du corps et du 
visage. Puis est venue l’idee de rapports conjugaux et enfln de 
mariage possible. Il se voyait des lors dans l’incapacite de pour- 
suivre tout pro jet matrimonial qui serait desormais infaillible- 
ment lie a des idees d’horreur, de degout et d’impurete. L’idee 
de souillure physique s’etait intellectualisee et s’etait associee 
finalement a des pensees de souillure morale. Regis a note cette 
association chez certains obsedes’ de la contamination de la pho- 
bie de la souillure materielle a la notion de souillure morale. « Le 
lavage des mains, ajoute-t-il, intervient des lors comme un acte 
de purification symbolique a la facon des ablutions des rites 
religieux. » 

Cependant notre malade etait, depuis cet incident, dans un etat 
d’angoisse tres marque. Il cherchait a opposer, selon son procede 
habituel, des images contraires reductrices et conjuratrices. Mais 
il n’y parvenait pas. Dans l’apres-midi, errant dans Paris, il va 
s’asseoir sur un bane, dans le jardin des Tuileries, livre a ses 
tristes pensees. A ce moment, un groupe de fillettes vient jouer 
aupres de lui. Tout a coup, l’idee d’une conjuration possible, 
cette fois parfaitement efficace, germe en lui. Il affirme en toute 
sincerite qu’au cours de la journee, aucune idee de ce genre ne 
s’etait presentee a son esprit. Les circonstances seules l’ont 
eveillee. Il songe qu’il ne peut y avoir de plus parfait symbole de 
la purete physique et morale que ce groupe de fillettes. Mais il 
ne suffit pas d’en evoquer l’image. Il faudrait pour tout effacer 
accomplir le geste symbolique de frottement ou de frolement 
direct de l’organe souille. Il lutte contre cette idee qu’il juge ridi¬ 
cule et immorale ; mais l’angoisse augmente. Il est sur le point 
de s’enfuir, lorsqu’une des fillettes, de 5 a 7 ans, la plus jeune, 
eelle, dit-il, qu’il aurait precisement choisie, s’ecarte du groupe, 
se dirige vers un endroit peu frequente et s’immobilise en ramas- 
sant du sable. Alors il se decide. Il sort rapidement sa verge de 


144 


SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


son pantalon, la cache sous son manteau, passe derriere la fillette 
et tres rapidement la frole en ecartant son pardessus. Durant 
toute cette operation sa verge est restee en etat de flaccidite ; il 
n’a eprouve aucun plaisir sexuel. II a fait tout son possible pour 
ne pas creer de scandale pas plus aux yeux des passants qu’aux 
yeux des enfants. II n’a pas essaye de montrer son organe genital, 
ce qui est un des elements essentiels de la satisfaction des exhi- 
bitionnistes habituels. La fillette ne s’est apercu de rien et conti¬ 
nue a jouer. 

A la suite de son acte, M. X... eprouve une veritable detente 
mentale et 1’angoisse disparait aussitot. Gependant, de loin, un 
monsieur a devine son manege, court apres lui et eearte son par¬ 
dessus. Le debt est flagrant. Le malade ne cherche pas a s’enfuir; 
il se laisse conduire au commissariat. 

De l’avis de tous ceux qui connaissent M. X..., celui-ci est inca¬ 
pable, en raison de ses scrupules moraux et religieux, de se livrer 
a un acte erotique et particulierement sur des enfants. Nous 
ajouterons, detail interessant, que notre malade exerce depuis 
plusieurs annees la profession de surveillant de pensionnat. On 
a confie a sa garde des garcons et des filles. Il a toujours ete tres 
bien note ; on- lui a meme donne des emplois de surveillant chef. 
Il a ete pendant quelque temps dans un orphelinat mixte de la 
Prefecture de la Seine. Jamais aucun acte incorrect n’a pu lui 
etre reproche. 

Au point de vue sexuel, X... est normal. Il ne presente aucune 
perversion. Il a eu dans sa jeunesse quelques habitudes de mas¬ 
turbation, depuis longtemps abandonnees. Il eprouve des desirs 
sexuels ordinaires. Il a essaye de se marier et n’y a pas encore 
reussi pour des raisons purement sociales. C’est certainement un 
hyposexuel ; mais s’il n’a pas de rapports avec des femmes, c’est 
surtout en raison de sa timidite et de ses. convictions religieuses. 

En somme, il nous parait bien que son acte d’exhibitionmsme 
est non pas un acte de lubricite, de salacite, mais au contraire, 
malgre le paradoxe apparent, un acte de purete ou plutot de puri¬ 
fication. La psychogenese de cet exhibitionnisme nous a semble 
tellement exceptionnelle que nous avons cru interessant de vous 
en presenter l’observation. 

Cette explication n a d’ailleurs pas seulement un interet de 
pittoresque, mais aussi un interet pratique. Chez tous les exhi- 
bitionnistes la question de la recidive est a envisager. M. X... n’a 
dans son passe aucun acte analogue. Nous sommes persuades 
qu il n en aura aucun autre dans son avenir. Ce psychasthenique 
scrupuleux a ete trop mortifie par le jugement d’immoralite porte 



SEANCE DU 12 FEYRIER 1931 


145 


sur lui et par son sejour a la section de surete de Villejuif. Nous 
sommes presque certains qu’il comprendra desormais que les 
procedes de conjuration contre les obsessions ne doivent pas 
s’egarer dans la zone defendue des reactions antisociales. 

M. Guiraud. — II faut se mefier du recit des malades en ma- 
tiere sexuelle, meme lorsqu’ils sont sinceres. L’explication don- 
nee par celui-ci n’est peut-etre qu’un effort de purification alors 
qu’il a agi sous une vraie poussee sexuelle. Les recidives sont de 
regie chez les exhibitionnistes, et il est tout a fait contre-indique 
de laisser celui-ci reprendre sa profession de surveillant dans 
une ecole. 

M. Claude. — Les explications fournies par de tels sujets sont 
toujours sujettes a caution car l’exhibitionnisme peut exister 
chez des individus dont l’activite sexuelle est au-dessus de la 
normale. Ce fut le cas d’un inculpe que j’ai expertise qui avait 
jusqu’a 7 colts par nuit. 

M. Abely. — J’ai en effet observe frequemment une exagera- 
tion de l’activite sexuelle normale chez les exhibitionnistes, ce qui 
est contraire a la doctrine classique qui les decrit comme frigides. 

Syndromes epileptique et parkinsonien realises progressi- 
vement par une tumeur cerebrale. Hallucinations auditives 
et psychiques, mentisme et troubles du courant de la pensee 
en rapport avec les crises paroxystiques de l’hypertension 
intracranienne, par MM. Tinel et H. Baruk. 

Resume. — Chez ce malade se sont revelees successivement : des 
absences de type comitial, puis un syndrome parkinsonien a predo¬ 
minance droite, puis des crises convulsives generalisees et meme de 
curieuses manifestations paroxystiques d’hypertonie droite avec une 
amplification du tremblement habituel, si intense qu’elle faisait 
presque songer a une crise jacksonnienne. 

■Ces differents syndromes associes se sont tardivement reveles 
•comme lies a une evolution tumorale, par l’apparition d’un grand 
■syndrome d'hypertension intracranienne, amelioree par la trepanation 
•decompressive. 

Cette association pose le probleme de rapports assez inattendus 
•entre le syndrome parkinsonien et le syndrome epileptique. 

D’autre part, le malade presente de veritables crises d’hallucina- 
lions auditives ou psychiques, ainsi que des phenomenes de derou- 
lement incoercible de la pensee ou encore de bloeage mental, qui 
.semblent manifestement en rapport avec des poussees paroxystiques 

Ann. med.-psych., 13* seme, t. I. — Fevrier 1931. 


10 . 


146 SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 

d’hypertension intracranienne et qui ont disparu par la decompres¬ 
sion. Ces faits semblent apporter une contribution importante au 
probleme du mecanisme des hallucinations. 

Cette communication paraitra in extenso, comme memoire original 
dans un prochain numero des Annales Me.dico-psychologiqu.es. 

M. Claude. — Dans un tel cas on peut se demander si les. 
periodes d’hyperactivite productive constatees bien longtemps 
avant les signes de tumeur n’etaient pas en rapport avec le deve- 
loppement de celle-ci. On sait en effet que revolution des gliomes 
est si lente que certains auteurs vont jusqu’a leur reconnaitre 
une origine qui remonte au stade embryonnaire. 

Syndrome de demence preeoce consecutif a une fievre typhoide 

avec phenomenes delirants, par MM. E. Toulouse, A. Cour- 

tois et P. Rubenovitch. 

Les encephalites survenues au cours de maladies infectieuses. 
sont les unes mortelles, d’autres peuvent guerir sans laisser de 
troubles graves, d’autres enfin sont suivies d’etats psychopathi- 
ques divers. La typhoide est, semble-t-il, de ces infections, celle 
dont les sequelles mentales sont les plus anciennement connues; 
tous les traites classiques les signalent, mais les lesions qui les- 
conditionnent restent encore mal precisees. Pourtant l’un de 
nous (1) rapporte avec P. Schiff un" cas anatomo-clinique ou 
l’examen histologique pratique par M. Marchand revele la pre¬ 
sence d’une encephalite hemorragique. 

Mais ce sont surtout les symptomes cliniques qui ont pu etre 
le mieux etudies. Aux manifestations anciennement connues, 
M. Heuyer et Mile Badonnel (2) ajoutent les troubles du carac- 
tgre et les perversions qui dans leur cas rappellent ceux de 
l’encephalite epidemique. MM. Chalier et Froment (3) tentent 
recemment d’individualiser les principales modalites cliniques 
de l’encephalite typhique. 

Lecas que nous rapportons aujourd’hui parait indiquer qu’une 
sequelle mentale de la typhoide peut realiser un syndrome de 
demence precoce. 

(1) P. Schiff et A. Courtois. — L’eneeplialite tj'pliique. Soc. Cl. M. M. t 
juillet 1930. 

(2) Troubles du caractere et pervers. consecutifs a une f. t 3 ’phoide. Soc. de 
Psych., avril 1927. 

(3) Soc. Medicale des Hopiiaux, 30 mai 1930. 



SEANCE DU 12 FEVRIER 1931 


147 


J. Ch..., 24 ans, entre a I’Hopital Henri-Rousselle, le 3 fevrier 1931. 
Fils de cultivateurs, J. est le dernier-ne d’une famille de 6 enfants, 
dont le premier est mort a un an d’une affection inconnue. Les autres 
sont bien portants. 

j. a parle et a marche normalement. A 2 ans, il tombe dans une 
cuve de vin et subit un commencement d’asphyxie, de plus pendant 
deux jours il reste ivre et divague comme un ivrogne. 

A part une rougeole legere, on ne note plus rien jusqu"a la fievre 
typhoide contractee a 17 ans. 

Antecedents hereditaires : Pere et grands-parents paternels alcoo- 
liques. Une tante maternelle a des crises epileptiques, un oncle 
paternel, deprime constitutionnel, s’est suicide ; enfin un grand- 
pere maternel serait mort de bacillose pulmonaire. 

Le malade avait ete un enfant normal, travaillant regulierement. 
Cependant sa famille avait remarque qu’il etait tres timide, et 
surtout tres susceptible. Il redoutait top jours qu’on se moquat de lui 
et se froissait facilement. 

Son brevet elementaire obtenu, il est mis en pension dans une 
ecole professionnelle, ou il apprend le metier d’ajusteur. 

A 17 ans, en aout 1923', au cours des vacances, il fait une fievre 
typhoide de gravite moyenne. Il reste alite 35 jours, la temperature 
ne depasse guere 40°. 

Au eours de la seconde semaine, il presente pendant quelques 
jours un delire tranquille accompagne d’hallucinations visuelles et 
auditives. Assis sur son lit, il souriait, chantonnait et conversait 
avec des personnes imaginaires, nous dit sa mere. 

La convalescence se passe normalement. En novembre, il retourne 
a l’ecole avec un mois de retard. 

Au debut, il fournit un effort pour rattraper ses condisciples, puis 
peu a peu, il se laisse aller, a Pair de ne plus comprendre comme 
auparavant. 

De retour chez 3ui, pour les vacances de Noel, il parait bizarre. 
Lui, qui avait toujours ete tres soigneux, se montre negligent pour 
rediger ses lettres de nouvel an : elles sont mal ecrites, incorrectes, 
et presenfent des repetitions. Mais, surtout, il ne cesse de se plaindre 
de l’etat d’esprit de ses camarades d’ecole. Il se declare offusque de 
leur impolitesse, froisse par leurs mauvaises manieres. Il s"exprime 
avec une preciosite qui detonne dans sa famille de simples cultiva¬ 
teurs. Cependant ces phenomenes s’attenuent legerement et il peut 
retourner a l’ecole. Il s’y montre hautain, distant avec ses camarades. 
Il a des crises de fou rire pendant les cours. En meme temps, il 
avoue a un parent qu’il n’arrive plus a « tenir le coup ». Enfin, au 
milieu de janvier, il presente un acces d’excitatioii et sa famille doit 
le reprendre. 

Son activite devient de plus en plus incoherente, il eerit des 



148 


SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


lettres incomprehensibles, parle de faire des inventions. Au bout 
d’un mois, il faut l’interner a Marseille, puis a Mondevergues. 

La, il presente plusieurs periodes d’excitation avec propos mega- 
lomaniaques. Mais peu a peu la decheance s’aggrave ; depuis deux 
ans, il est plonge dans un etat de semi-mutisme qui abbutit depuis 
quelques mois au mutisme complet. Venu plusieurs fois dans sa 
famille en permission, on ne note ni fugues, ni gestes impulsifs. 

Depuis qu’il est plonge dans cet etat de mutisme, il Iui arrive 
frequemment, la Trait, de. -parley en revant. Il evoque alor.s reguliere- 
ment les memes souvenirs se rattachant a sa famille, a son enfance. 

Tel qu’il apparait a notre examen, on constate avant tout un etat de 
mutisme, d’indifference, de passivite, accornpagne d’un leger negati- 
visme et de stereotypies motrices. On note le signe de l’oreiller 
psychique. Aucune activite spontanee. J... passe ses journees entie- 
res au lit, dans la meme position couche en chien de fusil. Il presente 
de la catatonie. Si on le stimule un peu, il arrive a s’babiller seul. 
Il ne s’alimente pas seul, mais ne refuse pas les aliments qu’on intro- 
duit dans sa bouche, il essaie parfois meme d’avaler la cuillere. Pas 
de gatisme habituel. Pas de masturbation, ni de recherche sexuelle. 
Vitiligo. 

Reflexes tendineux vifs. Hyperhydrose palmaire. 

Exageration des reflexes de la face, palmo-mentonnier bilateral. 
Pas de signes pupillaires ni de paralysies oculo-motrices. Bordet- 
Wassermann, Meinicke et Kahn negatifs. Azotemie 0,60. Serodi'agnos- 
tic negatif a l’Eberth, aux para A et B. Reactions de Besredka : nega¬ 
tive. Vernes-resorcine : 45 (positive). Gbolesterinemie augmentee 2,16. 

Liquide cephalo-raehidien 41-15. Albumine 0,20. Globulines 0. 
Leuco. 0,7. Benjoin 00000.01000.00000. Bordet-Wassermann et Mei¬ 
nicke negatifs. 

Examen des chronaxies : normal. 

En somme, il s’agit d’un jeune homme a antecedents hereditai- 
res charges qui presente a 17 ans une typho’ide avec phenomenes 
confuso-oniriques legers. Immediatement, modiflcations du carac- 
tere, du jugement, de la capacite de travail, puis, 4 mois apres, 
acces d’excitation avec idees et propos megalomaniaques. Depuis 
7 ans, decheance psychique progressive, inertie, indifference, 
semi-mutisme puis mutisme complet, opposition, catatonie, rea- 
lisant actuellement le syndrome classique de la demence precoce 
de Morel. 

Nous rapportons ce cas non pas comme un fait exceptionnel, 
mais parce quc nous avons pu l’etudier specialement et obtenir 
des renseignements complets de la famille. Il nous parait un 
exemple ou l’on peut saisir le rapport precis entre l’infection 
initiale avec phenomenes mentaux et les symptdmes ulterieurs 



SEANCE DU 12 FEVRIER 1931 


14S 1 


tiui s’enchainent sans interruption pour aboutir au syndrome^ 
actuel de demence precoce. Ce cas serait done a ranger dans le 
groupe de la demence precoce inflammatoire, par encephalite, 
decrit par M. Marchand. 

Une telle observation, prise isolement, n’aurait sans doute pas 
grande valeur mais elle a ete choisie parmi un groupe de faits 
analogues oil la typhoide accompagnee de troubles mentaux pen¬ 
dant sa periode aigue fut suivie de troubles variables. Ces obser¬ 
vations feront l’objet d’une etude ulterieure. 

D’autre part, bien des maladies infectieuses connues peuvent 
etre accompagnees ou suivies de troubles mentattx. Ces sequelles 
mentales d’encephalites de causes diverses meritent d’etre specia- 
lement etudiees car leur connaissance eclaire la pathogenie de 
certains troubles mentaux et permet de les rapporter a leur veri¬ 
table cause. 

C’est dire aussi que, de ce fait. Faction tberapeutique et pre¬ 
ventive du medecin pourra devenir un jour plus efficace. 

M. Guiraud. — Aucun examen de laboratoire n’ayant prouve 
qu’il s’agissait la d’une infection eberthienne, ce cas d’encepha- 
lite ne saurait etre invoque comme etant de nature typhique. 

M. Marchand. — C’est vrai. Mais les cas d’encephalite psycho^ 
sique consecutifs a une typhoide identifiee par toutes les recher- 
ches de laboratoire sont frequents. 

A propos de l’observation qui vient de vous etre presentee, je 
rapprocherai le cas suivant. J’ai actuellement dans mon service 
une jeune femme qui, a la suite d’une paratypho'ide, presenta 
d’abord un etat anxieux qui evolua rapidement vers un syndro¬ 
me de demence precoce. Cette malade est depuis plusieurs annees 
dans un etat de stupeur avec mutisme et negativisme ; elle est 
gateuse. Chez elle le diagnostic de paratypho'ide a ete confirme 
par hemoculture. 

M. Claude. — Nous sommes tous d’accord pour reconnaitre 
que n’importe quelle infection peut etre suivie de troubles men¬ 
taux chroniques, mais je trouve que l’epithete demence precoce 
qu’on leur donne est contestable. 

Encephalite psychosique aigue au cours d’un erysipele, par 

MM. E. Toulouse, L. Marchand et A. Courtois. 

Les troubles mentaux sont assez frequemment observes au 
cours de l’erysipele, specialement au cours de l’erysipele de la 


150 SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOG1QUE 

face et du cuir chevelu. M. H. Roger (1) les a obseryes dans 7 a 
8 0/0 des cas. Ils seraient plus frequents chez les hommes en rai¬ 
son de l’impregnation alcoolique si commune. II s’agit habituelle- 
ment de confusion mentale legere avec onirisme vesperal. G!est 
le « delire febrile » des grandes pyrexies, apparu au cours de la 
montee thermique, il disparait lors de la chute de temperature. 
On a decrit egalement des psychoses qui n’apparaissent qu’au 
moment de la defervescence (confusion mentale) ou meme en 
pleine convalescence (confusion asthenique) (Regis). 

Les lesions qui causent les troubles mentaux graves et mortels 
sont encore mal connues. 

Cependant on a vu des cas races de meningite sereuse avec 
quelquefois de « Veritables phlyctenes meningees » oil l’examen 
microscopique montre du streptoeoque. On a pu observer aussi 
des meningites suppurees oil de rares chainettes de streptoco- 
ques sont associees au pneumocoque (2). 

Dans un travail recent (3), MM. Dereux et Galiegue, qui pas- 
sent en revue les complications nerveuses de l’erysipele, signa- 
lent l’encephalite seulement pour insister sur sa rarete ou du 
moins sur la rarete des cas bien etudies ou les signes cliniques 
et l’examen anatomique entrainent la conviction de la realite de 
son‘existence. , • 

Dans le cas suivant la symptomatologie clinique semble bien 
devoir etre rapportee aux lesions d’eneephalite constatees histo- 
logiquement. 

II s’agit d’une femme de 38 ans, entree dans le service le 30 juil- 
let 1929, venant de Fhoipital Claude Bernard dont un interne a eu 
Fobligeance de nous transmettre les renseignements concernant le 
debut des accidents. 

Nee a terme, elle n’a parle que fort tard (Vers 4 ou 5 ans), mais 
quoique son intelligence sort restee rudimentaire, elle put cepen¬ 
dant gagner regulierement sa vie comme bonne a tout faire. En 1920, 
a 1’age de 29 ans, debut brusque de troubles mentaux. Le 9 decembre 
1920, le D r Heuyer redige a l’lnfirmerie speciale le certificat d’inter- 
nement suivant : « Excitation psychique. Agitation motrice desor- 
donnee. Reactions violentes et agressives, cris. Recriminations. Resis¬ 
tance a 1’examen. Idees vagues de persecution. Complot. Trahison. 
Vol. Menaces de represaiUes et de vengeance. Debilite mentale. 
Notions scolaires minima. Orientation imparfaite dans, le temps. 

(1) H. Roger. — Nouveau traite de medecine. Erysipele fasc. 1 

(2) H. Roger. — Loc. cit. 

(3) Gazette des Hopitaux, 26 jam 1929, p. 933. 



SEANCE DU 12 FEYRIER 1931 


151 


Stigmates physiques de degenerescence. Aspect masculin. Hypertri- 
chose. Facies un peu aeromegalique. Reflexes tendineux vifs. Langue 
seche. Pouls : 88. Menstruation actuelle. Debut de l’acces di’excitation 
il y a deux jours. » 

L’internement est de longue duree puisque c’est en 1924 seulement 
que la malade sort de l’asile de Chateau-Picon ou elle avait ete trans¬ 
feree des asiles de la Seine. Depuis sa 'sortie, rien d’anormal dans 
son comportement. Elle avait de nouveau travaille regulierement 
jusqu’au jour ou elle fut atteinte de I’erysipele dont la complication 
eneephalique provoqua la mort. 

C’est le 22 juillet 1929 qu’elle entre a Claude Bernard pour un ery- 
sipele etendu de la face et du cuir chevelu s’accompagnant d’une 
lievre tres elevee (41 °2) et de confusion mentale avec delire incohe¬ 
rent. Tension arterielle 16-10. Les jours suivants la temperature 
oscille entre 38° et 39°. Tres rapidement les lesions locales s’attenuent 
et ont presque disparu a l’entree, mais le delire persiste aussi accuse. 

A l’entree dans le service, le 30 juillet dans la soiree, on constate 
un etat de confusion mentale avec excitation. La malade crie, 
appelle son pere, parle de justice. Propos parfois de type maniaque : 
elle repond comme par jeu « yes » a toutes les questions. II est 
impossible d’obtenir une reponse coherente en rapport avec la ques¬ 
tion posee. Elle ne porte pas attention aux personnes qui entrent 
dans sa chambre, ne reconnait plus ses parents. On la trouve conti- 
nuellement nue, sur le dos, se roulant ou se trainant a terre, elle 
dechire son linge. La station debout est impossible, et bientot il 
n’existe qu’une agitation automatique et continue des bras et des 
jambes qui s’etendent et se flechissent sans rythme. 

Les reflexes tendineux sont un peu vifs, il n"existe pas de signes 
pyramidaux, pas de clonus du pied, le reflexe cutane plantaire est 
indifferent. Pas de signes meninges,, pas de raideur de la nuque, pas 
de Kernig, pas de vomissements. Le visage, siege d’une hypertrichose 
importante (barbe et moustache) est contracte par un rictus perma¬ 
nent. Les levres sont absolument dessechees, la langue est dure, 
comme cartonnee. Refus d’aliments presque complet, la malade recra- 
che tout ce qu’on essaie de lui faire absorber et c’est a peine si par 
jour elle avale un demi-litre de liquide. Gatisme urinaire. Constipa¬ 
tion. Temperature 38°5. A partir du l er aout apyrexie, puis hypo- 
thermie (36°). 

L’etat d’agitation persiste aussi intense pendant deux jours. Le 
2 aout apparait une parotidite droite. L’excitation s’apaise peu a peu 
et la malade tombe dans un etat de torpeur qui se termine apres un 
coma de quelques heures par la mort le 4 aout. Temperature au 
moment du deces : 3fl°9. 

Duree totale de l’affection : 13 jours. 

Les examens biologiques ont apporte les resultats suivants : Bordet- 
Wassermann et Meinicke du sang negatifs. 


152 


SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


Liquide cephalo-rachidien (31 juillet), albumine 0,24. Pandy 0. 
Weichbrodt 0. Leucocytose legere : 4 elements. Benjoin 00000.00200. 
00000. Paregorique 0-0. Bordet-Wassermann et Meinicke negatifs. 

Les dosages d’uree du sang successifs ont donne, a l’entree (0 
jours apres le debut de l’affection) 2 gr. 64 (31 juillet) ; 4 gr. 25 le 
2 aout; le 4 aout au moment de la mort 5 gr. 85 dans le liquide 
cephalo-rachidien. La cholesterinemie etait a 2 gr. 50' 0/00, le taux 
des pigments biliaires du sang a 1/25.000 (31 juillet). Les urines n’ont 
pu etre recueillies. 

Antopsie (6 aout). Pas de lesions macroscopiques du coeur et des 
poumons. Rien de particulier a l’examen macroscopique de l’ence- 
phale. Le. cerveau pese 1.250 gr. ; le cervelet et le bulbe 190 gr. Le 
foie, de coloration jaune, pese 1.150 gr., la rate 130 gr., le rein droit 
180 gr., le gauche 150 gr. . 

Examen microscopique. 

Systeme nerveux. Meninges et cortex. La pie-mere par endroits est 
. soudee au cortex cerebral. Dans sa partie profonde, elle est infiltree 
de cellules embryonnaires, 

Aspect flou des cellules pyramidales qui cependant renferment- 
encore des granulations chromophiles. Noyaux excentriques dans la 
plupart d’entre elles. Nombreuses petites cellules pyramidales en voie 
de necrose sans neuronophagie. 

Dans les couches profondes du cortex, surtout au niveau des regions 
motrices, satellitose tres accusee des cellules pyramidales. 

Dans la substance blanche sous-corticale, foyers de capillarite ; 
nombreuses cellules en palissade le long des vaisseaux et par places, 
petits groupements de cinq a six cellules rondes. 

Noyaux gris centraux. Nombreux foyers de perivascularite. Lesions 
cellulaires necrotiques importantes et satellitose d’un grand nombre 
d’entre elles. 

Couche optique. Pas de lesions de l’epithelium ventrieulaire. Lesions 
Ires accusees des cellules dont le noyau est excentrique dans la plu¬ 
part. 

Cervelet. Pas de lesions. 

Pedoncules. Quelques foyers d’hemorragies miliaires. Perivascula¬ 
rite legere. Pas d’autres lesions. 

Protuberance. Perivascularite tres accusee interessant surtout de 
nombreux-vaisseaux dans les pedoncules cerebelleux moyens. 

Bulbe. Quelques vaisseaux sont atteints de perivascularite tres 
accusee. 

Organes. — Foie. Degenerescence diffuse des cellules hepatiques 
qui ont perdu leur ordination et prennent mal les colorants. Dege¬ 
nerescence graisseuse de certaines d’entre elles. 

Reins. Legere sclerose diffuse des reins et aspect trouble des cellu¬ 
les des tubes contournes. 

Rate. Elle est parcourue par de nombreuses bandes fibreuses. Pas 
d’autres lesions. 


SEANCE DU 12 FEVRIER 1931 


153 


Chez cette malade, les troubles mentaux de forme confusion- 
nelle apparurent des le debut de l’infection erysipelateuse et pri- 
rent, au moment meme ou l’exantheme disparaissait, les carac- 
teres d’un syndrome infectieux d’allure grave avec parotidite. La 
mort survint 13 jours apres le debut des accidents. 

Les constatations anatomiques montrent dans l’encephale deux 
ordres de lesions : 1° des lesions inflammatoires perivasculaires 
plus prononcees dans la protuberance et le bulbe que dans le 
cerveau ; 2° des lesions cellulaires, diffuses, profondes, allant 
parfois jusqu’a la necrose. Aucun element microbien n’a pu etre 
decele. Comme lesions des visceres, il y a lieu de noter la tume¬ 
faction trouble des cellules hepatiques et la degenerescence grais- 
seuse d’un certain nombre d’entre elles. 

Ce cas entraine les considerations suivantes. Les troubles men¬ 
taux qui debuterent en meme temps que l’erysipele furent consi- 
deres tout d’abord comme delire febrile. Leur recrudescence au 
moment de la guerison de l’erysipele fit ecarter cette interpreta¬ 
tion. Le syndrome delire aigu avec legere lymphocytose rachi- 
dienne et azotemie a marche croissante nous autorisa a classer 
cliniquement ce cas dans le groupe des encephalites aigues azo- 
temiques secondaires (1). 

L’examen anatomo-pathologique confirma notre diagnostic et 
de plus nous montra, comme chez la plupart de ces sujets, des 
lesions profondes du foie. 

Ainsi done, au cours d’une infection a agent pathogene connu, 
en l’espece au cours d’un erysipele de la face, une encephalite 
aigue peut eclater interessant a la fois les elements vasculaires 
et cellulaires, presentant les memes caracteres anatomo-patholo- 
giques que ceux qui conditionnent certaines formes de delire 
aigu considerees comme idiopathiques. Dans ces encephalites. 
nous n’avons pu mettre aucun element microbien en evidence et 
leur pathogenie reste des plus obscures. 

Signalons enfin le role important du terrain. Notre malade 
etait une debile qui avait presente, une dizaine d’annees avant 
l’erysipele, des troubles mentaux ayant motive un internement 
de longue duree. 

M. Claude. — L’epithete psychosique appliquee a l’encephalite 
infectieuse, erysipelateuse ou autre qui conditionne ces troubles 
mentaux, que les anciens traites etiquetaient « complications 
mentales des infections », ne me parait pas indispensable. 

(1) E. Toolouse, L. Marchand et A. Courtois. — Les encephalites psychosi- 
ques secondaires. La Presse Medicale, a paraitre. 



154 SOCIETE MEDICO-PSYCEOLOGIQUE 

M. Marchand. — Si nous employons le terme encephalite psy- 
chosique, c’est pour indiquer que les lesions encephaliques, quoi- 
que tres accusees, ne se traduisent cliniquement que par des 
troubles mentaux sans adjonction d’aucune manifestation neuro- 
logique. C’est une facon de separer ces encephalites d’autres for¬ 
mes, en particulier de l’encephalite epidemique. Le cote original 
de nos recherches est le suivant : jusqu’alors on designait les 
etats mentaux aigus generalement mortels du terme delire aigu 
qui n’est qu’un diagnostic symptomatique. En montrant que 
certains delires aigus s’accompagnent de lesions d’encephalite, 
nous precisons le diagnostic en y ajoutant un caraetere anatomi- 
que. La mise en evidence de telles lesions peut apporter des 
directives aux recherches therapeutiques. 

A cote des encephalites psyehosiques aigues qui sont ou primi¬ 
tives ou secondaires, comme dans l’observation que je viens 
d’exposer, il existe des encephalites psyehosiques a evolution 
lente qui peuvent faire suite a des encephalites aigues ou au 
contraire avoir une evolution lente des leur debut. J’ai pu mon- 
trer que certains syndromes de demence preeoce rentrent dans 
ce dernier groupe. 

Autre point : jusqu’alors nous n’avons pu mettre en evidence 
dans ces encephalites aucun element microbien, meme dans les 
cas ou le syndrome mental paraissait nettement conditionne par 
une maladie infectieuse nosologiquement bien determinee. 

Sur quelques modifications chimiques du sang au cours du 

delirium tremens alcoolique, par MM. E. Toulouse, A. Cour- 

tois et Mile Russell. 

Resume. — Dosages dans le sang de l’uree, du sucre, de la choleste- 
rine, des pigments biliaires. Le taux des trois premiers corps est nor¬ 
mal ou peu augmente au debut des accidents mentaux. Ensuite, reten¬ 
tion portant surtout sur l’uree, parallele a 1’evolution de l’acces men¬ 
tal, mais plus durable. Les pigments biliaires sont notablement 
augmentes dans le sang des le debut. L’insuffisance hepatique plus que 
l’insuffisance renale jouerait done un role dans l’apparition de Faeces 
de delirium tremens. Dans les cas mortels, l’azotemie s’eleve mais 
n’atteint pas des taux tres eleves (max. 2 gr. 80), elle oscille plus sou- 
vent autour de 1 gr. 50. Sa valeur au point de vue du pronostic vital 
semble reduite. 

Cette communication parait in extenso, comme memoire original, 
dans le present numero des Annales Medico-psychologiques. 



SEANCE DU 12 FEYRIER 1931 


155 


M. Claude.. — Ces reeherch.es sont interessantes mais il fau- 
drait les faire parallelement dans le sang et dans les urines et en 
soumettant les sujets a un regime severement controle. 

D’apres ce que j’ai constate soit a propos de la cholesterine 
recherchee dans des etats de psychonevroses (deprimes, petits 
anxieux), soit a propos de l’uree recherchee surtout dans la 
melancolie, on ne peut aetuellement tirer aucune conclusion pro- 
nostique des donnees de la variation de la cholesterine et de 
1’uree dans le sang. Certains cas guerissent malgre 2 ou 3 gr. 
d’uree. D’autres ne guerissent pas avec des doses bien moindres. 
Et il en est de meme de la cholesterine. Peut-etre l’uree a-t-elle 
nn e signification differente suivant qu’elle vient du foie ,ou des 
tissus ? 

C’est la une etude tres interessante, mais tres ardue. 

Manifestations syphilitiques tertiaires chez les paralytiques 

generaux impaludes, par MM. P. Guiraud et M. Caron. 

Depuis la generalisation de la malariatherapie, un certain nom- 
bre d’auteurs ont constate chez les paralytiques generaux impa¬ 
ludes l’apparition de' symptomes entrant dans le cadre de la 
syphilis tertiaire. On sait combien ces manifestations sont rares 
dans la paralysie generate evoluant sans traitement. On trouvera 
la bibliographie des observations deja publiees, dans le livre de 
MM. Leroy et Medakowitch. 

Dans notre statistique, portant sur 110 paralytiques impaludes, 
nous avons observe 5 cas de manifestations tertiaires : 3 gommes 
cutanees ou musculaires, une eruption psoriasiforme, un ramol- 
lissement cerebral par arterite. 

Nous les presentons devant la Societe, parce qu’il importe de 
preciser les particularites cliniques et biologiques de ces mani¬ 
festations encore peu connues. 

Observation 1. — C. G..., age de 39 ans, syphilis en 1912 (21 ans). 
En 1926 perte progressive de la memoire, diminution de la capacite 
de travail, idees absurdes de richesse. Ponction lombaire positive 
(W. benjoin, albumine). Malariatherapie a la Salpetriere. Transfere 
ensuite a Ste-Anne et a Villejuif avec leger affaiblissement intellectuel 
et euphorie. Apres deux mois de sejour le malade tres ameliore sort 
apres avoir subi une hospitalisation totale de six mois. 

Il reprend son travail. Son intelligence est suffisante. Il presente 
quelques idees hypocondriaques. Pas de traitement pendant trois ans. 

Au debut de 1930, trois ans apres sa sortie apparaissent des cepha- 
lees tres intenses persistant jour et nuit, a type frontal. La depression 


156 


SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


s’accentue, l’anxiete apparait. Le malade presente un delire hypocon- 
driaque tres actif : les medecins l’ont rendu tres malade, la ponction 
lombaire lui a ete nefaste, il a des craquements terribles dans la tete 
* comme si on lui cassait une noix dans le cerveau. 

Fonds mental legerement affaibli. 

Syndrome physique attenue, mais net. Pas d’atteinte pyramidale. 

Reflexes vifs. Bradylalie, bradykinesie. 

Ponction lombaire : All). 0,50. Pandy.+. Weichbrodt +. Leucos 2. 
Benjoin 01220.22222.20000. W. partiellement positif. Meinicke nega- 
tif. Sang : W. negatif. Meinicke partiellement positif. 

L’etat mental persiste sans changement avec des periodes d’anxiete, 
Une nouvelle impaludation ne parait pas indiquee, le malade sem- 
blant presenter plutot une lesion en foyer. On fait quelques injections 
sous-cxitanees de stovarsol (fond d*oeil normal). 

Fin juillet 1930, — recrudescence de 1’anxiete — tentative de sui¬ 
cide. Agitation extreme et continue pendant une dizaine de jours, 
cachexie rapide,, pouls Slant. Le malade decede de collapsus le 
5 aout 1930. 

Necropsie. — Hemispheres tres congestionnes, suffusions sanguines 
sous la pie-mere, specialement dans la scissure de Sylvius. Dans la 
partie centrale de rhemisphere droit, a la place du noyau lenticu- 
laire et de la capsule externe vaste foyer rouge violace entoure par 
des tissus dilaceres. 

A l’examen histologique, il s’agit d’un ramollissement rouge: Le 
tissu nerveux est infiltre et dilacere par des hematies, les capillaires 
sont distendus, rompus par places, encercles d’bemorragies fusant 
dans les tissus voisins. Dans les foyers hemorragiques les plus 
compacts on distingue presque intactes des cellules nerveuses et des 
cellules nevrogliques. 

Le reste du cerveau presente l’aspect habituel histologique des- 
P. G. malarises a meningite peu infiltrative, epaississement des parois 
vasculaires, perivascularite discrete, cellules en batonnet peu nom- 
breuses. 

L’aspect clinique du malade rappelant par beaucoup de points 
celui des porteurs de tumeur cerebrale, nous fait croire que ce foyer 
de ramollissement est ancien et contemporain du debut des troubles 
mentaux ayant necessite le second internement. 

11 s’agit d’une arterite specifiqiie avec ramollissement incomplet 
dans lequel se sont produites des hemorragies diffuses par les anasto¬ 
moses des territoires arteriels voisins. 

Observation 2. — D..., malade de 46 ans atteint de paralysie gene- 
rale a forme dementielle banale. Quelques idees de richesse. Syn¬ 
drome physique complet. Gatisme. 

2 aout 1929. — Syndrome humoral : Alb. 0,8ff, Pandy + + . Weich¬ 
brodt +.+. Leucos 18. Benjoin 22222.22221.00000. Wassermann +. 
Meinicke +. 



SEANCE DU 12 FEYRIER 1931 157 

Sang : Wassermann -K Meinicke +. - 

Malariatherapie en aout-septembre 1929 ; 20 injections de stovarsol. 
Amelioration physique importante. Amelioration legere de 1’affaiblis- 
sement intellectuel. Idees de richesse tres actives. 

10 novembre 1929. — Ponction lombaire : Albumine 0,66. Pandy +•- 
Weichbrodt +. Leucos 10. Benjoin 22220.02222.00000. W. part. +. 
Meinicke —. 

En juillet 1930 {dix mois apres Vimpaludation ) apparition au 
niveau du sterio-cleido-mastoidien droit d’une tumefaction profonde 
de la forme et de la grosseur d’un oeuf. 

Ulceration survenant apres plusieurs mois. L’ulceration presente 
les caracteres typiques d’une gomme syphilitique. 

Wasserman sanguin —. Mieinicke +. 

Traitement par novarsenobenzol peu actif. 

Le bismuth et l’iodure a fortes doses font lentement guerir la 
gomme dont la cicatrisation n’est pas encore completement terminee. 

Observation 3. — C...., malade de 43 ans, atteint de paralysie gene- 
rale tabetiforme. Affaiblissement dementiel, euphorie, idees de satis¬ 
faction. 

Syndrome physique avec abolition des reflexes .tendineux. 

Syndrome humoral signale dans le certificat d’entree. 

Wassermann +. Leucos 8. Albu'mine 0,50. 

Wassermann sanguin +. Les autres reactions n’avaient pas ete 
pratiquees. Avait subi avant son entree un traitement par le stovar¬ 
sol. Impaludation le 12 novembre 1929. Arret spontane apres trois 
acces. Amaigrissement progressif sans fievre, anemie grave, spleno- 
megalie (paludisme chronique). Guerison par quelques injections 
de stovarsol en mars 1'930. 

5 avril 1930. — Ponction lombaire: Albumine 0,55. Pandy +. 
Weichbrodt —. Leucos 1. Benjoin 01100.02222100000. Wassermann +. 
Meinicke —■. 

Sang : Wassermann +. Meinicke +. 

En mai-juin, 21 grammes de stovarsol. 

Amelioration physique et mentale tres accentuee. Persistance d’un 
leger deficit de jugement et de l’initiative. 

Au debut de juillet (4 mois apres la fin de la malariatherapie) appa¬ 
rition d’une eruption psoriasiforme occupant le dos et la face ante- 
rieure du thorax. Un traitement au novarsenobenzol fait disparaitre 
tres rapidement ces manifestations. .. 

Le‘malade est transfere en tres bon etat physique et mental. L-ame¬ 
lioration s’est maintenue jusqu’a ce jom'. 

Observation 4. — P. A..., age de 38 ans, entre pour paralysie gene- 
rale. Affaiblissement mental global, idees delirantes melancoliques, 
onirisme. Syndrome physique et humoral. 

Ponction lombaire du 12 mai 1930: Albumine 0,60. Pandy +, 


158 


SOCIETE MEDICO-PSYCH0L0G1QUE 


Weichbrodt +. Leucos 6. Renjoin 22221.22222.200*00. Wassermann 
partiellement +. Meinicke —. 

Impalude le 15 mai 1930, 4 acces arretes par 1 gr. 50 de quinine a 
cause de rhypothermie consecutive aux acces. Le paludisme est 
arrete le 31 mai. 

Dans le courant du mois de juin on constate a la face posterieure 
de la cuisse gauche la presence d’un abces, pro-fond, fluctuant. Inci¬ 
sion. L’abces ne se cicatrise pas et se transforme en une gomme. 

Deux examens du sang en juillet donnent un Wassermann negatif 
et un Meinicke negatif. 

Le 5 aout nouvelle impaludation, 4 acces. 

Traitement par le sulfarsenol, puis bismuth et iodure. 

Wassermann du sang et Meinicke negatifs. 

La plaie de la cuisse guerit avec une legere cicatrice cuivree carac- 
ieristique. 

Ponction lombaire a la sortie : Albumine 0,60. Pandy +. Weich- 
brodt +. Benjoin 12220.22222.21000. Wassermann —. Meinicke —. 

Dans ce cas la gomme profonde est apparue moins d’un mois apres 
V impaludation. 

Observation 5. — C..., malade age de 43 ans, est atteint de paraly- 
sie generale a forme dementielle. Idees de richesse et de grandeur. 
Syndrome physique accentue. 

Syndrome humoral : Albumine 1,30. Glohulines 3. Benjoin 22222. 
22222.22221. Wassermann +. 

Serum : Wassermann et Meinicke +. 

Impalude le 4 janvier 1931, debut des acces le 10 ; terminaison le 
26 janvier ; le 31 janvier recrudescence de la temperature, apparition 
d’une gomme cutanee a la face interne de la jambe gauche ; le lende- 
main tumefaction a la partie profonde de l’extremite inferieure de la 
face interne de la cuisse gauche (tumefaction du volume et de la 
forme d’un oeuf), il s’agit tres vraisemblablement d’une gomme pro¬ 
fonde ; fievre irreguliere et continue. Pas d’hematozoaires dans le 
sang. Dans cette derniere observation la gomme est apparue moins de 
huit jours apres l’arret du paludisme. 

Les observations que nous- rapportons et celles que nous avons 
trouvees dans la bibliographic suggerent plusieurs remarques : 

1 ° U apparition des gommes et autres accidents tertiaires est 
beaucoup plus frequente chez les P. G. apres impaludation que 
chez ceux qui ne sont pas traites. Ces gommes (obs. 4 et 5) arri- 
vent parfois tres vite a la phase de ramollissement. 

2° Par rapport a l’impaludation, ces accidents peuvent etre 
tardifs ou tres precoces. En prenant pour point de depart la fin 
du paludisme, nous pouvons etahlir le tableau suivant : 



SEANCE T>U 12 FEVRIER 1931 


159 


Accidents tardifs 

3 ans apres : arterite cerebrate (Guiraud et Caron). 

1 an 1/2 apres : gomme du pharynx (Kirschbaum). 

10 mois apres : gomme (Guiraud et Caron) 1 . 

5 mois apres : gomme (Leroy et Medako witch). 

4 mois apres : eruption psoriasiforme (Guiraud et Caron). 

Accidents precoces 

2 mois apres : gommes multiples (Markuszewicz). 

1 mois apres : gomme du pharynx (Pfeiffer). 

15 jours apres : gomme (Guiraud et Caron).- 

8 jours apres : gomme (Guiraud et Caron). 

Immediatement apres : gomme (Leroy et Medakowitch). 

Ce tableau est incomplet ; nous n’avons pu verifier la date 
d’apparition des accidents tertiaifes dans toutes les observations 
publiees. 

3° Chez un certain nombre de malades, — en particular dans 
nos observations 1, 2 et 4, — les reactions specifiques du serum 
au moment de l’apparition des accidents tertiaires sont faible- 
ment positives ou meme negatives. Le Wassermann en particu¬ 
lar est negatif, alors que la reaction de Meinicke est positive. 

4° L’apparition d’accidents tertiaires est assez difficile a expli- 
quer. Les premiers auteurs ont eu en vue surtout les modifica¬ 
tions histologiques de l’encephale ; ils ont constate la transfor¬ 
mation de la peri-vascularite diffuse en reactions gommeuses 
localisees. Gertsmann dit que le processus paralytique se trans¬ 
forme en processus syphilitique : Chevalier et Meyer disent que 
le paludisme tertiarise l’encephale, il cree de gros infiltrats, fait 
naitre des arterites et des peri-arterites actives. La malaria laisse 
evoluer la syphilis dans le type gommeux tertiaire, elle renvoie 
la syphilis au tissu conjonctif, et plus specialement a la peau. 

Comment peut s’effectuer cette reviviscence de la syphilis 
somatique ? Selon la theorie de Dujardin, la P. G., forme analler- 
gique de la syphilis cerebrale, peut etre transformee en syphilis 
allergique par le paludisme et les pyretogenes. Sans vouloir dis- 
cuter ici cette conception, nous croyons qu’on peut aussi penser 
a une hypothese presque inverse. 

La P. G., qui, malgre tout, est une inflammation active et dif¬ 
fuse de l’encephale, provoquerait dans le cerveau la formation 
d’anti-corps. Ces anti-corps pourraient passer a travers la bar- 
riere hemato-encephalique permeabilisee par la meninoite, et 


SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


proteger l’organisme contre les manifestations syphilitiques. Si 
la malaria arrete le processus intlammatoire, les anti-corps dimi- 
nuent ou disparaissent et la syphilis cutanee latente peut se 
manifester. Seules des recherches biologiqus prolongees pour- 
raient nous apporter des eclaircissements a ce sujet. 

5° Les complications tertiaires de la malariatherapie doivent ^ 
attirer l’attention des cliniciens. D’abord, leur localisation peut 
entrainer la mort du malade (arterite cerebrale). Ensuite, on doit 
traiter ces accidents le plus rapidement et le plus completement 
possible ; leur contagiosite est faible, sans doute, mais pas nulle. 
Quand la lutte contre la P. G. par le paludisme et les arsenicaux 
pentavalents est terminee, on doit considerer le malade comme 
un syphilitique ordinaire et le traiter par les arsenicaux trivalents 
et le bismuth, au moins jusqu’a ce que les reactions sanguines 
soient negatives. 

Syndrome dementiel presenile avec echolalie (Parente avec 

les syndromes pseudo-bulbaire et catatonique), par MM. 

P. Guiraud et M. Caron. 

Le malade que nous presentons a deja ete montre a la 
Societe par M. Guiraud et Mile Le Cannu(l) en fevrier 1930. 
A cette epoque nous attirions Fattention sur un syndrome 
dementiel presenile special dont nous avons apporte deux 
observations. II s’agit de malades chez lesquels, vers l’age de 
50 ans, se developpe un affaiblissement intellectuel progressif 
avec amnesie profonde, perseveration ideatoire et verbale 
conflnant a la palilalie, retrecissement de l’espace et du temps 
faisant vivre le malade dans un perpetuel present, euphorie 
avec defaut d’etonnement et inconscience de la maladie. 

Ces symptomes s’aecompagnent d’une atteinte discrete mais 
evidente du liquide cephalo-rachidien avec hyperalbuminose 
(0,50), reaction des globules legerement positive, ben join sub- 
positif du type 00000.02222.22100. 

II est possible qu’il s’agisse de syphilis torpide des centres 
nerveux, le malade que nous presentons aujourd’hui pour la 
seconde fois ayant eu au debut de sa maladie un ictus incon¬ 
testable et conservant de Finegalite pupillaire. 

Cliniquement nous avions montre la parente et les differen- 

(1) P. Guiraud et M Ue Le Cannu. — Syndrome dementiel presenile avec 
atteinte du liquide cephalo-rachidien. (Ahnales Medico-Psychologiques, n° 3, 
mars 1930). 



SEANCE DU 12 FEVRIER 1931 


161 


ces de ce syndrome, avec la presbyophrenie et la maladie de 
Korsakoff. 

Depuis l’annee derniere la demence de notre sujet s’est rapidement 
accentuee. Les idees stereotypees que le malade repetait sans cesse 
se sont evanouies peu a peu, les notions d’espace et de temps qui 
existaient encore pour le present immediat ont presque entierement 
disparu ; notre malade ne se rappelle rien, il ne peut plus retrouver 
sa place au lit ou a table. II ne parle presque plus. 

Deux symptomes nouveaux sont apparus : 1° une echolalie remar- 
quable ; 2° des troubles de la mimique. 

D’abord est survenue une palilalie simple typique. 

D. — Vous rappelez-vous avoir tue des Allemands pendant la 
guerre ? 

R. — J’en ai tue 200 boches. 

D. — A quel endroit ? 

R. — A quel endroit? J’en ai tue 200 boches, 200 boches, 200 boches. 

D. — Oil les avez-vous tues ? 

R. — Oil les avez-vous tues ? 200 boches, 200 boches, 200 boches. 

Progressivement la palilalie fait place a Pecholalie. 

D. — Assegez-vous. 

R. — Assegez-vous, assegez-vous. 

D. — Quelle est la couleur des feuilles des arbres ? 

R. — Feuille des arbres. 

D. — De quelle couleur ? 

R. — De quelle couleur, quelle couleur. 

D. — Megacargocgte. 

R. — Cargocgte, etc. 

Les repetitions ont lieu sans aucun ton expressif. Elies sont tres 
differentes des repetitions pseudo-echolaliques de certains debiles ou 
confus qui repetent les questions pour les mieux comprendre. Comme 
intonation elles rappellent celle des hebephreniques. 

A l’echolalie s’ajoute de l’echographie. 

On met entre les doigts du malade un porteplume pour voir s’il est 
encore capable de dessiner. 

D. —- Dessinez un poisson. 

R. — Le malade ecrit : « Deccime unn poissonnn unn poissonn ». 

D. — Dessinez une pipe. 

R. — ( par ecrit) Dissimme unne pipe. Diss. 

II y a a la fois echographie et paligraphie verbale et litterale. R est 
curieux de constater que la division du discours en mots est conservee. 

Les troubles de la mimique ont ete progresses. 

Au debut le malade riait trop mais avec nettete. Maintenant chaque 
fois qu’on attire son attention, sa face se transforme pour pren-. 
dre une expression etrange intermediaire entre le rire et le pleu- 
rer ; cette expression persiste indefiniment sans jamais arriver au 
rire ou au pleurer franc. 

Ann. med.-psych^ 13 e seree, t. I. — Fevrier 1931. 


11 . 



162 


SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


L’elocution est nette et vigoureuse sans aucune dysarthrie. La mas¬ 
tication et la deglutition sont normales. 

, Les reflexes rotuliens sont vifs, le reflexe achilleen gauche est tres 
affaibli. 

Pas de signes de la serie pyramidale. 

Pas de troubles de la sensibilite. Legere atrophie de la langue pre¬ 
dominant a droite. 

Nous apportons encore une autre observation, de syndrome 
dementiel presenile avec atteinte legere du liquide cephalo- 
rachidien qui nous permet de mettre en relief d’autres sympto- 
mes interessants. 

II s’agit d’un malade qui a Page de 52 ans presente un affaiblisse- 
ment dementiel rapide avec etourdissements, vertiges, sans perte de 
connaissance. Trois ans apres, il a un ictus apoplectiforme a la suite 
duquel sont survenus les symptomes decrits en ces termes par son 
fils : « Quand il s’est reveille de cette attaque il parlait moins, non 
pas a voix basse ni embrouillee, mais il audit tendance a repeter les 
mots, trois ou quatre fois. Il mangeait presque sans reflexion et 
pleurait facilement. Il n’etait pas paralyse et pouvait aider a mettre 
la table, mais quand il faisait quelque chose il n’en finissait pas ; s’il 
prenait son petit-fils dans ses bras pour l’embrasser il ne l’aurait 
jamais repose si nous n’etions pas intervenus. » 

Au moment de Pentree dans le service l’aspect du malade a change. 
Indifference complete au monde exterieur, incomprehension, inacti¬ 
vity, mutisme absolu, amimie. Hypertonie generalisee avec opposition. 
Bradykinesie. Mouvements iteratifs interminables (balancement du 
tronc, friction des genoux). 

Hypoesthesie accentuee. Pas de trouble de la deglutition. Reflexes 
semblant vifs mais masques par l’hypertonie. Pas de signes de la 
serie pyramidale. Tension arterielle normale. Liquide cephalo-rachi- 
dien : albumine, 0,60 ; Pandy, traces ; Weichbrodt, traces ; leuco., 0,4; 
benjoin : 00000.02222.00000. Wassermann et Meinicke negatifs. 

Au cours du traitement, le malade presente des crises sudorales tres 
intenses, generalisees a tout le corps, avec forte reaction pilomotrice. 
Puis surviennent des troubles trophiques de la main gauche qui 
s’epaissit avec effacement des plis, la peau devient fine et lisse. 

Finalement le malade decede d’escbare sacree. L’autopsie n’a pu 
etre pratiquee. 

Dans ce cas, il faut faire remarquer : 1° le debut par de la palilalie ; 
2° la substitution du mutisme absolu a la palilalie simple ; 3° la 
coexistence de l’amimie (veritable facies de cadavre) et du mutisme ; 
4° Patteinte legere du liquide cephalo-rachidien. 

Le syndrome que nous venons de decrire doit etre compare 
surtout quant aux troubles du langage avec le syndrome pseudo- 



SEANCE DU 12 FEVRIER 1931 


163 


bulbaire. G. Levy (1), etudiant les troubles de la parole des 
pseudo-bulbaires, en distingue trois ordres : les troubles du 
rythme et de Fintonation, les troubles de F articulation des mots 
et enfin la palilalie « se manifestant comme une sorte de disso¬ 
ciation entre la parole volontaire et la parole automatique ». Elle 
montre bien que ce trouble peut etre associe a un etat de 
decheance mentale mais peut aussi coincider avec un etat psychi- 
que sensiblement normal et qu’on ne peut en aucune maniere 
l’expliquer par la presence d’un trouble mental proprement dit. 
Gabrielle Levy signale les rapports de la palilalie et de Fecholalie. 
Pick admet que les deux phenomenes ne constituent qu’un seul 
et meme trouble. G. Levy cite deux cas d’encephalite parkin- 
sonienne dans lesquels la palilalie a evolue vers le mutisme 
absolu. Notre seconde observation leur est comparable. Nous 
ajoutons que ce mutisme coincidait avec une amimie totale. 

Si la palilalie s’observe de temps en temps chez les pseudo- 
bulbaires, elle est cependant chez eux un phenomene fortuit, 
surajoute, different comme mecanisme de la dysarthrie et de 
l’atteinte de la melodie de la voix. Dans nos observations les 
troubles de la mimique emotive se rapprochent simplement du 
rire et du pleurer spasmodique sans atteindre son intensite et 
sans caractere spasmodique bien marque. 

D’un autre cote, on est frappe par l’analogie entre certains 
symptomes de nos malades et ceux de serie catatonique. 

A considerer les symptomes isolement Fecholalie catatonique 
et Fecholalie des pseudo-bulbaires qu de nos syndromes demen¬ 
ti els sont exactement identiques. La palilalie simple ne differe 
que de nom avec la stereotypie verbale. Nous en fournissons 
d’ailleurs la demonstration avec notre premiere observation. 
Dans ce eas, il y a eu au debut stereotypie ideique, stereotypie 
des formules verbales, puis passage insensible a la palilalie sim¬ 
ple typique. Enfin nous avons plusieurs fois constate chez les 
catatoniques la grande palilalie avec tachyphemie et aphonie. On 
ne peut done pas opposer, comme le voulait Dupre, stereotypie et 
palilalie en disant que la premiere est la repetition d’idees, la 
seconde repetition de mots. On a meme le droit de se demander 
si des le debut les idees ne se reproduisaient pas dans l’esprit du 
malade pour la raison que leur expression verbale avait deja 
tendance a se reproduire. On peut aussi se demander si la ten¬ 
dance pathologique a l’iteration ne se realise pas en meme temps 

(1) G. Levy. — Les troubles de la parole au cours des etats pseudo-bulbaires.- 
(ReDue Neurologique, seutembre 1930, p. 289). 


164 


SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


dans l’ordre ideique, verbal et praxique. Les memes reflexions 
doivent etre faites pour le mutisme. Le facies hermetique, insen¬ 
sible a toute sollicitation exterieure, le mutisme absolu rappellent 
l’aspect des catatoniques en stupeur ; le rire fige, la mimique 
paradoxale intermediate entre le rire et le pleurer s’observent 
egalement chez les catatoniques. II faut done en psychiatrie ajou¬ 
ter aux formes semiologiques du mutisme, un mutisme primiti- 
vement neurologique, apparente a la palilalie, tres different du 
mutisme des delirants, des melancoliques, des confus. Dans un 
travail anterieur, Guiraud et Daussy(l) avaient deja rapporte de 
nombreuses observations d’encephalites epidemiques et chroni- 
ques et de syndromes dementiels seniles ou preseniles avec symp- 
tomes de la serie catatonique (echolalie, echopraxie, manierisme, 
mouvements stereotypes, catatonie polymorphe) 1 2 . Guiraud (2) a 
soutenu que la plupart des symptomes catatoniques sont primi- 
tivement neurologiques ; il a montre l’interet des idees emises 
par Logre et par Bernadou, a savoir que les troubles primitifs de 
l’activite motrice peuvent retentir secondairement sur le psy- 
chisme et perturber sa genese et son activite. Le voisinage (et non 
Tidentite) d’une grande partie du syndrome dit catatonique avec 
d’une part le syndrome parkinsonien et d’autre part le syndrome 
pseudo-bulbaire nous parait encore confirme par les nouveaux 
faits que nous apportons. 

M. Baruk. — Nous avons observe, dans le service de M. Claude, 
trois malades comme celui-ci. L’un d’eux vient de mourir 
nous laissant un cerveau sur lequel nous allons faire des recher- 
ches. Ces cas permettent de conclure a la possibility de saisir, 
chez des sujets differents, le passage du syndrome catatonique 
au syndrome pseudobulbaire, et de trouver ces deux syndromes 
combines chez le meme sujet. 

M. Claude. — J’ai pu, avec mon interne Codet, suivre revolu¬ 
tion d’un tel syndrome chez un individu dont nous avons publie 
1’observation, Le premier signe constate fut l’echolalie qui avant 
tout autre trouble mental fit renvoyer de sa place cette domesti- 
que. Puis apparurent la tachyphemie et l’apraxie. Finalement 
elle sombra dans une demenee pseudo-bulbaire complete. Et les 
lesions que nous constatons, loin d’etre localisees, etaient extre- 
mement diffuses. 

(1) P. Guiraud et H. Daussy. — Syndrome catatonique et lesion des noyaux 
gris centraux. (Annales Medico-Psychologiques, janv. 1924, p. 130). 

(2) P. Guiraud. - Conception neurologique du syndrome catatonique. (Enc., 

1924, p. 571). ■ v • 


SEANCE DU 23 FEVRIER 1931 


165. 


Peut-etre, comme je m’y suis efforce dans une lecon, peut-on 
tenter, en ce qui concerne les troubles du langage, d’etablir une 
superposition entre ceux des dements paranoides et ceux des 
aphasiques, c’est-a-dire des organiques, et admettre qu’une alte¬ 
ration dynamique peut entrainer la meme perturbation fonction- 
nelle qu’une alteration organique de la meme region. On pourrait 
invoquer une analogie avec le spasme, perturbation organique 
passagere qui, des qu’il a cesse, ne laisse aucun trouble derriere 
lui. Mais ce n’est qu’une hypothese. 

M. Guiraud. — Comme autre auteur ayant tente'un parallele 
entre les troubles mentaux des aphasiques et des hebephreniques, 
il faut citer Pfersdorff qui s’efforce de noter leurs nombreuses 
ressemblances. 

La seance est levee a 11 heures 45. 

Le Secretaire des seances, 
Paul Courbon. 


Seance du Lundi 23 Fevrier 1931 


Presidence de M. MARCH AND, vice-president 


Adoption du proces-verbal des seances de mars. 

Correspondence 

La correspondance manuscrite comprend : 

une lettre de M. le Prof. H. Claude, president, qui s’excuse de ne 
pouvoir assister a la seance ; 

une lettre de M. le D r Al. Paris, ancien charge de cours a la Faculte 
de Medecine de Nancy, Medecin-Chef honoraire de l’Asile de Mare- 
ville, qui s’excuse et exprime ses regrets de ne pouvoir assister aux 
seances ; 

des lettres de MM. les D rs G. Lerat et J. Sizaret qui s’excusent de 
ne pouvoir assister a la seance ; 

des lettres de Mme le D r Thuillier-Landry, de MM. les D. rs Paul 
Abely, Henri Baruk, Borel, Buvat, Ceillier, Codet, Collet, Har- 



SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


tenberg, Pierre-Kahn, Noel Peron, Targowla et Yinchon qui remer- 
cient la Societe de les avoir elus membres titulaires ; 

une lettre de M. le D r Desruelles qui remercie la Societe de l’avoir 
elu membre correspondant ; 

des lettres de M. le Professeur Abadie, de Bordeaux, de M. le 
D T Ch. Blondel, Professeur a la Faculte des Lettres de Strasbourg, 
de M. le Professeur P. Combemale, de Lille, Medecin-Chef de la Maison 
de Sante de Bailleul, de M. le D r A. Cullerre, Directeur-Medecin 
honoraire de l’Asile de La Roche-sur-Yon, et de M. le D r M. Olivier, 
Directeur-Medecin de la Maison Departementale de Sante de Blois, qui 
posent leur candidature a Pune des places de membre titulaire non 
residant dont la Societe a decide la creation a la seance du 26 janvier; 

une lettre du D 1 ' Ch. Grimbert (de Paris) qui demande a faire partie 
de la Societe au titre de membre correspondant national. La Societe 
designe une commission composee de MM. Rogues de Fursac, Maillard 
et Vinchon, rapporteur. Le vote aura lieu a la seance du lundi 
30 mars ; 

une lettre du D r Rene Semelaigne qui, a l’occasion des modifica¬ 
tions faites aux Statuts de la Societe, demande que les membres 
honoraires qui le desirent puissent continuer a verser la cotisation. 

A l’unanimite, la Societe, consultee, decide d’accepter cette 
demande et d’inserer dans les Statuts le texte suivant : 

« La cotisation des membres honoraires est facultative. Lorsque, 
sur leur demande, ils versent cette cotisation, ils continuent comme 
les membres titulaires d. recevoir le Bulletin de la Societe. » 

une lettre du D r Rene Charpentier, Secretaire permanent du 
Congres des' alienistes et neurologistes de France et des pays de 
langue francaise, qui, au nom du Comite permanent ~du Congres, 
invite 1st-Societe a se faire representer a la 35 e session qui aura lieu a 
Bordeaux du 7 au 12 avril 1931, sous la presidence du D r Pactet, 
Medecin-Chef honoraire des Asiles de la Seine. 

La Societe /decide de se faire representer a cette session par 
MM. Henri Claude, president, Marchand, vice-president, Rene Char¬ 
pentier, secretaire general, Raymond Mallet, tresorier, Courbon et 
Demay, secretaires des seances, et Dupain, ancien president. 

Reception de nouveaux membres correspondants nationaux 
et de nouveaux membres associes etrangers 

Conformement aux decisions prises anterieurement par la Societe 
a l’occasion de la fusion des Societes psychiatriques, sont nommes : 

1° Membres correspondants nationaux 

MM. Frantz Adam (de Rouffach), Paul Delmas (d’lvry-sur-Seine), 
Gouriou (de Maison-Blanche), J. Hamel (de Mareville), et Lamache 
(de Rennes). 


SEANCE DU 23 FEVRIER 1931 


167 


2° Membres associes etrangers 

MM. Fernando Gorriti (de Buenos-Aires), Lucio Vicente Lopez (de 
Buenos-Aires), Hector M. Pinero (de Buenos-Aires), R. Weber (de 
Geneve). 

Le delai accorde aux membres correspondants nationaux des deux - 
Societes dissoutes est expire depuis le 15 fevrier. II ne pourra done 
plus etre recu de demande description nouvelle basee sur la fusion 
des Societes. 

Le delai accorde aux membres associes etrangers des deux Societes 
dissoutes pour demander leur inscription sur la liste des membres 
associes etrangers de la Societe Medico-Psychologique expirera seule- 
ment le 30 juin 1931. 

Fixation de la date des Seances du mois de mars 

Conformement aux decisions prises anterieurement, la seance sup¬ 
plemental aura lieu le jeudi 12 mars, a 9 heures 1/2, a PAsile Clini¬ 
que (Ste-Anne), dans 1’Amphitheatre de la Clinique de la Faculte. 

Conformement au reglement, la seance ordinaire aura lieu le 
cinquieme lundi 30 mars, au siege de la Societe. 

Modification de la date des seances ulterieures 

Mais, a l’unanimite des membres presents, la Societe decide qu’en- 
suite la seance ordinaire aura lieu 12, rue de Seine, a 4 heures, 
le quatrieme lundi de chaque mois (sauf en aout et septembre), au 
lieu du dernier lundi de chaque mois. 

Bulletin de la Societe 

Le Secretaire general rappelle que pour assurer la publication 
rapide et reguliere du Bulletin, il est indispensable que le texte 
dactylograipbie des communications soit remis par les auteurs, avant 
ia ^n de la seance. 

II rappelle egalement que dans sa seance du 27 octobre 1919, la 
Societe a decide que la place reservee dans le Bulletin a chaque 
communication nc devra pas depasser six pages d’impression (sinon 
aux frais des auteurs, decision du 27 decembre 1920). 

Declaration de vacance de 2 places de membre titulaire residant 

Deux places de membre titulaire residant sont declarees vacantes 
par suite de la demission du D r Bonnet et de Selection a l’honorariat 
du D r Seglas. 


168 


SOCIETE MEDICO-PSYCEOLOGIQUE 


L’election aura lieu a la seance du lundi 27 avril 1931. Lejs candida¬ 
tures devront etre adressees au D ; r Rene Charpentier, secretaire gene¬ 
ral, avant le 30 mars. 

Election d’un membre correspondant 

Apres lecture d’un rapport de M. Senges au nom'd’une commission: 
composee de MM. Rogues de Fursac, Guiraud et Senges sur les titres. 
de M. le D' r Villey-Desmeserets, candidat au titre de membre corres¬ 
pondant national, il est procede au vote. 

M. le D T Villey-Desmeserets est elu membre correspondant de la 
Societe Medico-Psychologique par 22 voix sur 23 suffrages exprimes.. 


COMMUNICATIONS 

A propos de la communication sur ^intervention judiciaire= 
dans le placement des alienes faite par MM. Xavier et Paul 
Abely a la seance du 26 janvier, par M. Raynier. 

M. Raynier. — J’ai lu avec toute P attention qu’elle merite la 
communication de MM. X. et P. Abely, qui va me permettre de 
suivre avec interet et profit la discussion qui va s’ouvrir. 

Bien que je n’y puisse prendre part et que j’aie le souci de ne 
pas la retarder, je sais repondre au desir d’un certain nombre de- 
nos collegues en apportant avant tout debat quelques breves pre¬ 
cisions sur les projets de textes legislates aujourd’hui en ques¬ 
tion. 

L’intervention de la magistrature — dont il s’agit — n’est, on 
le sait, pas une nouveaute. Elle avait ete prevue, sous diverses. 
modalites, dans les projets ou propositions de loi elabores entre 
les deux guerres. Lors des discussions du rapport de M. Strauss,, 
en 1913, elle avait donne lieu a une nouvelle consultation de nos. 
societes scientifiques, et nombre d’entre vous se souviennent 
qu’elle avait rencontre, a cote d’adversaires tels que Gilbert 
Ballet, des non-opposants ou des partisans, tels que Magnarn 
et notre regrette secretaire general Henri Colin. 

Elle vient d’etre adoptee, sur proposition du Minis trc des 
Colonies et du Garde des sceaux, par Particle 10 du Decrel du 
16 juillet 1930, relatif a l’assistance psychiatrique en Indo-Chine , 
publie par VAlieniste francais de novembre 1930, decret qui a 
« incorpore a la loi fondamentale de 1838 certaines dispositions, 
etudiees au Parlement au cours de ces dernieres annees ». 



SEANCE DU 23 FEVRIER 1931 


Article 13 du erojet en cours de discussion devant le 
Senat : Quoi qu’il en soit de ces dispositions anterieures, Parti¬ 
cle 13 du rapport 1928 de M. Strauss a ete, sous le titre II, sec¬ 
tion I, des placements volontaires et spontanes, redige comme 
suit : 

« A toute epoque, s’il le juge utile, mais necessairement au 
bout de six mois, le procureur de la Republique saisit le Tribunal, 
qui delibere en chambre du Conseil sur la necessity du maintien 
de Vinternement. 

« Extrait du jugement, avec, s’il y a lieu, copie du rapport 
medico-legal, sera transmis au Prefet du lieu de Vetablissement. » 

Cet article a retenu P attention des Commissions, et je tiens a 
rassurer MM. Abely. Leur point de vue n’a pas ete ignore. Pour 
ne parler que de l’Amicale, les medecins d’asile consultes ont fait 
connaitre oralement, devant la Commission senatoriale et par 
une note ecrite, pourquoi la mesure projetee « peut-etre desira¬ 
ble pour les placements d’office », lui semblait, « par contre, pour 
l’aliene et sa famille, inutile, prejudiciable et inoperante ». 

Par ailleurs, au cours de la discussion generale en seance 
publique du 20 novembre 1930, M. le senateur Lebert, qui a 
rendu aux psychiatres un hommage remarque, a mis tres bril- 
lamment en lumiere qu’il etait, au surplus, tres douteux que les 
mesures de Particle 13 presentent des garanties de la liberte indi- 
viduelle superieures a celles donnees par l’ensemble de la loi de 
1838 et par son important article 29. C’est, pour le dire en pas¬ 
sant, la theorie que nous avons soutenue, moins eloquemment, 
avec l’ami Beaudouin, dans notre ouvrage « L’aliene et les asiles 
d’alienes ». 

Amendement a l’article 13 : De leur cote, MM. les senateurs 
Labrousse, Delpierre et Violette ont depose un amendement ten- 
dant a la modification du dit article 13 comme suit : 

« A toute epoque, s’il le juge utile, et pour la premiere fois 
necessairement dans le delai de trois mois qui suivra Ventree 
dans un etablissement public ou prive, le procureur de la Repu¬ 
blique du siege visitera Vinterne et pourra saisir le Tribunal, qui 
deliberera en chambre du Conseil sur l’opportunite de la sortie. 

« Extrait de la decision avec, s’il y a lieu, copie du rapport 
medico-legal, sera transmis au Prefet du lieu de I’etablisse- 
ment. » 

Nouvel article 13 : Le texte de cet amendement a ete repro- 


170 


SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


duit dans une nouvelle redaction de l’article 13, qui comporte, 
en outre, un 3 e alinea ainsi concu : 

« En tout etat de cause, cette deliberation en chambre du 
Conseil devra intervenir a l’expiration du delai de six mois. » 

C’est lui que Ton retrouvera dans le rapport supplemental 
1931 de M. Strauss, au nom de la Commission de l’hygiene, de 
l’assuranee et de la prevoyance sociales du Senat, et qui s’offrira 
vraisemblablement aux debats parlementaires. 

M. Heuyer. — MM. X. et P. Abely, dans leur discussion du 
projet de loi qui concerne la reforme) de la loi de 1838, et qui est 
actuellement soumis a la Commission d’hygiene et d’assistance 
du Senat, se sont eleves « avec force » contre « l’intervention 
judiciaire systematique, prealable a l’internement volontaire ». 
Ils ont essaye de demontrer que cette mesure serait « pernicieuse 
aux malades, a leur famille et a la dignite des alienistes ». Ils 
ont demande a la Societe Medico-Psychologique d’intervenir 
avant le vote de ce projet de loi pour « donner une opinion par- 
ticulierement qualifiee », 

II y a eu au Senat, en discussion, un projet de loi dont le rapport 
a ete fait par M. Strauss. Je pense que c’est bien le rapport de 
M. Strauss que MM. Abely ont vise. Or, je n’ai pas vu explicite- 
ment exprime, dans le rapport Strauss, que « tout placement 
asilaire de type volontaire, meme lorsque le malade n’est pas pro- 
testataire, ne deviendrait effectif qu’apres un jugement obliga- 
toire rendu par un Tribunal ». 

Ces termes ne sont employes dans aucun article du rapport 
Strauss. D’ailleurs, les considerations generates que presentent 
MM. Abely ne paraissent viser aucun des articles du pro jet, puis- 
qu’ils n’en citent aucun. 

Dans le rapport Strauss, l’article 9 determine les formalites 
a remplir pour placer un malade dans un asile public ou prive. 
Cet article precise les conditions de l’internement volontaire. II 
ne montre pas trace de l’intervention judiciaire systematique au 
debut de l’internement. II n’y est pas fait mention d’un jugement 
obligatoire rendu par un Tribunal. A noter que cet article pre¬ 
sente une innovation : A l’avenir, les malades necessiteux, s’ils 
ne compromettent pas l’ordre public et la securite des personnes, 
pourront etre places par les autorites administratives (maires, 
commissaires de police) en placement volontaire et non obliga- 
toirement en placement d’office. 

L’article 37 specifie 1’intervention du Tribunal du lieu, lorsqu’il 



SEANCE DU 23 FEVRIER 1931 


171 


s’agit de la sortie d’un malade interne dans un etablissement de 
surete. Cet article concerne les criminels alienes, internes dans 
un asile de surete. L’internement volontaire n’est pas en cause. 

L’article 43 indique que « toute personne, placee ou retenue 
dans un etablissement d’alienes, son tuteur, si elle est mineure..., 
etc..., etc..., pourront, a quelque epoque que ce soit, se pourvoir 
devant le Tribunal du lieu de la situation de l’etablissement qui, 
apres les verifications necessaires, ordonnera, s’il y a lieu, la sor¬ 
tie immediate..., etc..., etc... ». 

Le premier paragraphe de cet article est la reproduction du 
premier paragraphe de l’article 29 de la loi de 1838. Le deuxieme 
paragraphe de cet article est une innovation : L’interesse lui- 
meme, qui a demande son internement, peut, s’il s’estime gueri, 
saisir l’autorite judiciaire. 

A ce sujet, M. Anglade a declare dans la discussion que, dans 
le projet de loi, l’intervention de la justice est fixee a l’echeance 
de six mois apres l’internement. II a ajoute que c’est un recul 
par rapport a l’organisation actuelle, qui permet cette interven¬ 
tion des le premier jour, conformement a Particle 29 de la loi de 
1838. 

Or, Particle 29 de la loi de 1838 est contenu, a peu pres tout 
entier, dans Particle 43, et, par consequent, continue a jouer. 

D’apres l’intervention de M. Anglade, c’est Particle 13 du pro¬ 
jet de loi qui est vise dans la communication de MM. Abely, quoi 
que ceux-ci ne l’aient pas specifie. 

Get article 13 declare : A toute epoque, s’il le juge utile, mais 
necessairement au bout de six mois, le Procureur de la Republi- 
que saisit le Tribunal, qui delibere en chambre dii Conseil sur 
la necessite du maintien de l’internement. 

Or, dans les commentaires qui sont aux pages 32, 33 et 34 du 
projet, le rapporteur dit expressement qu’il s’agit d’une proposi¬ 
tion transactionnelle. Un texte anterieur de M. Dubief prevoyait 
l’intervention judiciaire des les formalites remplies au moment 
du certificat de quinzaine. Le rapporteur, lui-meme, fait a ce 
texte toutes les critiques que MM. Abely ont faites dans leur 
communication : impossibility materielle d’execution, si le Pre¬ 
sident du Tribunal, ou le Tribunal meme, doit statuer sur chaque 
internement ; — necessite d’accroitre le nombre des magistrats 
dans des proportions considerables ; — incompetence des magis¬ 
trats pour juger d’une affection mentale. 

Le rapporteur insiste sur ce fait qu’au bout de six mois beau- 
coup de malades mentaux sont gueris, et il n’est pas necessaire 
de faire intervenir le Tribunal pour un internement qui a ete 


172 SOCIETE MEDIC0-PSYCH0L0G1QUE 

momentane. La proposition est un texte transactionnel qui 
distingue entre le placement provisoire et le placement definitif. 

Apres la lecture des articles du pro jet de loi et de ses com- 
mentaires, je ne vois pas que eet article 13 contienne ce qui fait 
le snjet de la communication de MM. Abely : « L’intervention 
judiciaire systematique prealable a tout internement volon- 
taire. » L’internement volontaire est effectue depuis six mois 
lorsque le pouvoir judiciaire intervient pour juger de l’opportu- 
nite du maintien de Finternement. 

Mais, meme si « cette intervention judiciaire prealable a tout 
internement volontaire » existait, il ne me parait pas demontre 
que cette mesure soit « inutile, inefficace et nefaste ». 

Les auteurs declarent que nos legislateurs sont obsedes par 
la phobie de Finternement arbitraire. Or, a la lecture du projet 
de loi, il ne semble pas que ceux qui Font inspire et redige 
croient vraiment a la realite des sequestrations arbitraires. A la 
page 29, le rapporteur parle des detracteurs systematiques de 
la Loi de 1838 en des termes tels qu’il ne parait pas accepter 
sans discussion la chimere des internements arbitraires. 

Je ne partirai pas non plus en guerre contre cette chimere. 
Avec mes collegues de FInfirmerie speciale, j’ai ete assez souvent 
accuse de faire des internements arbitraires pour connaitre la 
valeur de eette accusation. La demonstration de l’inexistence 
jdes internements arbitraires me parait inutile. 

Il est possible que Fintervention judiciaire proposee dans le 
placement des alienes ait sa cause dans cette crainte vaine de 
Finternement arbitraire. Mais si cette intervention etait realisee, 
la preuve n’est pas donnee qu’elle serait « inutile, inefficace et 
nefaste ». 

D’abord, je ne vois pas en quoi le controle judiciaire porterait 
atteinte a la dignite des alienistes. J’estime a un haut degre la 
dignite du medecin en general. Comme mon Maitre Dupre, je 
pense que la psychiatrie est l’epanouissement de la science medi- 
cale et qu’elle exige la reunion des qualites superieures dii 
medecin. Mais,-comme psychiatre, ma dignite n’est pas atteinte, 
si, apres que j’ai formule mon avis medical, le certiflcat d’inter- 
nement que j’ai redige est soumis au Prefet de Police qui prend 
la responsabilite de Finternement d’office ; si, apres que j’ai 
donne un avis dans une expertise, le Procureur de la Republique 
ne me suit pas dans mes conclusions ; si, dans les examens 
medico-psychologiques de Fresnes, le Tribunal des Mineurs 
n’admet pas mes propositions. Le role du medecin est de donner 
un avis consultatif d’expert. Son role n’est pas de prendre une 


SEANCE DU 23 FEVRIER 1931 


173 


decision. Si demain la decision de l’internement etait reservee 
au Tribunal, je ne vois pas pourquoi la dignite de l’alieniste 
serait atteinte. 

Je ne vois pas non plus pourquoi cette decision serait nefaste. 
Nefaste pour qui ? . 

_ Pour le malade ? C’est son sort d’abord qui doit nous preoecu- 
per. Cette decision, disent MM. Abely, aggrave la tare de l’in¬ 
ternement : « De par la loi, le placement meme pour les mala¬ 
des curables s’appellera definitif. » II me semble que les auteurs 
ont neglige dans la discussion un element essentiel. Pour les 
malades curables, il y a dans le projet de loi. Particle 57 qui 
donne un statut aux services ouverts. 

II faut, en effet, voir le projet de loi dans son ensemble. Les 
services ouverts qui ont, pour la premiere fois, une existence 
legale, paraissent indiques pour recevoir les malades curables, 
peut-etre sous la reserve de certaines formalites administratives 
qui seront a preciser. 

Je ne comprends pas, en tout cas, comment l’intervention de 
l’autorite judiciaire sera de « retarder Finternement jusqu’a 
des limites fatales a la guerison ». Comment Finternement est-il 
necessaire a la guerison des malades ? L’internement est utile 
pour des raisons administratives, mais peut-on soutenir qu’il 
Test pour des raisons therapeutiques ? Les soins medicaux 
peuvent etre donnes dans un hopilal, dans un service ouvert, 
tout aussi bien que dans un asile, apres internement. Le fait de 
retarder Finternement judiciaire ne parait guere compromettre 
les soins a donner aux malades, d’autant plus qu’en realite, Fin¬ 
ternement administratif aura deja ete realise. 

Je ne vois pas non plus comment cette mesure retarde Finter¬ 
nement jusqu’a des limites dangereuses pour la securite publi- 
que. Le medecin sera toujours libre de provoquer Finternement 
d’oflSce quand le malade sera dangereux pour lui-meme ou la 
securite des personnes. 

Dans la discussion, M. Trenel a declare que Finternement par 
les magistrats entraine la suppression de l’appel contre la deci¬ 
sion de sequestration. Mais, il y a dans l’autorite judiciaire des 
juridictions a des degres divers et des possibilites d’appel. 

En d’autres pays, cette intervention judiciaire existe. A Bos¬ 
ton, dans l’Etat de Massachusetts, qui est le plus europeen des 
Etats americains, j’ai vu appliquer les formalites d’interne- 
ment a l’hopital psychiatrique du Professeur Campbell : les 
malades restent en observation a l’hopital psychiatrique de 3 a 
10 jours, et pour decider de Finternement, il faut un certificat 


174 


SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOG1QUE 


de deux medecins et l’avis d’un magistrate Les malades pour 
lesquels est prise, dans les conditions que j’indique, une decision 
d’internement, ne paraissent pas souffrir de l’intervention du 
magistral et les medecins ne se croient pas diminues par cette 
intervention de Fautorite judiciaire. 

Vraiment, je ne vois pas comment l’intervention, meme pre- 
coce, des magistrats dans l’internement pourrait etre nefaste aux 
malades. 

Dans bien des cas, elle pourrait etre utile aux medebins. 

Actuellement, le medecin n’est pas protege. 

II n’est pas protege contre le malade. Un aliene processif peut 
attaquer en dommages-interets le medecin qui Fa interne. Cela 
s’est vu. Un malade vindicatif rend responsable de son interne- 
ment le medecin. L’exemple recent du Professeur Raviart, apres 
beaucoup d’autres, montre le sort qui est souvent reserve au 
psychiatre. Tous, nous avous dans nos dossiers des menaces de 
mort que nous avons recues de malades internes par nous. C’est 
un risque professionnel. Mais ce risque donne au medecin le 
droit de formuler un avis quand on discute les formalites de 
Finternement. 

Le medecin n’est pas, non plus, protege contre ses confreres. 
II arrive qu’un malade, dument interne, obtienne, meme d’un 
psychiatre, un certificat d’integrite mentale qui servira dans une 
revendication contre le medecin responsable de Finternement. 
Cela se voit. 

Le medecin n’est pas protege contre la presse. Dans les cam- 
pagnes contre les pseudo-internements arbitrages, c’est toujours 
le medecin qui est attaque sans qu’il lui soit possible de repondre 
puisqu’il est lie par le secret professionnel. 

Le medecin enfin, n’est pas protege contre les administrations 
qui, avec ensemble, se dechargent sur lui de toute responsabilite 
et ne se genent pas pour le critiquer au moindre incident. 

II y a done pour le medecin des risques divers. 

Si les magistrats veulent partager ces risques ou les assumer 
en totalite, je ne sais pas pourquoi, nous chercherions a les priver 
de ce plaisir. 

Le medecin se limitera a son role d’expert, je vois ce qu’il y 
gagnera, je ne vois pas ce qu’il y perdra. 

M. Courbon. -— Tout en pensant, avec M. Heuyer, que la dignite 
du medecin n’est pas atteinte par une decision du juge contraire 
a son avis, j’adopte les critiques faites par MM. Abely et je pense 
les illustrer d’une facon opportune en rapportant "un fait tout 


SEANCE DU 23 FEVRIER 1931 


175 


recent, datant de quelques mois seulement, qui prouve le danger 
qu’a l’heure actuelle l’initiative des magistrats en matiere d’in- 
ternement peut faire encore courir a la securite publique. 

II s’agit d’une femme de 50 ans, atteinte d’aphasie motrice 
depuis une vingtaine d’annees, et de delire de persecution depuis 
une dizaine d’annees. Elle avait ete internee dans mon service de 
Stephansfeld en 1924, a la suite d’une agression avec revolver 
arme sur sa mere, par qui elle se croyait persecutee. A la fin de 
1924, le mari ayant change sa situation d’Alsace pour une situa¬ 
tion a Paris, retira sa femme, et, a force de patience et de com¬ 
plaisance, parvint a la garder, quoique delirante, dans son domi¬ 
cile de la banlieue parisienne. Entre autres extravagances qu’il 
tolerait, il se laissait enfermer a clef chaque nuit dans une cham- 
bre par sa femme, qui s’enfermait dans une autre. En 1929, l’agi- 
tation ayant apparu, le mari, sachant qu’entre temps j’avais ete 
nomme a Vaucluse, demanda et obtint que la malade fut internee 
dans mon service. 

Celle-ci y vint de bonne grace, et s’adapta parfaitement. Mais 
sa mere, elle-meme paranoiaque et senilisee, oubliant les mena¬ 
ces de mort de sa fille, se mit a protester contre cet internement, 
a venir au parloir faire du scandale, accusant son gendre, qui 
est, en realite, le meilleur et le plus pacifique des hommes, des 
pires infamies, et notamment de sequestrer arbitrairement sa 
femme. 

Si bien qu’un beau jour, le Tribunal demandait par lettre au 
Directeur de l’asile a etre renseigne sur l’etat mental de la malade, 
et si, le cas echeant, elle pourrait etre amenee devant lui pour 
comparaitre en chambre du Conseil. 

Comme je me trouvais en vacances, ce fut mon collegue Genib 
Perrin qui repondit par le certificat suivant : « Affaiblissement 
intellectuel, idees de persecution et aphasie. Malade internee a 
bon droit et dont le sejour a Vasile doit se prolonger. Elle est 
mariee ; si son mari demandait sa sortie, elle lui serait naturelle- 
ment rendue, meme contre l’avis du medecin, conformement aux 
dispositions legales. Mais en l’absence de demande formelle de 
son mari, nous ne pouvons la remettre a d’autres personnes, a 
moins que nous ne la jugions guerie de ses troubles mentaux, 
auquel cas nous la remettrions en liberte sans autre condition. La 
mere, qui paratt etre anormale au point de vue psychique, 
reclame constamment sa sortie. A maintenir. Peut comparaitre 
en chambre de Conseil. » 

Au jour fixe, la malade' fut conduite au Tribunal, et quelques 
beures apres, l’infirmiere en revenait tout emue, declarant 


176 


SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQTJE 


qu’elle avait recu l’ordre de remettre instantanement la malade 
a sa mere. 

J’avais repris mon service a cette date, et je redigeai immedia- 
tement le certificat de sortie suivant : « Delire chronique de per¬ 
secution et aphasie motrice datant de tres longues annees, et 
ayant necessite, a la suite de diverses extravagances, dont une 
agression avec revolver arme contre sa mere par laquelle elle se 
croit persecutee, l’internement dans mon service de Stephans- 
feld en 1924. Cette malade, toujours delirante, a ete, sur l’ordre 
du tribunal, remise en liberte aujourd’hui et confiee a cette mere 
dont le desequilibre mental avait ete signale par le medecin 
psychiatre Genil-Perrin, dans son certificat au tribunal. » 

Quelques jours apres, le journal L’CEuvre, dans un article 
intitule : « Un cas typique d’intemement arbitraire », se van- 
tait d’avoir, avec 1’aide de la Ligue des droits de Fhomme, mis 
fin a la sequestration douloureuse et scandaleuse d’une femme 
par son mari, et fait rendre une fille a sa mere. 

Mais tandis que L’CEuvre ecrivait cela, cette mere m’adressait 
une lettre de retractation, declarant que sa fille, plus delirante 
que jamais, devenait insupportable et dangereuse, et demandant 
d’urgence son reinternement jusqu’a la mort, dans un asile 
d’alienes. Le reinternement eut lieu, la malade a ete retransferee 
dans mon service, ou elle a repris sa vie paisible. Mais j’ai 
interdit les visites de sa mere malgre les promesses qu’elle me 
fit spontanement de faire une campagne de presse pour protester 
contre celle qu’elle desavouait. 

Ainsi : 1° une alienee est, contre l’avis de deux psychiatres, 
remise en liberte ; 2° cette alienee est confiee a une personne 
dont un psychiatre a signale qu’elle etait elle-meme mentale- 
ment desequilibree ; 3° cette alienee qui est une persecutee, il 
est decide qu’elle ira cohabiter avec la personne qu’elle consi- 
dere comme sa persecutrice et qu’elle a poursuivie quelques 
annees plus tot revolver au poing ; 4° cette decision est prise 
seance tenante, a propos d’une aphasique, c’est-a-dire d’une 
personne sur l’etat mental de qui il est extremement difficile, 
pour ne pas dire impossible, a des observateurs non medecins 
de se faire une opinion^ puisqu’elle ne parle pas. Ce n’est que 
par un heureux hasard que, malgre la reunion de toutes les 
conditions requises pour l’eclatement d’un drame, la situation 
opportune se retablit sans incident. 

En resume : decision de mise en liberte contre l’avis medical 
sans que ce deni de la competence des psychiatres ait sa jus¬ 
tification dans la richesse de l’information personnelle des 


SEANCE DU 23 FEVRIER 1931 


177 


magistrats sur la nocivite de l’aliene, et sans qu’aient ete 
assurees les garanties necessaires pour reduire au minimum le 
danger que la liberation d’un persecute toujours delirant fait 
courir a la societe. Un tel exemple n’est pas de nature a inspirer 
plus de confiance que jadis dans la sagesse d’un tribunal pour 
decider de l’internement. 

M. X. Abely. — Le texte que notre critique a vise est l’article 13 
du projet de loi de M. Strauss, qui est ainsi concu : « A toute 
epoque, s’il le juge utile, mais necessairement au bout de 6 mois, 
le procureur de la Republique saisit le tribunal qui delibere en 
chambre du eonseil sur la necessity du maintien de l’interne- 
ment. » 

Nous sommes entierement partisans des services ouverts pour 
les malades qui ne sent ni dangereux ni protestataires. Mais ces 
services n’existent pas partout. Pour traiter ces malades, il faut 
aussi actuellement les interner. Les families hesiteront devant 
l’obligation de l’intervention judiciaire. C’est pour eviter ce 
jugement qu’elles retarderont l’internement jusqu’a des limites 
pernicieuses pour la guerison. G’est precisement pour ces mala¬ 
des, qui represented une importante proportion des placements 
volontaires, que la generalisation du jugement d’internement est 
particulierement vexatoire. 

On parait admettre partout comme un dogme ce principe 
« que toute atteinte a la liberte individuelle doit etre legitimee 
par l’intervention de la justice ». G’est tout a fait inexact. II y a 
en realite deux types de privation legale de la liberte. Fun judi¬ 
ciaire, l’autre administratif. Cette matiere est dominee par le 
principe essentiel de droit public qui est celui de la separation 
du pouvoir judiciaire et du pouvoir administratif. Les attribu¬ 
tions de Fun et de l’autre sont tres bien delimitees. Parmi les 
prerogatives de l’autorite administrative se trouvent des droits 
relatifs a la restriction de la liberte individuelle, justifiee par le 
risque que peuvent faire courir a la societe certaines maladies 
“dangereuses : maladies epidemiques et mentales (en. ce qui 
concerne ces dernieres les textes legaux sont formels). La dis¬ 
tinction ainsi etablie est parfaitement legitime : le role de l’au- 
torite administrative est preventif, elle doit prevenir le danger 
social. Le role de l’autorite judiciaire est tout different, il est 
repressif : il implique une faute sociale realisee qu’il faut punir. 
Si l’on veut done donner une estampille offfcielle, une garantie 
publique a la legitimite de l’internement, l’autorite administra¬ 
tive est seule qualifiee pour remplir ce role. 

Ann. med.-psych., lB e serie, t. I. — Fevrier 1931. 12. 


178 


SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


Ce role avant tout repressif de Fautorite judiciaire permet de 
delimiter l’aetion de cette derniere dans la question des interne- 
ments. Pour qu’elle puisse intervenir il est indispensable qu’un 
element delictuel puisse etre invoque. Personne n’osera soutenir 
que le seul fait de placer a l’asile un malade mental en vue d’un 
traitement puisse etre assimile a une faute sociale, a une infrac¬ 
tion au code penal. L’intervention du tribunal, qui aura lieu a 
1’encontre de la famille et du medecin, ne pourrait se justifier 
que si l’on decouvre un element delictuel : mensonge de la 
famille pour faire croire a un etat d’alienation qui n’existe pas, 
complicity criminelle du medecin. Si une expertise medicale qui 
devrait etre toujours obligatoire avant la reunion du tribunal 
montre que l’etat d’alienation est bien exact, la competence de 
Fautorite judiciaire tombe en meme temps que la raison capitale 
d’inculpation qui etait l’affirmation frauduleuse d’une maladie 
inexistante. 

La mission du tribunal ne peut faire de doute : il rechercbe le 
crime de sequestration arbitraire. La famille et le medecin font 
toujours plus ou moins figure d’inculpes. C’est pourquoi il serait 
decevant de croire, comme le pensent plusieurs alienistes, que 
Fintervention judiciaire serait un allegement de la responsabilite 
qui pese actuellement sur eux. Ce serait jouer un jeu tres dange- 
reux que de compter sur elle. Si le tribunal, en effet, estime, 
contrairement a l’avis du medecin, que le malade doit etre libere 
(et ce -serait le cas pour tout malade maintenu par le medecin 
au dela de six mois), c’est une consecration officielle du caractere 
arbitraire de l’internement. Cette decision a autorite de chose 
jugee. Fort de ces conclusions, le malade libere a le droit de 
poursuivre le medecin comme complice de sequestration abusive. 
C’est en ce sens surtout que cette mesure de suspicion generalisee 
peut porter atteinte a la dignite du medecin alieniste. 

D’ailleurs, ce contre quoi nous devons surtout nous elever, 
c’est contre le declanchement automatique, systematise, de la 
procedure et de l’appareil judiciaire represente par le tribunal 
avec son formalisme, ses conclusions en forme de jugements qui 
ont Fair d’une manifestation de defiance a l’egard de la famille 
et du medecin. Il est une autre forme plus discrete, plus pratique- 
ment efflcace et parfaitement legale sous laquelle peut se tra- 
duire Faction de l’autorite judiciaire : c’est la surveillance des 
asiles par le procureur. Il a un droit de regard absolu sur les 
asiles. Il a le droit de provoquer les expertises medicales, de 
recevoir les plaintes de l’aliene, de faire des enquetes sur les 
conditions de l’internement, et enfin, s’il decouvre quelque ele- 


SEANCE DU 23 FEYRIER 1931 


179 


merit suspect, de declancher une action aupres du tribunal. On 
ne voit pas bien, dans ces conditions, ce qui manque a ce 
controle judiciaire pour en justifier l’extension vexatoire que 
1’on propose. 

M. Dupouy. — L’intervention judiciaire aurait, du moins, pour 
avantage, de garantir la responsabilite du medecin qui a signe 
le certificat d’internement. 

M. Guiraud. — Pour que la discussion qui vient d’avoir lieu 
ne soit pas purement academique, il faudrait qu’elle eut pour 
sanction un voeu de la Societe. 

M. Fillassier. — On ne saurait emettre un tel voeu au pied 
leve, car le projet etudie par M. Abely n’est pas le seul qui soit 
pendant. Certains confient la decision de l’internement au juge 
de paix, d’autres a un jury, d’autres a divers organismes. 

La Societe ne saurait voter que sur un texte bien precis et 
murement etudie. 

M. Mallet. — Je suis convaincu que M. Strauss accueillerait 
Volontiers les suggestions de la Societe. MM. X. et P. Abely pour- 
raient tres bien se mettre en rapport avec lui. 

M. Rene Charpentier, secretaire general, propose de nommer 
une Commission chargee d’etudier et de rediger un voeu sur 
lequel la Societe aurait a se prononcer a la seance du lundi 
30 mars. Cette proposition est adoptee. 

Sur la proposition du Bureau, la Societe designe dans ce but 
une Commission composee de MM. X. Abely, Courbon, Fillassier, 
Guiraud. et Heuyer, dont le rapport devra etre depose a la seance 
du 30 mars, rapport dont les conclusions seront soumises au vote 
de la Societe. 

Valeur pratique du pH urinaire dans le diagnostic des etats 

de depression, par MM. Laignel-Lavastine, Rogues de Fursac 

et Georges d’Heucqueville. 

Resume. — Les auteurs ont etendu a la masse des grands deprimes 
d’un service d’asile les investigations poursuivies par l’un d’eux chez 
les anxieux d’hopital. L’on connait les resultats obtenus dans ce 
domaine : le pH urinaire, a jeun, normalement egal a 6, s’eleve jusqu’a 
7 et au-dessus dans les syndromes anxieux. Le present travail met en 
evidence une opposition essentielle entre les depressions symptomati- 
ques de la schizophrenie et les autres. Dans les premieres, parallele- 


SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


ment aux dissociations motrices, comme les barrages et les stereoty¬ 
pies, on observe des oscillations capricieuses de l’acidite ionique, qui 
temoignent de l’anarchie du mecanisme regulateur de l’equilibre 
acide-base, de sa desinsertion de l’ensemble des fonctions vegetatives, 
de sa dysharmonie avec le ton affectif general. Mais le point acquis, 
selon les auteurs, est avant tout d’ordre pratique : la grande generality 
des troubles signales, la simplicity de la methode d’application instan- 
tanee au lit du malade, permettent d’attendre de ces donnees un 
element de diagnostic de haute valeur quand on craint un debut de 
schizophrenic. 

Cette communication paraitra in extenso comme memoire 'original 
dans" un prochain numero des Annales Medico-psychologiques. 

M. Targowla. — II serait souhaitable que les observations 
sur iesquelles se basent ces conclusions soient publiees avec 
details, car elles contredisent ce que 1’on sait. Pour moi, les 
variations urinaires et celles du pH ne permettent pas de faire 
un diagnostic etiologique. Le pH est lie a l’etat depressif, quelle 
que soit la nature de celui-ci, melancolique ou dementielle. 

M. Laignel-Lavastine. -— Notre communication n’aurait 
aucun interet, si elle ne pretendait pas apporter des donnees 
nouvelles, et si ces donnees n’etaient pas fournies par des 
observations cliniques completes. Nous ne sommes pas assez 
hegeliens pour considerer que le ratioiinel est le critere du reel. 
C’est en repetant nos recherches que 1’experience prouvera ou 
infirmera la realite de la valeur diagnostique du pH urinaire, 
qui nous a paru se degager de nos constatations. 

La constitution epilepto’ide. Son importance au point de vue 
clinique. Utilite du depistage de ses -symptomes intellectuels 
et psycbiques chez les enfants, par M. Gilbert Robin, ancien 
Chef de clinique neuro-psychiatrique. 

- Quand on observe impartialement, c’est-a-dire en elinicien, les 
milliers d enfants qui defilent, passent et repassent dans une 
consultation de neuro-psychiatrie infantile, l’occasion s’ofifre a 
chaque instant de verifier si les « constitutions » repondent 
nux faits cliniques, ou sont plus oil naoins issues, peut-etre pour 
certaines d’entre elles, « d’une notion », d’une conception theo- 
rique. 

J’ai tenu a relever les faits les plus frequemment observes, a 
les grouper dans une synthese clinique. Leur importance 



SEANCE DU 23 FEYRIER 1931 


181 


decoule de leur nombre. La consultation de l’Assistance aux 
enfants nerveux, retardes et instables, dont je suis medecin-chef, 
echappe, dans un releve statistique, aux objections qui pourraient 
etre adressees aux memes recherches, si elles emanaient, par 
exemple, du centre de neuro-psychiatrie infantile que dirige mon 
maitre et ami le D r Heuyer. La, en effet, une forte proportion de 
delinquants envoyes par le Tribunal, doit faire pencher peut-etre 
la balance en faveur de la constitution perverse. La consultation 
de 1’Assistance aux enfants nerveux est alimentee par les ecoles ou 
les families elles-memes. Or, qu’il s’agisse d’arrieration mentale 
ou de troubles du caractere, certains traits intellectuels et psy- 
chiques se rencontrent avec une telle frequence et dans un 
groupement si homogene, que non seulement l’homogeneite et 
la frequence de ce tableau clinique renforeent une notion admise 
depuis longtemps, mais que ces symptomes morbides meritent 
de prendre la premiere place dans la classification des consti¬ 
tutions, et surtout valent la peine d’etre depistes quand leuy 
faisceau subit un certain relachement, je veux parler de la cons¬ 
titution epileptoide (1). 

*“* ■■...■ 

Un des traits intellectuels les plus frappants chez l’enfant 
epileptoide, c’est la lenteur : lenteur dans les mouvements, len- 
teur intellectuelle, viscosite, lenteur meme en dehors des phases 
confusionnelles ou obtuses qui suivent la crise comitiale ou une 
serie de crises. 

A cote de la lenteur, a un degre plus accentue, sans toutefois 
qu’il s’agisse de l’absence, se place une sorte d’inhibition intel¬ 
lectuelle, que les maitres appellent distraction et qui est en 
realite si differente de la distraction qu’elle m’a paru meriter 
d’etre isolee dans une etude speciale. (Sur une forme riouvelle 
d’inhibition mentale : I’inhibition epileptique ou epileptoide. 
Academie de medecine, seance du BO dec. 1930). 

On avait jusqu’ici insiste seulement sur l’inhibition emotive. 
Mais on a l’impression que, en general, c’est moins la pensee 
qui est arretee que le moyen de 1’exprimer. I.es processus 
intellectuels sont rarement inhibes tout a fait, mais les mots ne 
sortent pas de la bouche de l’enfanf. Un spasme cmpeclie la 
parole. Ou bien l’enfant presentera du begaiement, il s’em- 

(1) J’ai employe le terme ((constitution epileptoide® parce qu’il a ete deja 
employe en psychiatrie, indiquant par la des tendances, des dispositions en 
rapport souvent avec des manifestations comitiales, mais non fatalement. 


182 


SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


brouillera, son langage deviendra incomprehensible. En un mot, 
il semble y avoir un essai de parler, et le mutisme quand il est 
complet est cause par un trouble dans les moyens d’expression. 
La preuve est faite par le fait que ces enfants repondent correc- 
tement dans leur milieu habituel, familial surtout. Des qu’ils 
ne sont plus emus, ils retrouvent aussitot un langage adapte a 
leur pensee. Dans des conditions pedagogiques speciales — en 
lecons particulieres par exemple — ils font des progres surpre- 
nants. Enfin, n’oublions pas que, pendant la phase d’inhibition, 
on observe des tremblements, des troubles vaso-moteurs et des 
secretions, en un mot, tout le cortege de la constitution emotive. 

Tout autre est 1’inhibition dont je voudrais mettre en valeur 
la verite clinique, l’inhibition epileptique ou epileptoide. Elle est 
plus pres de l’obtusion que de l’inhibition emotive ; elle est une 
obtusion passagere. On interroge l’enfant et c’est aussitot le 
silence. Le regard est vague, egare, ou au cofltraire, d’une aveu- 
gle fixite. On chercherait en vain les tremblements, les spasmes 
des emotifs. L’enfant epileptoide reste coi, aussi bien devant son 
entourage familier que devant le maitre a l’ecole. On dirait que 
la question que nous posons declenche chez l’enfant epileptoide 
un silence intellectuel complet, un arret de tout processus. Le 
vide integral. 

Si, dans la majorite des cas, l’enfant est capable, une fois 
passee la phase d’inhibition, d’evoquer la question qui lui a ete 
posee, il arrive parfois — et cette constatation est interessante 
au point de vue nosologique — qu’il l’a oubliee. L’amnesie peut, 
du reste, etre plus ou moins profonde. 

Il existe done chez certains ecoliers une suspension temporaire 
des faeultes intellectuelles, une phase moins d’obnubilation que 
d’obtusion, pendant laquelle ces enfants sont hermetiques a toute 
explication, ne se montrant pas du tout emus, l’esprit ailleurs, 
veritablement absent. Mais d’une absence interessant l’esprit 
seul, et pas du tout la conscience ou la sensibilite. Parfois, il 
s’agit moins d’inhibition que d’une sorte de distraction, mais 
d’une distraction a la limite de l’absence et dont le diagnostic 
prend tout son relief quand on constate les autres signes d’epi- 
lepto'idie. Il y a le type d’enfants qui oublient en chemin les 
commissions dont on les a charges ; le type d’enfants qui, dans 
une dictee, dans un devoir, dans une recitation, sautent des mots 
sans s’en rendre compte, non pas seulement pour rattraper le 
temps perdu en raison de leur lenteur psychique, .mais par oubli 
meme des mots. 

Voici une observation qui donne la preuve de la nature epilep- 


SEANCE DU 23 FEYRIER 1931 


183 


tique de cette forme d’inhibition intellectuelle sur laquelle j’in- 
siste. 

Georgette B., 9 ans, age mental 6 ans 1/2. 

Scolarite absolument nulle. D’une lenteur desesperante. Inhibee 
quand on lui parle. Distraite jusqu’a la limite de Pabsence. Elle oublie 
en route les commissions dont elle est chargee. 

Son caractere est doux, Georgette est d’ordinaire deprimee. Depuis 
plusieurs annees, crises epileptiques typiques (chute, miction, ecume 
aux levres, amnesie). 

Absences frequentes. 

Front bombe. Thorax etroit. Scapulae alatae. Polymicroadenopathie. 

Antecedents : pere ethylique, grand-pere paternel ethylique, 
grand’mere paternelle ethylique. La mere : une fausse Couche, epilep- 
tique. Grand-pere maternel : ethylisme. Grand’mere matenelle : ethy- 
lisme. 

L’inhibition epileptoide ne saurait etre confondue avec l’ab- 
sence : si on modifie sa question et qu’on demande a un 
enfant de 10 ans une chose beaucoup plus simple, par exemple 
son adresse, il est capable de repondre. D’autre part, ce n’est pas 
— a part quelques formes de passage — de la simple lenteur 
psychique, parce que l’inhibition dure aussi longtemps que nous 
maintenons notre question : il y a vide intellectuel. De plus, 
l’inhibition epileptique ou epileptoide ne sera pas prise pour un 
etat de torpeur post-paroxystique : elle peut se produire en 
dehors de toute manifestation comitiale et c’est la ou son diag¬ 
nostic devient important. 

A mon avis, cette forme speciale d’inhibition intellectuelle qui, 
loin de constituer un equivalent psychique, prend sa place exacte 
entre la bradypsychie et l’absence, sert en quelque sorte de trait 
d’union entre ces deux manifestations. 

Quels sont les autres traits les plus frequemment rencontres 
chez ces sortes d’enfants ? 

Je prends au hasard quelques observations trop courtes et 
trop rares, la place etant mesuree. 

Gustave L., age de 11 ans, presente des coleres violentes contre ses 
freres, des terreurs nocturnes graves : l’enfant se levant, ne reconnais- 
sant personne, fuyant des animaux feroces, et presentant de l’amnesie 
au sortir des crises ; instability ; turbulence tres accentuee. 

De plus, bien qu’il soit le premier ou le deuxieme de la classe, il 
presente, quand il est inoccupe, des phases de distraction telle qu’il 
reste immobile, par exemple, une chaussure a la main. Mais cette 
obnubilation ne se produit pas quand l’enfant travaille. C’est done 



184 


SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


une obnubilation assez legere, mais qui prouve la tendance a la fuite 
dans la pensee, a une pre-absence, sans du reste perte de conscience, 
puisque l’enfant interpelle repond aussitot et continue le geste 
commence. 

Annette R., agee de 10 ans, commet chaque jour des vols, au detri¬ 
ment de ses parents, de ses camarades d’ecole. Elle est indifferente. 
Elle a toujours Pair engourdi de quelqu’un que rien ne peut stimuler 
et cette impression est surtout frapp ante au point de vue intellectueL 

En effet, bien que Pintelligence soit normale et le niveau scolaire 
tres peu au-dessous du niveau habituel a cet age, Penfant etonne par 
une distraction, qui est du reste une fausse distraction, car au cours 
de ces phases il existe plutot une fixite, une immobilisation de la pen- 
see commeneee. « Annette est souvent dans la lune », dit sa mere, ou 
d’une facon plus pittoresque : « Elle a une case vide. » Outre une 
lenteur intellectuelle habituelle des plus prononcees, Penfant, qui 
paraissait avoir compris ce qu’on lui expliquait, se tait quelques 
minutes apres si on l’interroge sur le meme fait. C’est comme un bar¬ 
rage de la pensee. Annette a Pair frappee de stupidite. L’inhibition 
passee, tout rentre dans l’ordre. 

Ce n’est pas l’absence, c’est plus que de la lenteur. Les vols meritent 
de retenir l’attention, car comme ils ne sont ni utilitaires (Annette 
donne tout ce qu’elle chipe), ni premedites, qu’ils se reproduisent — - 
malgre les meilleures intentions du monde de ne plus recommencer — ■ 
d’une maniere presque automatique, on peut se demander s’ils ne se 
produisent pas a la faveur d’une obnubilation passagere de l’esprit, 
sans perte absolue de la conscience. 

Annette a presente des crises de somnambulisme qui ont cesse 
depuis qu’elle porte un appareil de correction des maxillaires qui a 
ameliore la respiration. 

Elle a eu dans la premiere enfance des convulsions au cours d’une 
coqueluche. 

Antecedents hereditaires : grand’mere maternelle, melancolie avec 
des idees de suicide (chez une diabetique). 

Huguette C., 9 ans, age mental normal. Retard scolaire de plus de 
2 ans 1/2; Tres lente ; quand on lui parle, elle a Pair de ne pas 
comprendre, puis elle repond au bout d’un long moment et execute 
l’ordre qu’on lui avait donne. 

lnstabilite. Turbulence. 

Yiolente : frappe brusquement et sans raison les autres enfants. 

Mythomane : a accuse une domestique d’avoir vole. 

Rappelons les traits que nous avons le plus souvent rencontres: 

Colere. — Les caracteres sont bien connus. Elle est explosive, 
inexplicable, immotivee, violente, brutale et aveugle. En dehors 



SEANCE DU 23 FEVRIER 1931 


185 


des paroxysmes, il existe lin fond irascible, avec hyperemotivite. 

Ainsi s’explique que ces enfants soient batailleurs et brutaux. 
Ils poussent leurs camarades, se frayent coute que coute un pas¬ 
sage, foncent tete baissee. Leur impulsivite est assez dangereuse 
pour qu’il soit necessaire de separer ces enfants de leurs cama¬ 
rades. Trait a indiquer, il m’a semble que les plus impulsifs sont 
aussi, au point de vue intellectuel, les plus ralentis, comme si les 
poles de nom contraire se balancaient en intensity 

Il n’est pas rare qu’au cours des eoleres, les enfants proferent 
des menaces de mort ou essaient, par leurs actes, d’etre cruels. 
On trouve la Tebauche des impulsions homicides epileptiques et 
les expressions telles que « je te tuerai... je te ferai du mal » 
dans la bouche d’un enfant feront penser d’abord a l’epilepsie. Il 
n’est pas rare non plus que les menaces de mort soient retour¬ 
nees par l’enfant contre lui-meme. Il menace de Se tuer. 

Turbulence. — Reconnue par Chaslin, elle est a mon avis un 
symptome important. Elle est une forme tapageuse et brouillonne 
de l’instabilite. Elle vit plus de bruit que de mouvement. Elle 
bouscule plus qu’elle ne s’agite. Elle est lourde, brutale et 
aveugle. 

Elle alterne avec des phases d’inertie ou de lenteur motrice. 
En ce sens, elle se laisse differencier des autres instabilites : ma- 
niaque, subchoreique, cerebelleuse. 

Debiute motrice. — Un fait clinique que j’ai note souvent : un 
enfant epileptique est d’autant plus turbulent qu’il a moins de 
crises convulsives, d’absences ou de vertiges. Tout se passe 
comme si la turbulence jouait le role d’equivalent. N’a-t-on pas 
signale du reste, sous l’influence du gardenal, la transformation 
des erises comitiales en troubles du caractere ? Et Claude et 
Baruk (Formes degradees de l’epilepsie, Encephale, janvier 
1931) se demandent si, dans certains cas, la transformation des 
troubles moteurs en troubles oniriques ou confusiorinels ne 
constitue pas une etape sur la voie de la regression des sympto- 
mes et si, en pareil cas, au lieu de suspehdre le gardenal, il n’y a 
pas lieu d’augmenter prudemment les doses. C’est bien notre 
avis. 

Humeur. — Falret decrit les epileptiques comme « timides, 
craintifs, cauteleux, obsequieux jusqu’a la bassesse, caressants 
et complimenteurs ». Ce que sont les epileptiques et les epilep- 
toides, ils le sont avec insistance. Mme Minkowska dit avec exac¬ 
titude de leur affectivite, qu’elle est « doucereuse et collante ». 

On a l’impression de quelque chose de force et de faux. Le 


SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


regard, du reste, est souvent sournois. On note aussi des senti¬ 
ments religieux de soumission et d’humilite exageres. 

Cette sorte de bassesse et de feinte souplesse, dont les dechar¬ 
ges impulsives et violentes montrent le veritable earactere, va de 
pair avec un trait particulier, sur lequel je voudrais insister : la 
morosite. Les enfants se plaignent sans cesse ; ils alleguent des 
malaises divers, ce sont des hypocondriaques precoces ; ils sont 
maussades, grognons, pleurnichent sans cesse, sont « crampon- 
nan ts », « tannants ». On a l’impression d’un malaise intime 
qui se traduit par la mauvaise humeur. 

L’opposition est egalement un trait caracteristique de l’epilep- 
toidie. Opposition, morosite, maussaderie, pleurnicheries, obse- 
quiosite, insistence lassante, hypocondrie, mysticisme sont des 
traits assez specifiques du earactere epileptoide, pour mettre a 
eux seuls sur la voie de l’affection. 

Un des traits de l’humeur epileptoide est L’irregularite dans ses 
manifestations. 

Sommeil. — 11 est souvent agite, coupe de cauchemars, de 
terreurs noctures, d’ordre pathologique et suivies d’amnesie. 

Le somnanbulisme est frequent. 

Sur une statistique concernant plus de 2.000 enfants, je n’ai 
releve le somnanbulisme que dans l’epilepsie ou repileptoidie. 

Enuresie persistante. — II convient de distinguer entre 
1’enuresie nocturne intermittente, qui accompagne des crises 
comitiales passant inapercues, et l’enuresie habituelle, en dehors 
de tout acces nocturne. Ce qu’on appelle enuresie essentielle 
mettra souvent le medecin averti sur la piste de l’epileptoidie 
ou de l’epilepsie latente. 

L’enuresie persistante epileptoide sera distinguee de l’enure¬ 
sie qu’on observe dans la debilite motrice, par l’absence des 
signes organiques habituels a cette affection (persistance du 
signe de Babinski, hyperreflectivite tendineuse, tremblement des 
extremites, paratonie, conservation des attitudes, syncinesie). 

Heredite. — Une heredite morbide ne fait presque jamais 
defaut. L’heredite similaire n’est pas rare, mais l’ethylisme 
parait tenir la place, preponder ante. Les signes syphilitiques 
sont frequemment observes chez les ascendants. Enfin, les trou¬ 
bles psychopath!ques et nevropathiques sont a signaler. Dans 
mes observations, la cyclothymie est souvent relevee dans les 
antecedents hereditaires. 


SEANCE DU 23 FEYRIER 1931 


187 


C’est volontairement que j’ai elimine, — outre les crises comi- 
tiales typiques et les absences —, les convulsions de la premiere 
enfance. Elies mettent trop naturellement sur la piste de l’epi- 
lepsie, pour que je les aie signalees. Mais il est evident qu’on 
relevera frequemment ces signes dans les antecedents des 
enfants a constitution epileptoide. 

Cette mise au point clinique se trouve en rapport avec les 
travaux de Mme Minkowska (L ’Evolution psychiatrique, t. II), 
qui a eu le merite de voir l’importance de la constitution epilep¬ 
toide. Au lieu de rechercher si cette constitution est, oui ou non 
hereditaire, je me suis surtout demande si, en clinique, la cons¬ 
titution epileptoide est ou n’est pas. Or, en pratique, elle se 
rencontre avec des traits specifiques (hereditaires ou non sui- 
vant les cas). 

Wallon, lui, a moms essaye de decrire des traits constitution¬ 
als, que de decouvrir chez des epileptiques averes une « men¬ 
tality epileptique ». Sans doute il a eu l’intention d’examiner 
subsidiairement si, moins accentues, « ils (les traits psychiques 
et intellectuels) ne se rencontrent pas chez des sujets n’ayant 
jamais encore presente d’accidents comitiaux ». Mais Wallon 
est demeure sur un plan nettement psychologique. 

Profitant des etudes de Mme Minkowska, au point de vue de 
l’heredite, de celles de Wallon, au point de vue psychologique, 
et de celles des auteurs qui se sont occupes des traits epilepti¬ 
ques (Ducoste, Hartenberg, Claude, Baruk, etc.), on peut faire 
avancer la question en restant sur le terrain clinique. 

Il existe des traits specifiques intellectuels et psychiques de 
Fepilepto'idie, — que les accidents comitiaux typiques : convulsifs 
ou paroxystiques, se manifestent ou non. Le diagnostic d’epi- 
leptoidie chez l’enfant peut etre fait — en dehors des manifes¬ 
tations convulsives et automatiques — sur une serie de 
constatations d’ordre hereditaire, organique, intellectuel et 
psychique (tout en tenant compte de ce fait que l’epileptoidie 
tient moins a une somme symptomatologique qu’a un etat situe 
entre deux poles : lenteur visqueuse, impulsivite). 

Du reste, ces etudes se placent d’elles-memes sous le patro¬ 
nage de Falret. Elies essaient modestement de continuer son 
oeuvre. N’a-t-il pas indique la voie : « Au lieu de conclure de 
l’epilepsie au delire, on doit chercher a remonter du delire a 
Fepilepsie. » Ce que paraphrasait Mme Minkowska en ecrivant : 
« Au lieu de conclure de Fepilepsie au caractere epileptoide, nous 
devons remonter de ce caractere a Fepilepsie. » 

Ces vues s’accordent avec l’opinion qu’a toujours defendue 


SOCIETE, MED1C0-PSYCH0L0GIQUE 


Hartenberg et qu’il reprenait recemment (Hartenberg, Le role 
de l’inhibition dans les manifestations epileptiques) : « Dans 
Fepilepsie, la part preponderate revient non aux phenomenes 
convulsifs, mais aux phenomenes d’inhibition. II faut cesser de 
ne porter le diagnostic d’epileptoidie que sur la constatation des 
signes convulsifs. » 

En face des travaux d’Outre-Rhin qui isolent tout au plus 
deux constitutions, comme deux vastes fresques synthetiques, il 
convient, pour rester fidele aux traditions de clinique francaise, 
de decrire les traits constitutionals, tels qu’ils se presentent 
chez l’enfant dans les consultations neuro-psychiatriques, de 
telle sorte que l’analyse, sans cesse plus fouillee des etats mor- 
bides, ne craigne pas d’edifier une constitution nouvelle, si elle 
est vraie, si elle est calquee sur les faits. 

La constitution epileptoide merite droit de cite dans la classi¬ 
fication psychiatrique. Elle doit figurer dans la liste des consti-; 
tutions a cote des constitutions paranoiaque, perverse, emotive, 
mytbomaniaque, schizoide, cyclothymique, psychasthenique. 

Le ‘depistage de l’epileptoidie chez l’enfant sera suivi d’heu- 
reux effets au point de vue therapeutique. 

Son importance n’echappera pas au pedagogue qui verra ainsi 
s’ameliorer, sous ses. yeux, un type d’instables, de turbulents et 
de distraits qu’il confondait jusqu’alors avec les autres distraits 
de sa classe. 

M. Goukiou. — II faut etre tres circonspect avant de creer des 
constitutions avec des symptomes aussi vagues que celui auquel 
l’auteur donne ici le nom d’inhibition. Dira-t-on qu’un enfant qui 
reste a.court sur une question d’arithmetique a de l’inhibition 
mathematique, que celui qui reste a court sur une,question d’his- 
toire a de l’inhibition litteraire et que celui qui reste a court sur 
une question de catechisme a de l’inhibition mystique ? Est-ce 
que bien souvent la pretendue inhibition n’est pas simplement un 
moyen de defense de l’enfant ? Et est-ce que de tels .moyens de 
defense n’existent pas aussi bien chez un schizophrene, par 
exemple, que chez un epileptique ? L’epilepsie a une base orga- 
nique aussi bien chez l’enfant que chez l’adulte. Elle est due a 
des lesions, non a une constitution. Parlez-nous de l’enfance des 
epileptiques, mais ne parlez pas de constitution epileptoide. 

M. Wallon. — Personnellement, j’ai parle de mentalite epilep¬ 
tique et lion de constitution. La turbulence a caractere procursif 
et propulsif nettement distincte de la turbulence de l’enfant 
instable est un des caracteres de cette mentalite chez 1’enfant: 


SEANCE DU 23 FEVRIER 1931 


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Le terme d’inhibition ne convient pas a l’enfant epileptique, 
car si on ne 1’interrompt pas, si on a la patience de l’observer 
sans intervenir, on constate qu’il parle, qu’il raconte, qu’il gesti- 
cule. II pense lentement, lourdement ; il ne comprend bien 
qu’apres avoir repete la question, se l’etre dite a lui-meme en 
ponctuant de gestes sa recitation. Cette mentalite est une men¬ 
talite qui a besoin d’une materialisation verbale et motrice pour 
penser. 

S’ils paraissent hebetes quand on les interrompt ou quand on 
leur parle trop vite, c’est qu’une espece de bradypsychie ou de 
viscosite mentale les empeche de percevoir rapidement, de s’adap- 
ter instantanement a une situation nouvelle. Ce n’est pas du tout 
de l’inhibition. Celle-ci existe au contraire dans la schizophrenie. 

L’enfant epileptique a en realite une tres grande memoire. Si 
on sait 1’interroger sans l’intimider, on constate qu’il n’a rien 
oublie des interrogations et des seances precedentes et qu’il les 
decrit avec une grande precision. 

Parfois, avant meme d’avoir examine l’enfant, on fait sur 
celui-ci le diagnostic exact d’epilepsie, rien que par la facon dont 
la mere se presente et converse avec vous. C’est la une preuve 
que chez certains ascendants d’epileptiques, il existe une predis¬ 
position a 1’epilepsie. 

M. H. Baruk. — Les cas de M. Robin montrent les rapports de 
l’epilepsie avec lapensee interieure. Si cette pensee interieure est 
abolie pendant les crises convulsives et les absences, elle est 
engourdie dans les acces frustes ou se produit un deroulement 
automatique de la pensee. Ces deelanehements de la pensee inte¬ 
rieure captent 1’attention du sujet qui parait distrait. Dans la 
schizophrenie, il y a aussi de ces deelanehements, mais ils sont 
lents, sinueux et longs, tandis qu’ils sont brusques et courts dans 
L’epilepsie. 

M. Delmas. — Sans pretendre excellent le vocabulaire psyehia- 
trique actuel, on peut affirmer qU’un moyen de l’empirer et par 
consequent d’embrouiller les idees, est de donner aux mots exis- 
tants une autre signification que celle qu’ils ont communement. 

Le terme de constitution etant habituellement reserve aux 
etats qui n’ont pas pour condition une atteinte anatomo-patholo- 
gique ne peut pas etre applique a l’epilepsie. M. Wallon avait 
bien raison de protester qu’il avait decrit une mentalite et non 
une constitution epileptique. 

• Faire de la lenteur psychique un signe d’epilepsie, dire que les 
terreurs nocturnes sont toujours de nature epileptique, c’est 



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SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


commettre une erreur clinique. On rencontre la premiere dans 
diverses circonstances autres que l’epilepsie. Les terrenrs noctur¬ 
nes sont toujours l’expression d’une constitution hyperemotive 
compliquee ou non d’epilepsie. Dire qu’un individu qui n’a aucun 
des signes de l’epilepsie affection organique a une constitution 
epileptique est une erreur de logique. 

M. Targowla. — Les caracteres de la mentalite epileptique 
sur lesquels a insiste M. Robin se rencontrent chez des trauma¬ 
tises du crane, chez des trepanes, preuve qu’ils peuvent parfaite- 
ment ne pas etre constitutionnels. 

M. Heuyer. — Un etat mental qui, ainsi que Fa constate 
M. Wallon, est souvent hereditaire, realise par moi une consti¬ 
tution. S’il est associe a des perturbations physiques telljes que 
les convulsions dans Fepilepsie, ce n’en est pas moins une consti¬ 
tution, car on voit la constitution emotive etre associee a un 
ensemble de perturbations physiques : motrices, vasculaires, 
secretaires, reflexes, que des appareils peuvent enregistrer. 

Une constitution peut etre congenitale ou s’acquerir. 

M. Minkowski. — Dans les critiques qui viennent d’etre 
adressees a M. Robin, il n’a pas ete tenu compte, je crois, sufd- 
samment de la circonstance suivante : M. Robin signale une 
particularite clinique qu’il a observee chez les enfants consideres 
comme epileptoides, mais son diagnostic ne repose pas sur la 
presence uniquement de cette particularite ; il la rattache a 
l’ensemble des faits caracteristiques de la constitution epilep- 
toide. A ce point de vue il ne s’ecarte pas beaucoup de la 
conception de M. Wallon ni de celle de Mme Minkowska : a la 
place des reactions explosives sont mis maintenant, en tant que 
manifestations essentielles, les phenomenes de ralentissement 
et de viscosite. Ces constatations sont d’une tres grande impor¬ 
tance pour la pathogenie de l’epilepsie ; elles cadrent, en partie 
du moins, avec les recherch.es de M. Hartenberg qui insiste sur 
le role de l’inhibition dans l’epilepsie. 

J’ai ete particulierement interesse par ce que vient de dire 
M. Wallon sur l’hypermnesie de certains enfants epileptiques ; 
il semble bien s’agir, la aussi, d’une manifestation de cette 
incapacite de se detacher du concret sur laquelle il insiste et qui 
se trouve au pole oppose de ce qu’on observe chez les schizoides 
et les schizophrenes. 

D’accord avec M. Heuyer, je crois que du moment qu’il est 
question d’une attitude particuliere observee chez les membres 


SEANCE DU 23 FEVRIER 1931 191 

d’une meme famille, nous nous rapprochons singulierement de 
la notion de constitution. Cette notion s’est montree feconde en 
tant qu’hypothese de travail ; pour discutee qu’elle soit, elle a 
permis de mettre en evidence des faits d’un grand interet. Elle 
n’a evidemment rien d’exclusif. L’opposition. radicale de psycho¬ 
ses lesionnelles et de psychoses constitutionnelles me parait 
tout autant sujette a caution que l’opposition de l’organogenese 
et de la psychogenese. Une cause organique n’exclut point le role 
de la constitution, de meme que la constitution, meme si elle est 
envisagee tout d’abord sous son aspect psychologique, n’exclut 
point, — et je rappelle ce que vient de dire M. Heuyer —, la 
presence de signes organiques. II s’agit de faits biologiques qui, 
s’ils se traduisent, d’une part, par des particularites psychologi- 
ques, conditionnent, de l’autre, des signes organiques. Aussi 
cherche-t-on de plus en plus, en psychiatrie, a envisager le pro- 
bleme des constitutions sur ses deux faces et a etablir un lien 
intime entre celles-ci. 

M. Delmas. — Ce qui fait les disaccords en medecine mentale 
ce n’est pas l’observation des faits, mais leurs interpretations. Les 
troubles physiques dont parle M. Heuyer pour la constitution 
emotive sont fonctionnels et non lesionnels. Par consequent, 
j’estime que la lesion organique est le meilleur critere pour 
identifier ce qui n’est pas constitution. 

Decrire une constitution epileptoide alors que l’epilepsie n’est 
qu’un syndrome, est analogue a dire qu’il existe une constitu¬ 
tion febrile. 

M. Gilbert Robin. — L’inhibition intellectuelle epileptoide que 
je decris depasse nettement le stade de viscosite et de lenteur. 
Elle est une absence sans perte de conscience et de sensibilite, 
une absence purement intellectuelle. Je l’ai evidemment distin- 
guee de l’inhibition des dements precoces, lesquels sont rares 
quand il s’agit d’enfants. 

Le terme « constitution epileptoide » etant employe, je m’en 
suis servi. Qu’on no parle si l’on veut que de tendances, de dis¬ 
positions, peu importe. Le fait clinique existe. Aucune critique 
ue saurait Fentamer. II existe des enfants epileptiques qui pre¬ 
sented les symptomes que j’ai releves et les memes symptomes 
peuvent se trouver reunis dans la meme synthese, en dehors de 
uaanifestations comitiales paroxystiques. On a done le droit —■ 
Falret a tente jadis cette etude — d’essayer un groupement cli- 
uique de ces etats et ils paraissent se rapprocher le plus de ceux 
<jue cree la maladie epilepsie. 



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SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


La notion de constitution n’est pas fatalement enfermee dans 
Je cadre de la psychologie ou des troubles fonctionnels. Les 
racines d’une constitution sont vraisemblablement profondement 
organiques. C’est un tout organo-psychique qu’il ne serait pas 
medical de dissocier. 

Le diagnostic d’epileptoidie chez l’enfant entraine le traite- 
ment anti-epileptique. La preuve therapeutique est donnee par 
1’amelioration clinique de cette categorie d’enfants sous l’in- 
fluence du traitement. 

M. L. Marchand. — Apres avoir ecoute attentivement la discus¬ 
sion si vive sur la communication de M. Robin, je reste surpris et 
etonne de voir combien des opinions si diverses, si opposees, 
ont pu etre emises. 

II nous a decrit un symptome qu’il a note chez certains 
enfants, l’inhibition mentale, qu’il place cliniquement, si j’ai bien 
compris, entre la bradypsychie et l’absence epileptique. C’est un 
fait clinique interessant a ajouter a la liste deja longue des symp- 
tomes qui indiquent un developpement defectueux du cerveau. 
Je ne le discuterai pas, mais il n’en est plus de meme quand 
M. Robin veut etablir, en associant ce symptome a d’autres mani¬ 
festations pathologiques bien connues, telles que c'olfere, turbu¬ 
lence, impulsivite, terreurs. nocturnes, enuresie, etc., la realite 
clinique d’une nouvelle constitution, la constitution epileptoide. 

Je ne reprendrai pas les objections qui viennent d’etre presen¬ 
tees par plusieurs de nos collegues a l’emploi du terme consti¬ 
tution epileptoide. Je suis completement de leur avis. Je ne vois 
pas comment il pourrait exister une constitution epileptoide, 
alors que l’epilepsie est un syndrome qui peut apparaitre au 
cours de toutes les malformations et maladies cerebrales les plus 
diverses, et surtout au cours de lesions cerebrales fixees, qui sont 
les sequelles d’alterations cerebrales survenues pendant le jeune 
age. Ces lesions predisposent le sujet a I’epilepsie, mais il ne 
s agit pas la d’une constitution ; il s’agit d’alterations cerebrales 
qui peuvent, suivant leur infensite et leur localisation, determi¬ 
ner tons les degres de faiblesse intellectuelle et diverses manifes¬ 
tations mentales, mais cet etat organique ne peut etre considere 
comme une constitution. 

Le qualificatif «. epileptoide » me parait egalement critiqua- 
ble.. La desinence « oide » vient du grec eidos, qui veut dire appa- 
rence, aspect. Le qualificatif « epileptoide » voudrait done dire 
« qui resseinble a 1 epilepsie mais n’en est pas », or M Robin 
fait rentrer le nouveau symptome qu’il decrit dans Je cadre de 


SEANCE DU 23 FEVRIER 1931 193 

I’epilepsie. J’avoue que je ne comprends pas. Si l’on admet qu’il 
-existe une predisposition (je ne dis pas constitution) a l’epilep- 
sie, qu’on l’appelle predisposition epileptique et non epileptoide. 
On nous a deja impose les termes de paranoide, de schizoide, etc. 
Je ne crois pas qu’il s aient apporte quelque clarte dans nos 
conceptions psychiatriques, je ne compte pas davantage sur le 
terme « epileptoide » pour eclairer le probleme de l’epilepsie. 

La seance est levee a 18 h. 40. 

Le Secretaire des seances : 

P. COURBON. 


Ann. med.-psych., 13 e serie, t. I. — Fevrier 1931. 


13. 



SOCIETES 


Societe de Neurologie de Paris 


Seance du 5 fevrier 1931 


Deux cas de dysostose craniofaciale a symptomatologie fruste, 
par MM. Laignel-Lavastine et Boquien 

MM. Laignel-Lavastine et Boquien presentent deux enfants de 15 ans 
atteints de la dysostose cranio-faciale de Crouzon, mais se distinguant par 
l’absence de deformations faciales. Les deux enfants sont jumeaux. 

MM. Laignel-Lavastine et Papillault rapportent en outre les morpho- 
gravures des deux cas precedemment presentes de maladie de Crouzon. 

Tumeur de la region sellaire. Operation. Guerison. Consideration ophtal- 
mologiques ; et anatomopathologiques, par MM. Th. de Martel, Oberling 
et Guillaume. 

MM. Th. de Martel, Oberling et Guillaume presentent un malade ayant 
subi deux mois auparavant , l’ablation d’une volumineuse tumeur kystique 
de la region hypophysaire, l’operation ayant eu lieu par la voie trans- 
frontale de Cushing. La symptomatologie consistait en dyspituitarisme, 
hemianopsie temporale gauche, un elargissement de la selle turcique. A 
Intervention, kyste cranio-pharynge. Le resultat fut remarquable. Un mois 
apres l’intervention, le champ visuel gauche etait normal et l’acuite visuelle 
de ce cote passee de 1/10 a 10/10. 

Un cas de dystonie des muscles dorsaux revelee par la marche chez un 
parkinsonien post-encephalitique, par MM. Lhermitte et Albesard 

MM. Lhermitte et Albesard montrent un parkinsonien done le tronc s’in- 
curve en arriere durant la marche. Fait curieux, ce trouble aurait succede 
a un effort assez violent avec douleur de la region lombaire. A noter, en 
outre, un spina bifida occulta et une diminution de l’excitabilite electrique 
des muscles lombaires. 



SOCIETES 


195 


Reflexe sympathique circonscrit provoque par une excitation lointaine 
de nature et de siege constants, par M. Andre Thomas 

M. Andre Thomas rapporte l’histoire d’un malade atteint vraisemblable- 
ment de syringomyelie, chez lequel l’excitation de la plante du pied, 
d’ailleurs hyperesthesique, fait apparaitre deux bouquets de grains de chair 
de poule dans le voisinage du sein droit. Toute autre excitation n’a pu faire 
apparaitre le phenomene. Les excitations habituellement employees pour 
produire le reflexe pilo-moteur ne provoquent une reaction ni plus precoce, 
ni plus vive, ni plus durable dans la region qui correspond a l’excitation 
plantaire. 

Ce reflexe si special semble moins conditionne par une voie anatomique 
preetablie que par la reactivite propre de certains groupes d’anectores 
vis-a-vis de la qualite particuliere de l’excitant. 

Reflexes sensorio affeetifs et repercussivite motrice, 
parM. Andre Thomas 

M. Andre Thomas presente un malade chez qui s’est installe brusquement 
un syndrome caracterise par des symptomes localises presque exclusivement 
du cote droit (hemiplegie droite a predominance sur le membre. superieur, 
nystagmus rotatoire antihoraire, troubles de la sensibilite profonde et 
astereognosie de la main droite). II s’agit vraisemblablement d’un syn¬ 
drome bulbaire infer-ieur. 

La piqure de la conque d’un c6te ou de l’autre, le contact de la cornee 
avec une tete d’epingle, la pression du testicule provoquent regulierement 
des secousses cloniques brusques des muscles flechisseurs de l’avant-bras 
droit. II semble bien que ce soit la qualite de l’excitation, c’est-a-dire sa 
tonalite affective, qui declanche le phenomene. D’autre part, il y a reten- 
tissement d’une excitation lointaine sur des centres atteints par la lesion 
comme dans les phenomenes de repercussivite. 

Syndrome de Klippel-Feil avec quadriplegie spasmodique. Variete etio- 
logique particuliere de l’hemiplegie spinale ascendante chronique, par 
MM. G. Guillain et P. Mollaret. 

MM. G. Guillain et P. Mollaret presentent un malade atteint d’une hemi¬ 
plegie spinale ascendante, et un syndrome de Klippel-Feil remontant a 
l’enfance. Aucun signe de compression. Les auteurs envisagent la possibility 
d’une malformation nerveuse et osseuse associees. 

Atrophie musculaire myelopathique a type Vulpian consecutive a un 
traumatisme, par MM. Brodin, Lhermitte et Lehmann 

MM. Brodin, Lhermitte et Lehmann presentent un malade atteint d’une 
atrophie musculaire consecutive a deux traumatismes. 

Un cas de synostose radio cubitale superieure associee a une double 
luxation congenitale des hanehes accompagnees d’alteration osseuses 
considerables du bassin, par MM. Lhermitte, Nemours, Auguste et Monique 
Parturier. 


H. Baruk. 


196 


SOCIETES 


Societe de Medecine Legale de France 


Seance du 12 Janvier 1931 


Expose (Tun projet de resolution invitant le gouvernement a creer des 

annexes psychiatriques dans les prisons et des laboratoires d’anthropo- 

logie crixninelle, par MM. Blacque-Belair et Ceillier. 

MM. Blacque-Belair et Ceillier exposent les. grandes lignes d’un projet de 
resolution depose par l’un d’eux a la Chambre des Deputes, envisageant : 

1° Le depistage psychiatrique des prevenus. 

2° La creation d’annexes psychiatriques dans les prisons, permettant : 
l’examen scientifique des detenus suspects de troubles mentaux et leur 
observation continue. 

3° La creation de laboratoires d’anthropologie criminelle ou seront exa¬ 
mines scientifiquement les condamnes en vue d’une modification eventuelle 
de notre systeme de repression penale dans le sens de ,1’individualisation de 
la peine. 

4° La creation de centres de triage ou maisons d’observation pour 
enfants vagabonds ou seront recueillis et etudies les mineurs dont l’inten- 
tion delictueuse n’aura pas ete suffisamment caracterisee. 

MM. Blacque-Belair et Ceillier rappellent que les propositions formulees 
dans ce pro jet ont deja ete emises bien souvent en France et qu’elles ont 
fait l’objet de nombreux travaux et de voeux pressants de la part des mede- 
cins criminologistes, en particulier des Professeurs Balthazard et Claude. 
Ils signalent, d’ailleurs, que les principes en question ont ete pratiquement 
realises depuis longtemps deja en Belgique ou leur application s’est montree 
satisfaisante. Le fonctionnement des laboratoires d’anthropologie crimi¬ 
nelle organises a Bruxelles par le D r Vervaeck donne en effet des resultats 
tres utiles. - 

MM. Blacque-Belair et Ceillier insistent avec raison sur la necessite 
urgente de Porganisation dans nos prisons de ces laboratoires d’anthropolo¬ 
gie criminelle et des annexes psychiatriques. Les conditions materielles de 
l’expertise psychiatrique sont, en effet, actuellement si defectueuses que 
tout examen serieux d’un prevenu ou d’un condamne est pratiquement 
impossible. 

Ils font remarquer que le service d’observation psychiatrique devrait 
etre organise dans les prisons elles-memes et non pas a l’hopital ou a 
l’asile, en raison des necessites de surveillance, de budget, d’administration 
et d’influence morale. Leur projet prevoit les details materiels de l’orga- 
nisation, d’ailleurs tres simple, des annexes psychiatriques et des labora¬ 
toires d’anthropologie criminelle des prisons. Le medecin de l’annexe 
psychiatrique ne devrait pas emettre de conclusions au point de vue de la 
responsabilite d’un prevenu, a moins qu’il ne soit commis comme medecin- 
expert. 



SOCIETES 


197 


Discussion. — M .Blacque-Belair signale que la revision de nos codes 
dans le sens de l’individualisation de la peine est actuellement a 1’etude,. 
mais, que la creation des laboratoires d’anthropologie criminelle ne doit 
pas suivre cette reforme de notre systeme de repression penale, mais la 
preceder. Le fonctionnement de ces laboratoires pourrait servir utilement; 
par sa documentation, a la Commission de Reforme du Code Penal. 

M. Crouzon approuve les conclusions du projet de MM. Blacque-Belair et 
Ceillier. II fait observer qu’il conviendrait peut-etre cependant de ne pas 
appliquer le depistage psychiatrique a tous les prevenus et qu’il y aurait 
lieu d’eviter de donner un trop grand pouvoir au medecin charge de la 
surveillance de 1’annexe psychiatrique. 


Seance du 9 Fevrier 1931 


Discussion du projet de resolution de MM. BLACQUE-BELAIR et 
GELLIER, invitant le gouvernement a creer des annexes psychia- 
triques dans les prisons et des laboratoires d’anthropologie crimi¬ 
nelle. 

M e Maurice Gorgon, qui avait apporte a la fin de la precedente seance quel- 
ques objections formulees de fagon hative, precise sa fagon de voir. II est 
d’accord avec MM. Blacque-Belair et Ceillier sur la necessite de prevoir une 
amelioration rapide de l’installation materielle du service medical dans les 
prisons. Mais il considere que le projet des auteurs ne peut-etre accepte 
sans de serieux amendements : 

1° En ce qui concerne l’examen medical des prevenus, il e'stime que cet 
examen ne saurait etre impose a ces sujets qui peuvent etre presumes non 
coupables, parce qu’il constitue « un outrage a la personne ». Le juge n’a 
aucun droit sur le prevenu et ne peut le soumettre d’office a l’examen 
medical. Si le prevenu se refuse a l’examen, le medecin ne peut passer 
outre. De plus, cet examen ne pourrait s’adresser qu’aux prevenus arretes 
qui ne representent que les 2/10 de l’ensemble des prevenus. Les autres, 
qui sont laisses en liberte, en seraient exemptes. Le systeme propose est 
done boiteux, de l’avis de M e Maurice Gargon. 

2° Pour les condamnes qui sont soumis aux regies de la justice, 1’exa- 
men est possible. Mais, M® Maurice Gargon redoute que cet examen ne 
conduise a substituer un traitement medical a la peine judiciaire. Il ne 
peut admettre le principe de la prison de duree indeterminee, car il la croit 
contraire a nos traditions et a nos principes. Il faut conserver a la peine 
son caractere intimidant. Quant a l’individualisation de la peine, M e Mau¬ 
rice Gargon estime qu’elle est deja realisee chez nous de fagon suffisante 
par le jeu des circonstances attenuantes et des autres dispositions tres 
larges de notre Code. Le dossier anthropologique ne doit intervenir en rien 
dans la determination de la peine prononcee par le Tribunal. Il faut main- 
tenir le respect de la loi penale. 

M. Roubinovitch expose l’etat actnel de l’organisation du service medico- 
psychologique qui fonctionne depuis le 17 decembre 1930 a la prison de 


SOCIETES 


Fresnes pour les enfants detenus. Ce service est la realisation des vceux 
emis depuis longtemps sur ce sujet. II consiste en un service d’observation 
surveiilee pour les gargons et en une Ecole de preservation pour les filles. 

II comporte des locaux speciaux d’examen, d’observation et d’isolement, 
des rapports d’enquete, des notices individuelles etablies pour chaque 
mineur, etc... II est anime de l’esprit reeducatif vers lequel s’oriente en 
France le Service penitentiaire des enfants. 

M. H. Claude fait observer que les divers points du projet de MM. Blac- 
que-Belair et Ceillier sont a placer sur des plans differents. L’individuali- 
sation de la peine repond a une tres vaste question liee a toute la reorga¬ 
nisation penitentiaire, qui ne peut §tre abordee sans de longues etudes. 

Dans les cas ou les delinquants sont nettement, soit responsables, soit 
irresponsables, la solution est facile. 

Mais le medecin est tres souvent embarrasse quand il s’agit de toute unc 
categorie d’individus tares pour lesquels il est contraint de proposer une 
solution batarde dans l’etat actuel de notre jurisprudence. C’est a l’egard 
de ces individus que, depuis longtemps, on a preconise la creation « d’asi- 
les-prisons » ou de formations analogues. 

Le medecin a le double devoir de ne pas amoindrir la valeur d’intimida- _ 
tion de la peine et d’eclairer le juge sur l’etat mental du delinquant. La 
creation du dossier anthropologique des prevenus doit favoriser cette tache. 

Il n’est pas dans les intentions du medecin de se substituer au juge. Le 
dossier anthropologique ne doit intervenir que comme element d’informa- 
tion dont le juge peut tirer parti dans son verdict. L’etablissement de ce 
dossier ne presente done aucun danger pour la repression penale. 

L’organisation des annexes psychiatriques des prisons est d’une necessity 
urgente et absolue. Elle est deja realisee dans la plupart des pays etrangers. 
Elle est indispensable a la bonne execution des expertises pychiatriques. 
Ces annexes psychiatriques seraient mises a la disposition des experts pour 
I’examen des prevenus quand les experts en feraient la demande. 

La question du depistage des malades mentaux est plus delicate. Ce 
depistage ne peut etre institue pour tous les detenus. Cependant, les faits 
demontrent chaque jour que l’organisme judiciaire n’est pas toujours bien 
informe. (M. H. Claude en rapporte des exemples probants). 

Ce depistage a ete pratique avec fruit pendant la guerre. Il existe dans 
les ecoles et n’a rien d’offensant pour la liberte individuelle. Pourquoi 
n’appliquerait-on pas aux adultes les principes realises a Fresnes pour les 
enfants ? M* Gargon estime qu’on n’a pas le droit de contraindre le pre- 
venu a un examen medical. Cependant, il est arrete. Libre a lui d’accepter 
ou non un examen. Le medecin ne le torture pas. Il n’y a done pas atteinte 
a la liberte individuelle. 

Enfin, si l’on craint que l’organisation des laboratoires d’anthropologie 
criminelle donne a certains medeeins une autorite trop preponderante, il 
serait facile d’organiser pour ce service un roulement auquel prendraient 
part tous les medecins-experts specialises et suffisamment qualifies. 

En consequence, M. H. Claude propose a la Societe de Medecine legale 
d’emettre un voeu proposant : 

1° La creation de laboratoires d’anthropologie criminelle dans les prisons 
pour l’examen des detenus condamnes ; 

2° La creation d’annexes psychiatriques dans les prisons ; 

3° L’organisation d’un service de depistage psychiatrique des prevenus 
quand ces derniers ne s’opposent pas a l’examen mental. 


SOCIETES 


193 


M. Costedoat demande l’extension de ce voeu au Service de la Justice 
militaire. II fait ressortir que, dans l’armee, comme dans la Justice civile, 
les memes necessites apparaissent. II rappelle que cette question a fait 
l’objet d’une enquete de M. Jude, effectuee en 1924 aupres des penitenciers 
de l’Afrique du Nord, enquete dont les resultats prevoyaient l’organisa- 
tion d’un depistage des psychopathes militaires condamnes. 

M. Hevyer est pleinement d’accord avec les conclusions de M. Claude. 

M. Honnorat estime qu’on ne saurait etendre aux adultes l’organisation 
realisee pour les enfants. II considere que la liberte individuelle des preve- 
nus doit etre respectee et attire l’attention sur le cas particulier des toxi- 
■comanes qui devraient faire l’objet de mesures speciales. 

M. Fourneau est d’accord avec MM. Garmon et Honnorat pour refuser 
l’examen obligatoire des prevenus et sur la necessite de ne pas substituer 
un traitement medical a la peine judiciaire. 

M. Ceillier resume la discussion en faisant ressortir qu’il est deux refor¬ 
mes qui ne peuvent leser personne : 

1° La creation des laboratoires d’anthropologie criminelle, dont le prin- 
cipe, pose par M. Baltbazard avait ete admis par M. Pierre Laval, lorsque 
celui-ci etait garde des sceaux. 

2° La creation des annexes psychiatriques indispensables aux bonnes 
^conditions de l’expertise medicale. 

3° La'troisieme question qui concerne le depistage psychiatrique est 
plus difficile a resoudre, mais sa realisation ne lui parait pas moins desi¬ 
rable. 

M. Balthazard estime que la realisation des deux premiers vceux doit 
recueillir une approbation unanime, mais que la question du depistage 
psychiatrique n’est pas mure et que sa solution entrainerait, par ailleurs, 
des difficultes d’ordre materiel, en raison du grand nombre de delinquants 
arretes chaque jour. L’organisation de ce depistage necessiterait une etude 
■detaillee. 


Fribourg-Blanc. 


200 


SOCIETES 


Societe beige de Neurologie 


Seance du 31 Janvier 1931 


Presidence de M. BOUCHE 


M. Bouche, dans une courte allocution, remercie la Societe beige de Neu¬ 
rologic de l’avoir appele a la presidence. 

Un cas de tumeur du lobe frontal, operation, guerison, 
par M. Van Gehochten 

L’auteur presente un malade opere pour kyste volumineux situe ai 
l’union de la partie moyenne de F. A. avec la partie posterieure de F2. Ce- 
malade presentait des troubles aphasiques caracterises par de gros troubles 
de l’articulation, des troubles de la denomination des objets avec agraphie^ 
integrity de la lecture et de la comprehension des ordres, meme compliques^ 

L’auteur rappelle d’autres cas analogues publies par lui, et conclut que, 
contrairement aux idees de Pierre Marie, l’ancienne conception de l’aphasie- 
motrice doit etre maintenue. 

M. Divry fait remarquer qu’en cas de tumeur cerebrale, aux symptomes-. 
dus a la lesion en foyer, s’ajoutent souvent des symptomes dus a l’hyper— 
tension intracranienne, et que Ces cas sont peu propices a l’etude des loca¬ 
lisations cerebrales. 

M. Bremer croit aussi que la conception de l’anarthrie n’a pas jete une 
grande clarte sur le probleme de 1’aphasie. 

M. A. Ley fait remarquer que le trouble de la denomination des objets est 
un trouble mnesique qui se rattache a la symptomatologie de l’aphasie de- 
Wernicke. 

M. J. Ley. — Le malade presente par M. van Gehuchten etait atteint 
d’aphasie de Broca a grosse predominance d’anarthrie. Conformement aux: 
idees de P. Marie, il y a interet a maintenir une distinction nette entre les- 
troubles veritablement moteurs et les troubles aphasiques proprement dits. 

Angiospasmes cerebro-spinaux multiples simulant la sclerose en plaques,, 
par M. Bremer 

Apres avoir rappele les traits essentiels du syndrome de Wilder, l’auteur- 
decrit le cas d’un malade ayant presente un nombre considerable d’acces de 
diplopie, paresthesies, paresies, hemianopsies, scotomes scintillants, transi— 
toires, sur terrain migraineux. Certains de ces acces ont laisse des sequelles- 
organiques qui ont fait songer a une sclerose en plaques evoluant par- 
poussees. 


SOCIETES 


201 


Les chocs vasculaires jouaient un role important dans la pathogenie des 
acces, et la medication vaso-dilatatrice a donne de bons resultats. 

Un cas de tumeur des ventricules lateraux, par M. Van Gehuchten 

L’auteur presente les pieces anatomiques d’un cas de volumineuse tumeur 
des ventricules lateraux, dont la symptomatologie en avait impose pour une 
tumeur cerebelleuse. 

J. Ley. 


Societe de Medecine mentale de Belgique 


Seance dn 31 Janvier 1931 


Presidence de M. HOVEN 


En ouvrant la seance, M. Hoven rend hommage a la memoire du D r Bou- 
lenger. Apres avoir rappele l’activite de la Societe pendant l’annee 1930, il 
remercie le D 1 ' Titeca, president sortant. 

Parlant ensuite de Vexamen necropsique des alienes, M. Hoven insiste sur 
la necessity de faire des autopsies completes et des examens biologiques 
approfondis. Apres avoir rappele ce que la psychiatrie doit deja aux 
recherches anatomo-pathologiques et biochimiques, il emet le vffiu de voir 
les medecins d’asile perfectionner et developper leurs moyens d’investiga- 
tion scientifique. 

Un cas d’hydrocephalie interne, par M. Renard 

L’auteur presente les pieces anatomiques d’un cas d’hydrocephalie interne 
ayant determine un certain degre d’atrophie de l’ecorce cerebrale, sans 
deficit intellectuel marque. Il s’agissait d’une malade lucide, presentant 
uniquement des troubles graves de l’affectivite et du comportement social. 

Un cas de porencephalie, par M. R. Ley 

Il s’agit d’un enfant de 14 mois qui presentait des contractures genera- 
lisees. 

L’autopsie revela un etat de porencephalie tres accusee, realisant une 
veritable decerebration supra-thalamique. 

L’examen histologique montre des corps granuleux en grande abondance, 
des lesions de disintegration au niveau des noyaux gris centraux, une colo- 
rabilite anormale de la microglie et des lesions vasculaires. L’auteur pense 
<pi’il s’agit d’un processus vasculaire post-natal. 



202 


SOCIETES 


Demonstration de preparations microscOpiques, par M. R. Ley 

L’auteur montre une serie de preparations relatives a des cas d’ence- 
phalite epidemiqne, de sclerose en plaques et de syringomyelie. 

J. Ley. 


Societe de Psychiatrie et de Neurologie de Barcelone 


Seance du 17 Janvier 1931 


Contribution a l’etude des tumeurs de la fosse posterieure du crane, 
par M. A. Subirana (de Barcelone) 

Le travail de l’auteur comprend quatre parties. Dans la premiere, apres 
avoir insiste sur les difficultes du diagnostic precoce des tumeurs poste- 
rieures, il passe en revue les caraCteres des signes « pseudo-cerebelleux », 
qu’on peut attribuer aussi aux tumeurs des autres regions : lobes pre- 
frontaux, region suprasellaire, corps calleux, lobe temporal, etc. 

Dans une deuxieme partie, il analyse les signes qui traduisent une lesion 
du cervelet, en les differenciant de ceux qu’il faut rattacher a une atteinte 
du labyrinthe ou des voies labyrinthiques centrales. Il est neceSsaire de 
faire remarquer la nature distincte des syndromes vestibulaires et cere- 
belleux. Ensuite, M. Subirana signale le caractere harmonieux des syn¬ 
dromes vestibulaires purs et decrit avec soin le signe de la « disharmonie 
vestibulaire de Barre, nouveau symptome de la serie cerebelleuse. Enfin, 
dans une quatrieme partie, tenant compte de l’experience recueillie avec 
ie Professeur Barre, l’auteur montre que, dans certains cas, le diagnostic 
exact a pu etre fait, grace au signe de la « disharmonie » et malgre la 
negativite ou le caractere faiblement positif des epreuves cerebelleuses 
classiques, tant statiques que kinetiques. 

Syndromes paralytiques et pseudo-paralytiques. Valoration humorale. 
par M. J. Pons-Balmes (de Barcelone) 

Expose de 13 observations cliniques, dans lesquelles il existe une discor¬ 
dance Clinique et humorale reelle ou apparente. On peut trouver : paraly¬ 
ses generates confirmees avec liquide negative apres traitement, sans ame¬ 
lioration clinique ; tableaux paralytiformes avec donnees humorales nega¬ 
tives et evolution ulterieure ou non de pseudo-paralysie ; syndromes clini¬ 
ques sans allure paralytique et examen negatif du liquide ; variations 
humorales spontanees ou therapeutiques dans une serie de ponctions, etc. 
On doit analyser le liquide cephalo-rachidien dans tous les syndromes 
paralytiques pour preciser le diagnostic, ainsi que dans tous les etats 
dementiels sclereux ou alcooliques, car quelques-uns sont de vraies paraly¬ 
ses generates. Des cas de paralysie generate avec serologie negative sont 




SOCIETES 


203 


tres vraisemblables. On observe en effet des cas de reactivation et de 
negativation spontanee du liquide, de negativation post-therapeutique de 
malades non ameliores cliniquement, et des cas stationnaires de 15 a 25 ans 
de duree avec symptomeS nerveux et mentaux de la serie neurosyphilitique 
et examen du liquide presque negatif. Le fait de la negativation spontanee, 
ou apres une cure, du liquide cephalo-rachidien permet de supposer que la 
negativation totale ou bien relative est conditionnee par l’arret de revolu¬ 
tion de la maladie. 

Un cas de spasme de torsion, par MM. B. Rodriguez-Arias et G. Capo 

Presentation d’un enfant de 14 ans, sans aucun antecedent familial et 
personnel important. II y a plus de 12 mois qu’il est atteint de troubles 
evidents et progresses, de spasme de torsion, avec rotation de la tete, du 
tronc et des bras et avec quelques myoclonies abdominales persistantes. Le 
spasme, en 1929, etait localise aux bras seulement. Rien au point de vue 
eneephalitique. Liquide cephalo-rachidien negatif. Epreuves d’insuffisance 
hepatique, negatives ; malgre tout, urobilinurie et pigments biliaires. II est 
vrai que, sans savoir pourquoi, le malade avait ete traite prealablement 
par l’arsenic (legere intoxication). Pas de dystonies d’attitude. L’hyoscine 

per os » et les injections de cicutine ont provoque une petite ameliora¬ 
tion, mais plus encore les injections quotidiennes de bulbocapnine, puisque 
ses effets durent encore 3 jours apres la suppression du traitement. On ne 
peut pas penser a une maladie de Wilson, a une pseudo-sclerose, a une 
athetose double, a une maladie de Parkinson. II s’agit d’un nouveau cas 
typique de spasme de torsion, non post-encephalitique, qui n’appartient 
pas a la race juive, qui est progressif et qui a ete favorablement influence 
par la bulbocapnine. II importe de le faire connaitre pour augmenter le 
nombre des cas actuellement eonnus (cas numero 8 des auteurs). 


B. Rodriguez-Arias. 


REUNIONS ET CONGRfiS 


ASSEMBLEE COMMUNE 

de la Societe suisse de Psychiatrie et de la Societe suisse 
de Neurologie 

(Lausanne, 6 et 7 decembre 1930) 


LE BILAN DE L’ENGEPHALITE LETHARGIQUE 

Cette reunion etait exclusivement'consacree a la discussion du Bilan de 
I’encephalite lethargique. La premiere seance fut reservee a la partie 
psychiatrique de la question, et la seconde seance a la partie neurologique. 

Premiere seance 

Les syndromes mentaux post-encephalitiques, par M. H. Steck 

A cette premiere seance, M. H. Steck (de Cery-Lausanne) exposa dans un 
rapport sur les syndromes mentaux postencephalitiques tout d’abord une 
statistique faite dans tous les asiles d’alienes de Suisse. Dans 27 asiles ont 
passe 364 cas de sequelles encephalitiques. De ces 364 cas, 14 seulement ont 
paru indemnes de troubles psychiques, 257 malades sont atteints de parkin- 
sonisme plus ou moins prononce associe a des troubles psychiques varies. 
Chez ces parkinsoniens on trouve dans 110 cas la bradyphrenie et dans 
165 cas des troubles du caractere. Dans 81 cas de sequelles postencephaliti¬ 
ques sans parkinsonisme on trouve 63.fois des troubles du caractere. L’alte- 
ration du caractere predomine chez les enfants et les adolescents, mais se 
trouve cependant chez les adultes ou la bradyphrenie est plus frequente. 
Parmi les malades signales en dehors des asiles, 20 0/0 seulement presen- 
tent des troubles du caractere, tandis que chez ceux qui ont passe dans un 
asile d’alienes on les trouve dans 63 0/0 des cas. 

Les differentes classifications des troubles importants du caractere propo- 
sees jusqu’a present par les auteurs allemands sont faites d’apres la pre¬ 
dominance d’un symptome ou d’une attitude sociale speciale. 

1. Les hypercinetiques montrent plus nettement le besoin impulsif de 
decharge motrice comme moteur principal et intime des troubles du carac- 


REUNIONS ET CONGRES 


205 


tere ; ces malades montrent comment 1,’mstabilite motrice, trouble de l’atten- 
tion, et l’hvperactivite motrice peuvent mener a l’agressivite. 

2. Les impertinents presentent pour M. H. Steck un des traits les plus 
importants de l’alteration du caractere sous forme de l’impertinence et de 
l’importunite qui sont le corollaire psychique de Fimpulsivite. G’est la 
vhicanose de Jorger, le harcelement (acairie ) de Astwazaturof signale par 
le rapporteur depuis 1924 sous forme d’une affectivite speciale, melangee 
d’importunite et d’obsequiosite collante rappelant l’epilepsie. 

3. Les agressifs se recrutent dans les groupes precedents par reaction 
contre l’entourage, mais il y a aussi des tendances agressives primaires 
provenant d’une alteration profonde des instincts. On trouve toutes les 
transitions des malades qui taquinent et tourmentent jusqu’a l’agressivite 
brutale destructive primaire ; tous ces malades montrent l’affectivite 
collante particuliere. 

4. Les malades caracterises avant tout par une liberation des instincts 
primitifs : les sexuels, les voleurs, les voraces montrent egalement tous 
Faffectivite collante, l’importunite et Fimpertinence avec une labilite 
d’humeur speciale. 

L’agressivite brutale est plus frequente chez les gargons, le harcelement 
a teinte erotique chez les filles. Avec le developpement du parkinsonisme. 
Fagressivite disparait, mais le harcelement et l’importunite persistent. La 
labilite et l’irritabilite se rencontrent frequemment chez les adultes. Les 
troubles dits du caractere sont done marques par une affectivite labile, 
massive, collante et visqueuse, une irritabilite prononcee et une absence de 
freins pour les impulsions instinctives primitives et -inferieures. lis se clas- 
sent tout naturellement dans les reactions organiques exogenes, d’ou leur 
ressemblance avec l’epilepsie, avec les sequelles traumatiques cerebrales, 
voire meme avec la paralysie generale. 

Le second syndrome psychique important des postencephalitiques est 
represente par la bradyphrenie de Naville que nous trouvons chez 40 0/0 
des parkinsoniens postencephalitiques ayant passe dans les asiles d’alienes 
suisses. Elle est caracterisee par le ralentissement psychique, l’appauvrisse- 
ment de la pensee, l’inertie et l’apathie psychique et psychomotrice, mais 
sans parallelisme etroit avec le degre de rigidite parkinsOnienne. II y a 
ensuite trouble de l’attention, fatigabilite ; les fonctions psychiques supe- 
rieures et complexes se mettent difScilement en mouvement. II y a nivelle- 
ment de la personnaiite et de l’intellect. Le trouble de la collaboration de 
Faction volontaire intentionnelle et des phenomenes inferieurs (automatis- 
mes) amenent un surmenage de la volonte consciente et secondairement un 
retrecissement du champ des interets, un desinteressement et une indiffe¬ 
rence secondaire. 

Les troubles affectifs sont plus souvent secondaires que primaires. 
Quelquefois on trouve une euphorie vide et niaise qui ressemble le plus 
a celle de la sclerose en plaques. L’atteinte diffuse de l’activite psychique, le 
nivellement de la pensee et de la personnaiite relevent d’une atteinte glo- 
bale du psychisme, comme dans les demences organiques, moins les sympto- 
mes qui sont habituellement consideres comme d’origine corticale : troubles 
de la memoire, du jugement et de l’orientation qui manquent chez les post¬ 
encephalitiques. 

Les reactions depressives se rencontrent dans la periode neurasthenique 
et peuvent aboutir au suicide. Des acces brusques de depression sont en 


REUNIONS ET CONGRES 


rapport avec Ies troubles caracterologiques. Tous les phenomenes obsession- 
nels et impulsifs paroxystiques sont en rapport d’une part avec les troubles 
du caractere, d’autre part avec les troubles de l’automatisme. Les acces de 
cris et de pleurs nocturnes sont les plus frequents et les plus caracteristi- 
ques a cet egard. 

Les impulsions agressives sont quelquefois en rapport avec des phenome¬ 
nes de tic ; dans quelques cas d’impulsions sexuelles on trouve comme une 
hypertrophie de la composante motrice de l’instinct sexuel. 

Les crises oculogyres sont signalees dans 23 cas. Les cas d’epilepsie post- 
encephalitique paraissent tres rares, de meme que les etats dementiels 
veritables. Par contre, on trouve avec une certaine frequence des episodes 
paranoides et hallucinatoires : 50 cas parmi les malades internes dans les 
asiles et 6 signales en dehors des asiles. 

II s’agit ici seulement des troubles mentaux en dehors de la phase aigue 
ou le delire confusionnel est frequent. 

Les episodes paranoides et hallucinatoires sont le plus souvent lieis aux 
troubles caracterologiques, aux phenomenes obsessionnels et paroxystiques. 
Des pensees obsedantes il y a toutes les transitions aux pseudo-hallucina¬ 
tions et aux hallucinations a la fois imperatives et critiquees. Celles-ci sont 
en rapport avec les impulsions, avec les troubles cenesthesiques organiques 
amenant des transformations illusionnistes, des sensations internes don- 
nant lieu a des delires de zoopathie interne, a la grossesse imaginaire chez 
des hommes, a des idees d’empoisonnement. Dans les cas de depression on 
trouve des paroxysmes anxieux avec idees de persecution, de jalousie et 
d’empoisonnement. LeS interpretations sexuelles sont tres freqiientes. 

Tous ces malades ont une attitude parfois tres critique, une affectivite 
particuliere, un besoin de rapport avec leur entourage qui est tout a fait 
oppose a l’autisme schizophrene. Ces traits differentiels se trouvent encore 
dans les rares cas de psychoses avec elements magiques prelogiques dont le 
rapporteur presente un specimen tres frappant a la fin de la seance. Les 
cas qui presentent des ressemblances plus nettes avec la schizophrenic ont 
des antecedents soit hereditaires soit personnels nettement schizophreni- 
ques. 

L’importance des troubles postencephalitiques pour la pathog-enese 
des psychoses, par M. G. de Morsier 

Traitant de l’importance des troubles postencephalitiques pour la 
pathogenese des psychoses, le second rapporteur, M. G. de Morsier (de 
Geneve), decrit des cas d’encephalite diagnostiques schizophrenic, manie, 
epilepsie, etc., et cherche a demontrer que ces cadres cliniques bases sur la 
psychologie sont desuets et doivent faire place a des etudes physiologiques 
et neurologiques basees sur l’anatomie et l’etiologie. L’encephalite pouvant 
produire a elle seule toutes les manifestations de la clinique psychiatrique 
demontre, selon le rapporteur, que nos entites cliniques habituelles sont 
arbitraires. 

Syndromes encephalitiques et syndromes schizophreniqUes, 
par le Prof. Pfersdorf 

Dans cette communication sur les Syndromes encephalitiques et syndromes 
SCHIZOPHRENIQUES, le Prof. Pfersdorf (de Strasbourg), tout en ne prenant 



REUNIONS ET CONGRES 


207 


pas nettement position pour une des theses des deux rapporteurs, souligne 
quand meme les traits differentiels importants. Si l’on envisage l’inhibi- 
tion, la bradyphrenie, dans un premier groupe de malades les catatoniques 
se distinguent des postencephalitiques par la parafonction et la variability 
des troubles ; dans un deuxieme groupe, les symptomes sont plus restreints 
cbez l’encephalitique, les mouvements spontanes ne ;;ojat pas manieres, il 
n’y a pas de parafonction de l’ideation. Dans un troisieme groupe, on trouve 
de nouveau, comme chez les catatoniques, un ralentissement des fonctions 
et une alteration associative, tandis que chez l’encephalitique les associa¬ 
tions bloquees ne sont que retardees, ne presentent aucune parafonction. 
G’est la la difference fondamentale. L’auteur trouve que les differentes cate¬ 
gories de l’affectivite observees pendant les remissions de la demence precoee 
se retrouvent dans les sequelles de l’encephalite. II estime que, malgre 
toutes les nuances et differences, la clinique de l’encephalite fournit un 
appui a la conception organomotrice de la schizophrenic. 

La Medecine leg-ale de l’encephalite lethargique, par le Prof. W. Maier 

Le Prof. H. W. Maier (de Zurich) etudia 1’en cep halite lethargique au 
point de vue medico-legal. La delinquance et la criminalite sont frequentes 
parmi les postencephalitiques. Les delits sont generalement caracterises par 
leur impulsivite, l’imprevisibilite* et quelquefois leur inutilite. On trouve 
des delits sexuels, de la pyromanie, des vols et du vagabondage. Ces delits 
sont en rapport avec les troubles du caractere et le manque de frein signales 
par les rapporteurs. 10 0/0 des delinquants postencephalitiques ne sont pas 
des parkinsoniens. II faut done faire le depistage dans les maisons de cor¬ 
rection, les prisons. 

Au point de vue assurance, le r61e du traumatisme cranien peut etre envi¬ 
sage comme creant un locus minoris resistentise. 

L’auteur souleve encore la question de l’interruption de la grossesse, du 
droit au mariage, du divorce pour encephalite ainsi que de la capacite de 
tester, ou il faut examiner chaque cas individuellement. La question de la 
denonciation de l’encephalite lethargique pourrait avoir une grande utilite 
pratique pour permettre aux medecins de se procurer le serum de conva¬ 
lescent necessaire au traitement. 

Daps la discussion, le Prof. Bing (de Bale) et M. Gamier (de Zoug) appor- 
tent des cas interessants au point de vue medico-legal. M. Bing relate un 
cas de dissimulation du parkinsonisme dans le but de mettre toute la mala- 
die a la charge de l’assurance militaire. M. Garnier montre que tous les 
delits postencephalitiques ne sont pas impulsifs et irreflechis et rapporte 
le cas d’un malade qui a commis des vols avec effraction parfaitement bien 
prepares. Ces malades doivent etre confies a des medecins competents. 

M. Wyrsch (St-Urban-Lourne) est d’avis qu’on peut parfaitement distin- 
guer une psychose postencephalitique presentant des traits schizophreniques 
d’une veritable schizophrenic. 

MM. Repond et Flournoy s’opposent au point de me adopte par M. de 
Morsier. M. Repond insiste sur Fimportance du caractere preexistant. 
M. Flournoy defend l’emploi legitime des methodes psychologiques a cote 
des theories physiologiques. Les divers modes d’exploration se completent 
et ne s’excluent pas dans l’etude des problemes aussi complexes et aussi 
enchevetres que ceux des psychoses. 



REUNIONS ET CONGRES 


Deuxieme seance 

Les formes nouvelles et les sequelles neurologiques de l’encephalite 
lethargique, par M. H. Brunschweiler 

La deuxieme seance, consacree a la partie neurologique, commenga par le 
rapport du D r H. Brunschweiler. (de Lausanne) sur les Formes nouvelles 
ET LES SEQUELLES NEUROLOGIQUES DE L’ENCEPHALITE LETHARGIQUE. Le rappor¬ 
teur fit surtout ressortir le polymorphisme frappant de cette affection, 
dont le processus, toujours en activite, peut atteindre tout le nevraxe, et 
passa en revue ces differentes formes cliniques neurologiques. 

II faut citer egalement les communications : de M. E. Frey (de Zurich) 
sur 1’anatomie pathologique de l’encephalite epidemique, de M. O. Richard 
et de M. Besse (de Geneve) sur la therapeutique. 

Un probleme doctrinal remis en question par l’encephalite lethar¬ 
gique : Hysterie et Pithiatisme, par M. L. van Bogaert 

La communication de M. L. van Bogaert (d’Anvers) interesse tout parti- 
culierement la psychiatrie. L’evidente analogic de certains troubles moteurs 
avec ceux de l’hysterie et l’influence de facteurs emotifs posent le probleme 
suivant : La manifestation hysterique nait-elle seulement d’un mensonge 
neurologique, conscient ou inconscient, d’une suggestion medicale, ou bien 
est-elle l’expression d’un desordre fonctionnel transitoire de la physiologie 
cerebrale ? L’hysterie est organique en tant que reflexe empruntant, comme 
tout autre reflexe, pour sa representation peripherique, un dynamisme 
cerebral bien caracterise. Le symptome moteur tonique ou hypercinetique 
n’est pas necessairement, en depit de son organicite, a l’abri d’influences 
dont le r61e a ete jusqu’a present peu etudie : espace, temps, nycthemere, 
sexe et psychisme. II faut encore une plasticite psychomotrice extraordi¬ 
naire pour expliquer, par exemple, la contagion d’un aeces oculogyre qui 
ulterieurement echappe a l’inhibition volontaire ou suggeree. On peut 
admettre que 1’infectiOn realise une disintegration cortico-nucleaire fonc- 
tionnelle, favorisant l’apparition de phenomenes qui suivent le mecanisme 
des reflexes conditionnels. M. van Bogaert a rapporte, a l’appui de cette 
these, le cas d’un parkinsonien postencephalitique qui presentait des crises 
d’enroulement autour de l’axe ayant le caractere d’acces, decerebres dispa- 
raissant et apparaissant par la suggestion. Ces crises se combinaient avec 
des acces anxieux accompagnes de tentative de suicide. Une cure purement 
psyehotherapique fit disparaitre les crises decerebrees. Le malade se suicida 
plus tard au cours d’un acces anxieux. 

Pour faire une crise oculogyre ou une crise hysterique qui toutes deux 
ont le plus souvent une morphologie bien particuliere et stable, il faut un 
appareil mesocephalique place dans des conditions de liberation bien deter- 
minees et tres certainement differentes, mais les deux decharges motrices, 
en tant que reactions, sent de la meme valeur physiologique qu’une atta- 
que jacksonienne. Aborde sous cet angle, le probleme pose par l’encephalite 
ne vise pas a une revision de 1’hysterie, mais*a interpreter par analogie le 


REUNIONS ET CONGRES 


209 


mecanisme probablement sous-cortical de certaines de ses manifestations 
motriees. 

Dans la discussion, M. le Prof. M. Minkowski (de Zurich) insista sur le 
polymorphisms des manifestations encephalitiques tant dans le domaine 
neurologique que dans le domaine psychiatrique. Ce polymorphisme est en 
rapport avec la localisation diffuse du processus. M. M. Minkowski attira 
l’attention sur Importance des lesions de l’appareil secretaire et de la bar- 
riere hemato-encephalitique dans toute son etendue, ce qui pourrait expli- 
auer particulierement les symptomes fugaces et discrets. La constitution 
parait egalement importante. Des associations aussi inextncables entre 
lesions organiques et troubles fonctionnels se trouvent egalement dans les 
iraumatismes cerebraux. La base commune est une localisation analogue 
de lesions discretes et disseminees. 

H. Steck. 


Ann. med.-psych., 13 e serie, t. I. 


— Fevrier 1931. 


14 


ANALYSES 


UVRES, THESES, BROCHURES 


PSYCHIATRIE 

La folie et la guerre de 1914-1918, par MM. A. Rodiet, medecin-chef de 
TAsile.de Ville-Evrard, et A. Fribourg-Blanc, Professeur au Val-de-Grace, 
(1 vol 194 p., avec 10 planches hors-texte. Felix Alcan edit., Paris 1930). 

Apres de patientes recherches, et des difficultes que l’on imagine, 
MM. Rodiet et Fribourg-Blanc donnent, dans ce livre, douze ans apres la fin 
de la guerre de 1914-1918, c’est-a-dire avec le recul indispensable, les resul- 
tats d’une longue enquete qui porte sur 25.000 observations. Une statistique 
complete des cas d’alienation mentale chez les mobilises parait impossible. 
Adoptant comme plan la classification des maladies mentales a peu pres, 
generale en France, ces auteurs etudient, a propos de chaque forme mentale, 
les cas observes pendant la guerre, donnant en exemple 220 observations 
choisies parmi les cas types soignes a PHopital Militaire du Val-de-Grace, 
et qui servent de base a leur important travail. 

Telles sont les conclusions" qui se degagent de cette revision : De toute 
evidence, la guerre n’a pas fait apparaitre de nouveaux types psychopathi- 
ques a symptomatologie ou a evolution jusqu’ici inconnue. Par contre, tous 
les genres anterieurement connus de psychopathies ont ete observes chez les 
combattants, l’etat de guerre reunissant les conditions les plus favorables 
a l’eclosion de ces troubles divers. 

Dans la presque totalite des cas s’est manifestee l’importance considerable 
qu’il faut attacher aux predispositions hereditaires, aux tendances constitu- 
tionnelles et, tout particulierement, a la constitution emotive, si bien mise 
en valeur par Dupre. Dans son beau livre sur « l’Angoisse Humaine », 
M. Maurice de Fleury a remarquablement decrit .les angoisses de guerre. 

Mais, ainsi que l’a montre le Professeur Jean Lepine, a cote de la predis¬ 
position dont 1 importance habituelle ne saurait etre niee, les circonstances 
occasionnelles (emotions, chocs repetes, blessures, commotions, surmenage, 
fatigue, exo et auto-intoxications, etc.) prennent, par leur frequence, leur 
intensite, une preponderance telle qu’elles apparaissent comme « le verita¬ 
ble facteur du trouble mental ». Aussi ne saurait-on etre surpris d’observer 
en temps de guerre un plus grand nombre de cas de troubles psychiques. 

Le Professeur Georges Dumas a justement insi'ste, dans son livre sur 
« Troubles mentaux et troubles nerveux de guerre », sur ce fait que les 
emotions des batailles et les commotions des bombardements n’ont pas cree 
une espece ni meme une variete de troubles mentaux ou nerveux de nature 
a faire ouvrir en neuro-psychiatrie un chapitre nouveau. 



ANALYSES 


211 


Les reactions presentees par les malades mentaux au cours de la guerre 
ont ete celles que l’on remarque habituellement dans chacune des formes 
psychopathiques, mais ces reactions eurent une teinte speciale donnee par 
les circonstances et des consequences plus graves. L’etat de guerre a colore 
les delires et imprime un eachet special aux psychopathies. Est-il necessaire 
aussi de rappeler les difficultes de tout ordre creees dans les rangs d’une 
armee disciplinee par des psychopathes inadaptables, rebelles, violents, ou 
inconseients, semeurs de desordre et dont l’exemple est deplorable ? 

II n’en faudrait pas conclure qu’au moment ou la nation lutte pour son 
existence et ou chacun doit contribuer a. cette lutte selon ses possibility, 
elle doive ecarter systematiquement de l’armee tous les psychopathes, en 
faire la reserve de l’avenir et sacrifier pour les defendre les seuls elements 
sains qu’elle possede. Car c’est a cela qu’aboutirait la mise en reforme aveu- 
gle et sans discussion de tous les psychopathes. Certains d’entre eux, apres 
quelques mois d’hospitalisation, font d’excellents soldats. D’autres rendront 
de tres bons services si l’on sait bien choisir leur affectation. II est des 
postes, ou seul compte le nombre, qui conviendront a certains. II en est 
meme, parmi ces desequilibres, qui trouveront dans la guerre l’utilisation 
de leurs tendances et qui feront d’aussi bons combattants que de mauvais 
citoyens et de detestables soldats en temps de paix. 

II ne s’agit naturellement ici ni d’utiliser des alienes internables, ni d’en- 
freindre des principes d’humanite, mais, seulement, de ne pas ecarter syste¬ 
matiquement de l’armee, en temps de guerre, certains sujets qu’elle rejette- 
rait avec raison en temps de paix et dont les tares psychopathiques sont 
cependant compatibles, au moins temporairement, avec les necessites de la 
defense nationale. Si je depasse volontairement la pensee des auteurs, ou 
tout au moins leur texte, ce n’est pas en negligeant ces obstacles que sont la 
delicatesse du pronostic, la crainte des reactions, la responsabilite du 
choix des sujets, la difficulte de 1’encadrement et du commandement, 
les risques de contagion ou plus exactement d’imitation, ni le delicat pro- 
bleme d’une reforme ulterieure et du droit a pension. Mais ce sont la des 
questions de diagnostic, d’organisation et de legislation dont la solution 
peut etre trouvee. Elies ne sauraient, a mes yeux, ternir cette clarte que 
lorsque Fexistence meme d’une nation est en jeu, c’est risquer de la perdre 
deux fois que de sacrifier ses meilleurs elements a la conservation des 
mediocres soigneusement proteges. 

MM. Rodiet et Fribourg-Blanc preconisent le traitement et l’assistance des 
mobilises atteints de troubles psychiques dans des hopitaux psychiatriques 
d’armee, des centres regionaux de neuro-psychiatrie, et des que l’isolement 
n’est plus indique, en l’absence de families pouvant les recevoir, l’assistance 
des convalescents dans des colonies d’alienes militaires. 

Rempli de faits, cet interessant ouvrage souleve des problemes dont l’im- 
portance touche a la vie meme du pays. II est orne de dix planches hors- 
texte dont quelques-unes, dessins tres realistes du D r Livet, portent l’em- 
preinte de son beau talent d’artiste et de ses qualites de clinicien et d’obser- 
vateur. Rene Charpentier. 

• Contribution a l’etude du desequilibre vago-sympatbique dans les etats 

emotifs et anxieux, par le D r Felix Dancenis. Th. Lyon, 1930, 172 pages. 

Imprim, intersyndic., Lyon. 

Apres un rappel des notions les plus importantes sur l’embryologie, 
l’anatomie et la pbysiologie du systeme neuro-vegetatif, l’auteur expose 


212 


ANALYSES 


ses divers inodes d’exploration : la recherche des reflexes oculo-cardiaque, 
palato-cardiaque, naso-facial, solaire ou abdomino-cardiaque, vaso-moteur, 
pilo-moteur, celle des epreuves pharmaco-dynamiques : adrenaline et sulfate 
d’atropine (sympathicotropes), salicylate d’eserine et pilocarpine (vago- 
tropes). Puis il decrit l’emotif et l’anxieux, la constitution emotive de 
Dupre, les signes physiques du desequilibre emotif, les reactions psychiques 
et l’etat mental de l’emotif, les signes psychiques de l’anxiete, les sympto- 
mes physiques de l’angoisse, le coinportement mental de l’anxieux. II ter- 
mine par un essai d’etiologie et de pathogenie, en differencial les emotifs, 
possedant un grand sympathique sensibilise avec predominance ortho- 
sympathicotonique, des anxieux dotes d’un grand sympathique dystonique 
et hypertonique avec paroxysmes a predominance vagale se manifestant par 
des phenomenes d’angoisse. Roger Dupouy. 

De l’inversion sexuelle a la formation et a la determination des sexes, 
par H. Allaix, 85 pages, Peyronnet, edit., Paris, 1930. 

Le but de 1’auteur est d’exposer comment, n’ayant rencontre dans aucun 
ouvrage paru jusqu’a ce jour une classification des deviations de l’instinct 
sexuel reposant sur les causes possibles de leurs diverses modalites, il s’est 
propose d’en etablir une. Cette tentative de classification (ch. I) l’a amene a 
envisager que, quel que soit le type considere, l’ihversion sexuelle vraie, 
ou mime la pseudo-inversion, n’etaient qu’une modalite d’un phenomene 
d’ordre plus general: l’androgynation, c’est-a-dire la perte ou plutot la 
diminution, quelquefois assez partielle, des caracteres sexuels primitifs, 
seeondaires, tertiaires ou quaternaires, propres a chaque sexe : l’inversion 
sexuelle ne serait qu’une manifestation et l’un des caracteres tertiaires de 
l’androgynation (ch. II). En conclusion, il esquisse (ch. Ill) une serie de 
recherches experimentales possibles sur la determination des sexes dont le 
probleme se resumerait a provoquer un etat d’hypo ou d’hypercrinie chez 
les geniteurs, et cela durant la maturation des cellules sexuelles qui doi- 
vent, en se fusionnant, donner le produit sexualise. 

Roger Dupouy. 

La question de Phypnotisme, par E. Pascal, Terrier freres, Etampes, 1930. 

Le role de l’hypnotique en metapsychique est essentiel. Aussi faut-il eta¬ 
blir tout d’abord l’authenticite de son existence. L’auteur s’eSsaie done a 
refuter la phrase de Berhheim : « Il n’y a pas d’hypnotisme », puis la these 
de Delmas et Boll : « L’hypnose n’est que la simulation du sommeil som- 
nambulique par des sujets parfaitement eveilles, il ne reste pour l’hypno- 
tiseur que l’alternative d’etre ou le complice ou la dupe de son sujet. » 
Estimant y etre parvenu, il entend ensuite prouver que les methodes psy-. 
chotherapiques se ramenent a l’emploi de la suggestion hypnotique. 

Roger Dupouy. 

Essai medieo-psychologique sur Charles Baudelaire, par le D^ Photis 
Scouras. These Lyon, 182 pages, Bose freres et Rion, edit., 1929. 

La personnalite comme l’ceuvre de Baudelaire, indissolublement liees 
Pune a l’autre, ont toujours interesse vivement les lecteiirs des Annales 
Medico-Psychologiques. C’est pourquoi nous-leur recommandons vivement 
la lecture de la these de Ph. Scouras. 



ANALYSES 


213 


L’heredite du grand poete, son enfance ou deja perce son desequilibre 
constitutionnel, hyperemotif et anxieux, sa jeunesse ardente, sa vie tour- 
mentee, miserable et desordonnee, sa maladie enfin et sa mort sont etudiees 
a l’aide de nombreuses references, dont la plupart de date recente (Royere;, 
Raynold, Fontainas, Dufay, Mondadon, Lemonnier, Raynaud, Jacquemet, 
Trial, Mauclair, Porche, Leon Daudet, Mongredieu, Crepet, G. Le Rouge, 
Mouquet, Thebault, Cassou). 

L’auteur s’inspire, comme il est encore de mode, des__theories de Freud et 
de la psychanalyse pour expliquer certains chocs psycho-sexuels, d’inter- 
pretation peut-etre cependant plus simple et plus normale (« complexe 
d’CEdipe constituant pour Baudelaire une des principales causes de sa. 
regression a l’enfance en laquelle residerait l’origine de ses troubles nevro- 
pathiques »)• 

Son portrait dessine, il analyse successivement ses anomalies sexuelles, 
son fetichisme olfactif, ses diverses perversions instinctives, sa hantise de 
la mort, ses inclinations variees, ses sentiments, son caractere, ses tendan¬ 
ces, ses facultes intellectuelles, mnesiques, imaginatives et critiques, son 
oeuvre geniale enfin. 

Au resume, Ph. Scouras fait de Baudelaire un desequilibre, deprime 
constitutionnel, douteur, anxieux, mythomane, toxicomane, asociable, mort 
des suites arterielles d’une syphilis acquise, et il relie etroitement ses 
chefs-d’oeuvre litteraires a ses etats pathologiques. « C’est, conclut-il, aux 
sources inepuisables, mais a coup sur morbides, de son ame, qu’il doit son 
inspiration. » Roger Dupouy. 

Questions peripateticiennes de Cesalpin, traduction de Dorolle. 1 vol. 

242 pages, des textes et traductions pour servir a l’histoire de la pensee 

moderne. AJcan, 1930. 

Cette traduction de l’un des principaux ouvrages de l’un des plus illustres 
medecins de la Renaissance est precedee d’une etude de son oeuvre faite par 
le traducteur. 

Celui-ci y donne un interessant tableau des connaissances de nos ancetres 
a la fin du xvi e siecle en matiere de biologie, de physiologie et de medecine. 
Il ne saurait etre reproduit ici. 

Que l’on sache simplement que pour Cesalpin, le coeur est le generateur 
de la chaleur et le siege du sensum commune donnant l’unite des differentes 
sensations. Les nerfs en viennent. L’imagination a son origine dans les 
sens, mais elle deborde la sensation. Elle permet la premonition des songes 
et la perception a distance. Par ailleurs, le sang coule du coeur droit au coeur 
gauche a travers le poumon. 

En cette matiere, ainsi que dans bien d’autres, nous dit le traducteur, 
Cesalpin, au lieu de jurer- aveuglement par Aristote comme ses predeces- 
seurs, s’efforce de concilier le respect pour le maitre avec les donnees du 
raisonnement personnel base sur une observation encore bien tatonnante. 
C’est ainsi que tout en montrant l’impossibilite pour Fair de passer dans le 
coeur, il admet que ce passage, affirme comme la regie par Aristote, soit 
exceptionnellement possible. 

Ce souci de la conciliation, joint aux artifices de la dialectique metaphy¬ 
sique inseparable a cette epoque de la science medicale, fut-il pour quel- 
que chose dans la difference de sa destinee avec celle de son collegue Gali- 


214 


ANALYSES 


lee ? Tous deux enseignaient a Pise en meme temps. Cesalpin mourut a 
Rome charge d’honneur, professeur de medecine, medecin officiel du Pape 
Clement VIII en 16-03. Galilee, savant denue de rhetorique, mourut 40 ans 
plus tard prisonnier de 1’Inquisition. 

Paul Courbon. 

P5YCHOLOGIE 

La repression mentale, par Paul Sollier, 1 vol. in-16, 218 pages. Bibliotheque 
de philosophic contemporaine, Alcan, Paris, 1930. 

Sous le nom de repression mentale l’auteur designe le phenomene qui se 
produit chaque fois que l’activite mentale orientee dans une direction quel- 
conque subit un arret. Autrement dit, la repression mentale est l’entrave 
d’une tendance. 

L’ouvrage, resume d’un cours prof esse a l’Institut des Hautes Etudes de 
Belgique, est une etude du sentiment et des reactions psychologiques aux- 
quels donne naissance ce phenomene d’arret. 

Celui-ci est envisage successivement dans ses consequences sur les 
besoins, les instincts, les reflexes de la vie organique, sur les tendances, les 
inclinations, les desirs, les sentiments, les passions, les emotions de la vie 
affective, sur les gestes, les automatismes de la vie motrice, sur les idees et 
les representations de la vie intellectuelle, sur les attitudes et les conduites 
de la vie collective. 

Conflits des systemes d’idees entre eux, des habitudes de pensee et des 
methodes de travail avec les systemes d’idees nouveaux, les techniques nou- 
velles, les decouvertes recentes ; conflits des idees avec les sentiments, des 
donnees de la science avec les aspirations de la religion, des exigences de la 
raison avec les reclamations de la foi, des regies de la raison avec l’impul- 
sion des passions ; contraintes religieuses, militaires, professionnelles, poli- 
tiques, familiales, mondaines ; tout est cause de repression. 

Corisciente, la repression peut venir directement du sujet, c’est-a-dire etre 
volontaire, ou venir d’autrui, c’est-a-dire etre imposee. Elle peut etre sub- 
consciente ou meme inconsciente, soit que le sujet ait oublie les circonstan- 
ces de son apparition, soit qu’elle ne se soit pas encore revelee a lui. 

N’importe quelle forme d’activite psychique peut en reprimer une autre 
ou etre reprimee par elle. La plus forte l’emporte. Tout se ramene a un 
probleme de phj r sique et de mecanique. 

La repression peut avoir d’excellentes consequences en regularisant, har- 
monisant, adaptant les tendances saines et en etouffant les mauvaises. Tel 
est le cas de l’education normale. Elle peut au contraire avoir de funestes 
et meme de pathologiques consequences. Tout cela par le jeu des forces et 
des resistances qui s’affrontant determinent soit des derivations, soit des 
substitutions, soit des accumulations, soit des detentes d’energie. 

L ouvrage se termine par un essai d’interpretation dynamique de la pen¬ 
see pour lequel l’auteur a recours aux analogies evidentes avee l’hydrauli- 
que et l’electricite. 

En cours de route il se livre a maintes reflexions ou discussions qui enri- 
chissent de vues nouvelles maints problemes, mais dont quelques-unes for- 
mulees fragmentairement a travers divers chapitres risquent de passer 
inapergues par le lecteur peu attentif. La discretion y est etudiee dans ses 



ANALYSES 


215 


conditions et ses formes. II y est dit pourquoi la charge affective dn secret 
variant avec les circonstances, il pese differemment suivant qu’il concerne 
le sujet lui-meme ou autrui, suivant qu’il a ete surpris ou confie, suivant 
qu’il a ete connu professionnellement ou non. De meme, sont exposees les 
differences entre la confidence, la confession, l’aveu. 

La dissimulation est l’objet d’une etude analogue dans les trois formes 
de mensonge (dire ce qui n’est pas, dire autre chose que ce qui est, ne pas 
dire ce qui est), dans la reticence, dans la restriction mentale. 

Sur de nombreux autres territoires psychologiques, notamment ceux de 
l’imagination et de la reverie, ceux de la surprise, de la contrariety et de la 
deception, celui des instincts envisages comme des besoins lies a l’exercice 
d’une fonction organique, sur bien d’autres, sont projetees des lumieres 
nouvelles. 

Les psychologues trouveront encore disseminee une critique du pan- 
sexualisme freudien. Si les souvenirs jsexuels sont l’objet d’une repression 
chez l’enfant, ce n’est pas parce qu’ils sont sexuels, ou contraires a une 
morale qu’il ignore, mais parce qu’ils sont penibles ou degoiitants. Etablir 
une identite de nature ou d’origine entre les pretendues sublimations de 
l’instinct sexuel, et cet instinct obligerait a affirmer que le travail intellec- 
tuel de l’homme qui trompe sa faim en travaillant, tandis que sa cuisiniere 
est en retard, a la meme nature que sa faim. On remarquera a ce propos 
que le refoulement freudien n’est qu’un des nombreux aspects de la repres¬ 
sion mentale. 

Les psychiatres verront dans la repression une des causes de nombreux 
syndromes psychopathiques : sitiophobie, anorexie, nygativisme, ainsi que 
celle de certaines particularitys de la conduite des toxicomanes et celle de 
l’euphorie du melancolique au moment qui precede son suicide. 

Les educateurs puiseront la d’excellentes suggestions pour agir sur leurs 
eleves. Les medecins, les pretres, les avocats, les juges d’instruction y 
apprendront a vaincre les reticences. Les sociologues constateront comment 
au milieu collectif s’appliquent des lois analogues a celles des milieux phy¬ 
siques, et ce n’est pas la la moindre originalite de l’ouvrage. 

Tel quel, ce petit livre complete heureusement les deux importants volu¬ 
mes du Mecanisme des emotions et du Doute que l’auteur a deja consacres 
a la psychophysiologie. Paul Courbon. 

Die Methoden der padagogisehen Psycbologie, par Rutmann. 1 vol. 487 p., 

C. Marhold, edit., Halle, 1930. 

L’oeuvre constitue une veritable encyclopedic des modes d’examen psycho- 
logique. Dans une premiere partie sont etudiees les diverses parties de la 
psychologie generale : psychologie pure, psychophysique ; theories diverses 
de la psychologie individuelle (caracterologie, psychoanalyse, psychologie 
d’Adler, psychopathologie) ; psychologie evolutive (psychologie des ani- 
maUx, des primitifs) ; psychologie collective (peuples, masses, groupes, 
civilisations, religions, art, etc.) ; rapports des processus cerebraux et des 
phenomenes psychologiques. La deuxieme partie comprend les methodes 
d’examen psychologique : 1° methode experimentale (analyse de la memoire, 
de 1’attention, de la lecture, de l’abstraction) ; 2° methode d’explorafion 
(questionnaires, moyens d’expression, essais de definition, methode des tests, 
association des idees, etc.); 3° methode introspective (auto-observations. 


216 


ANALYSES 


probleme de la comprehension, phenomenologie de Jaspers) ; 4° methode 
psychostatistique (methodes mathematiques, statistiques des variations et 
des correlations) ; 5° methode de Fetude psychologique des individus (typo- 
logie, caracterologie, physionomie, ecriture, etc.). 

L’ouvrage comprend une tres importante bibliographic et de nombreuses 
figures. II realise un repertoire complet et au courant des derniers travaux 
contemporains. 

Guiraud. 

ASSISTANCE 

Un bienfaiteur des alienes au XIX e siecle. Le H. P. Marie-Joseph Chiron,, 
pretre, ermite, missionnaire, fondateur de la Congregation des religieu- 
ses de Sainte-Marie-de-l’Assomption. Son oeuvre philanthropique et 
charitable en faveur des alienes (1797-1852), par l’abbe Zephirin 
Gaudon, ancien directeur des Asiles d’alienes de Sainte-Marie de Clermont- 
Ferrand et de Privas. Avec preface de S. G. Mgr Hurault, eveque de Viviers. 
Ouvrage 397 p., illustre de 38 gravures. Avignon, maison Aubanel pere, im- 
primeur du Saint Pere, 1930. 

Le titre de l’ouvrage dit assez son but. Les points qui nous interessent 
ont trait a lTiistoire de l’assistance aux alienes par les freres de St-Jean- 
de-Dieu avant la promulgation de la loi de 1838. Nous retrouvons la pein- 
ture qu’ont laissee de cette epoque Dacquin, Pinel, Esquirol. Initie a 
l’ceuvre de l’hospitalisation religieuse des alienes par le R. P. de Magallon, 
le R. P. Chiron, d’abord aumonier des prisons, fonde l’asile Ste-Marie a 
Privas, puis celui de Clermont-Ferrand ; enfin, avec le concours du P. Bal, 
il organise pour les hommes celui' de la Cellette ou ne pouvait reussir 
M. X. Tissot, dit frere Hilarion. On sait que ce dernier consacra sa fortune 
et son activite a secourir les alienes et quhl fonda pour , les hommes les 
hospices de St-Jean-de-Dieu pres Lyon, de l’Homelet pres Lille, de St-Lazare 
a Bourg-de-PAin, de la Cellette, pour les femmes ceux de St-Alban, de 
Ste-Magdeleine et de Clermont-Ferrand, enfin pour les deux sexes celui de 
Leyme dans le Lot. 

R. D. 

THEiRAPEUTIQUE 

Les Polychrestes homceopathiques dans leurs rapports avec les troubles 
neuro-endocrino-sympathiques, par le D r Tetau. 1 vol. 145 pages. Editions ' 
Medicates, Paris, 1930. 

Les pathogenesies des homceopathes forment un ensemble de syndromes 
toxiques provoques par l’absorption continue et progressive de certains 
medicaments qu’ils designent sous le nom de polychrestes. De meme, l’en- 
docrinologie decrit des etats morbides en rapport avec l’hyper ou l’hypo- 
fonctionnement habituel des glandes, autre source d’intoxication. Ainsi le 
type « calcarea oxydata » correspond a Pinsufflsance du thymus ; le myxoe- 
demateux realise le type « calcarea carbonica »>, etc... L’importance du cal¬ 
cium proclamee par les recherches recentes des biologistes trouverait ici sa 



ANALYSES 


217 


confirmation. Ces pathogenesies decrites a propos du polychreste calcium, 
le docteur Tetau propose de les trailer par la methode homoeopathique. Les 
allopathes n’ont-iis pas egalement signale que des doses tres petites de thy- 
roide faisaient engraisser des sujets amaigris ? Leopold Levy obtient avec 
nne dose homoeopathique de la glande la cessation du phenomene de l’insta- 
nilite thyroidienne. La methode pourrait etre utile a ces desequilibres du 
systeme nerveux neuro-vegetatif a idiosyncrasies multiples, auxquels on 
n’ose plus appliquer les medications courantes. 

P. Carrette. 

MEDECINE LfeGALE 

Un systeme penal edifie sur une base empirico-psychologique a-t-il 
besoin du concept de la responsabilite? par le Prof. D>- Olof Kinberg. 
16 p., Torino, Fr. Bocca, ed., 1930. 

Dans la doctrine classique du droit penal, la responsabilite penale impli- 
que la responsabilite morale et presuppose le libre arbitre. La peine est une 
sanction de l’acte commis contre la societe. Cette conception est aujourd’hui 
tres critiquee. Kinberg cite 1’opinion d’Alimena, de von Liszt, de Torp, de 
Strasser. II conclut dans son etude a la suppression de la question de res¬ 
ponsabilite dans un systeme rationnel de politique criminelle. Le concept 
de la responsabilite est une fausse abstraction ; il est incapable de develop- 
pement, il est vide; il faut done l’effacer. II est a desirer qu’il disparaisse 
au plus tot de la philosophic du droit penal, des lois penales et de l’admi- 
nistration de la justice. — Nous nous rappelons, a ce sujet, que Gilbert 
Ballet avait jadis expose une opinion analogue et demande que l’expert 
psychiatre n’eut pas a discuter la responsabilite d’un inculpe mais seule- 
ment a decrire et apprecier son etat psychologique. 

R. D. 


JOURNAUX ET REVUES 


NEURO-PSYCHIATRIE 

Recherches et reflexions critiques sur la douleur, sur ses mecanismes de 
production et sur les voies de la sensibilite douloureuse, par R. Leriche. 
La Presse Medicale, 3 janvier 1931. 

Ce tres remarquable article analyse avec penetration quelques concepts 
insufiSsamment verifies. Je ne peux mieux faire que de citer d’abord brie- 
vement certains passages. La douleur n’est pas un fait normal ; si elle 
« n’est pas une sensation physiologique, si elle n’est que le resultat de cet 
Occident, souvent tardif dans la vie, que represente la maladie, il est impos¬ 
sible qu’il y ait en nous des appareils speciaux pour la percevoir, et des 
voies preformees pour la conduire au cerveau ». On objecte que la cordo- 


218 


ANALYSES 


tomie unilateral^ dissocie la sensibilite. Cependant, repond Leriche, il 
arrive que, apres plusieurs mois, la zone analgesiee recupere la possibility 
de percevoir la douleur. Si on pouvait faire la preuve de la Constance de ce 
phenomene, il faudrait conclure « que la sensibilite douloureuse n’est 
qu’une sensibilite generate analysee affectivement par le cerveau ». Les^ 
voies sensitives differentes medullaires aboutiraient a des centres specia¬ 
lises ; il est probable que c’est a ces centres corticaux qu’il faut reporter 
« la discrimination que l’on place a la peripherie ». 

L’auteur repond encore aux arguments de von Frey sur l’analyse de la 
sensation de piqure, sur la nature des fibres corneennes, sur la regenera¬ 
tion nerveuse. A propos du mecanisme des sensations douloureuses, il dit 
un mot de la causalgie, symptome fonctionnel d’une maladie organique 
distante, inapergue. Le phenomene de vaso-dilatation provoque des sen¬ 
sations penibles et « ce r61e algogene de l’hyperhemie active » n’est pas 
encore bien interprets. Bien plus, le traitement employe, 1’intervention sur 
le sympathique, est paradoxal si on songe qu’il a pour effet de produire la 
vaso-dilatation, accident qu’il semblait qu’on dut justement combattre. 

Pour theoriques qu’elles paraissent, ces considerations n’en sont pas 
moins capitales. Elies montrent les recherches a entreprendre. Notre igno¬ 
rance des sensibilites speciales et inconscientes viscerales provoque maints 
echecs therapeutiques. Dans le domaine de la douleur aucune conception 
ne tiendra tant qu’on n’aura pas apporte de preuves histologiques ; or, 
l’anatomie pathologique de la douleur est encore a creer. 

P. Carrette. 

La physiopathologie du prurit, par J. Margarot. Notes pratiques d’actualite 
medicate, janvier 1931. 

Le prurit physiologique a ete souvent localise dans le reseau de Lan- 
gerhans, point de depart des impressions douloureuses ; cependant, sur la 
cornee ou ce reseau existe exclusivement, on ne peut obtenir que la dou¬ 
leur. 11 n’est pas non plus localise dans le reseau sympathique des capil- 
laires. Il est logique de le chercher dans l’appareil de Timoffew des corpus- 
cules de Meissner et dans les fibres amyeliniques superfieielles. 

Il y a par ailleurs un prurit pathologique, paroxystique, comme une 
angoisse, temoin du desequilibre vago-sympathique, attenuable par la 
ponction lombaire et demonstratif d’un etat d’allergie cutanee. Il constitue 
un veritable choc vis-a-vis de certains produits qui ne sont pas necessai- 
rement de nature albuminoide. Le malade doit etre desensibilise ; la syphi¬ 
lis hereditaire est souvent en cause. 

P. C. 

Introduction a l’etude de l’hysterie, par Kinnier Wilson. Proceedings of the 
Royal Society of Medicine, Londres, decembre 1930. 

Dans un court resume des conceptions historiques, l’auteur montre la 
justesse de la boutade de Morestin : « Les hysteriques suivent a leur 
maniere le mouvement scientifique, et s’adaptent au progres de la mede- 
cine. » Tant que les auteurs cbercheront a separer le fonctionnel de l’orga- 
nique, la discussion restera ouverte et sans issue. On peut considerer que 
dans l’hysterie l’activite corticale est troublee dans un ordre de faits qu’on 



ANALYSES 


219 


. peut qualifier de volitionnels, mais au sens physiologique du mot, c’est-a- 
dire comme une inhibition transcorticale defaillante, une absence de 
controle de l’activite motrice et sensitive superieure. 

P. C. 

Une etude du mouvement incoordonne dans l’epilepsie, par John R. Beith 
Robb. The Journ. of Mental Science, juillet 1930. 

L’examen des graphiques montre que l’epileptique est plus lent et moins 
precis dans ses mouvements que le normal. P. C. 

Sequelles de l’encephalite lethargique, par Lanfranco Ciampi et Carlos F. 
Crespo. Boletin del Instituto Psiquiatrico, Rosario, N® d’avril-mai-juin 1930. 

Association du syndrome « atrophie ethique » et du syndrome respira- 
toire chez une fillette. Cette categorie de malades est une cause de pertur¬ 
bations dans les services ; il lui faut une assistance dans des etablissements 
speciaux de reeducation. P. C. 

L’encephalite periaxiale diffuse, maladie de Schilder, par L. Ciampi, A. Foz 
et J.-M. Gid. Boletin del Instituto Psiquiatrico, Rosario, N° d’avril-mai-juin 
1930. 

Ce diagnostic s’applique en realite a des formes cliniques differentes avec 
alterations anatomiques semblables a celles du syndrome decrit par Pierre 
Marie et Foix sous le nom de sclerose intracerebrale centro-lobaire et syme- 
trique. L’originalite de cette observation est dans le mode de debut ; une 
dysarthrie considerable et un affaiblissement dementiel avec megalomanie 
font porter le diagnostic de Paralysie Generale. La ponction lombaire donne 
un liquide cephalo-rachidien normal. Tardivement apparaissent des symp- 
tdmes de lesions opto-striees et cerebelleuses. L’examen histologique demon- 
tre qu’il s’agit d’une inflammation profonde de Tencephale avec sclerose 
secondaire, sans meningite. P. C. 

Paralysie generale a debut epileptique avec fusion des 2 lobes frontaux 
par leptomeningite, par F.-L. Mac Dowell, lmprensa Medica, Rio de 
Janeiro, 5 decembre 1930. 

P. C. 

HYGIENE ET PROPHYLAXIE 

Le mouvement fran^ais de propbylaxie mentale, par Ed. Toulouse. La 
Prophglaxie Mentale, octobre 1930. 

Cet article est le resume de l’ceuvre de la Ligue Nationale d’Hygiene 
Mentale, tel que son president 1’a sounds au Congres international de 
Washington, en mai 1930. Apres avoir rendu un juste hommage a la grande 
initiative de Clifford Beers, M. Toulouse rappelle les difflcultes qu’il a 
rencontrees depuis 1896, date de son premier effort en faveur des services 
ouverts. Aujourd’bui, l’hopital Henri-Rousselle, qu’il dirige, donne 
20.000 consultations par an et dispose d’un- service d’bospitalisation et 


220 


ANALYSES 


d’examens, ainsi que de services sociaux universellement connus, realisa¬ 
tion admiree et copiee un pen partout a 1’etranger. M. Toulouse reclame la 
creation de services ouverts dans tons les asiles de la Seine et dans les 
departements ; il insiste sur la necessity de poursuivre l’effort, effort de la 
plus haute importance pour le pays ; la psychopathie coute beaucoup plus 
a une nation que tous les autres fleaux sociaux reunis. P. C. 

Le probleme de la prophylaxie mentale, par E. Toulouse. Los Progresos de 
la Clinica, tome XXXVIII, p. 724, n° 225, septembre 1930. 

Etude d’ensemble sur le probleme moderne de la prophylaxie mentale, 
tel qu’il est compris et developpe dans le Centre psychiatrique de Paris, 
cree par l’auteur. Quelques donnees historiques du mouvement mondial. 

B. R.-A. 

L’hygiene mentale et Penseignement de la Psycbiatrie, par G. Pittaluga. 
Los Progresos de la Clinica, tome XXXVIII, p. 928, n° 228, decembre 1930. 

Dans ce travail, qui reproduit son discours d’ouverture de la IV e Assem¬ 
ble. annuelle de la « Liga Espanola de Higiene mentale » (Zaragoza, sep¬ 
tembre 1930), l’auteur expose revolution de la psychiatrie : etude de « la 
nature morbide de la folie » et developpement de la psychologie ; fonda- 
tion de « las casas de orates » et histoire de la psychiatrie en Espagne. 
II traite ensuite de l’hygiene mentale moderne et du mouvement d’hygiene 
mentale en Espagne, avant et apres le Congres de Washington. M. G. Pitta¬ 
luga demande la creation de chaires de psychiatrie dans les Universites 
espagnoles, sans estimer, pourtant, qu’il soit indispensable d’etudier cette 
discipline dans les Ecoles ofificielles. 

B. Rodriguez-Arias. 

ASSISTANCE ET THERAPEUTIQUE 

Description des organisations psycbiatriques et de leurs annexes vues au 
cours d’un voyage en Amerique, par A.-W. Petrie. The Journal of Mental 
Sctence, juillet 1930. 

II y a de tres grandes differences, suivant les regions et la destination 
de l’etablissement hospitalier. A Quebec, a Toronto, par exemple, des asiles 
arrivent a des prix de journees voisins de 1 dollar, avec une population de 
plusieurs milliers de malades et une moyenne de un medecin pour 200 mala- 
des ou plus, tandis qu’au Ghicago Psychopathic Hospital le prix de journee 
est de 80 fr. environ et celui de pension 130, le nombre de lits 175, le 
personnel infirmier a eduquer forme de pres de 100 personnes et les mede- 
cins au nombre de 16 dont 8 appointes. Dans chaque Etat il faut noter 
l’organisation tres poussee de services d’hygiene mentale, de consultations, 
d’ecoles et d’hopitaux d’arrieres, de colonies familiales. De vieux etablis- 
sements, plus ou moins bien reputes jadis, ont subi des modifications 
completes, tel le Worcester State Mental Hospital, aujourd’hui muni de 
tous les perfectionnements chirurgicaux modernes, de vastes laboratoires, 
de salles de consultations frequentees par 12 medecins attaches a la Clini¬ 
que. Certains hopitaux a New-York, a Boston, sont surpeuples et des 
annexes sont en construction. ' 



ANALYSES 


221 


MEDECINE LEGALE 

La protection legale de l’Aliene devant un tribunal suedois, par 0. Kinberg. 
Acta psychialrica et neurologica, tome IV, n° 4, 1929. 

L’auteur rapporte l’histoire surprenante d’un malade, atteint de psychose 
paranoide ehronique, dont les biens arriverent a etre captes par un avocat 
vereux et une infirmiere habile, qui sut se faire epouser et retirer ainsi de 
gros avantages pecuniaires de cette situation. 

Le malade, M. A..., ancien syphilitique, crut presenter, a la suite du trai- 
tement, une intoxication par le mercure. Obsede par ce soi-disant empoison- 
nement, il se persuada bientot qu’il arrivait a le faire disparaitre en se 
grattant jusqu’au sang et il se proclama inventeur d’un nouveau procede de 
traitement : « la methode de grattage de A... ». Bientot, un incident 

fortuit provoqua un etat de depression hypochondriaque. Conduit dans 
une maison de sante libre, afin d’eviter une tentative de suicide, c’est 
la qu’il fit la connaissance de l’infirmiere qui, en quelques mois, par- 
vint a se faire epouser, malgre l’opposition des parents. C’est alors 
que, l’interdiction ayant ete demandee, se deroula un voyage bien 
curieux, ou A... fut conduit dans la plupart des capitales d’Europe 
(Oslo, Berlin, Paris, Vienne et Rome), consulter les psychiatres les 
plus reputes et rapporter, en vue du proces, des certificats d’integrite 
mentale. Le resume des debats du proces d’interdiction et les considerations 
sur la psychologie du President et sa fausse conception paralogique des 
faits, sont egalement pleins d’interet. 

De cette affaire remarquable on peut tirer un certain nombre d’enseigne- 
ments. D’abord, il faut reconnaitre que, depuis des annees, la presse vise 
constamment a defigurer 1’assisTance des alienes, les asiles et les medecins 
des asiles, en les representant comme les ennemis de la liberte individuelle, 
et en prenant toujours partie pour l’aliene contre ses parents ; en fait, 
cette partialite tourne presque sans exception au detriment de l’aliene et 
au profit de ses exploiteurs. En outre, un motif important de ce qui est 
arrive, est la mefiance generale qui regne a l’egard de l’organisation de 
l’assistance publique des alienes. Si l’on considerait l’admission d’un aliene 
dans un asile de la meme fagon que l’admission d’un malade quelconque 
dans un hopital, A... se serait vu placer, des l’origine, dans un asile public, 
ou il aurait ete a l’abri de toute aventure et de tout aventurier, et l’histoire 
aurait ete impossible. 

Enfin, au sujet des certificats delivres par les medecins etrangers, il 
semble bien que ces derniers se soient montres un peu credules. La situa¬ 
tion aurait du leur inspirer une prudence toute particubere et le fait que, 
pas un seul des psychiatres suedois en vue n’avait ete invite a donner son 
opinion, aurait du eveiller leurs soupgons. J. Lauzier. 

Hygiene mentale et Criminologie, par Franz Alexander (de Berlin). Mental 

Hygiene, New-York, octobre 1930. 

Bien des actes antisociaux temoignent de troubles psychopathiques 
meconnus ; les erreurs du jugement, les stereotypies, les conflits normaux 
se retrouvent a leur base. Des sequelles mentales d’etats infectieux, la 
constitution epileptique ou schizoide passent souvent inapergus. Cbaque 
inculpe doit etre examine mentalement, soigne et surveille. C’est le seul 
procede conciliable avec les necessites de la securite sociale. P. Q. 


VARIETES 


SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 

Dates des seances. 

La seance supplemental de la Societe Medico-psychologique, seance 
exclusivement reservee a des-presentations, aura lieu le jeudi 12 mars 1931, 
a 9 heures 1/2, tres precises, a l’Asile Clinique (Ste-Anne), 1, rue Cabanis, 
Paris (XIV e arr.), dans 1’Amphitheatre de la Clinique de la Faculte de 
Medecine. 

La seance ordinaire de la Societe Medico-psychologique aura lieu le lundi 
30 mars 1931, a 4 heures ires precises, au siege de la Societe, 12, rue de 
Seine, Paris (VI 0 arr.). 

Elections. 

Les elections a 2 places de membre titulaire residant declarees vacantes a 
la'seance du lundi 23 fevrier auront lieu a la seance du lundi 27 avril 1931. 
Les lettres de candidature doivent etre parvenues au Secretaire general 
avant le 30 mars 1931. 

Les elections aux places de membre titulaire non residant creees a la 
seance du lundi 26 janvier auront lieu a la seance du lundi 25 mai 1931. 
Les lettres de candidatures doivent etre parvenues au Secretaire general 
avant le 27 avril 1931. ' 

Le delai accqrde aux membres associes etrangers.de la Societe Clinique 
de Medecine Mentale et de la Societe de Psychiatrie, dissoutes le 31 decem- 
bre 1930, pour demander leur inscription sur la liste des membres associes 
etrangers de la Societe Medico-psychologique, expirera le 30 juin 1931. 
Adresser les demandes avant cette date au D r Rene Charpentier, Secretaire 
general de la Societe Medico-psychologique, 119, rue Perronet, a Neuilly- 
sur-Seine (Seine). 

ASILES PUBLICS D’ALIENES 

Nominations. 

MM. le I)-- Hugues, medecin-chef de service a l’Asile public d’alienes de 
Montpellier (Herault). 

le D r Pignede, medecin-chef de service a l’Asile public d’alienes de 
Clermont (Oise). 

le ZF Lautier, medecin-chef de service a 1’Asile public d’alienes de Bron 
(Rhone). 

Mile le D T Pelissier, medecin-chef de service a l’Asile public d’alienes de 
Pierrefeu (Var). 



VAR1ETES 


223 


M. le D r H. Baruk, medecin-chef de service a l’Asile public d’alienes de 
Clermont-de-l’Oise (poste cree). 

Sent declares vacants les postes de medecin-chef de service de l’Asile 
public d’alienes de Premontre (Aisne) et de l’Asile public d’alienes d’Alen- 
gon (Orne). 

Concours. 

Un concours pour l’emploi de medecin du cadre des asiles publics -d’alie- 
ne& s’ouvrira a Paris, au ministere de la sante publique, le lundi 27 avril 
1931. 

Le nombre des postes mis au concours est fixe a 10. 

Les candidats qui desirent participer au concours devront adresser au 
ministre une deinande accompagnee de leur acte de naissance, de leur 
diplome de docteur en medecine, des pieces etablissant l’accomplissement 
de leurs obligations militaires, des pieces justificatives de leurs etats de ser¬ 
vice et de leurs titres, d’un resume succinct de leurs travaux et du depot de 
leurs publications. 

Les candidatures seront regues au Ministere de la sante publique jusqu’au 
vendredi 27 mars inclus. 

L’organisation teclinique des hopitaux pour malades mentaux. 

- A la suite du rapport de M. J. Hamel a l’Assemblee generate de l’Associa- 
tion Amicale des Medecins des Etablissements publics d’alienes, les voeux 
suivants ont ete adoptes a l’unanimite par cette Association : 

1° Le terme « asile » doit disparaitre et etre remplace par l’appellation 
« hopital » ; 

2° Chaque hopital psychiatrique doit etre pourvu de l’outillage scientifi- 
que necessaire au diagnostic et au traitement par les m^thodes modernes 
des maladies mentales ; 

3° Les services ouverts doivent etre annexes aux hdpitaux psychiatriques 
fermes et avoir un personnel medical recrute selon les memes regies (mede¬ 
cin du cadre actuel des asiles). De meme, e’est a Ces medecins que doit etre 
cOnfie le service medical des dispensaires pour psychopathes et pour enfants 
anormaux. 

En ce qui concerne les asiles de surete, reclames depuis si longtemps par 
tous les alienistes, MM. Beaussart et Demay ont rappele que le quartier de 
surete de Villejuif, organise par leur regrette maxtre Henri Colin, demeure 
un modele qui n’a pas ete surpasse. L’organisation du travail, telle qu’elle 
a ete congue par Henri Colin, pourra etre donnee en exemple aux etablisse¬ 
ments similaires quaud ils seront realises. 

LE NOUVEAU CODE PENAL MEXICAIN 

M. H. V. Hentig donne dans la Vossische Zeitung les renseignements sui¬ 
vants sur le nouveau Code penal en vigueur au Mexique depuis 1930. 

Cette loi pourrait s’appeler la « loi sur le traitement obligatoire des cri- 
minels «. Elle n’emploie pas le mot de penalite. Elle envisage d’amender, 
de reeduquer, de guerir et, si ces moyens echouent, d’interner le malade 
dans 1’interet de la societe, a titre preventif. 

La procedure penale comporte l’enquete judiciaire qui etablit la mate- 


224 


VARIETES 


rialite des faits commis. Cette enquete se ter mine devant un tribunal sous 
forme de proces contradictoires, avec plaidoiries mais sans jugement. 

Les dossiers avec la conclusion du tribunal sont alors verses au Conseil 
de defense et prevention sociale, nouveau tribunal ou siegent des juges 
experts en criminologie biologique. Le Conseil ordonne alors une expertise 
criminologique ayant pour but de degager, par des examens psychiques et 
physiques, les conditions de vie sociale du sujet et sa personnalite. Le 
resultat des donnees fournies par ces deux enquetes permet de conclure au 
meilleur mode de traitement a appliquer. 

Ce traitement consiste soit en un internement pendant lequel on reeduque- 
rait le sujet, soit en une simple mesure de securite : traitement psychothe- 
rapique, soit enfin en une sanction repressive qui est une vraie punition. 

Des institutions speciales sont amenagees pour les infirmes du corps ou 
de l’esprit et les criminels recidivants. Remarquons que les sanctions ne 
sont point definitives, elles peuvent etre modifiees a n’importe quel moment, 
en raison des progres que fait le criminel ainsi « soigne ». 

NECROLOGIE 
Le Professeur Piltz 

Nous apprenons avec regret la perte cruelle que vient de subir la neuro- 
psychiatrie polonaise dans la personnalite du professeur Jean Piltz. Mort 
brusque et inattendue, survenue quelques jours a peine apres une fete orga- 
nisee par ses eleves et amis en Phonneur de 25 annees d’efforts consacres a 
l’enseignement. 

Le professeur Piltz fit ses etudes en Suisse ou il fut l’eleve de Forel, de 
Bleuler, de Mahaim. II passa aussi une annee aupres du professeur Dejerine. 
Depuis 1912, le professeur J. Piltz occupait la chaire de neuro-psychiatrie 
de Cracovie. Mais, depuis 1905, son enseignement etait deja connu et appre- 
cie. C’est egalement depuis ce moment qu’il a employe son energie a la crea¬ 
tion de la clinique neuro-psychiatrique. II a vu ses efforts couronnes d’un 
juste sucees a la veille de la guerre mondiale. C’est a cette epoque, egale¬ 
ment, qu’il crea la Sqciete Neuro-Psychiatrique de Cracovie et un peu plus 
tard la Societe de Protection des Malades Psychiques. Nomme doyen de la 
Faculte de Medecine de Cracovie, il fut aussi, a plusieurs reprises. President 
de la Societe Medicale de Cracovie. Il etait membre correspondant de la 
Societe de Neurologie de Paris et de la Societe Medico-Psychologique de 
Grande-Bretagne. 

Le Professeur Piltz laisse de nombreux travaux. Il s’est attache, tout par- 
ticulierement, a l’etude des reflexes oculaires. La guerre et l’independance 
reconquise de la Pologne ont oriente son activite de psychiatre vers des 
questions d’organisation... Ensuite, il approfondit la question de l’heredite 
psychique de diverses psychoses et donna une classification des etats psycho- 
pathologiques etablie sur les bases biologiques. 

Ses merites scientifiques, doubles de grandes qualites de caractere et de 
eceur, laissent un profond regret a ses eleves de Pologne et a ses amis de 
l’etranger. Fribourg-Blanc. 

Le Redacteur en chef-Gerant : Rene Charpentier. 

Cahors, Imprimerie Codeslaxt (personnel interesse ). — 41.860 



Tome I. — N° 3 


Mars 193f 


ANNALES 

MfiDICO-PSYCHOLOGIQUES 


MEMOIRES ORIGINAUX 


LA SCHIZOPHASIE 

PAR 

Guilhem TEULIE 

Medecin-chef de l’Asile de Lommelet (Nord) 

(Suite et fin) (1) 

Y a-t-il un rapport entre revolution des troubles linguistiques 
et revolution des troubles psychiques de la demence precoce ? 

n parait y avoir parallelisme entre elles. A la periode de debut, 
earacterisee par les bizarreries des idees et des actes, correspond 
le manierisme du langage. A la periode de dissociation mentale 
proprement dite, earacterisee par la fragmentation de la pen- 
see , correspond la pseudo-incoherence schizophasique. A la 
periode de demence vraie, e’est-a-dire d’absence de pensee, cor¬ 
respond l’incoherence, e’est-a-dire l’absence de sens du langage. 

Pour M. Pouderoux, il y aurait evolution differente selon qu’il 
s’agit de demence precoce simple ou de demence precoce para- 
no'ide. Dans le premier cas (demence precoce simple), « e’est le 
-sentiment qui flechit le premier ; les facultes intellectuelles 
demeurent intactes pendant plusieurs annees (2). Le caractere 

(1) Voir Annales Medico-psgchologiques, fevrier 1931. 

<2) Podderodx (J.). — Loc. cit., p. 61. 

Ann. med.-psych., 13 e serie, t. I. — Mars 1931. 



15 . 




226 


GUILHEM TEULIE 


des reponses est avant tout l’ambigu'ite, ici rien de precis, de 
determine ; pe sont des propos crepusculaires. L’idee pourrait 
etre raisonnable, mais elle devient ambivalente, proteiforme ; 
aucun sentiment ne vient la fixer dans une formule stable. Aussi 
affirmations et negations se suivent dans les propos de ces mala- 
des, et leur incoherence (1) est faite d’hesitations, de contradic¬ 
tions, beaucoup plus que d’idees delirantes » (2). 

Dans le second cas (demence precoce paranoide), « c’est l’in- 
telligence qui est d’abord affaiblie, l’affectivite se pervertit, mais 
subsiste encore fort longtemps... (3). Le mot se depouille progres- 
sivement de sa valeur ideative au profit du sentiment dont il fut 
impregne... Nos malades, comme M. Jourdain, sont des symbo- 
• listes inconscients... Nos symbolistes ne choisiraient-ils pas des 
mots parfois neologiques pour nous laisser la jouissance d’en 
degager un etat d’ame par une serie de dechiffrements ?... Seule- 
ment, Faliene se soucie fort peu des principes egotistes, mysti¬ 
ques, naturalistes, decadents... La maladie lui suffit pour decou- 
vrir les lois du symbolisme. La degradation ideative du mot a 
pour coroliaire une polyvalence affective. Chacun pourra l’inter- 
preter a sa facon, mais non pas d’une maniere indetermi- 
nee... ».(4). 

M. Pfersdorff exprime les memes faits plus objectivement 
quand il montre que dans les poesies des schizophasiques, le 
texte est presque incomprehensible, tandis que le rythme et la 
rime sont realises (5). 

Voila bien un coup porte a la classique equation: demence pre¬ 
coce = demence affective. Non, le trouble essentiel parait etre le 
plus souvent l’affaiblissement de la fonction de synthese supe- 
rieure qui coordonne et harmonise nos idees ; quant a l’affecti¬ 
vite, elle se pervertit souvent, mais n’est pas touj ours amoindrie : 
le malade n’est plus emu, par exemple, par une idee lui rappe- 
lant ses enfants, mais il le sera par une de ses idees delirantes. 

Seule la demence precoce simple, la schizophrenie, presente un 
affaiblissement affectif : aussi M. Pouderoux admet-il pour cette 
forme de demence une forme speciale de troubles du langage 
(hesitations, contradictions, etc...). 

Pour les formes paranoides, 1’evolution se fait en passant par 
les trois stades de la schizophasie. M. Pouderoux signale qu& 

(1) Il s’agit, en realite, de pseudo-incoherence. 

(2) Pouderoux (J.). — Loc. cit., p. 60. 

(3) Pouderoux (J.). — Loc. cit., p. 61. 

(4) Pouderoux (J.). — Loc. cit., p. 56 et suivantes. 

(5) Pfersdorff (C.). — La schizophasie..., p. 114. 


LA SCH1Z0PHASIE 


007 

cette evolution se fait aussi de cette facon dans les psychoses hal- 
lucinatoires chroniques et dans les psychoses maniaco-depressi- 
ves a evolution dissociative. C’est notre avis. 

•k* 

A la fin du siecle dernier, M. Seglas (1) avait separe les trou¬ 
bles du langage des dements preeoces de ceux des dement? orga- 
niques. Pour lui, la schizophasie est une dyslogie et la paraphasie 
une dysphasie. 

Aujourd’hui, certains psychiatres tendent a rapprocher les 
deux phenomenes. Ainsi M. Pfersdorff (2) a signale les ressem- 
blances cliniques de la schizophasie et de l’aphasie ; mais il a 
demontre, par une analyse minutieuse, que les troubles linguis- 
tiques ne sont pas les memes dans les deux cas. Dans l’un et l’au- 
tre, il y a bien des symptomes de deficit et des symptomes actifs 
qui peuvent etre identiques ; cependant, le dement senile emploie 
des periphrases et le dement precoce des paraphrases. 

Le Professeur Claude developpe les memes idees quand il 
ecrit (3), au sujet des troubles linguistiques des dements preco- 
ces : « On a alors l’impression qu’il s’agit d’une veritable 
« salade de mots » tres analogue a ce que nous avons indique 
dans les paraphasies ou jargonaphasies d’origine organique. » Et 
plus loin : « Il y a repetition de certains mots ou de certaines 
formules qui paraissent fixes dans la pensee du sujet et qui 
reviennent comme dans les faits de perseveration verbale de cer¬ 
tains aphasiques. » Malgre ces analogies, M. Claude estime qu’il 
y a difference dans le mecanisme psycho-pathologique. « Dans 
l’aphasie, il y a incapacity pour le sujet d’adapter les mots a sa 
pensee. » (4). Dans la schizophasie, il y a incapacity pour le 
sujet de fixer son attention, « comme si, dit M. Claude, l’idee 
fuyait constamment et ne restait fixee qu’a quelques mots ou a 
quelques vagues conceptions ; en somme, dit-il, il s’agit non pas 
d’une difficulty de l’exteriorisation verbale de la pensee, mais 
d’une instability de la pensee qui ne peut trouver de mots pour 
s’exprimer en raison du defaut de coherence. » (5). 

(1) Seglas (J.). — Des troubles du langage chez les alienes. 

(2) Pfersdorff (C.). — Troubles organiques et troubles psgchotiques du 
langage. — La schizophasie. — Les aphasies d’evocation (Pitres'). Leurs rapports 
aoec les troubles psgchotiques du langage. 

(3) Claode (H.). — Troubles du langage dans la demence precoce et syndrome 
de Ganser. 

(4) Pottier (G.). -= Reflexions sur les troubles du langage..., p. 30. 

(5) Cladde (H.). — Troubles du langage dans la demence precoce et syndrome 
de Ganser. 



GUILHEM TEULIE 


Nous avons aussi signale ailleurs (1) cette parente dans l’aspect 
general des deux syndromes et tente d’indiquer ce qui les diffe¬ 
rence, en particulier la Constance des formules du schizophasi- 
que et la variability de celles du paraphasique. 

Ainsi, cliniquement, les deux syndromes semblent assez voi- 
sins. Le sont-ils aussi au point de vue psychogenique ? Telle est 
la question qui se pose. II est possible que le jour ou elle sera 
resolue, l’opinion de M. Seglas paraisse trop exclusive : schizo- 
phasie et paraphasie ne sont peut-etre que deux sortes de dys- 
phasies, k moins encore que la schizophasie soit constitute par 
un melange de troubles dysphasiques (troubles de la fonction 
du langage elle-meme) et de troubles dyslogiques (troubles intel- 
lectuels donnant au langage un aspect anormal). 


Le diagnostic de la schizophasie avec les troubles organiques 
du langage (aphasie, paraphasie, jargonaphasie) est, en general, 
facile, et cette facilite tient surtout a ce que ce sont des troubles 
mentaux differents. 

Au contraire, le diagnostic est particulierement ardu, en meme 
temps que tres interessant, lorsqu’il s’agit de reconnaitre la fuite 
du langage (ou fuite des idees exterieure) de l’excite, l’incohc- 
rence vraie (ou salade de mots) du dement et la schizophasie (ou 
pseudo-incoherence) du dement precoce ; surtout que ces trou¬ 
bles peuvent se trouver melanges chez un meme malade. On peut, 
a titre d’indication, etablir le tableau suivant : 

1° La fuite du langage est caracterisee par : 

a) la predominance des symptomes actifs du langage automa- 
tique, 

b) Fimportance moindre ou l’absence des troubles du langage 
dans les ecrits ; 

2° L’incoherence vraie est caracterisee par : 

a) la predominance des symptomes de deficit du langage auto- 
matique, 

b) la presence des troubles du langage dans les ecrits, dans la 
meme proportion que dans les discours ; 

3 La pseudo-incoherence schizophasique est caracterisee par: 

a) la presence des symptomes actifs et des symptomes de defi- 

(1) Teulie (G.). — Les rapports des langages ..., p. 68. 


LA SCHIZOPHASIE 229 

cit, sans predominance ni des uns ni des autres. La presence d’un 
symptome special : Interpretation philologique, 

b ) la presence des troubles du langage dans les ecrits, dans la 
meme proportion que dans les discours. 

Ces indications meriteraient d’etre developpees et precisees 
par des etudes ulterieures. 


Le langage ecrit est interessant a examiner, puisque la pre¬ 
sence ou l’absence de ses troubles constitue un element de diag¬ 
nostic. 

Dans la schizophasie, « les caracteres du langage ecrit concor- 
dent avec ceux du langage parle. Cependant, 1’incoherence est, en 
general, moins grande dans les ecrits que dans les discours, car 
l’ecriture est moins rapide que ,1a parole, la prononciation 
n’entre pas en jeu et les assonances, les alliterations, les associa¬ 
tions d’idees ont un role bien reduit » (1). Neanmoins, les « asso¬ 
ciations purement verbales phonetiques peuvent se manifester 
dans des ecrits qui sont produits sans que le malade parle et 
surtout sans acceleration de Facte graphique » (2). Cela prouve 
que la vitesse du debit oral n’est pas la cause de la pseudo¬ 
incoherence schizophasique. 


Les theories pathogeniques de la schizophasie sont si nom- 
breuses et diverses que plusieurs pages seraient necessaires a 
leur exposition claire, et il en faudrait d’autres encore pour leur 
discussion ! De plus, elles ne sont construites sur aucune base 
solide, aussi leur etude nous ferait-elle depasser les limites que 
nous nous sommes assignees, a savoir de n’exposer que des cer¬ 
titudes. Toutefois, l’une d’elles parait sinon la plus vraisembla- 
ble, tout au moins la plus seduisante. La voici : 

Entre la pensee et le langage existe une fonction intermediaim,- 
fonction d ’analyse, des idees, d’adaptation des elements linguis- 
tiques aux idees et de synthese de ces elements linguistiques : 
c’est la semantique (3). 

Or, chez le schizophrene, la semantique serait defaillante ; il 
y aurait comme un « refus d’analyse », une incapacity de 

(1) Teclie (G.). — Les rapports des langages..., p. 66. 

(2) Pfersdorff (C.). — Contribution a Vetude des categories ..., p. 356. 

(3) Delacroix (H.). — Le langage et la pensee. 


GUILHEM TEULIE 


« decouper sa pensee en symboles ». « La fuite dans l’incohe- 
rence verbale, dit M. Claude (1), ne cache qu’une incapacity de. 
controle de la pensee sur les mots. II s’agit la, vraisemblable- 
ment, chez ces individus dont le trouble psycho-pathologique fon- 
damental est une dissociation psychique, de quelque chose d’ana- 
logue a ce qui s’observe chez les individus normaux qui sont 
atteints occasionnellement d’une diminution du tonus psycholo- 
gique qui ne leur permet plus d’associer comme il convient les 
mots qui devront exterioriser leurs pensees. C’est ce que nous 
observons si souvent chez les personnes qui sont atteintes d’une 
grande fatigue physique ou intellectuelle, qui sont sous le coup 
d’une emotion ou d’une peur et a qui echappe une serie de paro¬ 
les souvent sans suite. » 

Ainsi, la cause de la schizophasie serait un trouble de 1’atten¬ 
tion, qui ne se fixerait plus pour permettre le jeu des automa- 
tismes d’analyse ideative, d’gdaptation ideo-verbale et de syn- 
these verbale. II s’agirait done bien d’un mecanisme psychoge- 
nique a la fois dyslogique et dysphasique (2). 


En resume, quelles sont nos connaissances sur la schizophasie t 

Ce sont : 

1° les epoques de son apparition (intermittente au debut, conti¬ 
nue plus tard) ; 

2° les facteurs de son apparition : l’emotion, l’excitation (sou¬ 
vent reunies dans les discours portant sur le delire) ; 

3° les caracteres cliniques : 

a) symptomes du langage automatique (symptomes de deficit 
et symptomes actifs), 

b) l’interpretation philologique, qui parait etre un trouble 
caracteristique ; 

4° 1’evolution avec ses trois phases : 

a) manierisme du langage, 

b) pseudo-incoherence (schizophasie proprement dite), 

c) incoherence vraie ; 

(1) Claude (H.). — Troubles du langage dans la demence precoce ... 

(2) Voir plus haut, le paragraphe concernant les rapports des troubles du 
langage des dements precoces et de ceux des dements organiques. 


LA SCHIZOPHASIE 


231 


5° Ies rapports evolutifs entre les troubles psychiques et les 
troubles linguistiques : 

a) a la pre-demence precoce correspond le manierisme du lan¬ 
gage, 

b) a la dissociation mentale correspond la pseudo-incoherence 
schizophasique, avec peut-etre deux formes, selon la forme de la 
D. P. : 

a) forme schizophrenique pure = langage ambivalent, crepus- 
culaire, 

р) forme parano'ide == langage symbolique, 

c) a la demence correspond l’incoherence vraie ; 

6° les ressemblances cliniques de la schizophasie et de la para- 
phasie, qui sont deux syndromes constituant des stades inter¬ 
mediates entre le langage normal et l’incoherence vraie, dans 
deux categories de demence differentes (demences psychosiques 
et demences organiques) ; 

7° certains elements du diagnostic de la schizophasie et de : 

a) la paraphasie, 

b ) la fuite du langage, 

с) l’incoherence vraie ; 

8° la presence des memes troubles dans les ecrits et dans les 
discours. 


Trois series de recherches s’offrent aujourd’hui a l’investiga- 
tion des psychiatres : 

1° l’observation de memes malades pendant plusieurs annees, 
de facon a preciser le tableau clinique de la schizophasie : for¬ 
mes cliniques et stades evolutifs de ces formes ; 

2° la comparaison analytique de la schizophasie et des troubles 
du langage des autres demences (comparaison ebauchee pour la 
paraphasie). On obtiendrait peut-etre, par cette voie, des indica¬ 
tions sur le siege et la nature des lesions qui sont a l’origine de 
la schizophasie et de la schizophrenie ; 

3° la comparaison de la schizophasie et des troubles du deve- 
loppement du langage. On constaterait peut-etre une involution 
du langage inverse de son evolution, ce qui pourrait donner des 
directives pour la decouverte de la pathogenie de ces phenomenes 
morbides. 



232 


GVILHEM TEULIE 


L’etude de la schizophasie presente un gros interet scientifique 
puisque certains, tels que MM. de Morsier et Morel, estiment 
que les troubles de la fonction du langage constituent l’un des 
mecanismes elementaires du syndrome schizophrenique (1)_ 
Mais elle presente aussi une utilite pratique, et c’est important, 
car le psychiatre, avant d’etre un savant, est un medecin : il doit 
rendre service a ses malades et a leurs families. Or, quand le 
syndrome schizophasique sera bien defini, il pourra devenir un 
element du diagnostic de la demence precoce, element qui, bien 
souvent, ne sera pas superflu. De plus, il pourra permettre, selon 
le degre devolution qu’il aura atteint, de determiner la periode 
actuelle de la maladie : il constituerait ainsi un test du degre de 
dissociation mentale du malade. 

Le diagnostic de demence precoce et de la phase evolutive 
atteinte serait alors mieux etaye et permettrait de porter un pro- 
nostic plus sur et peut-etre d’instituer un traitement moins 
decevant. 

INDEX BIBLIOGRAPHIQUE 

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(1) Morsier (G. de) et Morel (F.). — Critique de la notion de schizophrenic. 


LA SCH1Z0PHASIE 


233 


Pfersdorff (CO. - La schisophasie ; les categories du langage , Travau * 
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1927, p. 37-148. . 

Pfersdorff (C.). — Troubles organiques et troubles psychotiques du 

langage, idem, 1927, p. 149-157. 

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Pfersdorff (C.). — Contribution a l’etude des categories du langage. 
L’interpretation « philologique ». Langage neoforme sans rapport avec les 
idees delirantes, idem, 1929, p. 307-357. 

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21 Schiff (P.) et Courtoxs (A.). — Un cas de schizophasie avec glossomanie 
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Trf.nel (M.). - Neologismes. Article dans Nouvelle Pratique medico- 
chirurgicale illustree, publiee par E. Brissaud, A. Pmard, P. Reclus, 


tome V, p, 614. 



TROUBLES DU COURANT DE LA PENSEE 
ET TUMEUR CEREBRALE 

PAR 

J. TINEL et H. BARUK 


On sait toute l’importance, au cours des nevroses et des psy¬ 
choses, des troubles de la pensee interieure. Celle-ci parait en 
pared cas tres souvent exacerbee, absorbe le sujet, le plonge 
dans Fautisme, l’empeche de s’adapter a la realite. 

Toutefois, si cette preponderance de la pensee interieure sur 
l’activite adaptee a ete largement soulignee par de nombreux 
auteurs, la nature meme et le mecanisme de ce symptome res¬ 
tent encore tres obscurs. En general, on attribue ce developpe- 
ment excessif de la pensee interieure a des habitudes prises par 
le sujet, a une sorte de preference manifestee par celui-ci pour 
le reve, a une tendance a trop penser qui realise l’hyperendo- 
phasie. 

II est loin cependant d’en etre toujours ainsi. Dans beaucoup 
de cas, il s’agit en realite, non d’une habitude prise par le ma- 
lade, mais d’un trouble subi par lui et malgre lui ; la pensee inte¬ 
rieure est alors perturbee, non par un developpement excessif, 
comme on le dit trop souvent, mais par un trouble portant sur 
son deroulement qui devient incoercible et echappe a tout con- 
trole volontaire. Le courant de la pensee, qui a l’etat normal peut 
etre regie et dirige a volonte, est alors en quelque sorte eman- 
cipe et libere, suivant un rythme anarchique et automatique 
auquel le sujet assiste impuissant. 

C’est que, si le contenu meme de la pensee est lie en grande 
partie a la formation de la personnalite psycho!ogique, le derou¬ 
lement et la conduction de la pensee semblent par contre regies 
en grande partie par des conditions physiologiques cerebrates. 
Ces conditions physiologiques, nous ne les connaissons pas 
encore bien nettement, mais on peut cependant les entrevoir, par 

Ann. med.-psych., 13 e serie, t. I. — Mars 1931. 



TROUBLES DU COURANT DE LA PEN SEE 


235 


l’etude psycho-physiologique de certaines affections cerebrales. 
X-’epilepsie off re a ce sujet un remarquable terrain d’etude. 
^’observation des troubles du courant de la pensee au cours de 
certaines auras, et surtout de certains equivalents psychiques et 
des absences, offre des donnees tres precieuses. Toutefois, il 
s’agit en general de manifestations extremement breves, et dans 
lesquelles il est souvent difficile de deceler avec precision les 
relations exactes entre le trouble de la pensee et le trouble dyna- 
mique cerebral. 

Nous rapportons ci-dessous une observation, dans laquelle 
les relations du trouble du courant de la pensee et des pertur¬ 
bations cerebrales peuvent etre serrees de beaucoup plus pres, 
et etudiees presque experimentalement. 11 s’agit bien aussi de 
manifestations comitiales, mais en rapport avec des poussees 
d’hypertension intra-cranienne. On peut, par l’observation Cli¬ 
nique et par les epreuves therapeutiques, deceler dans ce cas les 
relations exactes entre ces poussees d’hypertension intra-cra¬ 
nienne et l’automatisme mental, le mentisme et les hallucina¬ 
tions psychiques. 

Ces troubles ont ete observes chez un malade presente a la 
Societe Medico-Psychologique le 12 fevrier 1931, et dont nous 
rappellerons d’abord revolution neurologique, fort curieuse elle 
aussi, puisqu’elle nous fait assister a l’apparition successive d’un 
syndrome comitial puis d’un syndrome d’hemi-parkinsonisme, 
en rapport tous deux avec le developpement d’une tumeur cere- 
brale. 


OBSERVATION NEUROLOGIQUE 

Il s’agit d’un homme de 33 ans qui nous fut envoye a la consultation 
■de la Clinique des Maladies mentales en novembre 1928. 

Absences comitiales 

Il se plaignait alors de suspensions brusques de conscience, appa- 
vues deja depuis 3 ans, mais qui etaient depuis trois mois devenues 
plus nombreuses, se reproduisant plusieurs fois par jour : absences 
survenant brusquement en plein travail ou au milieu d’une conversa¬ 
tion, favorisees par l’emotion. A la verite, la suspension de conscience 
n’etait pas complete : il s’agissait plutot d’obnubilations subites pen¬ 
dant lesquelles il se sentait « comme perdu », incapable de dire un 
mot ou de faire un geste pendant une demi-minute a une minute, 
avec la sensation vague d’un tourbillon incoercible d’idees incohe- 
rentes, qu’il lui etait impossible ensuite de retrouver dans sa memoire. 


236 


J. TINEL ET H. BARUK 


Pendant quelques mois ces absences s’etaient accompagnees de 
mictions involontaires qui accusaient encore leur caractere comitiaL 

Apparition du parkinsonisme 

Le traitement institue par le gardenal et le bromure n’avait donne- 
aucun resultat. Mais quelques mois apres, vers la fln de 1929, on pou- 
vait remarquer un certain aspect fige de la face, et la perte du balan- 
cement automatique du bras droit, qui firent alors envisager l’hypo- 
these de troubles d’origine encephalitique. 

Le syndrome parkinsonien s’accusait, en effet, progressivement, et 
des les premiers mois de 1930, le syndrome d’hemiparkinson droit 
etait indiseutable. Rigidite legere et tremblement continu du cote 
droit, plus accuse a la main ; fixite du regard, aspect fige de la face ; 
salivation excessive. 

Crises convulsives et crises d’hypertonie. Crises de cephalee 
brusque avec obnubilations et troubles du courant de la pensee 

Au cours de Fete 1930, on note trois grandes crises convulsives 
epileptiformes, caracteristiques. 

En meme temps etaient apparues de curieuses crises d’hypertonie 
droite qui pendant quelques minutes rendaient tout mouvement volon- 
taire fhipossible. En meme temps se produisait une accentuation, 
extreme du tremblement qui devenait alors une veritable agitation 
motrice de grande amplitude, evoquant presque le tableau de crises 
jacksoniennes. 

Enfin, d’autres crises survenaient egalement, assez frequentes,. 
caracterisees par l’invasion subite d’une cephalee aigue occipitale,. 
avec une obnubilation marquee et une sorte de blocage de la pensee 
volontaire ; c’est au cours de ces crises que se produisaient particu- 
lierement les troubles du courant de la pensee, avec tourbillon 
d’idees, mentisme incoercible et incoherent, et souvent meme appari¬ 
tion d’hallucinations diverses, auditives ou psychiques. 

Apparition du syndrome tumoral 

Mais en meme temps que cette evolution, on pouvait noter chez ce 
malade l’apparition d’un syndrome d’hypertension intracranienne 
que les examens anterieurs n’avaient jamais revele. 

II accusait une cephalee continue, gravative, a predominance occi¬ 
pitale et a accentuations paroxystiques parfois accompagnees de 
vomissements. 

On constatait une stase papillaire bilaterale, une diminution egale¬ 
ment bilaterale de l’audition et des reflexes labyrinthiques. 

La ponction lombaire montrait un liquide normal et sous tension 
normale ; mais l’absence d’elevation tensionnelle par la compression 
des jugulaires decelait l’existence d’un blocage du trou occipital ou 
des orifices ventriculaires. 



TROUBLES DU COURANT DE LA PEN SEE 


237 • 


Operation. Trepanation decompressive 

Malgre l’absence de tout autre symptome neurologique, le diagnos¬ 
tic de tumeur cerebrate siegeant probablement dans la region meso- 
-cephalique fut alors pose. 

La trepanation decompressive sous-temporale droite, pratiquee par 
M. Petit-Dutaillis (octobre 1930), revelait en effet une dure-mere ten- 
due et bombant a 1’orifice de trepanation ; un hemisphere droit dis- 
tendu avec dilatation ventriculaire ; la ponction du ventricule mon¬ 
trait un liquide normal mais sous tension tres elevee. 

Les resultats operatoires furent particulierement heureux : dispari- 
tion complete de la cephalee, des crises convulsives, des crises d’hy- 
pertonie et de tremblement ; diminution des absences ; amelioration 
■considerable du syndrome parkinsonien droit, qui ne se traduit plus 
que par une legere rigidite et un tremblement assez discret du mem- 
bre superieur. La stase papillaire a completement disparu. De meme, 
les crises paroxystiques d’obnuldJation avec blocage de la pensee ou 
automatisme mental ont completement cesse sous l’influence de la 
decompression. 

Provocation de crises par la compression exercee au niveau 
de la breche osseuse 

Mais depuis l’intervention, et malgre le traitement radiotherapique, 
il s’est produit un leger retour d’hypertension intracranienne. 

II existe en effet, au niveau de la large breche osseuse temporale, 
un bombement volumineux dont la compression fortuite nous a revele 
le curieux phenomene, signale par nous a la Soc. de Neurologie le 
5 mars 1931. 

Si l’on exerce, au niveau de la breche osseuse, une compression qui 
realise en somme artificiellement une augmentation passagere de la 
tension intracranienne, on provoque immediatement une veritable 
crise d’hypertonie et de tremblements excessifs du cote droit. Elle 
realise en somme les crises de parkinsonisme aigu qui se produisaient 
spontanement avant l’intervention. 

Une compression plus lente et plus discrete a provoque, d’autre 
part, nettement, un etat d’obnubilation psychique au cours duquel se 
sont produit a nouveau, semble-t-il, quelques troubles psychiques 
passagers du meme ordre que ceux qui font l’objet de cette etude. 

Nous avons done ainsi la confirmation du mecanisme provo¬ 
cateur de ces crises. 

L’experimentation, si l’on peut dire, que nous avons ainsi for- 
tuitement realisee, confirme pleinement les renseignements four- 
nis par l’examen clinique, montrant que ces differentes crises 
et les troubles paroxystiques du courant de la pensee, n’etaient 
que la traduction de poussees brusques d’hypertension intra¬ 
cranienne. 


238 


J. TINEL ET H. BARER 


Le mecanisme probable de ces troubles nous parait etre l’ische- 
mie que provoque mecaniquement cette hypertension intra- 
cranienne sur les vaisseaux plus fragiles de la region infiltree 
par la tumeur et des regions avoisinantes. 


ETUDE DES TROUBLES PSYCHIQUES 

Nous sommes done en presence, chez ce malade, de troubles 
psychiques qui sont nettement en rapport avec une lesion orga- 
nique cerebrale et qui s’accentuent principalement au moment 
de crises paroxystiques correspondant probablement a des pous- 
sees d’hyperterision intracraniem^-. 

On comprend ainsi quel peut etre 1’inter et capital de leur 
etude. 

Nous envisagerons successivement les phenomenes hallucina- 
toires et les troubles du courant de la pensee. 


A) Les hallucinations auditives ont eu chez notre malade ce double 
caractere d’etre affirmees avec une nettete qui ne laisse aucun doute 
sur leur realite pendant la crise, et cependant de ne pouvoir etre pre- 
cisees en raison de l’amnesie qui lui succede. C’est un fait bien connu 
d’ailleurs dans les manifestations hallucinatoires de l’epilepsie. 

« J’eprouve par moments, nous dit-il, un phenomene bizarre, quel- 
que chose dans le genre de Jeanne d’Arc. Ceci me vierit au moment 
ou mes sifflements d’oreille se renforcent, et ou je me sens etourdi. A 
ce moment-la, mes oreilles me sifflaient d’une facon formidable, et j’ai 
entendu quelqu’un qui causait dans mon oreille gauche. C’etait a voix 
haute ; je n’ai pas bien compris ce qu’il disait ; aussitot le malaise 
passe, j : ai regarde aupres de moi, je n’ai vu personae. C’efait done 
une illusion. Deux fois ce phenomene m’est arrive. » 

Nous lui demandons encore s’il y avait vraiment quelqu’un. 

« Non, dit-il, ca vient de la (montrant son crane) ; a ce moment-la,, 
j’ai la fete toute congestionnee, je suis comme sourd, mes idees sont 
brouillees ; je suis comme fou. C’est de la que ca vient. » 

B) Hallucinations psychiques. — D’autres crises s’accompagnent 
d’une voix interieure. 

« A ces moments-la, c’est comme si quelqu’un etait rentre interieu- 
rement en moi, et me causait dans la tete. 

D. — Est-ce comme quand je vous parle ? 



TROUBLES DU COURANT DE LA PENSEE 


239 


R. — Non, c’est interieur. C’est comme si j’avais quelqu’un en moi. 
C’est drole. Qa fait cet effet-la. Je voyais clair mais j’etais perdu... je 
perdais la tete. C’etait 1’affolement. 

D. — Etait-ce une pensee qui vous venait a ces moments-la ? 

R. — Non, c’etait une parole, c’etait comme si quelqu’un me causait 

en parole. Seulement c’etait interieurement, ca me venait interieu- 

rement du crane, de la (il montre la region occipitale), comme une 
pensee, oui, mais comme une pensee parlee, comme parole qui reson- 
nait aussi dans cette oreille-la (montrant l’oreille gauche). » 

Ce phenomene est egalement paroxystique accompagnant une crise 
de cephalee avec obnubilation : « A ce moment-la, je soufFre, j’ai une 

terrible impression de congestion a la tete. Je n’entends plus rien, 

je vois peut-etre bien, mais je ne me rends compte de rien ; tout est 
vague. » 

Cela est tres court, quelques instants, puis cela cesse brusquement. 
« C’est alors comme si je me reveillais. Sitot que je suis reveille de 
cela, je me rends bien compte que c’etait un moment de folie, que 
bien entendu je ne pouvais avoir personne en moi-meme. » 

En resume, il s’agit d’une crise paroxystique d’obnubilation avec 
hallucination psychique et meme ebauche de sentiment de possession. 
Aussitot la crise passee, le malade fait la critique parfaite des pheno¬ 
menes qu’il vient d’eprouver. 

C) Troubles du courant de la pensee. — A cote des phenomenes 
hallucinatoires auditifs et psychiques, il existe toujours, au moment 
de ces crises de cephalee avec obnubilation, des troubles tres nets 
du courant de la pensee : mentisme et automatisme mental. 

Ces phenomenes surviennent parfois comme prodromes de la 
crise: « Avant certaines crises, par moments mes idees courent ; je 
vois d’avance ce qu’on va me dire. Qa se met a travailler la-dedans, 
et puis apres je ne peux plus repondre, c’est la crise. » 

Les memes phenomenes ^se produisent egalement dans la journee, 
en dehors des crises : 

« Ca me prend dans la journee. Quand je dors, je dors tres bien, 
je n’eprouve rien. C’est aussitot que je suis reveille que ma tete 
commence a travailler. Ma pensee travaille tout le temps, tout le 
temps. » 

Par moments meme, on note une ebauche d’onirisme : 

« Je vois des cauchemars comme quelqu’un qui reve, cela au 
moment des crises. Quand je me reveille, c’est fini. » 

Ces phenomenes sont nettement favorises par 1’ engourdissement 
psychique, et par la somnolence. 

« Tous les jours, tenez, ca me prend a 4 beures du matin. Je me 
reveille. Je suis reveille, mais apres je reste a sommeiller. C’est la 
alors que j’ai un tas d’idees folles, j’en ai tellemerit, tellement, que 
je ne m’en rappelle pas. Tout ce que je sais, c’est que ce sont des 





240 


J. TIN EL ET H. BARUK 


idees folles, quelque chose qui court, qui danse autour de soi, comme 
quelqu’un qui. reve. » 

Par moment, il eprouve comme un arret de la pensee : 

« C’est par moments comme un vide, je ne peux plus alors penser, 
ca dure une ou deux minutes et puis ca reprend. J’ai alors tres mal 
a la tete. » 

En resume : mentisme, onirisme, alternant avec des arrets de la 
pensee. 

D) Variations des troubles du courant de* la pensee avec les modi¬ 
fications de la tension psychologique, et les conditions affectives. — 
Le mentisme, le deroulement incoercible se produisent principale- 
ment dans les periodes d’engourdissement, de demi-sommeil. C’est 
pourquoi instinctivement le malade cherche a les eviter par les 
moyens qui peuvent relever legerement sa tension psychologique : 

« Quand je suis au repos complet, je suis plus mal parce que ma 
cervelle se met a travailler. Je suis mieux quand je me mets a tra- 
vailler. C’est pourquoi on me reproche souvent de toujours travailler, 
de m’occuper sans cesse. » 

Par contre, si la tension psychologique est trop elevee (comme 
cela a lieu a la suite du bruit, des emotions, d’une conversation sou- 
tenue, etc...), les troubles s’aggravent, et c’est alors que surviennent 
les crises d’obnubilation : 

« Si je fais un trop grand effort pour causer, alors le trouble me 
prend, mes idees se brouillent ; des droles d’idees, des idees folles 
viennent alors. C’est alors une congestion cerebrale qui m’arrive la 
(il montre l’occiput), a la cervelle, au cervelas. » 

On comprend l’etat d’equilibre perpetuellement instable dans 
lequel se trouve le deroulement du courant de la pensee. 

On note aussi des variations des troubles suivant I’etat affectif. Les 
troubles s’aecentuent lorsque le malade veut se livrer, suivant son 
expression, a « un travail force«». Il veut dire par la un travail qu’il 
s’impose par la volonte, mais qui ne l’interesse pas reellement. « En 
pared cas, dit-il, ca me fait avoir des pens^es trop vite, et un melange 
complet des pensees ; c’est parce qu’il y a trop de pensees, et c’est 
quand ce sont des choses qui he m’interessent pas reellement. Alors 
ca se brouille dans la tete. Quand il y a des choses qui me plaisent, 
ca va ; quand je fais des choses forcees, ca ne va pas. » 

E) Modifications des troubles du courant de la pensee sous l’in¬ 
fluence de la trepanation decompressive. — A la suite de la trepana¬ 
tion decompressive, les maux de tete ont done completement disparu 
ainsi que les hallucinations. Dans les semaines qui ont suivi, le 
malade ne presentait plus aucun trouble psychique, a l’exception des 
absences ; tout d’un coup, a un moment quelconque de la journee, il 
lui semble, dit-il, que sa tete s’arrete, il entend tout, voit tout, mais 



TROUBLES DU COURANT DE LA PEN SEE 


241 


ne peut parler. Ces crises sont extremement breves, durant a peine 
nne minute. II faut remarquer d’ailleurs que ces absences n’ont plus 
le caractere classique des absences- comitiales, puisqu’il y a conser¬ 
vation de la conscience, avec simplement suspension de la parole et 
de 1’activite volontaire. Elies rappellent beaucoup plus les crises 
psycholeptiques et cataleptiques qu’on observe dans les nevroses et 
psychoses, avec cette difference qu’elles sont plus brusques et plus 
courtes que dans ces dernieres affections. 

Pendant les deux mois qui ont suivi la decompression, le malade 
s’est maintenu dans cet etat satisfaisant. Mais, des le troisieme mois, 
si les cephalees n’ont toujours pas repris, les troubles du courant de 
la pensee le genent de nouveau. II se plaint de deroulement brusque 
d’idees qui se brouillent dans sa tete. Toutefois, les hallucinations 
-auditives n’ont jamais reparu. 

Nous constatons done chez ce malade l’existence de troubles 
psychiques, a caracteres surtout paroxystiques, et consistant en 
hallucinations auditives, en hallucinations psychiques et en trou¬ 
bles du courant de la pensee. 

Si l’on etudie les divers facteurs qui semblent influer clini- ' 
quement sur 1’apparition de ces troubles psychiques, on peut 
noter d’une part des facteurs psychologiques, d’autre part des 
facteurs organiques. 

a) Les hallucinations et surtout les troubles du courant de la 
pensee se produisent surtout dans les moments de baisse de la 
tension psychologique, e’est-a-dire lorsque l’attention du malade 
n’est plus soutenue, et que son activite psychique s’engourdit un 
peu. C’est pourquoi il cherche toujours a s’eveiller, a soutenir 
son attention. 

Toutefois, 1’exces de tension psychologique (travail tendu, 
fatigue) fait de nouveau apparaitre le deroulement psychique 
automatique. 

Enfin 1 ’etat affectif constitue aussi un facteur important : l’au- 
tomatisme psychique se produit beaucoup moins lorsque le 
malade s’occupe a quelque chose qui lui plait, qui lui fait plaisir; 
il se produit au contraire tres vite dans ce qu’il appelle le travail 
force. 

Tous ces facteurs psychologiques, qui jouent un role dans 
l’apparition des troubles psychiques de notre malade, sont exac- 
tement les memes que ceux que l’on retrouve dans la plupart des 
nevroses et des psychoses ; l’apparition de deroulement psychi- 

Ann. med.-psych., 13 e seme, t. I. — Mars 1931. 


16. 


242 


J. TINEL ET H. BARUK 


que automatique sous basse tension est un des phenomenes les 
plus curieux et les plus caracteristiques de ces etats (1). II en est 
de meme de Finfluence des facteurs affectifs. Les phenomenes 
pathologiques peuvent etre, en pareil cas, comme chez notre 
malade, favorablement influences, momentanement du moins, et 
lorsqu’ils ne sont pas trop accentues, sous Finfluence de stimula¬ 
tion, d’invigoration psychique, ou de circonstances affectives 
agreables. G’est en se basant sur ces faits que certains auteurs 
s’acharnent encore a considerer tous les etats nevropathiques et 
psychopathiques comme des productions artificielles, plus ou 
moins creees volontairement par le malade. C’est la, bien souvent, 
une interpretation erronee du role des facteurs psychologiques 
dont nous venons de parler. Que les troubles presentes par le 
malade disparaissent sous Finfluence de stimulations ou d’impres- 
sions agreables, cela ne veut nullement dire qu’ils soient une crea¬ 
tion artificielle. Cela peut s’expliquer tout simplement par la dispa- 
rition momentanee, sous Finfluence des stimulations, de Yengour- 
dissement qui accompagne si souvent F apparition de l’automa- 
tisme psychique. D’ailleurs, cet engourdissement si special qui 
accompagne et souvent precede les troubles psychiques dont nous 
venons de parler, est accuse par un grand nombre de malades 
au cours des etats psycho-nevropathiques. Notre malade s’en 
plaint egalement, et insiste justement sur Fetat d ’obnubilation 
paroxgstique et d’ engourdissement qui accompagnait avant l’ope- 
ration les crises d’hallucinations et qui accompagne encore actuel- 
lement les troubles plus discrets du cours de la pensee. 

b ) Quelle est done la cause de cet engourdissement psychique 
special auquel semblent lies les phenomenes d’automatisme psy¬ 
chique ? Chez la plupart des malades atteints de nevrose ou de 
psychose, nous ne possedons pas encore, malheureusement, les 
moyens de le deceler cliniquement. Mais, chez notre malade, la 
cause en est facilement decelable : c’est Yhypertension intra- 
cranienne. Le parallelisme des poussees hypertensives, et des 
phenomenes hallucinatoires et psychiques est deja tres frappant. 
La disparition des troubles en question a la suite de la' trepana- 

(1) La notion de tension psychologique que nous devons a Janet est une 
notion capitale dans l’etude des etats neuropathiques et psychopathiques. 
11 faut toUtefois l’etudier maintenant non plus senlement au point de vue psy- 
ehologique mais dans ses rapports avec les conditions physiologiques cere¬ 
brates. L’un de nous a insiste sur ces faits dans un travail recent et se propose 
de les developper ulterieurement. Cf. H. Barck. — Sur qnelques aspects de 
l’automatisme epileptique et des autres varietes d’automatisme. Semaine des 
Hopitaux de Paris, 15 juillet 1930. 


TROUBLES DU COURANT DE LA PENSEE 


243 


tion decompressive constitue une preuve tout a fait demonstra¬ 
tive. A cet egard, notre observation merite d’etre rapprochee d’une 
observation de Claude, Targowla et Lamache (1), dans laquelle 
des phenomenes hallucinatoires accompagnaient des poussees 
d’hypertension intra-cranienne, et disparaissaient apres la ponc- 
tion lombaire. 

II y a toutefois, dans notre observation, des caracteres un peu 
differents : c’est d’abord l’absence complete de delire. G’est 
ensuite la brusquerie extreme et le caractere nettement paroxys- 
tique des hallucinations et des troubles du courant de la pensee. 
G’est enfin l’amnesie relative du content! psychologique de ces 
crises d’automatisme psychique. Quand on demande au malade 
quelles idees lui viennent ainsi dans la tete au moment de ses 
crises, il repond qu’il ne se rappelle pas bien, que ce sont des 
idees de toute espece, tres brouillees, et qu’il ne peut ensuite 
evOquer volontairement sa memoire. 

Ces caracteres constituent evidemment aussi des differences 
avec ce qui se passe dans les phenomenes d’automatisme psychi¬ 
que des psychoses. S’il existe, une analogie indeniable, les deux 
ordres de phenomenes ne sont pas cependant absolument super- 
posables. Nous pensons que ces differences tiennent a la presence 
chez notre malade de Vepilepsie ; c’est l’epilepsie qui confere 
aux troubles psychiques qu’il presente ce caractere si paroxys- 
tique, et l’amnesie relative consecutive. C’est aussi probablement 
en raison de la grande brievete des troubles, que le malade peut 
en faire la critique, et ne verse pas dans le delire. « A ces mo- 
ments-la, dit-il, en parlant de ses crises, je suis comme fou. » 
II avait meme l’impression, pendant ses premieres crises hallu¬ 
cinatoires, qu’il y avait quelqu’un en lui. Mais la crise ne durant 
que quelques secondes, ou au plus quelques minutes, il retrou- 
vait ensuite tout son jugement et sa critique. 

En resume, il semble done bien, d’apres Vanalyse clinique, 
que les hallucinations, et les phenomenes d’automatisme psychi¬ 
que presentes par notre malade, sont lies a des pousees d’engour- 
dissement et d’obnubilation psychique, engourdissement en rap¬ 
port avec Vhypertension intra-cranienne et s’exagerant a Vex- 
treme au moment des crises hypertensives. 

** 

(1) Claude, Targowla et Lamache. — Delire hallucinatoire et hypertension 
intra-cranienne. Soc. de Psychiatrie, 18 fev. 1926. 


244 


J. TINEL ET H. BARUK 


Si l’interpretation que nous venons d’indiquer semble s’impo- 
ser de par les donnees cliniques, on peut cependant nous faire 
remarquer que les faits analogues sont excessivement rares au 
cours des tumeurs cerebrales et que, par suite, il est peut-etre dif¬ 
ficile de tirer des conclusions trop generales. 

En effet, les hallucinations auditives paraissent tout a fait 
exceptionnelles dans les tumeurs cerebrales, si l’on s’en rapporte 
a la litterature medicale. Cushing, malgre une experience Clini¬ 
que extremement etendue, n’a constate que tres rarement des 
phenomenes auditifs, et ce fait contraste avec la frequence des 
hallucinations visuelles. On ne trouve dans la litterature medi¬ 
cale que quelques observations isolees, notamment de Wilson, 
de Kaplan, de Mayendorf, de Serieux et Mignot. 

Presque toujours dans ces cas, les hallucinations auditives ont 
ete observees au cours de tumeurs temporales. 

Quant aux troubles du courant de la pensee, ils ne sont egale- 
ment pour ainsi dire pas signales dans les tumeurs cerebrales. 
Peut-etre, d’ailleurs, l’attention est-elle encore trop peu attiree 
sur ces faits. 

En dehors de ces considerations generales, il faut cependant 
nientionner chez notre malade deux facteurs qui peuvent jouer 
un role : le terrain d’une part, et le siege probable de la tumeur 
d’autre part. 

Bien avant le debut de ses troubles actuels, notre malade pre- 
sentait, nous dit-il, une pensee interieure un peu en effervescence, 
nt difficile a regler. « Je pensais tout le temps, dit-il ». Il rumi- 
mait sans cesse des projets ; des idees lui arrivaient en foule, 
parfois d’une facon plus ou moins tumultueuse, Ini dormant par- 
fois une certaine difficulte pour faire la selection necessaire et 
fixer sa pensee. 

Cette rapidite et cette hyperactivite de la pensee interieure, 
dant qu’elle ne depassait pas certaines limites, etait d’ailleurs 
tres profitable : tres intelligent, doue de qualites imaginatives et 
originales, notre malade etait tres apprecie dans l’industrie ou il 
travaillait. Chez lui, il avait reussi, a force d’ingeniosite, a cons- 
truire lui-meme et a orner avec beaucoup de gout un petit chalet 
tres elegant et bien compris. Il s’occupait sans arret, lisant, etu- 
diant les procedes de construction et en imaginant meme de 
nouveaux. 

Ainsi done, il existait chez lui un etat special avec une tendance 
a l’hyperendophasie. C’est cet etat qui s’est accentue d’une facon 
considerable en meme temps que l’hypertension intra-cranienne. 
De tres active qu’elle etait, sa vie psychique interieure est deve- 


TROUBLES DU COURANT DE LA PENSEE 24 ° 

nue incoercible et automatique, tout au moins au cours des crises 
et, a partir de ce moment, son activite s’en est trouvee entravee. 

’ll f au t tenir compte de ce terrain special qui a naturellement 
ete considerablement exagere par le developpement de l’hyper¬ 
tension intra-cranienne. L’heredite de notre malade est d’ail- 
leurs assez chargee : sa mere est morte internee. 

Faut-il enfin faire jouer un certain role au siege de la tumeur? 

On sait que certains auteurs ont insiste sur la frequence des 
hallucinations dans les tumeurs de la base, ou situees au voisi- 
nage des centres du sommeil [Lhermitte O), Van Bogaert (2)]. 
Du reve, de l’onirisme a l’hallucination, il n’y a pas tres loin. 
Gertes, il est probable, en raison des signes neurologiques, que, 
chez notre malade, la tumeur siege dans la region pedonculaire, 
sous-optique, et peut-etre au voisinage des tubercules quadn- 
jumeaux. Il est toutefois difficile de tirer des conclusions topo- 
graphiques precises en raison de l’hypertension intra-cranienne, 
diffuse, qui doit aussi jouer un role tres important, comme le 
montre la disparition de la plupart des troubles psychiques apres 
la trepanation decompressive. 

Remarquons cependant que la provocation des crises d’hyper- 
tonie et de tremblement par l’hypertension realisee en compri- 
mant la breche de trepanation, nous montre que Thypertension 
diffuse elle-meme peut majorer ses effets sur la region attemte 
par le processus tumoral. Cette remarque nous amenerait peut- 
etre a incriminer plus directement les centres meso-cephaliques 
dans les troubles de la regulation psychologique observes cbez 
notre malade. 


m Lhermitte. — Les troubles psycho sensoriels dans les lesions du meso- 
cephale. Societe de Neurol., 19 nov. 1922 et Le sommeil. A. Colin, 1931 1 vol 
(2) Van Bogaert. — L’hallucinose pedonculaire. Revue Neurol ., max 1927, p. 608. 



LE PROFIL PSYCHOLOGIQUE 
DE QUELQUES ALIENES 

PAR 

Vera KOVARSKY 

Docteur de l’Universite de Montpellier (Lettres) 

Inspecteur psychologue des ecoles de la ville de Montpellier 

II pourrait etre interessant de voir si une maladie inentale net- 
tement caracterisee correspond a un type psychologique parti¬ 
cular ; car, s’il en etait ainsi, dans le cas ou le diagnostic psy- 
chiatrique aboutirait a un doute, l’examen psychologique du 
malade viendrait utilement completer 1’examen medical. 

Nous avons eu Poccasion d’examiner a l’Asile d’alienes une 
demente precoce vraie et un autre sujet pour la qualification 
duquel le medecin avait des doutes : « evolution probable vers 
la demence precoce ». II nous a paru, avant tout examen, qu’il 
pourrait etre curieux de comparer entre eux les Profils psycholo- 
giques'(l) de ces deux malades. 

Voici, apres quelques notes generates, les Profils de chacune. 
La premiere (N° 180) est une alienee agee de 53 ans, ancienne 
institutrice, internee depuis 20 ans. 

Diagnostic medical : est atteinte de demence precoce avec reac¬ 
tions vives et desordre des actes. 

Impression : mefiante, orgueilleuse ; il faut avoir recours a 
des procedes particuliers pour la faire travailler. Reste assez 
indifferente pendant le travail. Tendance a trouver dans les des- 
sins qu’on lui montre des analogies avec des objets qu’elle 
nomme et qui n’y sont pas reellement representes. A ma ques¬ 
tion : quel etait. son reve d’avenir, elle me repondit : « J’ai tou- 
jours obei a ma maman et a mon papa pour qu’ils ne me giflent 
pas. II faut toujours obeir a ses parents. » Elle dit qu’elle a 
32 ans ; c’est Page auquel elle a ete internee. 

(1) Voir V. Kovarsky. — La mesure des capacites psychiques. Paris, Alcan, 1927. 

Ann.’ med.-psych., 13 6 serie, t. I. — Mars 1931. 




TABLEAU D’UN PROFIL DETAILLE 

Q-^l\3C0-f>C7ig>-l^03CPo 


Attention continue 




Attention elective 




Attent. concentrde volontaire 




Attention distribute 





A l automatisme 





A Is suggestion 





Figures lintaires 




Figures 

Figures coloriees 




(Vis.) 

Images 




Elements 

Objets 

Syllabes 




do 

Mots 



< 

langage 

Syllabes-mots 




laud.) 

Phrases 





Nombres-chiffres (aud.) 





Images (vis.) 





Signes (vis.) 





Identification d'une figure 





Appreciation instantanee 




APt> vitd 

Reproduction 





Identif. de teintes diBerentes 




VI1 

Images isoldes 




Jugement 

Sferie d’image6 




VII! Pou- 

Reconsl. d’images colorides 
coupees en morceaux 




binaison 

Reconstit de fig. compl. en 
partant de leur elem. simp!. 




IX. Ingdriio- 





X. .magina- 





XI. Esprit 
d'observat. 






Figures (vis). |j 

imm: 

El du lang ^ L 

(aud.) ifn^M 

; 

Nombres(vis. || |i: !|| 


r likiiii 

L./ :J. 


Apprehensivite 
Jugement 
Pouv.de combin. 

Imagination 
Esprit dobserv 


METHODE DU PROFIL PSYCHOLOGIQUE DE M, ROSSOLIMO, 
Age S~3a^ns> Profession Diagn 







248 VERA KOVARSKY 

La seconde (N° 166) est agee de 27 ans et internee depuis. 
un mois, A ete elevee dans un pensionnat religieux jusqu’a 
18 ans. 

Diagnostic medical : debilite mentale avec satisfaction d’elle- 
meme, orgueil et susceptibility morbides (constitution para- 
noiaque) ; symptomes sehizoides. Idees de persecution. Halluci¬ 
nations auditives actives (d’apres son pere, elle parle du matin an 
soir, tient des conversations avec un etre imaginaire pendant ses. 
regies). Elle coupe toutes les fois qu’elle le peut les fils electri- 
ques d’eclairage et de telephone. Idees d’influence. Troubles sur- 
tout accentues au moment des regies. Calme a l’asile. Evolution 
probable vers la demence precoce, troubles remontant a trois. 
annees environ. 

Impression generale : nonchalante* indifferente a tout, n’a de 
gout pour rien. Calme, apathique, manque de bonne volonte. A la 
meme tendance, mais moins accusee et moins frequente, que la 
premiere alienee a trouver des analogies dans les dessins qu’on 
lui montre. 

Les Profils de ces deux sujets presentent une ressemblance 
assez accusee. Leur attention distribute et leur localisation spa- 
tiale (voir l’apprehensivite : reproduction) sont tres faibles. 
Comme elles sont indifferentes a l’egard de presque tout ce qui 
les entoure, leur attention concentree volontaire est bonne ; elle 
se maintient bien pendant un etat de distraction. Leur volonte est. 
faible ; elles sont suggestibles. Le fait que leur attention concen¬ 
tree volontaire est au-dessus de la moyenne ne doit pas faire illu¬ 
sion ; ce genre d’attention n’est reellement volontaire que chez 
les normaux et chez certains deficients ; chez certains alienes il 
est frequent et caracteristique que lorsqu’ils font quelque chose 
ils vont jusqu’au bout sans se laisser distraire par rien. Sur les. 
trois genres de memoire, la memoire visuelle des figures et des. 
nombres est la meilleure. La memoire auditive des elements du 
langage a longue echeance tombe pres de zero. Leur coup d’oeil 
rapide ou apprehensivite (1) est faible. Leur jugement est au- 
dessous de la moyenne ; leur pouvoir de combinaison dans la 
serie difficile est tres faible ; pour la serie facile il atteint la 1 2 nor- 
male. L’ingeniosite est de 7,4 chez le N° 166 et de 6,4 chez le 
N° 180 ; l’imagination est bonne et l’esprit d’observation est fai¬ 
ble chez toutes les deux. 

Leurs formules (2), qui sont toutes les deux du type amnesi- 

(1) Voir le livre cite plus haut, pp. 38, 155 et suiv. 

(2) Voir l’article de V. Kovarsky dans Journal de Psychologie, decembre 1930^ 


j?ir 


TABLEAU D'UN PROFIL DETAILLE 


A la suggestion 
Figures lindaires 
Figures coloriees 
Images 
Objets 
SyUabes 


Syllabes-mots 

Phrases 


Identification d’une figure 
Appreciation instantanee 
Reproduction 

Identif. de teintes difierentes 
Images iso lees 
S6rie d'imagee 
Reconst, d'images coloriees 


Q —* oj o-> cn ct > -tj co cd q 



l.'F.XAMEN CONDUIT D'APRtiS LA METHODE DU PROFIL PSYCHOLOOIQUE DF. M ROSSOLlMO.cveU 
ate Nom Age Profession Diagnostic 




250 


YERA KOVARSKY 


q Ue _} _i-i_ (1), se ressemblent egalement d’une maniere frap- 

pante : 

N° 166, P. 5,9 = 6,1 + 5,4 + 6,1. Duree de l’examen : 2 heu- 
res 35 minutes. 

N° 180, P. 6 = 6 4- 5,5 + 6,2. Duree de l’examen : 2 h. 50 min. 



"TABLEAU DUB PR0F1L REDU1T MS3 

J*3,9- + + 3,6 

Formule du Profil . 



Al ■ ra^y> / ^£K.) Pj Af.Sfc 

La M. S. (methode analytique rapide) donne au N° 166 9 ans 
d’age intellectuel et la B. S. (methode synthetique Binet-Simon) 
10 ans d’age intellectuel ; au N° 180 la M. S. donne 9 ans et 1/2, 
la B. S. 10 ans et 4/5. 

Les resultats de leur examen psychologique montrent une res- 
semblance tres nette de leurs mecanismes psychiques aussi bien 

(1) Meme livre, p. 127. ' 












LE PROFIL PSYCHOLOG1QUE BE QUELQUES ALIENES 


251 


dans leurs defaillances que dans leurs points mieux developpes 
et aussi dans le type de leur intelligence. 

Si en face de ces deux sujets dont la ressemblance est si 
accusee nous envisageons un autre aliene, que nous prenons 
presque au hasard parmi ceux que nous avons eu l’occasion 
d’examiner, nous trouvons chez lui des caracteres tres differents. 

Ce sujet, age de 61 ans, est atteint de monomanie de la perse¬ 
cution. Diagnostic medical : debilite mentale avec idees de supe¬ 
riority et de persecution. 

La methode Binet-Simon lui donne un age intellectuel de 
8 ans et 1/5, la M. S. lui donne 7 ans et 1 mois d’age intellectuel. 

Son Profil reduit (voir N° 59) montre qu’il est nul pour le juge- 
ment et l’esprit d’observation, tandis que les deux dementes 
atteignent respectivement pour ces deux qualites, la premiere 
<N° 180) 5,6 et 5,4 (la normale est 7) et la seconde (N° 166) 5,2 et 

5.4. Son imagination ne monte qu’a 3,2 ; chez les dementes elle 
depasse de beaucoup la normale : resp. 8,4 et 9,4. Son ingenio- 
site s’eleve jusqu’a 8,6 ; celle des dementes seulement a 6,2 et 

7.4. Son pouvoir de combinaison atteint presque la normafe avec 
6,8 ; chez les dementes il reste a 5,2. Sa memoire visuelle et audi¬ 
tive des nombres a courte echeance ne depasse pas 5,4 ; celle des 
dementes va jusqu’a 8,3 et 7,9. 

Jugement, esprit d’observation, imagination, voila les points 
sur lesquels le contraste est vraiment frappant. Sa formule aussi 
est d’un tout autre type que celle des dementes. Non seulement 
elle fait voir que son niveau intellectuel est tres bas, mais elle 
est particulierement caracteristique par l’abaissement progressif 
des termes de la formule en allant du premier au troisieme 
<+--)• 

N° 59, P. 3,9 = 4,7 + 4,2 + 3,6. 

Chez les dementes, c’est le deuxieme terme qui est plus bas que 
les autres. 

II est evident qu’il faudrait avoir examine un grand nombre 
d’alienes atteints de maladies dissemblables, pour affirmer que 
tel ou tel profil et formule correspondent a une maladie mentale 
determinee. Neanmoins, il nous parait incontestable que dans un 
certain nombre de cas l’examen psychologique pourrait faciliter 
de beaucoup le diagnostic medical. C’est pourquoi nous croyons 
devoir des maintenant soulever la question, en soumettant dans 
cette revue nos modestes observations aux alienistes ayant une 
longue experience et une grande pratique. 


soci£t£ MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


Seance dn Jeudi 12 Mars 1931 


Presidence : M. H. CLAUDE, president 


COMMUNICATION S 


Grossesse et Malariatherapie, par C. Pouffary 
(Service du D r Trenel). 

D... Olga, 22 ans, entree au service du D Trenel le 10 mai 1929, avec 
le certificat d’internement suivant, signe du D r Dupouy : « Atteinte 
de paralysie generale juvenile, affaiblissement progressif des facultes 
intellectuelles, Dysmnesie prononcee. Perte de Tauto-critique. Deso- 
rientation. Confusion des idees. Indifference complete. Inertie. Hires 
dementiels. Erotisme. Denudation, desordre des actes, grossesse de 

4 mois. , 

Legere inegalite pupilladre (droite + grande) avec conservation des 
reflexes Mens, dysarthrie. Tremulation de la langue, secousses ataxi- 
ques des muscles p-rebuccaux. 

A Sang B.-W. et Meinicke : positifs. 

L. C.-R. albumin e : 0,80 ; globuline + + ; leucocytes : 47 ; Ben join : 
12210.12220.00000; Paregorique. I-I4 B.-W. et Meinicke positifs. » 
D'apres les renseignements, notre malade parait avoir une heredite 
assez lourde : le pere nie la syphilis ;la mere a eu 2 fausses couches, 
10 enfants nes a terme, 7 sont decedes. Olga est nee la 6 e ; la T, une 
soeur, est boiteuse de nadssance, une autre est egalement vivante. 

Olga fut bonne eleve a l’ecole, ou elle est allee jusqu’a Page de 14 ans, 
n’a pas son certificat d’etudes ; puis elle travailla dans les champs. 
Trois ans avant son entree, elle aurait recu un coup de baton sur la 
tete, mats sans suite. 



SEANCE DU 12 MARS 1931 


253 


Depuis un an deja, ses parents avaient remarque « qu’elle etait fai¬ 
lle d’esprit ». Elle se couchait des jours entiers, riait sans cause. 
]Elle n’avait pas d’ennbarras de la parole, pas de faiblesse musculaire ; 
c'est a l’Hopital Henri-Rousselle qu’on s’est apercu qu’elle etait 
-enceinte. • 

A son entree dans le service, sa presentation clinique n’etait pas 
celle d’une P. G. mais donnait plutot l’impression d’une D. P. Trou¬ 
bles de l’affectivite, indifference. Hires. Pas de dysarthrie, et sans les 
reactions humorales positives, il etait impossible d’affirmer le diagnos¬ 
tic. 

A cause de I’etat de grossesse de la malade et l’examen du L. C.-R. 
•deja fait et entierement positif, il fut juge inutile avant l'accouchement 
de faire une nouvelle P. L. Ne voulant pas tenter l’impaluidation parce 
que la malade etait enceinte, un traitement anti-syphilitique lui fut 
applique. 

Le 11 aout 1929, notre malade accoucha au pavilion de chirurgie, 
d’um enfant viable, bien constitue ; une application de forceps fut 
necessaire. Notre malade se remit rapidement de ses couches, et cette 
fois-ci rimpaludation fut envisagee. 

Le 11 septembre 29, une prise de sang et une P. L. lui furent faites. 

Les reactions furent les suivantes : 

Sang : Hecht negatif. 

L. C.-R. Lymphocytes : 1,6 ; albumine : 0,25 ; Pandy : + ; Weich- 
brodt : 0; Guillain : 00000.00000.00000 ; W. negatif, seul le pandy 
donnait un+. Devant un tel resultat, assez inattendu d’apres celui 
fourni au moment de Pinternemient, une reactivation par 0,30 ide novar 
fut faite le 27 septembre 29. On se demanda a ce moment s’il n’y avait 
pas eu erreur de diagnostic a l’entree, etant donne Taspect clinique 
deja sdgnale. Done, apres reactivation, une priise de sang fut faite le 
10 octobre 29. Les resultats de l’examen furent : 

Hecht : negatif, le 3 e tube reste un peu louche ; Meinicke +. Le 
18 octobre, une P. L. donna : 

Lymphocytes : 4,7 (qq. hematies) ; albumine : 0,35 ; Pandy + ; 

Weichbrodt : 0 ; Guillain : 00000.00000.00000 ; W.: negatif ; Meinicke: 
0. Nous avions encore cette fois-ci des reactions negatives et toujours 
un pandy + (1). 

Devant ces examens negatifs, notre malade fut laissee un certain 
temps sans traitement. 

Le 14 mars 1930*la surprise fut grande, lorsque de nouveaux exa¬ 
mens huinoraux donnerent : 

Sang : Hecht : positif faible ; Meinicke : + +. 

L. C.-R. : Lymphocytes : 54 ; albumine : 0,45 ; Pandv :+ + ; Weich¬ 
brodt : 0 ; Guillain : 22222.22200.00000 ; W,: + faible. 

(1) Les examens de laboratoire sont faits par M l!e Condray. 



254 


SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQVE 


Cette fois-ci, nous avions a nouveau nettement des reactions de 
p G. Le 11 avril 1930, de nouveaux examens furent encore positifs : 
Lymphocjdes : 45; Albulmiine : 0,40; Pandy :++; Weichbrodt : 0; 
Benjoin : 22222.22210.00000. 

La inalade fut impaludee le 12 juim 1930, du 19 juin au 8 juillet, elle 
cut 11 acces bien supportes. 

Des examens a nouveau! faitsi le 11 aout 30 fdrent positifs : 

L. C.-R. : Lymphocytes : 15 ; Albumine : 0,40 ; Pandy : +■+; Weich¬ 
brodt : + faible ; Guillain : 22210.00000.00000 ; W. : positif faible. 

Sang : Hecht partiellement positif ; Meinicke : +. 

Notre inalade recevait alors un traitement antisyphiiitique. Puis 
une derniere P. L. faite le 28 novembre 30 nous donna : 

L. C.-R. : Lymphocytes : 6,3 ; Albumine : 0,30 ; Pandy ; Weich¬ 
brodt : 0 ; Guillain : 11220.00000.00000 ; W. : positif faible. 

Sang : Hecht : + faible ; Meinicke : 

Comment expliquer cette perfiode ou, de suite alpres son accouche¬ 
ment, notre inalade a presente des reactions humorales entierement 
negatives, alors qu’a son entree, elles etaient franchement positives, 
et le redevinrent plus tard ? 

Devons-nous penser que le traitement leger avant son accouchement 
aurait pu produire cette modification ? Nous ne le croyons pas ; ou 
alors, devons-nous attribuer a son accouchement ce retour a l’etat 
normal de seis reactions ? Nousj ne connaissons pas d’autres cas 
signales. 

Actuellemient encore, notre malade donne : cliniquement l’impres- 
sion d’une D. P. 

A propos d’une gravure representant un collier, qu’elle voit sur 
une illustration, elle nous dit: 

« Un collier, c’est beau, c’est cher, c’est aux Champs-Elysiees, c’est 
beau, on vend des automobiles!, j’y suis allee, il y avait une jeune 
fille dans les fleurs, elle etait chez elle en train d’essuyer une table. 
II y a aussi le salon de l’automobile, il y a des h om-m. es qui mettent 
des tapis, il y a des. ouvriers, il y a du beau monde ! Il y a de la 
musique, ils ont joue un air de musique quand je suis passee, c’est 
joli, il y a un beau piano, il y a des jeunes filles qui sont riches. » 

Elle n’a aucune idee de richesse ni de grandeur, elle est tout a 
fait indiflerente. 

Elle ne semble plus se souvenir de son accouchement ; on Ini de- 
mande si elle a souffert, elle repond : « non ». 

« Oui, j’aurais ete contente d’avoir un enfant (rires). — Ca aurait 
du et-re un garcon (rires). — Oui, il est mort. Non, je ne l’ai pas vu. 
D. — Vous avez eu de la peine? — R. — Oh ! oui (rires) ca fait 
quelque chose quoi ! » 

Elle nous deni and o ; c< Ou accouche-t-on quand on est enceinte ? » 


SEANCE DU 12 MARS 1931 


Puis elle nous dit : « Je n’ai pas encore accouche, on doit accou- 
cher dans un lit ; si j’ai l’enfant, comment est-il venu au monde, je 
ne sais pas. — Oui, j’ai ete enceinte. » 

D. — Vous avez accouche ? — R. — Je n’ai pas eu le temps. 

Elle se souvient de la date et du lieu de sa naissance, mais ne peut 
dire dans quel departement. Mais elle ne salt pas depuis combien de 
temps elle est ici ni en quelle annee nous sommes. 

— J’ai ma soeur Henriette, elle marche pas bien, pour ca il y a 
l’hdpital. D. — Yotre mere vient-elle vous voir ? R. — Je ne sais pas, 
elle viendra me chercher. Mon pere, je ne sais pas ou il est (rires). 

Notre malade parle sans dysarthrie. L’affectivite est tout a fait 
inexistante. Elle a une ecriture puerile. Le calcul, oral et ecrit, est 
impossible. Les reflexes ont une certaine amplitude, mais sans exage- 
ration ni grande vivacite. Les pupilles sont regulieres, egales, reagis- 
sent parfaitement bien a la lumiere et l’accommodation. Tremble- 
rnent tres leger des doigts, tres accuse de la langue. Poumons nor- 
maux. Coeur normal. Urines normales. 

A 

M... Marguerite, 27 ans, brOcheuse, est la P. G. typique entree le 30 
mai 1929 au service du D r Trenel, avec le certificat suivant du 
D r Heuyer : 

« Atteinte d’affaiblissement psychique, amnesie, desorientation. 
inccnsciente de sa situation. Incurie. Impudeur, laceration du linge 
ct des vetements. Dj-sarthrie. Instabilite des mouvements, tremble- 
ment de la langue et des doigts. Inegalite et rigidite pupillaires. Para- 
lysie generale, syphilis datant de 6 ans. Un enfant de 6 ans. Une 
enfant morte de meiiingite a 16 mois, grossesse actuelle de 5 mois. » 

Sur ses antecedents, nous avons peu de renseignements. Elle fut 
operee dans l’enfance pour un abces de l’oeil. Depuis 2 ans deja, 
paraissait bizarre. L’annee avant son entree, elle fut renversee par un 
cycliste, l’accident n’eut pas de suite. Depuis 8 ans, elle vivait avec 
un ami qui etait buveur et la frappait. De cet ami, elle aurait eu, avant 
son entree, 3 enfants, 1 fille de 6 ans vivante, 2 autres morts : l’un a 
2 mois de meningite, l’autre a 6 mois... d’hemorragie ? 

A son entree, la malade etait dans un etat de demence avancey 
Desordre, agitation extreme, desorientation complete, dysarthrie 
enorme. Les examens humoraux vinrent confirmer le diagnostic. 

Le 3 juin, le sang donne : Reaction de Hecht positive. 

Le 7 juin, la P. L. : Lymphocytes : 27,1 ; Albumine : 1 gr. ; Pandy: 
+ + "r ; Guillain : 12222.22100.00000 ; W. + ; le Wassermann du sang 
positif. 

Avant d’envisager l’impaludation, on jugea prudent d’attendre 
1’accouchement. Un traitement anti-syphilitique d’attente lui fut appli¬ 
que. 


256 


SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


Le l er octobre, notre malade mit au monde, dans le service, un gar- 
con bien constitue ; l’accouchemient se fit brusquement, la malade 
n’ayanl accuse aucune douleur anterieure. 

Elie fut alors impaludee le 2 novembre 1929 ; notre malade eut, du 
15 novembre au 10 decembre, 14 acces qui furent bien supportes, 
quoiqu’elle fut tres affaiblie anterieurement. 

Les examens humoraux faits le 18 decembre 29 donnerent: L. C.-R.: 
Lymphocyte: 1; Albumine: 0,60; Pandy :.+•+; Weichbrodt: + 4-; Guil- 
lain: 12222.22210.0000; W.: positif; Meinicke : ++. 

Sang: Ilecht+; Meinicke: +++. 

Puis nous appliquons a notre malade le traitement anti-syphilitique. 
Peu de temps apres son impaludation, notre malade s’ameliorait. Elie 
devint plus calrne, sa desorientation s’attenua; elie devint moms indiffe- 
rente et on put l’occuper dans le service, elie comprenait ce qu’on 
lui demandait, fournissant cependant le travail d’une debile, sans 
initiative. 

Un nouvel exaftxen fait ces jours-ci montre toujours un gros affai- 
blissement intellectuel, une desorientation assez marquee. Un defaut 
de conscience de son etat, de vagues preoccupations hvpocondriaques. 

Entree le 30 mai 1929, elie nous dit etre ici depuis juin-juillet 1928, 
parce qu’elle a ete renversee par un cycliste ; se souvient de son ac¬ 
couchement, n’a pas soutfert, dit-elle. 

« .Pai accouche au mois d*octobre, le 28 ou 27, non 28. (En realite, 
le l er octobre 29). 

— Nous sommes en 1931. Ici a Sainte-Anne, 1, rue Cabanis. 

— J’y suis depuis 2 ans 1/2 au mois de juin. » 

L’affectivite parait conservee : « Mon petit garcon etait beau ; il 
pesait 8 1. 1/2; c’est un garcon, Rene. » Sa petite fille de 7 ans vient 
la voir, on lui amene parfois son petit garcon' elie les aime bien, 
dit-elle, et parfois s’inquiete d’eux. 

Elie nous dit que son ami (qui n’est jamais venu la voir) etait tres 
gentil pour elie, ne Pa jamais battue, qu’elle etait tres heureuse avec 
lui. 

Quand elie sortira, elie travaillera, elie gagnera de l’argent, dit des 
chiffres 10 fr., 20 fr., 30 fr., elie ne sait. 

D - — Que ferez-vous avec cet argent ? R. — Pour el ever mon 
petit garcon, ma fille, payer la nourrice. 

Son ecriture est caracteristique de P. G. 

La memoire d’acquisition, des chiffres, de logique, est tres affaiblie. 

Les principales villes de France sont : Paris, Issy-les-MouIineaux, 
Le Rainey, Avenue du Maine, Malakoff, Chatillon. D’Europe, elie ne 
sait pas. La capitale de l’ltalie ? — Je n’ai jamais ete en Italie. La 
capitate de PAllemagne ? — Je n’ai jamais ete en Allemagne. 

25 — 6 = 23 ; 3X6 = 18; 3 x 8 = 42 ; 23_2 = “>8 • 6 X 3 == l 9 • 

6X8 = 64. 

Le probleme des oeufs est impossible ; apres un calcul eerit labo- 


SEANCE DU 12 MARS 1931 


257 


rxeus, donne la douzaine d’oeufs a 1 fr. 50 l’oeuf = 6,20. Elle a line 
Jegere assymetrie faciale. 

Tres leger tremblemenjt des doigts et de la langue. Dysarthrie enor- 
me. Pupilles irregulieres, inegales (gauche + grande) en myosis, ne 
rcagissent ni a la lumiere ni a l’aceommodation. Reflexes tendineux 
vifs. Poumons : normaux. Coeur : normal. Urines : normales. 

Nous vous presentons ces 2 malades dans le but de vous 
demander si, en presence d’une paralytique generate enceinte, 
it est preferable d’appliquer la malariatherapie d’emblee, ou s’il 
n’est pas plus prudent a la fois pour la mere et pour l’enfant, 
d’attendre l’accouchement et d’instituer un traitement anti-syphi- 
litique d’attente. 

Les enfants de nos deux malades, qui ont maintenant plus 
d’un an, seraient toujours en excellente sante. 

M. Trenel. — En somme, le traitement par la malaria a eu 
de bons effets sur les deux malades. Chez la premiere, nous atti- 
rons l’attention sur le fait que les reactions humorales qui pen¬ 
dant un certain temps furent negatives, redevinrent positives 
dans la suite. 

M. Claude. — On ne peut pas encore etablir de regies, vu 
1’insuffisance des faits observes, sur l’opportunite d’application 
de la malariatherapie sur les paralytiques generates enceintes. 
M. Leroy, a une precedente seance a apporte des cas ou cette 
pratique n’avait eu que d’heureux resultats. 

De ce cas, je retiens la variation de la formule des reactions 
du liquide cephalo-rachidien. Au cours du traitement, quand 
on a obtenu que les reactions, de positives deviennent negatives* 
elles le restent habituellement. 

Alexie et paragraphie chez une delirante, 
par MM. Kyriaco et Pouffary. 

II est tres difficile de poser le diagnostic des troubles aphasi- 
ques chez les malades presentant des symptomes dementicls. 

II nous a paru interessant de presenter ici une malade chez 
laquelle certains troubles, rentrant dans le cadre de l’aphasie, 
u’apparaissaient pas, au premier abord, du fait de ses manifes¬ 
tations psychopathiques. Nous verrons meme qu’il est possible 
de discuter la nature de ces troubles et de considerer quelques- 
uns d’entre eux comme pouvant se rattacher a l’aphasie ou aux 
troubles psychiques. 


Ann. med.-psych., 13 e seme, t. I. — Mars 1931. 


17. 



253 


SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


Madame D..., 43 ans, entre a Sainte-Anne dans le service du D r Tre¬ 
nd, venant de l’hopital Saint-Antoine. Elle presente des troubles, 
mentaux caracterises par de l’agitation psychomotrice, des idees de 
persecution, avec refus de nourriture intermittente. 

On se trouve en presence d’une malade a l’etat general assez. 
precaire, et ce qua frappe tout d’abord chez elle, ce sont ses troubles, 
psychiques. 

Elle se presente d’abord cornme une hallucinee, ecoute des voix et 
entre en conversation avec elles ; elle parle presque continuellement.. 
Cette conversation meme, faite a voix basse, est rapide et absolument 
incoherente, composee de paroles embrouillees et sans suite : 

« Soisisons, quatre-vingt-dix millions, est alle chercher du bois, la 
cote divisee par quatre, bon mais rejetons les races, vous n’avez pas 
votre carte de geographic, vous avez mange, ah ! bien oui, moi aussi„ 
reposez-vous, vous etes malhonnete, il me demande un mari, non je 
n’y vais plus... etc. » 

La mimique est d’ailleurs assez expressive et la malade evoque un 
pen, par certaines remarques, et par le dux rapide de ses paroles.. 
Taspect d’une maniaque. 

Outre son excitation psychique, elle est parfois assez agitee pour- 
qu’on soit obligee de la maintenir. 

On entre cependant assez facilement en contact avec elle, bien 
qu’elle mdange parfois des elements etrangers a la conversation; 
elle donne correctement son nom et son age, sait ou elle se trouve,. 
mais lorsqu’on lui demiande qua est avec elle dans la salle d’hopital,, 
elle repond : « des malades, des comtesses, des marquis, des barons,, 
des dues. » 

On pent ainsi continuer avec elle une conversation ou les reponses,, 
sans etre tout a fait pertinentes, s’adaptent neanmoinis a la question 
posee, et permettent d’obtenir les renseignements demandes. 

Cependant, la malade presente un assez gros affaiblissement 
psychique : desorientee dans le temps, ne pouvant dire ou elle se 
trouvait avant d’etre a l’hopital, ne donnant que des reponses tres 
frustes a des questions sur l’histoire ou sur la geographic ; presentant 
en un mot, un etat de confusion mentale hallucinatoire. 

En l’interrogeant a plusieurs reprises, on est cependant arrive a 
savoir qu’elle presente, outre ces hallucinations auditives, evidentes- 
parce qu’on l’entend converser avec ses voix, des hallucinations 
visuelles : « On lui montre des obscenites, des hommes couchant 
ayec des fenimes... » 

Elle presente egalement des hallucinations olfactives : on lui met 
de 1’acide catrique (sic) dans ses aliments, une matiere jaune comme- 
le soufre pour Tasphyxier. 

Des conversations que nous avons eues avec elle, il ressort qu’elle- 
a des idees incoherentes de persecution et de grandeur. 

Il s’agirait somme toute d’une malade assez banale, caracterisee par- 


SEANCE DU 12 MARS 1931 


259 


les termes du oertificat suivant etabli dans le service : confusion 
mentale hallucinatoire, desorientation, excitation, idees incoherentes 
d’empoisonnement et de grandeur. 

C’est seulement l’examen systematique qui nous a permis de mettre 
en evidence des elements qui nous ont paru pouvoir constituer un 
syndrome de cecite verbale. 

La lecture. — C’est en lui demandant d’executer des ordres ecrits 
que nous nous sommes apercus qu’elle presentait de gros troubles 
de la lecture. 

En effet, mise en presence d’un journal retourne a l’envers, elle ne 
le reinet pas toujours dans le bon sens ; en tons cas, elle ne peut 
absolument lire aucun mot^entier. 

Son alexie n’est pas complete, car elle peut parfaitement epeler 
lettre par lettre lorsqu’on les l'ui montre ; elle peut parfois lire 
aussi une syllabe, mais elle ne peut jamais lire un mot entier. 

Les cubes alphabetiques sont tous reconnus individuellement, sauf 
les lettres k et /. 

Lorsqu’on lui demande de tirer certaines lettres de l’ensemble des 
cubes, elle le fait correctemenit, mais il lui est impossible de lire les 
mots composes avec les cubes. Le seul mot que la malade semble 
reconnaitre est son nom et son prenom. 

2. Etude de Vecriture. — Notre malade presente des troubles de 
1 ecriture, etant incapable d’ecrire correctement des phrases dic- 
tees. Elle peut seulement recopier les modeles graphiques, les dessi- 
ner, beaucoup plus qu’elle ne les ecrit. Elle arrive a transformer des 
mots de l’ecriture manuscrite en cursive, a condition que la dilfe- 
rence entre les deux graphiques ne soit pas trop grande. Elle peut 
aussi eerire son nom. 

3. Le calcnl. — Les operations mentales tres simples sont execu- 
tees. La malade reconnait les chiiFres isoles mais est incapable de lire 
un nombre, mieme de deux chiffres, a plus forte raison, d’executer 
aucune operation avec ces nombres. 

4. L’examen de la parole nous montre que la malade ne presente 
aucun trouble proprement aphasique : en effet, elle n’a aucune 
gene de 1’elocution, s’exprime sans dysarthrie et ne bredouille par¬ 
fois qu’a 1’occasion de ses conversations rapides avec ses hallucina¬ 
tions. 

Elle ne presente aucun element de surdite verbale, les ordres 
meme compliques etant parfaitement executes, dans la limite ou ses 
troubles de l’attention et son affaiblissement intellectuel le lui per- 
mettent : elle peut par exemple executer le pouce droit sur l’oreille 
gauche, et l’epreuve des trois papiers est a peu pres correctement 
faite. 

Elle n’accuse pas de troubles du langage interieur et tous les 
objets sont parfaitement reconnus. II arrive seulement qu’elle 
nomine a voix basse. et comme pour elle-meme, l’objet qu’on lui pre- 


260 


SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


sente, et se lance immediatement apres dans sa conversation incohe- 
rente. 

La reconnaissance des symboles est bonne. Les dessins d objets et 
d’animaux sont bien identifies. Elle nomme un carre un rond, mais 
ne peut pas noramer un triangle. 

Elle ne presente aucun trouble apraxique. Elle execute correcte- 
ment tous les gestes delicats qu’on lui demande de faire, par exemple, 
fait bien les anneaux avec les mains et, lorsqu’on lui presente une 
boite d’allumettes en lui demandant d’en allumer une, elle fait tres 
correctement la serie des gestes necessaires. 

L’examen neurologique ne decele rien de particulier, aucune hemi- 
paresie, pas d’atteinte des paires craniennes. Pas de modifications des 
reflexes tendineux cutanes, plantaires. Pas de troubles de la sensibilite 
objective, superficielle, ni profonde. Pas de troubles de la serie cere- 
belleuse. 

L’examen oculair'e que nous avions deja pratique avec les moyens 
cliniques, ne nous avait pas revele d’hemianopsie. Nous avons 
demande l’examen du specialiste qui a note seulement : des pupiiles 
legerement inegales, inais reagissant aux deux modes; un fond 
d’oeil normal, et des champs visuels paraissant intacts, sians hemia- 
nopsie. 

Le reflexe hemiopique est egal pour chaque secteur retinien. 

Au point de vue somatique, la malade presente, comme nous 
1’avons deja dit un mauvais etat general, du fait d’une double lesion 
aortique et mitrale. 

Le foie est gros. II y a quelques rales aux bases pulmonaires, de 
l’albumine dans les urines. T. A. = ~ 

Exam'en de laboratoire. — Nous n’avons pratique la reaction de 
Wassermann que dans le sang ou elle s’est montree negative, l’etat 
de la malade nous ayanl incite a retarder la rachicenthese. Uree dans 
le sang : 0,40 0/00. 

Nous n’avons pu obtenir de renseignements tires detailles sur les 
antecedents de la malade et sur la facon dont s’etaient constitues les 
troubles observes. D’apres ce que nous a dit sa fille, elle aurait pre¬ 
sente, depuis deja plusieurs annees, des crises nerveuses semblant 
nevropathique et n’ayant aucun oaractere comitial (avec toutes les 
reserves qu’on doit faire, du fait qu’on n’a pas pu les observer). 

La fille de la malade est en tout cas peremptoire sur le fait que sa 
mere savait lire et ecrire jusqu’a ces derniers mois ou, lors d’une 
hospitalisation a Lariboisiere, pour un episode asystolique, se seraient 
constitues assez rapidement les troubles de l’ecriture et de la lecture, 
en meme temps que des « ideeis fixes » (sic) qu’on n’avait jamais 
observees auparavant. 

II semblerait done, d’apres les renseignements fournis, que l’appa- 
rition des idees delirantes et des troubles aphasiques soit concomi- 


SEANCE DU 12 MARS 1931 


261 


tant, mais les fails ne sont pas assez bien analyses par la fille de la 
malade pour que nous puissions en faire etat. 

La seule chose certaine, c’est que la malade savait lire et ecrire 
recemment encore. 

Le cas de cette malade nous a semble interessant a plusieurs 
egards : d’une part, il met bien en evidence la difficulte qu’il peut 
y avoir a deceler des troubles aphasiques chez un malade ayant 
d’autre part des manifestations dementielles. 

Cette difficulte est telle, que l’on pourrait meme discuter sur la 
realite de la cecite verbale presentee par notre malade, en objec- 
tant qu’elle ne peut lire ou ecrire du fait de sa confusion halluei- 
natoire, et de sa distraction. Nous ferons cependant remarquer 
que l’on observe tous les jours des malades presentant des hal¬ 
lucinations, _ et meme un etat de confusion, parfaitement capa- 
bles de lire et d’ecrire et, d’ailleurs, il suffit d’avoir vu la malade 
faire effort pour dechiffrer les signes qu’on lui presente, et tacher 
meme de deguiser son impuissance a lire en inventant des mots 
qui n’ont que des rapports tres lointains avec le texte qui lui est 
fourni. 

D’ailleurs, le contraste est frappant entre les troubles de la 
lecture et de l’ecriture et l’integrite du langage oral. A ce propos, 
on peut faire une deuxieme remarque : c’est qu’il est possible de 
donner une interpretation differente des troubles du langage 
spontane qu’elle presente, nous voulons parler des paroles incohe- 
rentes que nous avons deja signalees. 

On pourrait croire qu’il s’agit d’une jargonaphasie et integrer 
ces manifestations dans des troubles aphasiques ; mais du fait 
qu’il n’y a aucun trouble du langage interieur, aucune surdite 
verbale, on est bien force d’admettre que ce langage incoherent 
s’explique par les troubles psychiques. 

En resume, nous pensons que l’agraphie et Falexie sensible- 
ment pures, presentees par notre malade, sont a differencier de 
ses troubles psychiques et peuvent s’expliquer par une lesion 
d’origine vasculaire, probablement embolique, dans le territoire 
de la cerebrale posterieure. 

Quant a localiser d’une facon plus precise le siege de cette 
lesion, et a choisir entre la face inferieure du cerveau gauche, au 
niveau des lobules lingual et fusiforme, ou bien au contraire, au 
niveau du gyrus angulaire, nous pencherons plutot volontiers 
vers cette deuxieme hypothese, bien qu’il ne faille pas avoir trop 
d’idees preconcues, surtout dans ce cas, ou nous n’avons pas 
decele d’hemianopsie. 


262 


SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


M. Trenel. — D’habitude, cette malade se presente avec une 
logorrhee qui rappelle avec plus d’evidence, celle des aphasiques 
de Wernicke par lesion vaseulaire du lobe temporal. 

M. Claude. — Aujourd’hui, la ressemblance est avec une apha- 
sique en voie de reeducation, avec une aphasie dont les elements 
congestifs de la lesion seraient en train de se resorber. Elle suit 
assez correctement sa pensee, quoiqu’il soit extremement dif¬ 
ficile de fixer son attention, distraite par l’activite de ses hallu¬ 
cinations ; si bien que l’on se demande si ce n’est pas plus Fetat 
mental hallucinatoire, que l’existence d’une lesion' organique 
de la zone du langage qui est a incriminer. Cette lesion, si elle 
existe, serait peut-etre en rapport avec Fetat cardio-renal. 

Action du Stovarsol sur les troubles psychiques et organiques 
de la Paralysie generale, par M Ue Deschamps, Interne des 
Asiles de la Seine. (Travail du service de M Ue Pascal). 

Comme suite a la communication de Mile Pascal, en colla¬ 
boration avec MM. Agasse et Vie, « Action de la Stovarsolthera- 
pie sur quelques alienes syphilitiques », nous avons l’honneur de 
presenter dix observations de paralytiques generates et 6 mala- 
des qui ont ete traitees au Stovarsol dans les memes conditions. 

Nous rappelons que la methode utilisee a ete celle de Sezary et 
Barbe, a savoir : des series de vingt grammes cinquante de Sto¬ 
varsol en injections sous-cutanees d’un gramme tous les deux 
jours. Une seule malade a ete traitee per os (un gramme par jour) 
en raison de son intolerance irreductible au stovarsol par la voie 
sous-cutanee. Ces troubles nous semblent avoir ete determines 
par rinsuffisance hepato-renale d’origine alcoolique qui aggra- 
vait la paralysie generale. Chez une malade, nous avons associe 
au debut le Dmelcos, chez une autre nous avons essaye la combi- 
naison stovarsol-quinbjL Trois de nos malades avaient ete traites 
sans succes par la malariatherapie a l’Asile de Ste-Anne. 

Etat neuro-psychique. — Ces malades etaienl atteintes de para¬ 
lysie generale avec demence diffuse et globale : amnesie antero- 
retrograde, desorientation totale, troubles du jugement, absence 
d’auto-critique, euphorie delirante, etc... Signes neurologiques 
classiques (signe d’Argyll-Robertson, tremblement neuro-muscu- 
laire, dysarthrie ; ce dernier signe a ete absent chez une seule ma¬ 
lade). Signes humoraux : Reactions classiques positives dans le 
sang et dans le liquide cephalo-rachidien. La plupart des reactions 
humorales ont ete faites a Ste-Anne, soit dans le service du pro- 



SEANCE DU 12 MARS 1931 


263 


tesseur Marie, soit dans celui du docteur Toulouse. A F entree a 
Fasile de Maison-Blanche, les reactions dans le sang ont ete 
faites au Laboratoire Municipal, elles ont ete positives. 

Diverses modes d’action du Stovarsol surla Paralysie generale. 
— Le nombre des series de stovarsol a varie avec chaque malade. 
>€e ne sont pas les plus anciennes qui ont ete le plus intensement 
.traitees. Malgre sa simplicity et son inocuite, le traitement par le 
rstovarsol appelle quelques reserves : l’age des malades, l’into- 
lerance passagere irreductible(les stovarso-resistants), la crainte 
•de la cecite, etc... exigent une grande surveillance et l’espacement 
des series. 

Dans le service de Mile Pascal, qui a adopte cette methode 
d’une facon systematique, on trouve des paralytiques generates 
qui sont traitees regulierement depuis plusieurs annees. 

Nous divisons les dix malades etudiees en cinq groupes : 

Premier groupe : Une malade traitee depuis cinq ans (obser¬ 
vation 1) ; deuxieme groupe : trois malades traitees depuis qua- 
tre ans (observations 2, 3, 4) ; troisieme groupe : trois malades 
traitees depuis trois ans (observations 5, 6, 7) ; quatrieme groupe: 
une malade traitee depuis deux ans (observation 8) ; cinquieme 
groupe : deux malades traitees depuis un an (observations 9 
et 10). 

Pour eviter les phenomenes d’intolerance : petits chocs avec 
vertiges et lypothimie, eruptions diverses, vomissements, oedeme 
•de nature nephritique-azotemique probable, Mile Pascal associe 
le stovarsol a la theobromine (0,50 a 1 gramme par jour selon 
les cas, une ou deux fois par semaine), aux tisanes diuretiques, 
laxatifs tres frequents et au regime lacte pur ou lacto-vegeta- 
rien. Les medicaments et le regime ainsi institues previennent 
les troubles nephritiques et favorisent la reprise du stovarsol 
sans accident. 

La longue observation de ces malades permet de degager quel- 
■ques reflexions interessantes sur le traitement de la paralysie 
generale par le stovarsol ; elle apporte une documentation utile 
-a la loi de Fintegration psychique et a celle de la refection vitale. 

Action sur le psychisme. — L’amnesie, consideree pendant 
longtemps comme etant le signe fondamental de la paralysie 
generale, est favorablement influencee. La localisation du sou¬ 
venir se precise partiellement, les lacunes disparaissent pro- 
gressivement. La notion de l’espace est recuperee avant celle du 
temps. Toutes nos malades sont actuellement bien orientees. 
L’efifort intellectuel est plus facile, plus soutenu et mieux coor- 
donne. Sept malades sur dix travaillent d’une facon reguliere 


264 


SOCIETE MED1CO-PSYCHOLOGIQ UE 


depuis qu’elles sont traitees. Nous pouvons parler de guerison 
sociale pour trois malades ; elles ne sont pas reintegrees de 
facon parfaite, mais elles pourraient travailler au dehors comme 
elles le font a l’Asile, sans exces de fatigue et soumises a une sur¬ 
veillance speciale. 

Le Puerilisme mental avec troubles du jugement et de Vauto¬ 
critique caracteristique de la paralysie generale persiste chez. 
huit malades, les deux autres ont pris conscience du morbide 
et retrouve la notion de la valeur du moi, actuellement diminue ; 
elle se rendent compte qu’elles ne peuvent plus travailler comme 
autrefois. 

Les etats affectifs : Sentiments et emotions sont inegalement 
recuperes. L’euphorie niaise persiste chez sept de nos malades.. 
La carence de la spontaneity (gros signe de demence signale par 
Mile Pascal) se manifeste sous forme d’absence de curiosite et 
d’interet. Les sentiments de famille persistent chez la plupart 
des malades, mais ils n’ont pas chez toutes la meme vitalite, la 
meme perseverance. Le souvenir affectif reste faible ou meme 
disparait ; il n’assure plus le contact familial comme a l'etat 
normal. L’irritabilite est vive, mais de courte duree chez deux de 
nos malades. 

Action sur les signes neurologiques. -- Le signe d’Argvll- 
Robertson a disparu chez trois malades. La dysarthrie (elle 
n’existait pas chez une malade), le tremblement des extremites^ 
les reflexes tendineux ont ete peu influences d’une facon favo¬ 
rable. 

Le gatisme a ete supprime chez sept malades ; l’une d’elles 
presente du gatisme intermittent, les deux autres sont souvent ali- 
tees. Les ictus, qui etaient autrefois tres frequents dans la para¬ 
lysie generale, ne se montrent plus chez les malades traitees par 
le stovarsol. Ce fait a deja ete signale par Mile Pascal ; il en est 
de meme des paralysies, des paresies, des lesions en foyer et des 
escarres trophiques. Une de nos malades presente de la para¬ 
lysie generale a forme aphasique, cette derniere lesion existait 
avant le traitement qui ne l’a pas modifiee. 

Action du Stovarsol sur l’etat general. — Le stovarsol sup- 
prime la marche fatale et progressive vers la cachexie. Il modi- 
fie d’emblee l’etat general, transforme d’une facon remarquable 
les malades reduites a la vie vegetative. Les trois malades 
traitees par la malariatherapie etaient amaigries et tres fati- 
guees ; elles ont augmente de poids apres les trois premieres 
series de stovarsol et leur etat general s’est sensiblement 
modifie. En 1929, Mile Pascal a etabli un parallelisme entre la 


SEANCE DU 12 MARS 1931 


26» 


courbe de poids et les modifications psychiques. « Si la courbe 
« de poids monte immediatement apres les injections de sto- 
« varsol, c’est que la malade possede encore des possibility de 
« guerison, des reactions de defense ^contre le treponeme. » 

Les resultats de nos recherches confirment cette maniere de 
voir : 

1° Chez nos malades gueries socialement, il y a eu toujours 
augmentation de poids parallele aux injections de stovarsol. 

2° Chez les malades ameliores, nous avons note une augmen¬ 
tation de poids moins brusque, la courbe de. poids monte d’une 
facon tardive, parfois dans l’intervalle d’une serie ulterieure 
entre la deuxieme et troisieme, la troisieme et quatrieme, etc... 

3° Chez les malades ameliorees seulement physiquement : la 
courbe est oscillante, irreguliere, il y a des phases d’etat station- 
naire qui coincident avec les injections et des phases d’augmen- 
tation de poids apres les injections de stovarsol. Les reactions 
paradoxales appartiennent aux formes incurables. 

4° Lorsque les malades commencent a travailler, il y a tou¬ 
jours une baisse de poids. 

5° La malade traitee au Quinby n’a subi aucune modification; 
elle a garde le poids et le niveau mental de la reintegration 
obtenue par le stovarsol. 

Action sur les reactions humorales. 

Malades gueries socialement 
R... (Obs. 9) 

Fevrier 1930 Mars 1931 

Sang : Reaction de Wassermann R. de Wassermann moyennement 
positive. L. C,-R. : Reaction de positive. R. de Wassermann 

Wassermann positive. Reaction negative. ( Laboratoire Munici- 

de Meinicke positive. ( Labora- pal), 

toire du Docteur Toulouse). 

A... (Obs. 10) 

Mars 1931 

R. de Wassermann positive. R. de 
Meinicke positive. R. de Kahn 
positive + + +. Albumine 0,22. 
Globulines : R. Pandy 0 ; R. 
Weichbrodt 0. Leucocytes 0,4. 
R. du benjoin 00000.00000.00000. 
Elixir paregorique. R. de Was¬ 
sermann negative. R. de Mei¬ 
nicke negative. ( Service du Doc¬ 
teur Toulouse). 


Avril 1930 

Sang : Reaction de Wassermann 
positive. L. C.-R. (Laboratoiie 
Municipal). 



266 


SOCIETE MEDIC0-PSYCH0L0G1QUE 


B... (Obs. 4) 

1927 Mars 1931 

Sang : Reaction de Wassermann R. de Wassermann negative. R. de 
positive. L. C.-R. : Albumine Meinicke negative. R.. de Kahn 

0,30 R. du benjoin 22222.22222. negative. Albumine 0,22. Globu- 

00000. R. de Wassermann posi- lines : R. Pandy 0 ; R. Weich- 

tive. ( Laboratoire de Ste-Anne). brodt 0. Leucocytes 4, R. du 

benjoin 00000.00000.00000. Elixir 
paregorique 0. R. de Wasser¬ 
mann negative. R. de Meinicke 
negative. ( Laboratoire du Doc- 
teur Toulouse). 

Paralytiques generates ameliorees, Remissions incompletes 

Ba... (Obs. 1) 

1926 Mars 1931 

Sang : Reaction de Wassermann R. de Wassermann positive. R. de 

positive. L. C.-R. Reaction de Meinicke negative. R. de Kahn 

Wassermann positive. ( Labora- positive + + +• Albumine 0,55. 

toire Municipal). Globulines : R. de Pandy + + ; 

R. de Weichbrodt +. Leucocy¬ 
tes. R. du benjoin 22200.22220. 
00000. Elixir paregorique. R. de 
Wassermann partiellement posi- 
tif. R. de Meinicke negatif. ( Ser¬ 
vice du Docteiir Toulouse). 

H... (Obs. 3) 

1927 Mars 1931 

Sang : Reaction de Wassermann R. de Wassermann positive. 

positive. Reaction de Meinicke 
positive. L. C.-R. : Albumine 
0,85. Globuline -f- +. Leucocytes 
9. R. du benjoin 22222.22222. 

21000. 

D... (Obs. 5) 

1928 Mars 1931 

Sang : Reaction de Wassermann R. de Wassermann positive. R. de 

positive. L. C.-R. R. de Was- Meinicke negative. R. de Kahn 

sermann positive. ( Laboratoire positive ++. Albumine 0,22. 

de Ste-Anne). Globulines : R. de Pandy 0 ; R. 

de Weichbrodt 0. Leucocytes 0,6. 
R. du benjoin 00000.00000.00000. 
Elixir paregorique. R. de Was¬ 
sermann negative. R. de Mei¬ 
nicke negative. ( Laboratoire du 
Docteur Toulouse). 


SEANCE DU 12 MARS 1931 


267 


C... (Obs. 7) 

1928 Mars 1931 

Sang : Reaction de Wassermann R. de Wassermann partiellement 
positive. ( Laboratoire Munici- positive. R. de Meinicke par- 
pal). tiellement positive. R. de Kahn 

traces +. ( Laboratoire du Doc- 
teur Toulouse). 

Ca... (Obs. 8) 

1929 Mars 1931 

Sang : Reaction de Wasser- R. de Wassermann moyennement 
mann + + +. L. C.-R. : Reaction positive. R. de Wassermann ne- 

de Wassermann + + +. ( Labo - gative. ( Laboratoire municipal), 

ratoire Municipal). 

Paralytiques generates tres peu ameliorees 

De... (Obs. 2) 

Mars 1931 

R. de Wassermann negative. R. de 
Meinicke negative. R. de Kahn 
negative. Albumine 0,42. Globu- 
lines : R. de Pandy + ; R. de 
Weichbrodt +. Leucocytes 4. 
R. du benjoin 12210.02222.20000. 
Elixir paregorique 00-1. R. de 
Wassermann negative. R. de Mei¬ 
nicke partiellement positive. ( La¬ 
boratoire- du Docteur Toulouse). 
Ro... (Obs. 6) 

Mars 1931 

R. de Wassermann negative. R. de 
Meinicke negative. R. de Kahn 
negative. Albumine 0,25. Globu- 
lines : R. de Pandy 0 ; R. de 
Weichbrodt 0. Leucocytes : Pas 
de leucocytose anormale. R. du 
ben-join 00000.02200.00000. R. de 
Wassermann negative. R. de 
Meinicke negative. ( Laboratoire 
du Docteur Toulouse). 

Nous attirons particulierement votre attention sur les reac¬ 
tions paradoxales de nos nialades, qui ne confirment pas les 
donnees de la biologie actuelle. II est etabli que la negativation 
des reactions sous l’influence des traitements debute par le sang 


Sang : Reaction de Wassermann 
positive. L. C.-R. Reaction de 
Wassermann positive. ( Labora¬ 
toire de Ste-Anne). 


1927 

Sang : Reaction de Wassermann 
positive. L. C.-R. : Hyperalbumi- 
nose. Leucocytes 16. R. du ben¬ 
join 22222.22222.20000. R. de 
Wassermann positive. ( Labora¬ 
toire du Docteur Toulouse). 



SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


et que seulement apres de longues annees le liquide cephalo- 
rachidien devient sterile ; souvent meme, les reactions du 
liquide cephalo-rachidien persistent avec des ameliorations 
notables de l’etat mental. 

Aucune de nos malades n’apporte de confirmation a ce postu- 
lat. Dans les deux premiers groupes (guerison et amelioration) 
nous constatons les faits suivants : la reaction de Wassermann 
dans le sang reste positive chez 7 malades, les reactions humo- 
rales du liquide cephalo-rachidien sont negativees chez 6 mala¬ 
des, chez une seule malade presque guerie socialement, la_ 
negativation a porte sur toutes les reactions sang -j- liquide- 
cephalo-rachidien. 

Pour notre dernier groupe, constitue par deux malades qui ne 
presentent aucune modification de l’etat mental, il y a egalement 
negativation complete des reactions humorales : le taux des 
albumines, les reactions des globulines, le chiffre des leucocytes,, 
les reactions du benjoin, de F elixir paregorique, de Wassermann,. 
de Meinicke, sont devenus norrnaux et ces faits biologiques- 
contrastent avec la persistance de la demence globale avec gatis- 
me ; Barbe et Sezary ont signale ces cas paradoxaux de sterili¬ 
sation biologique coincidant avec F evolution grave du processus- 
dementiel. 

Guerison socilile 

Mme A. ( Obs . 10), agee de 53 ans, a ete guerie par un traitenient de- 
2 series de Stovarsol (total 41 gr.) per os, en comprimes ; la malade- 
faisant des accidents de choc au Stovarsol donne par voie souis-cuta- 
nee, nous n’avions pas pu la traiter de cette facon. Les troubles amne- 
siques ont presque entierement ddsparu, elle a conscience de son etat, 
les troubles meg'alomaniaques n’existent plus, le signe d^Argyll-Robert- 
son a disparu egalement. Le poids de la malade a augmente de 14 kgr. 
depuis son entree ; elle s’occupe regulierement a des travaux de cou¬ 
ture, 

Mme R. (Obs. 9), agee de 51. ans, a ete impaludee sans resultat en 
1929. A la suite de trois series de Stovarsol, disparition des vertiges 
et des petits accidents paretiques, transformation psychiqae radicale r 
memoire, jugement, attention, sont redevenus normaux ; cette malade 
travaille de facon tres reguliere, elle se rend parfaitement compte de 
son etat. 

Mme B. (Obs. 4), agee de 42 ans, a ete impaludee sans resultat en 
1927. Apres le traitement au Stovarsol, sa memoire s’est amelioree, elle 
est bien orientee ; son etat general est excellent, elle travaille regulie¬ 
rement a la buanderie depuis juiUet 1929. Ce resultat a ete obtenu par 
huit series de Stovarsol avec de longs intervalles au debut. 


SEANCE DU 12 MARS 1931 


Paralytiques generates ameliorees, Remissions incompletes 

Mme Ba.. ( Obs. 1), agee de 47 ans, entree en deeembre 1926, etait 
atteinte de demence globale avee gatisme ; actuellement, persistance 
de certains troubles amnesiques, absence d ; autocritique, mats son etat 
general est excellent, elle a augmente de 11 kgr depuis son entree, et 
fournit un bon travail a l’atelier de couture. Elle a recu six series de 
Stovarsol par voie sous-cutanee. 

Mme H. (Obs. 3), agee de 45 ans, cette naalade a deja ete presentee 
par Mile Pascal en fevrier 1929, depuis elle s’est maintenue tres ame- 
lioree. Demente aphasique, gateuse avant le traitement, elle engraisse, 
prend des forces, le psychisme reste peu ameliore, le gajtisme a dis- 
paru. Dix-huit grammes de Sulfarsenol en deux series n’avaient eu 
aucune action sur son etat general. Elle s’occupe un peu a condition 
que le travail soit tres simple et toujours le meme. 

Mme D. (Obs. _5). Agee de 49 ans. Apres cinq series de Stovarsol, 
on constate une regression des troubles amnesiques, persistance des 
troubles du jugement ; ses regies sont rede venues normales, elle a 
pris 11 kgr. depuis le debut du traitement, elle travaille tres regulie- 
rement. Deux series de Quinby n’ont rien ajoute aux resultats obtenus 
avec le Stovarsol. 

. .Mme C. (Obs, 7). Agee de 43 ans, cette malade a deja ete presentee 
par Mile Pascal. Apres la troisieme serie de Stovarsol, grosse amelio¬ 
ration de l’etat general, elle passe en quelques semaines de 58 a 
69 kgr. (nous avions associe le Dmelcos au Stovarsol pour la deuxieme 
serie). Le psychisme n’est pas reaupere entierement, le signe d’Argyll- 
Robertson a disparu, la malade est bien reglee depuis le debut du 
traitement. Elle travaille regulierement. 

Mme Ca. (Obs. 8). Agee de 40 ans, la malade a recu six series de Sto¬ 
varsol, elle grossit regulierement pendant et dans l’intervalle de ces 
series (de 57 a 77 kgr.). Depuis quelques mois, son poids 1 se maintient ; 
elle est bien orientee, mars reste deficiente au point de vue du juge¬ 
ment. Elle travaille au menage. 

Paralytiques generates tres peu ameliorees 

Mme De. (Obs. 2). Agee de 44 ans, a deja ete presentee par Mile Pas¬ 
cal. Etait atteinte de demence globale avec gatisme, cephalee, paralysie 
des membres inferieurs, impotence fonctionnelle. Au bout de deux 
series, elle a pu sortir et reprendre ses occupations de menagere. 
Restee ckez elle sans traitement, la malade nous est revenue dans le 
meme etat qu’a son premier internement ; actuellement, apres deux 
series de Stovarsol, regression des troubles psychiques, persistance du 
gatisme ; pas d'amelioration neurologique. 

Mme Bo. (Obs. 6). Agee de 31 ans. En 1928, la malade a subi la 
malrriatherapie sans resultat. Apres six series de Stovarsol, elle reste 
gateuse et dementielle, seule Torientation est redevenue normale. 
Amelioration de l’etat general qui est excellent. Le signe d’Argvll- 
Robertson a disparu. 


270 


SOCIETE . MEDICO-PSYCHOLOG1QUE 


Conclusions 

V evolution de la paralysie generate a ete modifiee ces derniers 
temps par la pyretotherapie et particulierement par la malaria- 
therapie. Elle peut l’etre aussi par le stovarsol qui apparait 
comme un treponemicide de premier ordre. 

Grace a ce traitement, on peut provoquer des remissions 
presque completes avec possibility d’adaptation a la vie sociale, 
et des remissions incompletes. Mais si son action sur le psy- 
chisme est variable et depend de la periode a laquelle il est 
applique, son action sur l’organisme est a peu pres constante ; 
il modifie le metabolisme general et supprime les causes de 
mort habituelles de la paralysie generale non traitees : ictus, 
escarres, cachexie, etc... Il prolonge d’une facon evidente la vie 
des paralytiques generaux ; les formes cachectiques deviennent 
florides. Les formes delirantes ne presentent plus d’episodes 
aigus, elles prennent la modalite dementielle simple. Toutes nos 
malades ont presente au debut un delire megalomaniaque actif 
a base euphorique ; actuellement, il a completement disparu^ 
Enfln, revolution est favorablement influencee. Dans les Traites 
classiques nous trouvons que la duree moyenne de la paralysie 
generale est de deux a quatre ans. Le stovarsol transforme 
completement la marche de la paralysie generale qui devient 
irreguliere, la periode d’etat s’immobilise pendant longtemps 
(six ans chez la malade B), sans changer de forme. Le stovarsol 
cree ces formes chroniques stagnantes et remittentes, signalees 
autrefois par Baillarger et plus tard par Arnaud et Vallon. 

Chez aucune de nos malades nous n’avons vu surgir de com¬ 
plications. Les transformations cliniques : schizophrenic, psy- 
chose hallucinatoire, delire de negation, confusion onirique, etc.,, 
signalees ces derniers temps dans la malariatherapie (Leroy, 
Medacowitch, Vermeylen, Fribourg-Blanc, etc.), n’existent pas 
chez les paralytiques generales stovarsolisees. Il en est de meme 
de ces retours a la phase tertiaire sous la forme de gommes 
syphilitiques, comme dans les cas de Leroy et de Guiraud ; a 
aucun moment il n’y a de reactivation du treponeme. 

Nos recherches, basees sur des faits precis, nous permettent 
d’apporter une legere contribution a Faction du stovarsol sur la 
paralysie generale. Ceci confirme Fopinion de Sezary et de 
Barbe, promoteurs de'cette methode simple, et de Mile Pascal, 
qui Fapplique systematiquement dans son service depuis cinq 
ans, que le traitement par le stovarsol merite de prendre une 
place plus importante .dans l’arsenal therapeutique de la psy¬ 
chiatric actuelle. 


SEANCE DU 12 MARS 1931 271 

L’etude biologique de nos malades souligne l’importance des 
reactions paradoxales qui se montrent en cours de la paralysie 
generale traitee par le stovarsol. 

M. Marchand. — Depuis cinq ans, j’ai traite par le stovarsol 
une vingtaine de femmes paralytiques generates. J’ai obtenu dans 
environ 30 0/0 des cas une modification heureuse des troubles 
mentaux, telle que l’on peut parler de guerison. Dans mon rap¬ 
port annuel, j’ai ete ainsi amene a otivrir un paragraphe special 
pour les cas de paralysie generale gueris. Je dois dire que, chez 
ces malades, je n!ai jamais obtenu que la reaction de B.-W. dans 
le sang et le liquide cephalo-rachidien devienne negative ; la 
courbe au ben join est rarement devenue normale. Seules la lym- 
phocytose et l’albuminose ont disparu. Dans quelques cas, j’ai 
vu disparaitre la dysarthrie, le tremblement et les reflexes ten- 
dineux. Jamais je n’ai vu se modifier le signe d’Argyll-Robertson. 
Actuellement, je procede ainsi dans le traitement de la paralysie 
generale. Je fais d’abord trois series de 20 a 30 injections de 
1 gr. 50 de stovarsol a raison de trois par semaine. Si, apres ces. 
trois series, je ne note aucune amelioration clinique et iiumorale,. 
j’inocule la malaria a mes malades et je reprends ensuite le sto¬ 
varsol ; on peut alors obtenir des remissions que le stovarsol 
seul ne semblait pas devoir donner. 

Parmi les malades que j’ai traitees, j’ai observe le cas suivant : 
Une paralytique generale arrive dans mon service, aveugle a la 
suite d’un traitement a l’acetylarsan. La nevrite optique est consi- 
deree comme incurable par l’ophtalmologiste ; j’entreprends 
alors un traitement par le stovarsol. La malade, depuis deux ans, 

. ne presente plus de troubles mentaux, vit dans sa famille, mais 
reste aveugle. 

M. Rene Charpentier. — En presence d’un etat qui c^ns^rve 
tout au moins les symptomes physiques et les reactions fciblo- 
giques que vient de signaler M. Marchand, est-il bien legitime 
d’employer le mot de guerison ? Dans des cas de ce genre, ies 
chefs de service emploient dans leurs certificats ou dans leur& 
statistiques, tantot le mot de guerison, tantot celui de guerison 
sociale, tantot le qualificatif d’amelioration, tantot celui de 
remission. On peut se demander, dans ces conditions, quel parti 
l’on pourra tirer de statistiques faites sur des donnees aussi 
variables suivant les auteurs. 

Au cours de Fexpose des symptomes presentes par les malades 
soumis au traitement par le stovarsol. Mile A. Desehamps a 
cite « le puerilisme » comme un des symptomes habituels de 
Ja paralysie generale. II y a la une erreur de terminologie. Ce 


272 


SOCIETE MEDICO PSYCH0L0G1QUE 


qui est habituel chez les paralytiques generaux, ce n’est pas le 
puerilisme, mais la puerilite, symptome qui traduit, soli la fai- 
blesse originelle, soit, comme ici, l’affaiblissement acquis du 
jugement. Tout different est le puerilisme mental, syndrome de 
regression ou d’arret de la personnalite au stade de l’enfance, 
et qui est une anomalie de la personnalite tout entiere. 

M. Trenel. — Tant que Ton n’aura pas etabli par des tests 
le niveau mental des psychopathes en regression, les termes gue- 
rison, ou amelioration, n’auront qu’une valeur relative. Mais 
l’etablissement de ces tests est, comme Fa montre M. Simon* 
tres difficile. 

M. Claude. —- II ne faut pas opposer malariatherapie a sto- 
varsoltherapie, car la premiere ne constitue pas un traitement 
complet. L’impaludation, a mon sens, n’a d’autre but que de 
preparer Faction d’une therapeutique chimique, par le bismuth, 
le sulfarsenobenzol, le stovarsol, etc. II faut que cette chimio- 
therapie postmalarique soit continuee pendant des annees, a 
raison par exemple de 4 cures annuelles pendant les 2 premieres 
annees, et 2 cures annuelles pendant les annees suivantes. 

Une statistique, basee sur 10 cas, ne saurait avoir de conclu¬ 
sions bien solides. II faut avoir observe des centaines de cas. 

Sur 7 ou 800 cas de paralysies generates traitees dans mon 
service, et dont beaucoup subirent des regressions, jamais le 
signe d’Argyll-Robertson n’a regresse. II en est de meme de la 
dysarthrie. Et cela n’est pas etonnant, car un centre detruit ne 
se repare pas. II ne devait pas s’agir d’Argyll-Robertson vrai, 
c’est-a-dire pas de suppression des reflexes lumineux avec conser¬ 
vation des reflexes accommodateurs dans les cas presentes. 

Comme reactions biologiques du liquide cephalo-rachidien, 
c’est la lymphocytose, qui regresse le plus facilement par le trai¬ 
tement. Par contre, le Wassermann et la reaction par le benjoin 
colloidal sont les plus irreductibles. Dans le sang, le Wasser¬ 
mann disparait assez facilement. 

En resume, quand le sujet est vigoureux, la malariatherapie 
doit etre institute, prealablement a toute medication chimique, 
parce qu’elle la rend plus efficace. 

Delire cenesthesique (Prurit hallucinatoire), 

. par MM. Raymond Mallet et Pierre Male 

La malade dont nous rapportons aujourd’hui l’observation 
est a rapprocher de celle qui a fait l’objet de notre communica¬ 
tion a la seance du 28 juillet dernier de la Societe. 


SEANCE DU 12 MARS 1931 


273 


II s’agit d’une femme de 65 ans, adressee a la Consultation de 
1’Hopital Henri-Rousselle, Mine Augustine Del..., qui, comme la pre¬ 
miere, presente, a l’occasion d’un prurit, des troubles delirants. Prurit 
simple, sine materia, disent les dermatologistes consultes, survenu 
sans cause apparente, il y a 6 mois, ne s’accompagnant d’aucune modi¬ 
fication cutanee appreciable, d’aucun signe organique decelable par 
nos moyens, d’ailleurs incomplets, d’investigation. Pas de facteur 
ioxique, alcoolique, coca'inique ou autre ; ni sucre ni albumine dans 
les urines. Le Wassermann est negatif dans le sang. L’uree sanguine 
est de 0,28. La recherche du metabolisme basal, augmente chez notre 
premiere malade, n’a pu etre faite chez celle-ci. L’examen du systeme 
nerveux n’a montre aucun trouble des reflexes, ni de la sensibility 
objective. 

Au debut, il ne s’agissait que d’une sensation de prurit localisee aux 
jambes. La malade etait a la campagne, elle a cru a une piqure d’orties 
ou de moustique. Mais la demangeaison a persiste, elle a pris le 
caractere de fourmillements, et elle s’est etendue a presque tout le 
corps, y compris la tete. 

« Ce sent des fourmillements comme une espece de piqure », dit la 
malade qui n’a plus aucun repos, ni nuit, ni jour. Et aujourd’hui, elle 
precise que « ce sont des betes qui sont restees depuis la piqure », 
qui se sont multipliees, sans doute des « aoutats ». 

« Qu’est-ce qui vous fait dire que ce sont des betes ? 

— Parce que ca craque sous mes doigts. 

— Les voyez-vous ? 

— Non. 

— Comment pouvez-vous les prendre si vous ne les voyez pas ? 

— ^a se sent bien sous les doigts. » 

Mme D. explique que les betes en question sont tres petites, « entre 
cuir et chair », e’est pour cela qu’elle ne les voit pas^ mais elle les 
« sent », elle ne peut les saisir qu’au niveau des poils du pubis, les 
ecraser plutot entre deux ongles, et elle entend le craquement reve- 
lateur. 

« C’est comme les larves, continue-t-elle, je ne les vois pas, mais je 
les tue pour qu’elles ne deviennent pas des betes. » La malade evite 
mime de dormir pour detruire les larves, « afin qu’elles n’eclosent 

paS 5>. ^ ' 

Mine D. ne presente, par ailleurs, aucun trouble du jugement, aucun 
phenomena hallucinatoire, pas de signes d’affaiblissement de la 
memoire ; elle reste dans la vie, ne s’ouvre a personne de ses miseres 
et elle continue son role d’institutrice aupres d’un enfant de 9 ans ; 
elle craint seulement « qu’il n’attrape des betes ». 

Rien a retenir de ses antecedents hereditaires et collateraux. Elle 
vit separee de son mari depuis 17 ans. Elle a eu 4 enfants, tous morts 
en bas age ; pas de fausse couche. Scarlatine a 40 ans. Ver solitaire a 
45 ans (?). Elle aurait scuffert pendant plusieurs annees de douleurs 

Ann. med.-pstch., 13 e serie, t. I. — Mars 1931. 


18. 


274 


SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


ccsto-vertebrales, qu’elle appelle « rhumatismes », qui auraient dis- 
paru depuis son prurit. 

Void done uri nouvel exemple de prurit sine materia allant 
jusqu’a Thallucination. La malade precedente « voyait » les 
betes ; Mme Augustine ne les voit pas, elle les « sent » ; sensa- 
tion de demangeaison proprement dite et sensation tactile se 
combinent qui, jointes a l’element interpretatif, permettent a la 
malade de dire qu’elle les « tue ». II y a la une combinaison de 
trois facteurs differents, sensoriel ou cenesthesique, intellectueL 
emotif aussi car la malade est dans une subanxiete continue* 
que la limitation des troubles met particulierement bien en evi¬ 
dence, et qu’on doit retrouver dans tous les processus halluci- 
natoires. 

Delire cenesthesique, disons-nous, pour le differencier dn 
delire hypocondriaque ou l’element intellectuel, imaginatif ou 
revendiquant, joue un role plus marque, ou la diffusion des 
troubles est plus grande ; pour le differencier du delire melan- 
colique aussi, la malade etant deprimee mais non inhibee et sans, 
le cortege ideatif de la melancolie ; delire, parce que le stade de 
la sensation obsedante, de la'cenestopathie, dirait Dupre, a ete 
depasse des que l’autocritique a ete deviee. 

C’est dans des cas analogues que peut se poser la question de 
l’origine centrale, sous-corticale, non j)eripherique, de certains 
prurits, aussi bien que de divers troubles cenesthesiques, qu’on 
voit evoluer vers l’haHucination, le delire. 

M. Claude. — Jt’ai observe jadis a St-Antoine une malade ana¬ 
logue. 

M. Trenel. — A la suite d’un cours d’hygiene, une fillette de 
10 ans, que presenta M. Briand, fut prise de microbophobie* 
croyant voir partout des, microbes. 

Deux cas de demence avec epilepsie, 
par M. L. Marchand 

Les accidents epileptiques peuvent survenir au cours de tou- 
tes les affections cerebrales. II est interessant d’examiner les 
cas ou ce syndrome s’associe a un etat dementiel ; epilepsie et 
demence peuvent etre considerees comme symptomatiques des 
memes lesions cerebrales. 

Voici deux malades : chez l’une, l’epilepsie s’est compliquee 
de demence longtemps apres le debut de l’epilepsie ; chez l’au- 


SEANCE DU 12 MARS 1931 


275 


tre, la demence s’est compliquee d’epilepsie longtemps apres le 
debut de l’affaiblissement intellectuel. 

Observation I 

Mme S., fleuriste, a gee de 47 ans, est internee a l’asile Ste-Anne, le 
22 septembre 1922, avec le certiflcat suivant : « Excitation psychique 
avec obnubilation legere, euphorie, expansivite. Legere persistance 
des attitudes et reiteration des menus gestes. Parole legerement ralen- 
tie, leger achoppement. Pas de troubles actuels des reflexes. Adipose 
et leger oedeme. Cicatrice frontale ancienne. Incapacity de renseigner. 
Arretee pour place de tramway impayee. » (De Clerambault). 

Elle est transferee, le 28 septembre 1922, a l’asile de Villejuif. Les 
certiiicats d’entree et de quinzaine sont ainsi concus : 1° « Affaiblis- 
sement intellectuel. Obtusion. Conscience incomplete de sa situation. 
Desorientation. Euphorie. Parole lente, quelques achoppements. Pas 
de signes pupillaires. Aurait eu des crises convulsives. Cicatrice 
ancienne du front. Contusions de la poitrine. Eruption papuleuse. » 
(Trenel); 2° « Epilepsie : quatre acces depuis' l’entree. Euphorie 
niaise. Idees de grandeur : elle va voir le President de la Republique. 
Inconscience. Reaction de B.-W. negative dans le sang et le Jiquide 
cephalo-rachidien. » (Trenel). 

Les renseignements sur cette malade sont tres incomplets. Son 
developpement intellectuel et physique aurait ete normal. Elle etait 
intelligente et aurait eu son certiflcat d’etudes. Elle apprit le metier 
de fleuriste. Elle se maria a 22 ans, n’eut pas d’enfant et devint veuve 
a 43 ans. Apres la mort de son mari, elle se mit en menage avec un 
chanteur des rues. 

Les crises d’epilepsie debuterent a Page de 20 ans, et furent d’abord 
tres rares. Elies ne Pempecherent pas 1 de gagner sa vie coniine fleuriste. 
Ce n’est que vers Page de 45 ans que l’intelligence commenca a s’affai- 
blir et la parole devint embarrassee. 

Un soil', son ami ne la vit pas rentrer. 11 la chercha toute la liuit, 
et c’est le lendemain qu’il la trouva a Pinflrmerie du Depot. Elle avait 
ete arretee dans un tramway au cours d’un etat crepusculaire post- 
comitial. D’apres les renseignements de son ami, les crises etaient 
devenues plus frequentes depuis quelques mois. 

Les notes prises a son entree portent : Memoire tres troublee. 
S... donne bien sa date de naissance, mais elle croit avoir 40 ans alors 
qu’elle en a 47. Elle sait le mois et l’annee actuels. Elle demeure rue 
Trousseau ; elle ne peut dire Ie numero. Elle ignore quand la guerre 
a commence. Elle sait qu’elle est sujette a des crises nerveuses. Repe¬ 
tition des memes gestes au cours de l’interrogatoire. Parole embar¬ 
rassee. Accrocs aux mots tPeprenve. Pas de tremblement de la langue 
et des extremites. Reflexes rotuliens normaux. Les pupilles sont ega- 
les et reagissent. Tension arterielle +16 — 9,5. Ni sucre, ni albumine 
dans les urines. 


276 


SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


Une ponction lombaire, pratiquee le 9 octobre 1922, donne : albu- 
mine 0,15 ; leuco. 0 ; benjoin 00000.00100.00000. Le B.-W est negatif 
dans le liquide et dans le sang. 

Crises epileptiques frequentes. Elies sont caracterisees par une 
chute brusque ; paleur du visage ; mouvements convulsifs generali¬ 
ses, morsure de la langue, base sanguinolente, pupilles dilatees. Pas 
d’emission d’urine. Duree quelques minutes. C... reste ensuite hebetee. 
Amnesie consecutive. Blessures frontales frequentes au cours des cri¬ 
ses. 

Dans la suite, C... a environ 10 crises par mois, quoique traitee soit 
au bromure, soit au gardenal. 

Le 13 juillet 1925, au cours d’une crise, fracture bimalleolaire de la 
jambe gauche, qui s’est mal consolidee. Depuis, la malade ne peut plus 
marcher que soutenue. 

J’examine pour la premiere fois cette malade en mars 1926. L’affai- 
blissement intellectuel a encore progresse. Memoire tres affaiblie. 
C... ignore son age, l’annee actuelle ; elle ne peut donner la date de 
sa naissance. Elle ignore ou elle est ; elle ne se trouve pas malade. 
Elle est incapable de faire l’addition la plus simple. 

Repetition, sans les comprendre, des dernders mots des phrases 
qu’elle entend (echolalie), repetition parfois diu meme mot (polv- 
phrasie). 

Impossible de la faire ecrire. Elle trace des lettres dont la reunion 
ne forme aucun mot. Euphorie anideique. C... sourit beatement des 
qu’on lui parle. 

Son affection pour son ami est bien conservee. C’est pour elle une 
grande joie chaque fois: qu’il vient la voir. 

Embarras prononce de la parole, qui est tres lente. Bradycinesie. 
Beflexes patellaires normaux. Pas de Babinski. Pujiilles egales et 
reagissent. 

Obesite sans douleur a la pression des membres. Gatisme. 

Le 8 juillet 1926, apres une crise, elle s’arrache l’ongle d’un orteil. 

Le 3 octobre 1926, nouvelle ponction lombaire. Tension 25 (au 
Claude) ; albumine 0,15 ; Pandy et Weichbrodt 0 ; leuco 4,2 ; ben- 
join 00000.00100.00000 ; B.-W. negatif. 

Le 11 janvier 1928, apres une crise, tentative d’etranglement avec 
un lien de tarlatane. 

Actuellement, cette malade est agee de 56 ans. L’etat dementiel s'est 
encore accentue. C... est incapable de donner le moindre renseigne- 
ment sur son passe, sur les faits recents ; elle ne peut resoudre la 
moindre operation (2 + 2 = 36). Elle est d’une indifference complete 
pour tout ce qui l’entoure. Euphorie niaise. Elle est d’une extreme 
lenteur dans ses mouvements, sans parkinsonisme. La parole est deve- 
nue bredouillante, explosive. C..., cependant, peut encore chanter assez 
bien, et on comp rend ce qu’elle chante. 

Hypotonie marquee sans trouble des reflexes tendineux. 


SEANCE DU 12 MARS 1931 


277 


Les pupilles reagissent. Fond d’oeil normal. 

Aucun autre phenomene organique. 

Gatisme complet. 

Observation II 

Mme G... est internee a l’age de 42 ans, le 21 mars 1916, a la Salpe- 
triere, avec le certificat suivant : « Incoherence des idees avec indif¬ 
ference, coupee de quelques velleites de negativisme, persistance de 
certains mots et de certains gestes ; incapacite de s’occuper. Monolo¬ 
gues et chants. » (Pierre Marie). 

Le certificat d’entree porte : « Delnence, incoherence des propos, 
indifference complete. » (Chaslin). 

Cette malade est transferee a Fasile de Villejuif, le 25 fevrier 1921. 
Certificat d’entree : « Demence, desorientation complete. Incapacite 
de se diriger. » (Legrain). 

Les renseignements sur cette malade sont tres incomplets. Nous 
savons seulement qu’elle fut institutrice jusqu’a son mariage, a 22 ans. 
Elle eut une fille qui elle-meme se maria en 1917, et qui mourut a l’age 
de 20 ans. 

Les troubles mentauix debuterent vers l’age de 35 ans, pour revetir 
rapidement une forme dementielle. Elle fut d’abord soignee chez sa 
mere, qui ne la fit interner qu’a 42 ans. 

A son entree a Fasile de Villejuif, Fetal suivant est note : Elle sait 
son age et donne l’annee de sa naissance. Elle vient de la Salpetriere, 
mais ne se rend pas compte ou elle est. Troubles de la memoire tres 
accuses. Quand on lui demande depuis combien de temps elle est 
arrivee, elle se met a compter 45, 46, 47 et ajoute : « Je suis a 
Dengue, il y a des ceufs dans ma tete, mouche... », puis elle se met 
a faire des gestes incoherents, montre les paumes de ses mains, les 
retourne et les applique a la tete de son lit. Pas d’idees delirantes. 
G. ne parle jamais spontanement. Elle est propre. 

On constate une grosse dysarthrie. 

Le 21 mars 1921, c’est-a-dire trois semaines apres son entree, pre¬ 
miere crise d’epilepsie. Les acces se renouvellent d’abord environ une 
fois par mois. Us sont ainsi caracterises : chute brusque ; convul¬ 
sions generalises, morsure de la langue, emission d’urine, salivation 
mousseuse, duree 10 minutes environ. Blessures frequentes au cours 
des crises. Apres les crises, G... reste excitee jusqu’au lendemain-, pre- 
sentant des impulsions a frapper, a gifler. Au refectoire, il lui est 
arrive plusieurs fois de faire tomber les plats sans dire un mot. 

G... a ete regulierement reglee durant les deux premieres annees de 
son internement a Villejuif, puis les regies disparurent. 

J’examine pour la premiere fois cette malade en novembre 1926. 
Ses reponses sont incoherentes. Exemples : « Quel age avez-vous ? » 
R. « Je ne sais pourquoi... la fontaine. » — « Voulez-vous retourner 

chez vous ? » R. « Et maintenaht, c’est l’age, c’est marque. » _ 

« 2+ 2 ? )? R. « J’ai ete au cimetiere. » — « 1 + 1 ? » R. « j e V eux 


278 


SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


bien », puis elle marmotte des paroles incomprehensibles. J’arrive 
a lui faire ecrire correctement son nom, puis elle refuse d’ecrire. 

G. passe ses journees assise siur une chaise. Pas de catatonie, pas d© 
stereotypies d’attitude. 

Les reflexes rotuliens.sont normaux. Les pupilles sont egales et rea- 
gissent. Legere exophtalmie. Trophoedeme des membres inferieurs. 

Legere deviation a convexite droite de la colonne vertebrale, a la 
region dorso-lombaire et proeminence des dernieres cotes droites. 

Les reactions de B.-W. et de Meinicke sont negatives dans le sang. 

Cet etat persiste sans changement dans la suite. La malade a une 
moyenne de 20 crises par an. 

Le 22 mai 1928, elle a encore une crise d’epilepsie et, depuis, les 
acces ne se sont plus reproduits, malgre la suspension du gardenal, 
qui a eu lieu quelques mois plus tard. 

Une ponction lombaire, pratiquee en juin 1928, donne les resultats 
suivants : Albumine 0,20 ; Pandy et Weichbrodt 0 ; leuco 1 ; Guillain 
00000.01220.00000. Le B.-W. est negatif dans le sang et le liquide. 

L’etat mental de cette malade ne presente guere de modification 
dans la suite. G... ne parle jamais spontanement ; aux questions, elle 
ne repond que par des propos incoberents. 

Exemples : « En quelle annee etes-vous nee ? » R. « C’est au thea¬ 
tre que je ne sais plus. » — « Ou etes-vous ? » R. « Je ne pourrais 
pas... tout le temps. » — « Youlez-vous retourner cbez vous ? » — 
R. « J’ai du zan, je ne peux pas chanter. » — « Donnez-moi la main 
droite. » Elle tend la main droite^Pouvre sans la donner. Elle recon- 
nait cependant la main droite de la gauche, parce qu’elle dit ensuite : 
« Yoici ma main droite » en la montrant. 

On lui montre un porte-plume et on lui demande ce que c’est. 
R. « C’est de l’encre, mais je ne connais pas. » 

Cette malade reste assise ou coucbee la plupart du temps. Elle ne 
parle a personne, ne s’occupe a rien. Elle mange seule, mais il faut 
lui apporter sa nourriture. Elle ne fait pas seule sa toilette. 

Opposition souvent aux actes les plus simples. Elle se frappe alors 
la tete contre les barreaux de son lit ou se donne des coups de poing 
sur la tete. 

La gibbosite deja signalee en 1926 s’est fortement accentuee. On 
constate, a la partie inferieure laterale droite de la cage thoracique, 
une deformation globuleuse des dernieres cotes en rapport avec une 
scoliose a convexite droite interessant la region dorso-lombaire. 
Aplatissement compensateur de la region symetrique dorsale infe¬ 
rieure gauche. 

Aucun trouble des reflexes tendineux et pupillaires. Hypotonie 
marquee. Leger tropheedeme des membres inferieurs. Tension arte- 
riefle + 12,5 — 6,5. 

Les urines ne renferment ni sucre, ni albumine. 

Aucun signe de tuberculose pulmonaire. 

G... est gateuse depuis un an. 


SEANCE DU 12 MARS 1931 


279 


En resume, dansnotre premier eas, il s’agit d’une epileptique 
qui, atteinte de crises depuis l’age de 20 ans, presente, vers 
l’age de 45 ans, sans cause apparente, un etat dementiel rapi- 
dement progressif avec echolalie, polyphrasie, embarras de la 
paroie, bradypsychie, bradycinesie sans parkinsonisme. Cette 
demence n’est pas consecutive a une augmentation de frequence 
des crises. II s’agit done d un etat organique cerebral qui s’est 
traduit, d’abord, par des crises epileptiques et, plus tard, par 
un etat dementiel surajoute. 

Dans le deuxieme cas, la malade, tres intelligente jusqu’a 
l’age de 35 ans, semble avoir presente, d’abord, un syndrome 
catatonique avec evolution dementielle rapide. Les crises epi¬ 
leptiques debuterent douze ans plus tard, se reproduisirent 
pendant sept ans et cesserent ensuite sans aucune modification 
de l’etat mental. Voici trois ans que cette malade ne presente 
plus de crise sans que l’on puisse trouver une explication a cette 
suspension. 

II me semble que dans ces deux cas, demence et epilepsie doi- 
vent etre rattaches aux memes lesions cerebrales. J’ai eu l’occa- 
sion d’examiner, au point de vue anatomo-pathologique, des cas 
semblables ; j’ai note des lesions meningo-corticales chroni- 
ques (1). II existait dans les epaississements meninges, ainsi 
qu’au niveau des adherences meningo-corticales, des trainees de 
cellules embryonnaires qui indiquaient que, meme dans ces 
etats dementiels qui paraissent fixes, il persiste un leger proces¬ 
sus inflammatoire a marche tres lente. Mais les donnees de 
l’anatomie pathologique s’arretent la ; la pathogenie des lesions 
reste inconnue. 

J’insisterai maintenant sur la scoliose avec gibbosite qui est 
apparue chez la seconde malade longtemps apres le debut des 
troubles dementiels. Ce cas est a rapprocher de ceux etudies 
recemment par M. Vie (2) qui les attribue a des lesions de 
rhumatisme vertebral chronique. Dans les observations de 
M. Vie, qui ne concernent egalement, je crois, que des femmes, 
la deformation vertebrale n’est apparue que chez des dementes 
precoces atteintes d’hebephreno-catatonie a evolution rapidement 
dementielle. Chez certaines, comme chez notre malade, elle n’a 
debute que longtemps apres le debut des troubles mentaux. 
L’etiologie de ces deformations reste obscure. Notre malade n’a 

(1) De l’idiotie acquise et de la demence chez les epileptiques. Revue de 
Psychiatrie, juin 1907. 

(2) J. Vie. — La cyphose des dements precoces. Soc. med. Psych., 27 octobre 
1930. 


280 


SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOG1QUE 


jamais presente ni stereotypies d’attitude, ni agitation catatoni- 
que, ni troubles vaso-moteurs, ni phenomenes spasmodiques ; 
on ne note chez elle aucun symptome de tuberculose pulmonaire 
et les recherches concernant la syphilis sont restees negatives, 

M. Claude. — J’ai pu, dans une lecon clinique, presenter cote a 
cote un aphasique sensoriel par lesion vasculaire certaine, et 
un dement paranoide sans signe neurologique qui, tous deux* 
avaient le meme trouble du langage, trouble comparable a celui 
de la malade qu’on vient d’entendre. II semblerait done qu’une 
meningite corticale peu accusee, puisse produire de la para- 
phasie. 

Lesions des cellules des ganglions centraux dans un cas 
de delire aigu choreiforme, par M. Trenel 

P. Marie, Vve L., employee de bureau, agee de 52 ans, entre dans 
notre service le 11 octobre 1930 (n° 225-209). 

Elle vient d’un autre service, ou elle est entree le 5 octobre, avec le 
certificat suivant : « Melancolie. Depression profonde, inactivite 

complete ; manifestations neuropathiques, grands gestes, hurlements, 
soupirs. Reflexes tendineux vifs. Strabisme externe de Foeil gauche. 
Debilite mentale. Etat precaire. L. C.-R. normal. Menopause il y a 
2 ans. ') ?\ 

Le certificat du service d’admission porte : « Etat d’obtusion avec 
idees melancoliques. Crainte de ne pouvoir garder son emploi ; peur 
de ne pas guerir ; parole scandee, respiration forcee, marche a peu 
pres impossible, avec tendance a tomber a gauche, inertie du bras gau¬ 
che quand on demande a la malade de faire la marionnette ; paleur, 
mauvais etat general.)) 

Ce qui frappe des son entree, e’est une instabilite sub-choreiforme a 
grarides gesticulations irregulieres et remittentes, se distingiiant sur- 
tout de la choree vraie par ces remittences. Quand on examine la 
malade, elle entre dans un etat de rigidite generalisee, e\ si Foil cher- 
ehe a provoquer des mouvements passifs, presente une resistance bien 
speciale dont on ne saurait dire si elle est volontaire ou reflexe, et qui 
se produit aussi bien dans l’extension que dans la flexion. 

Pas de phenomene de la roue dentee. 

La recherche de l’adiadococinesie et de la dysmetrie ne procure 
pas de resultat net, en raison de Finattention de la malade aux ordres 
donnes. 

La station est presque impossible. La malade titube, et tend a tom¬ 
ber vers la droite (dans des examens ulterieurs, la tendance a la chute 
se fera plutot vers la gauche). 

Les reflexes tendineux sont difficiles a obtenir, en raison du fait que 


SEANCE DU 12 MARS 1931 


281 


la malade entre immediatement en contracture des qu’on l’examine ; 
quand on peut surprendre un moment de relachement musculaire, les 
reflexes sont vifs mais peu etendus, etant limites par cet etat de 
contracture expectante. 

Pas de signe de Babinski, ni de tremblement epilepto'ide, ni de signe 
net de Kernig ; seulement, quand on fait asseoir la malade, cm note 
une flexion des membres inferieurs plus marquee a droite, cette flexion 
est reducible. 

L’examen de la sensibilite ne donne aucun resultat utilisable. 

II existe un strabisme divergent qui fit penser immediatement a une 
encephalite lethargique, mais que nous apprimes ensuite de sa Slle 
etre congenital. 

Les pupilles sont paresseuses. 

Examen ophtalmologique du D r Prieur : « Reflexe photomoteur fai- 
blement ebauche. Fond d’ceil sain. Pas de stase papillaire. Divergence 
des deux yeux. Aucun mouvement de convergence, » 

Dans notfe examen, il avait ete note passagerement quelques peti- 
tes secousses nystagmiformes. 

La malade presente un certain degre d’obtusion intellectuelle, et 
repond avec une certaine lenteur, on pourrait dire bradypsychie et 
bradylalie. La parole est expiratoire. Avant d’emettre un son, elle fait 
une longue inspiration, s’accompagnant de mouvements des bras et 
des jambes, qu’on prendrait pour du manierisme. 

Malgre cette obtusion intellectuelle apparente, elle donne correcte- 
ment son etat-civil, puis diit que son mari n’est pas mort, et, un moment 
apres qu’elle est veuve de guerre et qu’elle a un ami depuis que son 
mari est mort. Elle est a l’Hopital parce qu’elle souffre un peu des 
yeux. Elle parait d’ailleurs tout a fait indifferente a son etat. 

Uree sanguine : 18,40. 

Les urines ne contiennent ni sucre, ni albumine. 

Reactions humorales du sang et du L. C.-R. negatives. 

Coeur bien frappe : 68. 

Respiration irreguliere : 14 a 18. 

Temperature : 37°5 le matin, 37°9 le soil'. 

La malade tombe dans le mutisme complet et I’inertie intellectuelle. 
Les mouvements choreiformes persistent avec alternance de passivite 
et de resistance musculaire quand on l’examine. 

Elle se cachectise rapidement. 

Une escarre sacree parait le 20 octobre, qui s’aggrave vite. 

Le coeur s’accelere (92 le 20 — 104 le 22). 

La temperature, qui, sauf un jour (38°2 le 17), n’avait pas atteint 
38°, s’eleve tout a coup le 22, atteint 39° 6 le 23, et la malade succombe 
brusquement dans l’adynamie. 

Le traitement avait consiste en Gardenal a petites doses (0,10 centgr.), 
en toni-cardiaques et, en dernier lieu, salicylate de soude. 

D’apres les renseignements donnes par sa fille, elle n’aurait jamais 


282 


SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


ete malade, elle se montrait seulement fatiguee depuis quelque temps 
dans son emploi au bureau de la perception, et elle avait ete tres emiie 
par la maladie recente de son gendre. 

Trois semaines avant son entree, elle eut une crise de nerfs, avec 
cris, suffocations avant necessity 1’intervention d’un medecin au milieu 
de la nuit. Depuis, elle se montrait tres abattue, tres enervee, marchait 
en se tenant aux murs, mais sans manifester de vertiges, ni troubles 


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de la parole. Elle avait beaucoup miaigri. Atteinte de strabisme depuis 
l’enfance, elle etait myope. 

Aucun antecedent hereditaire. Un seul enfant, une fille valide. 

On a du la placer en raison de son etat depressif. 

L’absence de temperature elevee ne permet pas d’appliquer 
ici le diagnostic ferme de delire aigu, la fievre n’etant apparue 
qu’a la periode terminate avec le decubitus aigu ; cependant, 
1 aspect clinique etait celui du delire aigu ou l’agitation motrice 
prend parfois la forme choreique ; nous hesiterions a poser le 
diagnostic de choree grave, qu’il serait loisible de discuter ici. 

L autopsie a ete macroscopiquement negative, tant au point 
de vue du systeme nerveux que des visceres, sauf une congestion 
generallsee. 





SEANCE DU 12 MARS 1931 


283 


L’examen microscopique n’est pas termine, mais nous presen- 
tons des aujourd’hui, a titre preliminaire, les preparations par 
le Nissl, dans la crainte que les fines colorations ne s’atte- 
nuent (1). On constate dans l’ecorce une chromatolyse diffuse, 
par place une veritable necrose cellulaire, tantot s’aecompagnant 
d’elements neurophagiques, tantot sans presence de ces ele¬ 
ments. II existe manifestement une augmentation des noyaux 
nevrogliques. L’ensemble rappelle les aspects des lesions du 
delire aigu. 

Mais le fait sur lequel nous voulons surtout attirer l’atten- 
tion, ce sont les lesions profondes et diffuses des noyaux gris 
centraux. En particulier dans les preparations que nous pre- 
sentons de la couche optique, les cellules nerveuses montrent, 
par la coloration au Nissl, un aspect vesiculeux qui leur donne 
des apparences qui rappel lent celles qu’on voit dans les grandes 
cellules medullaires dans la polynevrite alcoolique — ceci est 
une simple comparaison. — II ne s’agit pas ici d’une sorte 
d’cedeme cellulaire comme nous l’avons cru au premier abord, 
car la coloration au Soudan montre les cellules transformees en 
un bloc colore en rouge ou remplies de granulations rouges. C’est 
done la un processus degeneratif. 

Nous rappelons a ce sujet les travaux de M. Lhermitte (2) et 
la toute recente communication de M. Van Gehuchten a la 
Societe de neurologie. 

II y a lieu d’insister sur l’atteinte generalisee des cellules ner¬ 
veuses qui dans les cas de delire aigu se traduit par une verita¬ 
ble necrose, une fonte cellulaire qui nous a paru ne pas toujours 
s’accompagner de neurophagie, probablement en raison de la 
brutalite meme de cette atteinte, que ce soit par un virus ou une 
endotoxine, question encore obscure. Dans ces derniers cas que 
nous avons en vue, cette fonte cellulaire sans reaction des de¬ 
ments migrateurs se traduit sur les coupes par des plages vides 
de tout element, telles que nous en avons figurees dans un travail 
recent (3) et qui ont deja ete signalees par MM. le Professeur 
Claude et Guel. 

D’autre part, nous signalons une infiltration, d’ailleurs dis¬ 
crete, perivasculaire, par des elements sur la nature desquels 

(1) Ces preparations ont ete executees par M 1!e Coudray. 

(2) V. Lhermitte et Ph. Pagniez. — Anatomie et physiologie pathologique de 
la choree de Sydenham. Encephale, an XXV, n° 1, janvier 1930, p. 24. 

(3) M. Trenel. — Delire aigu. Phrenitis d’Hippocrate. Paris Medical , 
20 e annee, n c 39, 27 sept. 1930, p. 257. 

H. Claude et J. Cuel. — Note anatomo-clinique sur trois cas de delire aigu. 
Encephale, XXIP annee, n° 8, 5 sept. 1927, p. 628. 


284 


SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


nous hesitons a nous prononcer, et qui ont ete particulierement 
etudies par M. Marchand. 

M. Marchand. — Je ne suis par surpris que M. Trenel ait 
observe des lesions profondes des cellules des noyaux gris cen- 
traux dans un cas de delire aigu. Dans cette affection, l’organisme 
tout entier est atteint ; dans le nevraxe on observe des lesions 
cellulaires a tous les differents etages ; il s’agit d’une veritable 
necrose de la cellule nerveuse, qui disparait par lyse sans neuro- 
nophagie. Cette lesion se retrouye aussi bien dans les cas de delire 
aigu dits idiopathiques que dans les cas de delire aigu secon- 
daires a des infections telles que erysipele, fievre typhoide, fie- 
vre puerperale, rhumatisme aigu, grippe, etc.; a l’avant-derniere 
seance de la Societe, dans une communication en collaboration 
avec MM. Toulouse et Courtois, j’ai montre ces lesions cellulaires 
dans un cas de delire aigu apparu au cours d’un erysipele. Je 
remarque avec satisfaction que M. Trenel, dans son cas, note de 
la perivascularite. Cette constatation confirme mes recher- 
ches anterieures sur le meme sujet. Ces lesions perivasculaires 
se rencontrent dans les zones sous-corticales, dans les noyaux 
gris centraux et tres souvent dans le bulbe. II s’agit done d’une 
encephalite sur la nature, infectieuse ou toxique, de laquelle nous 
ne pouvons encore nous prononcer. J’ajouterai que je n’ai pu 
mettre en evidence ni elements figures, ni microbes dans ces 
cas de delire aigu, meme dans ceux qui etaient nettement secon- 
daires a une maladie infectieuse bien determinee. 

M. Trenel. — On ignore la nature infectieuse ou toxique de 
l’agent de cette necrose cellulaire. Les femmes chez lesquelles 
j’ai constate ces syndromes mortels avaient toutes des metror- 
rhagies et, chez certaines, j’ai trouve des apoplexies ovariennes. 
Je me suis demande si je n’avais pas a faire a des septicemies 
postabortives. Mais je n’ai pu identifier aucun microbe ; tandis 
qu’au contraire les streptocoques abondent dans l’uterus des 
infections puerperales. J’ai pu facilement les mettre en evidence 
par le Gram dans un cas de septieemie puerperale a forme deli- 
rante. 

La seance est levee a 11 heures 45. 


Le Secretaire des seances, 
Paul Courbon. 


seance du 30 mars 1931 


285 




Seance du Lundi 30 Mars 1931 


Presidence de M. MARCH AND, vice-president 


Adoption des proces-verbaux des seances du 12 fevrier et du 
23 fevrier. 

Correspondanee 

La correspondanee manuscrite comprend : 

une lettre de M. le Prof. H. Claude, president, qui s’excuse de ne 
pouvoir assister a la seance ; 

des lettres de MM. le D r Vinchon, membre titulaire, et de M. le 
D r Ph. Tissie (de Pau), membre correspondant, qui s’excusent de ne 
pouvoir assister a la seance ; 

des lettres de MM. les D’ s Frantz Adam, Lucien Cornil, J. Hamel et 
Villey-Desmeserets qui remercient la Societe de les avoir nommes 
membres correspondants ; 

des lettres de MM. les D rs Boshomme, Medecin-Directeur de la Mai- 
son de Sante de Sceaux, Brissot, Medecin-Chef de la Colonie d’En- 
fants de l’Asile de Yaucluse (Seine-et-Oise), Cenac, ancien Chef de Cli¬ 
nique a la Faculte de Medecine de Paris, Gouriou, Medecin-Chef a 
1’Asile de Maison-Blanche (Seine-et-Oise), et Largeau, Assistant a 
l’Hopital de la Pitie, qui posent leur candidature aux deux places 
vacantes de membre titulaire residant. (Une Commission composee de 
MM. Beaudouin, Laignel-Lavastine, Leroy, Baynier et Vurpas est 
■designee pour l’examen de ces candidatures. L ’election aura lieu a la 
seance du lundi 27 avril).; 

des lettres de M. le D r Maurice Dide, Medecin-Directeur de l’Asile 
de Braqueville (Haute-Garonne), de M. le Professeur Euziere, Doyen 
de la Faculte de Medecine de Montpellier, de M. le D r Halberstadt, 
Medecin-Directeur de l’Asile de Saint-Venant (Pas-de-Calais), de M. le 
D r J. Hamel, Medecin-Chef de la Maison de Sante de Mareville (Meur- 
the-et-Moselle), Charge de Cours a la Faculte de Medecine de Nancy, 
de M. le D r Hesnard, Professeur a l’Ecole d’Application du Service de 
Sante de la Marine, de M. le D r Lagriffe, Medecin-Directeur ide l’Asile 


SOCIeTe MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


de Quimper (Finistere), de M. le D r Lauzier, Medecin-Chef de la Mai- 
son de Sante de Fitz-James a Clermont-de-rOise, de M. le D r A. Porot, 
Professeur a la Faculte de, Medecine d’Alger, de M. le D r Rayneau, 
Medecin-Directeur honoraire de PEtablissement psychotherapique de 
Fleury-les-Aubrais (Loiret), et de M. le D r Wahl, Medecin-Chef de 
l’Asile de Marseille, qui posent leur candidature a l’une des places de 
membre titulaire non residant, idont la Societe a decide la creation a 
la seance du 26 janvier. (Le Secretaire general rappelle que le delai de 
candidature a ces 30 places de membre titulaire non residant expirera 
le 26 avril 1931. L’election aura lieu a la seance du jeudi 28 mai) ; 

des lettres de M. le D r E. Bauer, medecin-chef a l’Asile de Naugeat 
(Hte-Vienne), de M. le Df Calmettes, medecin-chef a l’Asile de Nau¬ 
geat (Hte-Vienne), de M. le D, r Paul Delmas-Marsalet, professeur 
agrege a la Faculte de Medecine de Bordeaux, de M. le D r Folly, de 
Nancy et de M. le D r M. Labuchelle, ancien chef de Clinique des mala¬ 
dies nerveuses et mentales de la Faculte de Medecine de Bordeaux, 
Inspecteur adjoint des alienes du Departement de la Gironde, qui 
demandent a faire partie de la Societe au titre de membre correspon- 
dant national. (Une Commission, composee de MM. A. Baudouin, Cour- 
bon et Noel Peron est designee pour l’examen de ces candidatures, 
Le vote aura lieu a la seance du lundi 27 avril) ; 

une lettre de M. le Professeur Wagner Jauregg, Directeur Honoraire 
de la Clinique Universitaire de Neurologie et de Psychiatrie de Vienne, 
qui demande a faire partie de la Societe au titre de membre associe 
etranger. (Une Commission est designee, composee de MM. Claude, 
Leroy et Truelle. Le vote aura lieu a la seance du lundi 27 avril). 

Le Secretaire general rappelle que toute lettre de candidature etant 
soumise a l’examen d’une Commission et etant l’objet d’un rapport eu 
seance publique doit etre accompagnee d’une liste des titres et travaux 
scientifiijues. 

Reception de nouveaux membres associes etrangers 

Sur leur demande et conformement aux decisions prises a l’occa- 
sion de la fusion des Societes psychiatriques, 

MM. Bahia junior (de Porto), G. Lef. de Bellefeuille (de Montreal), 
A.-H. Desloges (de Montreal), F.-E. Devlin (de Montreal), Santin Car¬ 
los Rossi (de Montevideo), C.-S. Roy (de Quebec), Antonio Sicco (de 
Montevideo), Denis Triantaphyllos (d’Athenes), C.-J. Urechia (de 
Cluj), sont nommes membres associes etrangers de la Societe. 

Le delai accorde aux membres associes etrangers des deux societes 
dissoutes pour demander leur inscription sur la liste des membres 
associes etrangers de la Societe Medico-psychologique expirera le 30 
juin 1931. 



STANCE DU 30 MARS 1931 


Encouragement aux etudes anatomiques du systeme nerveux 

La correspondance manuscrite comprend, en outre, une lettre de 
M le D r Trenel ainsi concue : 

Monsieur le President, 

J’ai l’honneur de venir demander a la Societe Medico-psychologique 
de decerner un prix a un interne des Asiles de la Seine pour un travail 
d’anatomie microscopique normale ou pathologique du systeme ner¬ 
veux. 

J’ai toujours deplore l’in difference manifestee dans les Asiles a 
1’egard de ces etudes et la perte des inepuisables documents qu’on 
peut y recueillir. Je souhaite que ma proposition soit un encourage¬ 
ment a ces etudes. 

Je prends la liberte d’offrir dans ce-but une somme de mille francs, 
a attribuer a la fin de 1’annee 1932. 

Veuillez agreer, Monsieur le President, l’expression de mon respec- 
tueux devouement. 

D r Trenel. 

23 mars 1931. 


Messieurs, votre Bureau est unanime a vous proposer d’accepter 
l’offre genereuse du D r Trenel, et lui exprime en votr.e nom la vive 
reconnaissance de la Societe. II vous propose de donner a cette 
recompense le nom de Prix Trenel et d’accorder a celui qui la rece- 
vra le titre de laureat de la Societe Medico-psychologique. 

Nous vous proposons, pour l’attribution de cette recompense, le 
libelle suivant, etabli conformement aux desirs du donateur : 

Ce prix, d’une valeur de mille francs, sera decerne en 1933, par la 
Societe Medico-psychologique, a l’auteur d’un memoire sur l’anatomic 
microscopique normale ou pathologique du systeme nerveux. 

Le concours pour ce prix est reserve aux internes en medecine des 
Asiles publics d’alienes du Departement de la Seine, nommes au 
concours, en fonctions a la date du l eT mai 1931. 

Le texte et les figures ou planches du memoire devront etre inedits 
et n’avoir obtenu de prix dans aucune autre Societe. Ce travail, dont 
le sujet est laisse au choix de Vauteur, devra etre base sur des docu¬ 
ments anatomiques recueillis dans Vun des services des Asiles publics 
d’alienes du Departement de la Seine. Les preparations microscopi- 
ques devront etre mises a. la disposition de la Commission chargee de 
presenter a la Societe Medico-psychologique un rapport sur les memoi- 
res remis en vue de ce Concours. 

Ces memoires devront etre deposes, au plus tard le 31 decembre 
1932, chez le Secretaire general de la Societe Medico-psychologique. 



288 


SOCIeTe MeDICO-PSYCHOLOGIQUE 


M. Marchand, president, exprime a M. Trenel les remerciements de 
la Societe, qui vote par acclamations le texte propose, decide, sui- 
vant la proposition du Bureau, de donner a cette recompense le nom 
de Prix Trenel et d’accorder a celui a qui elle sera attribute le titre 
de laureat de la Societe Medico-psychologique. 

Date de la seance du mois d’Avril 

Conformement au reglement, la seance ordinaire du mois d’avril 
aura lieu le lundi 27 avril, a quatre heures precises, au siege de la 
Societe, 12, rue de Seine. 

Le deuxieme jeudi du mois d’avril co’incidant avec la periode des 
vacances universitaires, la Societe decide de ne pas tenir au mois 
d’avril de seance supplementaire. 

Date des stances du mois de Mai 

La Societe decide que la seance supplementaire, reservee a des pre¬ 
sentations, aura lieu exceptionnellement le jeudi 21 mai, a 9 heures 1/2 
precises, le deuxieme jeudi etant jour de fete legale (Ascension). Cette 
seance se tiendra a l’Hopital Henri-Rousselle (Amphitheatre Magnan). 

Elle decide egalement que la seance ordinaire aura lieu exception¬ 
nellement le jeudi 28 mai, a quatre heures precises, au siege de ’da 
Societe, 12 rue de Seine, le quatrieme lundi du mois etant jour de fete 
legale (Pentecote). 

Election d’un membre correspondant 

Apres lecture d’un rapport de M. Vinchon, au nom d’une Commis¬ 
sion composee de MM. Rogues de Fursac, Maillard et Vinchon, sur 
les titres de M. le D r Ch. Grimbert, candidat au titre de membre cor¬ 
respondant national, il est procede au vote. 

M. le D r Ch. Grimbert est elu membre correspondant de la Societe 
Medico-psychologique a l’unanimite des 20 suffrages exprimes. 

Modification a l’ordre du jour 

Sur la proposition des membres presents de la Commission nommee 
par la Societe a la suite de la discussion de la communication de MM. 
X. et P. Abely, sur l’intervention judiciaire dans le placement des alie- 
nes, l’expose et la discussion des conclusions du rapporteur, M. X. 
Abely, sont remis a la seance du lundi 27 avril. 


seance du 30 mars 1931 


COMMUNICATIONS 

Paralysis generale chez an ancien trepane ayant presente des 

acces maniaques, par M. Maurice Wahl. 

Le malade A... Henri-Jean, ne le 12 janvfer 1884, est entre a l’asile le 
3 novembre 1930. C’est un paralytique general absolument classique, 
-avec affaiblissement intellectuel, idees de satisfaction beates : il s’est 
amasse 10.000 francs en 5 annees et gagne 500 francs par jour ; il 
n’aura plus besoin de travailler. Il a des troubles tres accentues de la 
parole : bredouillement et achoppement des syllabes, la memoire est 
tres diminuee globalement, il ignore en quelle annee nous sommes, en 
quel mois il se trouve et ou il est, se trouve tres bien, sa physiononiie 
est atone, il a perdu toute affection pour sa femme et pour son enfant 
qui a 12 ans (il en a perdu un autre ne avant terme et mort a Page de 
15 jours). Il s’est enfui recemment de l’hopital ou il etait en traitement 
sans raison aucune, n’est pas rentre chez lui, c’est la Police qui l’y a 
reconduit. Il est tres difficile de fixer son attention, neanmoins, avec 
quelque insistance, on obtient des reponses qui ne sont pas toujours 
adequates aux questions posees. Il est amaigri, il gate presque cons- 
tamment, il a un leger myosis, de l’inegalite pupillaire marquee, les 
pupilles sont irregulieres et la gauche plus grande que la droite. Signe 
d’Argyll-Robertson tres net. Les mots d’epreuve sont tres mal pronon¬ 
ces. Les reflexes patellaires sont exageres, aux pieds nous constatons 
une hyperesthesie enorme de la plante (signe de Lancereaux). Nous 
apprenons par sa femme qu’il avait fait de grands exces alcooliques, 
et surtout de « pastis », succedane marseillais de l’absinthe et plus 
toxique encore, qui se vend clandestinement. La reaction de Bordet- 
Wassermann est positive dans le sang et dans le liquide cephalo-rachi- 
dien, hyperalbuminose de ce dernier et lymphocytose (30 elements par 
mm 3 ). Cette maladie a debute il y a 15 mois environ et a ete traitee sans 
resultat par piqures. Aucun doute n’est permis : il s’agit certainement 
d’une paralysie generale typique. 

Si nous etudions les antecedents de ce malade, nous apprenons que 
A... a ete, vers l’age de 17 ans environ, victime d’un grave traumatisme 
du crane qui a ete suivi d’epilepsie bravais-jacksonienne qui a neces- 
site une trepanation du parietal gauche d’un demi-centimetre de dia- 
metre, tout pres de la suture inter-parietale, non loin du lambda. A la 
suite de cette operation, il n’a plus jamais presente de crises convul- 
sives d’aucune sorte, et s’est engage volontairement 1’annee suivante, a 
l’age de 18 ans, au 3 e regiment d’infanterie, le 20 janvier 1902 ; il y a 
fait pendant un an environ un bon service, mais le 30 aout 1903, il fit 
sans raison valable une tentative de suicide. A la suite de cette aven- 
ture, le capitaine de sa compagnie fit un rapport et il fut designe 
comme « derouilleur » a l’atelier d’armurerie de son regiment. Il 


Ann. med.-psych., 13 e serie, t. I. — Mars 1931. 


19. 


290 SOCIeTe MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 

accomplit regulierement son travail jusqu’au l er fevrier 1904, epoque ai 
laquelle il demanda a etre releve de son emploi : il se plaignait que 
le chef armurier lui avait fait des observations injustes. Le Colonel lui 
accorda satisfaction le lendemain, ce qui ne l’empecha pas de quitter 
la caserne le 4 fevrier. Porte absent, il fut signale a la gendarmerie,, 
tandis qu’il etait entre le 4 fevrier, jour de sa fugue, a l’Hopital mili- 
taire, sur un ordre de la Place et reconnu atteint de manie. Il fut place 
a l’asile d’alienes de Marseille par l’autorite militaire, le 9 fevrier ; il 
y fut reforme et sortit gueri le 2 juin, date a laquelle il rentra chez. 
son pere, domicilie a Marseille. Depuis, il se maria, exerca la profes¬ 
sion de boucher, mais avait de temps a autre de courtes periodes 
d’excitation, au cours desquelles il avait des coleres et compromit son 
commerce ; depuis longtemps, il etait cocher de fiacre, puis chauffeur 
de taxi. Ces temps derniers, il se livra a des depenses exagerees. Nous 
ignorons Pepoque a laquelle il contracta la syphilis, mais nous savons. 
qu’il a un retrecissement de Purethre ?ponsecutif a une blennorragie a_ 
recbutes. Pendant la guerre, il fut recupere, puis bientot reforme> pour 
troubles mentaux, sans avoir ete au front. 

En resume, nous sommes en presence d’un homme de 47 ans, tre- 
pane vers Page de 17 ans, ayant presente depuis Page de 20 ans une 
serie d’acces de manie intermittente, dont un seul a necessite un inter- 
nement, qui a contracte la syphilis et a fait de nombreux exces alcoo- 
liques, surtout de liqueurs a essences, et est devenu paralytique gene¬ 
ral. Il n’a point de gros stigmates de degenerescence, mais presente 
seulement un tourbillon lateral et une tres legere asymetrie faciale.. 
D’apres ce que nous savons de sa famille, il n’y aurait point d’ante- 
cedent facheux du cote du systeme nerveux. 

Ce cas est interessant car il souleve certaines questions de 
doctrine ; qu’un trepane plus ou moins predispose, ait, a la suite 
de son operation, des accidents maniaques, ce n’est pas absolu- 
ment exceptionnel et a ete signale par Griesinger, Schlager,. 
Skae,. Krafft-Ebing, Lasegue,- Vallon, Christian, Dubuisson, 
Marie et Picque, Larrive, Messaan, Viollet, Frossart, etc., mais il 
est beaucoup plus rare de voir des acces nettement maniaques 
preceder de plus de 20 ans l’eclosion de la paralysie generale 
tellement rare que « Magnan disait que les alienes n’etaient pour 
ainsi dire jamais atteints de paralysie generale. » Evidemment,. 
cet aphorisme ressemble a tous les autres si nombreux en mede- 
cine, il souffre des exceptions ; l’enonce meme de Magnan l’in- 
dique, mais ces exceptions sont suffisamment rares pour qu’il 
soit interessant de les signaler. 

Ces faits rares, outre la curiosite qu’ils presentent par eux- 
memes, ont dans l’occurence une importance reelle. En 1898-99_ 
de longues seances de la Societe Medico-Psychologique ont ete 



seance du 30 mars 1931 


291 


consacrees a F etude de Fetiologie de la Paralysie generale et a 
celle des descendants des paralytiques generaux. Nous ne la 
resumerons pas ici. 

Arnaud, qui a specialement etudie l’etiologie de la P. G. dans, 
sa these, qui date de 1888, retrouve deja 30 0/0 de tares vesani- 
ques ou nevropathiques dans les antecedents de ces malades, 
mais on a montre que l’heredite similaire etait de toutes la plus 
rare. 

L’observation que nous apportons vient non seulement confir¬ 
mer toutes celles qui insistent sur l’importance en terrain, a cote 
de l’infection, dans Fetiologie de la Paralysie generale, mais ce 
cas nous montre quelles tares mentales profondes, essentielles 
ou acquises, peu importe, chargeaient lourdement notre malade. 
Nous avoirs vu se developper chez lui suceessivement et a de lon¬ 
gues annees d’intervalle, des acces de manic intermittente et une 
paralysie generale typique. Y a-t-il un lien plus etroit entre ces 
deux psychoses ? Nous ne pouvons, sur un seul cas, resoudre le 
probleme et nous nous contentons simplement de noter le fait. 

On voudra bien, d’autre part, remarquer qu’il semble que le 
psychisme de notre malade a toujours ete, depuis son trauma- 
tisme tout au moins, profondement trouble. Si ces cas de psychose 
precedant l’eclosion d’une Paralysie generale sont rares, il n’en 
est pas de meme des observations sur le fond mental des paraly¬ 
tiques generaux, observes avant meme l’infection syphilitique, et 
nous pensons que notre cas merite d’etre rapproche de ces obser¬ 
vations, qu’il vient en somme preciser. 

Nous n’insisterons pas sur le role du traumatisme dans le 
determinisme des differents phenomenes mentaux, car une don- 
nee fort importante nous, manque la date approximative de l’in- 
fection syphilitique. 

En resume, deux points particulars nous semblent dignes de 
retenir l’attention : 

1° La succession des deux psychoses : acces de manie, puis 
paralysie generale ; 

2° Le fait des tares mentales de notre malade, consecutives a 
sa trepanation. 

La constitution epilepto’ide et ses rapports avec la pathogenie 
de l’epilepsie essentielle, par Mme Minkowska. 

Dans la derniere seance, M. Gilbert Robin a attire l’attention 
sur les manifestations d’inhibition, observees par lui chez les 


292 SOCIeTe MeDICO-PSYCHOLOGIQUE 

enfants ayant la constitution dite epileptoide. II a envisage la 
notion de cette constitution du point de vue clinique et thera- 
peutique. 

Une discussion animee suivit cet expose. A cette occasion, 
la constitution epileptoide fut vivement attaquee. La discussion 
a pris une telle ampleur qu’il m’a ete impossible de repondre 
d’une facon immediate a toutes les critiques ; meme le probleme 
si complexe de l’epilepsie fut aborde. Je prefere repondre a ces 
critiques par une communication, ce qui me permettra de comple¬ 
ter mes donnees exposees ici en 1923, de poursuivre 1’evolution 
de cette notion, de montrer quelle repercussion elle a eue et de 
toucher brievement au probleme de l’epilepsie essentielle et de 
sa pathogenie. Ce qui m’a frappe dans les critiques qui m’ont ete 
adressees, c’est qu’on considere cette notion comme une interpre¬ 
tation subjective, comme un produit d’une imagination fantai- 
siste. On oublie ou on omet de se souvenir que cette notion doit 
son existence a de longues recherches, a un travail de plusieurs 
annees. Les recherches genealogiques represented une methode 
de travail tres feconde ; elles comportent le meme facteur d’ob- v 
servation que la clinique et nous fournissent une multitude de 
faits. Malheureusement, dans la psychiatrie francaise contem- 
poraine, les recherches genealogiques sont negligees ; de la une 
certaine imprecision a l’egard de la notion de la constitution, 
notion, dont toute l’importance ne ressort qu’en connexion etroite 
avec celle de l’heredite. G’est la un recul par rapport aux anciens 
auteurs francais ; il suilit de rappeler au point de vue general 
Morel, et en ce qui concerne plus particulierement le facteur 
hereditaire dans l’epilepsie, Bouchet et Cazauvieilh, Foville et 
Doutrebente, Escheveria et Fere. 

Je rappelle ici que mes conclusions reposent sur la comparai- 
son de deux arbres genealogiques, dont 1’un issu d’un aliene, F..,, 
comporte 368 individus (les conjoints exclusj et 1’autre, issu d’un 
epileptique, se compose de 328 individus. Voila les differences 
les plus frappantes entre ces deux families : 

1) Du point de vue biologique : chez les F... de nombreux cas 
de schizophrenie avec predominance de l’heredite collaterale ; 
presence de nombreux cas de tuberculose chez des freres et des 
soeurs dans les branches ou il y a de nombreux schizoides, mais 
pas de cas de schizophrenie manifeste. Des faits semblables dans, 
les deux branches de la famille B..., ou a penetre, par alliance, le 
facteur sehizoide. Dans une branche de la famille B..., sept cas 
d’epilepsie a forme variee, sans qu’il soit possible de subordon- 
ner la transmission du mal a une loi determinee ; dans une autre 


seance du 30 mars 1931 


293 


branche, ou il n’y a qu’un cas d’epilepsie, une tres grande mor- 
talite des enfants en bas age : 29 0/0. 

Rien d’analogue dans la famille F... 

2) Du point de vue clinique : dans la famille F..., psychose 
predominante : schizophrenie, deux cas de suicide, quatre cas 
de psychoses associees (schizophrenie -f- folie maniaco-depres- 
sive). Dans la famille B..., huit cas d’epilepsie a forme variee ; 
deux cas d’imbecillite, des psychoses associees (schizophrenie -j- 
epilepsie) ; des alcooliques. 

3) Du point de vue caracterologique : dans la famille F..., nom- 
breux schizoides ; dans la famille B..., j’ai fait ressortir l’exis- 
tence d’individus, dont le trait caracteristique etait l’affectivite 
visqueuse, condensee, concentree. Ces differences caracterolo- 
giques se refletent egalement dans 1’evolution familiale des F... 
et des B. Pour designer cette constitution, j’ai employe le terme 
de glischro'idie (glischros voulant dire en grec visqueux). 

Par analogic avec la schizo'idie et la syntonie de Kretschmer, 
je retrouve (1) dans la constitution glischroide deux poles : d’un 
cote, le pole du ralentissement et de la viscosite et de l’autre, le 
pole des reactions explosives, et j’appelle cette relation la pro¬ 
portion affectivo-accumulative , indiquant ainsi, qu’entre les deux 
facteurs dont se compose la glischro'idie, il existe un lien plus 
intime, sous forme de rapport de cause a effet : viscosite-stase- 
explosion. 

4) M’interessant au cote anthropometrique du probleme, j’ai 
execute 120 mensurations sur les membres malades et sains des 
families F... et B... Les schizoides dans la famille F... appartien- 
nent au type asthenique, de meme que les schizoides de la 
famille B... Les epileptoides de la famille B..., eux, sont grands et 
rappellent le type athletique. Toutes les mesures de la face, aussi 
bien en longueur qu’en largeur, en dehors seulement de la lon¬ 
gueur du nez, depassent en moyenne celles trouvees chez les 
membres schizoides des families etudiees. C’est surtout l’indice 
jugulo-mandibulaire, c’est-a-dire la relation entre la largeur 
jugulaire et la largeur mandibulaire, qui est grand, de sorte 
qu’on ne peut pas parler ici ni de contours anguleux, ni arrondis, 
mais plutot de contours carres. Il existe ainsi un parallelisme 
entre l’affectivite visqueuse et condensee et 1’aspect physique 
pesant, aux contours carres, constate aussi bien chez les epilep- 

(I) F. Minkowska. — Le probleme de la constitution. Evolution Psychia- 
trique. Tome II, Payot, 1927. 


294 


SOCIeTe MeDICO-PSYCHOLOGIQUE 


toides que chez les epileptiques. Ce parallelisme semble bien 
indiquer qu’il existe un lien intime, comme l’a deja dit 
Kretschmer, entre les particularites psychiques et les particula¬ 
rites organiques d’un type 'humain, de sorte que toute constitu¬ 
tion , doit etre consideree comme un tout organo-psychique. 
MM. Robin et Minkowski l’ont fait remarquer au cours de la der- 
niere seance. D’autre part, l’identite du type physique chez les 
epileptoides et chez les epileptiques affirme, une fois de plus, 
toute l’importance qu’a la constitution dans la pathogenie sous 
forme de terrain ou de predisposition specifique. Tel est le 
point de vue qui s’impose de lui-meme au cours des recherch.es 
genealogiques et dont la valeur est souvent mise en doute par 
ceux qui appliquent, dans leurs etudes relatives au meme objet, 
d’autres methodes. 

M. Delmas, dans la discussion de ma communication de 
1923 (1), tout en formulant des reserves, touteS relatives encore 
a cette epoque, au sujet de mes conclusions, appreciait au moins 
la methode employee, en m’engageant a rechercher la confirma¬ 
tion des resultats obtenus a l’aide d’enquetes ulterieures. 

A ce dernier point de vue, je ne pouvais que me ranger a son 
avis. Malheureusement, de nos jours, la discordance entre les 
aspirations scientifiques et la vie est si grande qu’il m’a ete 
impossible de realiser ce projet. D’autre part, t'ous, les materiaux 
relatifs a mon travail : nombreuses observations cliniques, carac-r 
teristiques des membres sains et des psychopathes, dortnees sta- 
tistiques, anthropometriques, etc./ n’ont pas pu etre publies 
encore en entier sous forme de monographie. Pour cette raison, 
certaines de mes affirmations peuvent paraitre arbitraires et 
insuffisamment fondees. Pourtant, huit annees se sont passees 
depuis ma communication dans la Societe medico-psychologique, 
laps de temps qui nous permet d’examiner aujourd’hui quelle a 
ete la repercussion de cette notion aussi bien dans la litterature 
francaise qu’a l’etranger et si d’autres efforts originaux ont ete 
tentes dans le meme domaine. 

Gommencons par l’enseignement et la litterature francaise. 
M. Claude a discute avec beaucoup de bienveillance mes conclu¬ 
sions et les a mentionnees a la clinique, au cours^d’une lecon sur 
l’epilepsie. 

M. Wallon (2), qui maintenant se montre plein de reserve au 

(1) F. Minkowska. —- Recherches genealogiques et problemes touchant aux 
caracteres (en particulier a celui de l’epileptoldie). Soc. Med.-Psuch., 25 juin 
1923, Ann. Med.-Psych., juillet 1923. 

(2) Wallon. — La mentalite epileptique. Journal de Psychologic, janvier 1925. 


seance du 30 mars 1931 


295 


sujet de la constitution epileptoide, dans sa belle conference 
faite a la Faculte de Medecine et reproduite dans le Journal de 
Psychologie en 1925, n’a pas hesite a resumer mes donnees. II 
existe d’ailleurs incontestablement une grande analogie entre 
la viscosite, la condensation, l’adhesivite des epileptoides et « la 
concentration, l’application, la contrainte, la perseveration » des 
•epileptiques de M. Wallon. 

Et si M. Wallon, en insistant sur le terme de mentalite, a 
F exclusion de la notion de constitution, invoque en meme temps 
la ressemblance qui existe dans le comportement des meres et des 
enfants epileptiques, il admet tacitement cette notion, au 
fond, comme l’a souligne avec juste raison M. Heuyer. 

En dehors de cet article, la notion de Fepileptoidie n’a pas 
trouve de repercussion dans d’autres travaux originaux, mais 
MM. Dide'et Guiraud, Levy-Valensi l’ont mentionnee dans leurs 
manuels, M. Picard dans sa revue generate, enfin d’autres auteurs 
dans leurs theses. 

J’ai ete egalement tres sensible a ce que la Commission des 
prix de notre Societe, composee de MM. Leroy, Truelle et C^p- 
gras, en appreciant en 1927. le travail de M. Martimor : « Les 
troubles du caractere chez les epileptiques » a bien voulu rele¬ 
ver que l’auteur avait omis mes travaux et n’avait pas tenu 
■compte, pour l’epilepsie, de la question de l’heredite.. 

Le silence se fit erisuite autour de Fepileptoidie, jusqu’au jour 
ou M. Robin y revint dans ses communications a l’Academie de 
Medecine et a notre Societe. Ses recherches, d’ailleurs, se trou- 
vent sur un autre plan ; elles ont trait a la clinique de la psychia¬ 
tric infantile et poursuivent un but therapeutique. »Est-ce une 
coincidence, mais dans la Zeitschrift fiir die Ges. Neur. u. Psych., 
il y a eu, au cours de Fannee passee, trois articles relatifs a Fepi¬ 
leptoidie ; j’en reparlerai plus tard, quand leur tour sera venu. 

En Allemagne, tandis que les travaux sur la schizoidie et la 
syntonie, sous l’impulsion de Kretschmer, se multipliaient de 
plus en plus, le probleme de Fepileptoidie ne fut aborde qu’en 
1927, c’est-a-dire quatre ans apres ma communication de 1923. 
C’est Kretschmer lui-meme, avec son eleve Mauz, qui fit le pre¬ 
mier pas (1). Il oppose dans le comportement des epileptoides 
deux syndromes, qu’il appelle « syndrome hypersocial et syn¬ 
drome explosif ». Cette opposition d’ailleurs ne me parait pas 
tres heureuse, car Faffectivite visqueuse peut fort bien etre liee, 

(1) Kretschmer. — Der heutige Stand der psych. Konstitutionsforschung. 
Jahreskurse f. aerztliche Fortbildung, 1927. 


SOCIeTe MeDICO-PSYCHOLOGIQUE 


dans certains cas, a une activite sociaie d’un caractere positif, 
comme dans d’autres, elle peut tout aussi bien s’allier a des 
manifestations antisociales, a la delinquence et a la criminalite. 

En 1926 et 1928 parurent deux articles de Delbruck (1), qui 
me paraissent particulierement dignes d’interet. En se basant 
sur des recherches anthropometriques, Delbriick insiste sur 
l’existence du caractere epileptoide en connexion etroite avec 
l’epilepsie essentielle en tant qu’entite clinique independante. 
Dans ce caractere, il distingue deux poles : le pole de contrainte 
et le pole de pulsion (gebunden — getrieben). II existe ainsi 
une grande aifinite entre la conception de Delbriick et la mienne. 
Je ne sais pas s’il a lu mes travaux, en tout cas, il ne les cite 
point, de meme qu’il ne cite pas l’article de M. Wallon. A ce pro- 
pos, je ne peux pas me dispenser d’une remarque ; les auteurs 
allemands se plaignent souvent de ne pas etre cites par les Fran- 
cais, mais, il faut bien dire, ils ne prechent point le bon exemple, 
de ce point de vue. C’est pourtant en langue allemande qu’a para 
en 1927 un travail du psychiatre russe Krasnuschkine (2), arti¬ 
cle dans lequel sont etudies les rapports entre la syntonie, la 
schizoidie et 1’epileptoidie telle que je l’ai decrite, d’une part, et 
la criminalite dans ses diverses formes, de l’autre. Get article 
montre, en meme temps, que la notion de la constitution epilep¬ 
toide a ete admise par nombre de psychiatres russes. Je reviens 
aux trois travaux, dont j’ai parle plus haut : il s’agit des articles- 
de Zielinski, de Ssuchareva et de Tramer. Zielinski (3), en se ba¬ 
sant sur ses recherches anthropometriques faites sur des epilepti- 
ques, insiste sur Fexistence chez eux d’un type particulier, diffe¬ 
rent du type leptosome et du type pycnique. Sans que ce type 
puisse etre precise d’une facon definitive, il se distingue avant 
tout par son caractere lourd et massif qu’on retrouve aussi bien 
dans l’aspect general que dans la face ; ici, c’est la largeur de la 
machoire qui le conditionne. Zielinski, ensuite, insiste sur Faffi- 
nite entre la mentalite des epileptiques et la constitution epilep¬ 
toide telle que je l’ai decrite. 

Si l’existence de la constitution epileptoide est encore souvent 
mise en doute, c’est d’apres Ssuchareva (4) uniquement pour des 

• (1) Delbruck. — Ueber die korperliche Konstitution bei der genuinen Epi- 
lepsie. Arch. f. Psych., 77 V, 1926. 

Delbruck. — Epileptisch u. Epileptoid. Arch. f. Psych., 82, 1928. 

(2) Krasnuschkine. — Beitrag zur psychiatrischen. Charakterologie des 
Verbrechens. Monatschrift f. Krim. Psych., 18, 10, 1927. 

(3) M. Zielinski. — Zur Frage der epileptischen Konstitution. .Zeitschrift f. 
die yes. Neur. u. Psych., V, CXXIII, 1930. 

(i) Ssuchareva. — Zur Frage der epileptoiden Psychopathen, le meme volume. 


seance du so mars wsi 


297 


raisons de doctrine ; ses recherches montrent, au contraire, que 
cette forme particuliere de psychopathie se retrouve frequemment 
et sans difficulty, meme chez les enfants. 

Les cas observes par elle se laissent separer en trois groupes : 

1) Predominance du type athletique ; bipolarite du comporte- 
ment psychique, allant de la bradypsychie aux reactions explo¬ 
sives ; dans l’heredite, cas d’epilepsie essentielle ; 2) explosivite 
et excitability motrice ; dans l’heredite des psychopathes du 
meme genre, mais pas d’epilepsie essentielle ; 3) formes sympto- 
matiques ressemblant aux precedentes, mais determinees par 
des facteurs exogenes (syphilis, alcool, arterio-sclerose). 

Enfiri Tramer (1), dans une etude sur la classification des 
psychopathes, admet l’existence de la glischroidie. Comme au 
cours de dernieres annees j’ai ete malheureusement eloignee du 
travail clinique, le progres realise par la notion de l’epileptoidie 
ailleurs, son application a la clinique dans un but therapeutique, 
comme cela a eu lieu plus particulierement dans les travaux de 
Ssuchareva, de Robin, de Tramer, ont ete evidemment pour moi 
tres encourageants. 

Si nous passons maintenant au probleme de l’epilepsie, je vou- 
drais rappeler tout d’abord qu’une famille d’epileptiques m’a 
montre d’une faeon particulierement vivante toute la richesse de 
l’aspect psychiatrique, et j’insiste sur le mot « psychiatrique », 
de l’epilepsie. Cette richesse a ete mise, je crois, suffisamment en 
relief par les anciens auteurs et par nos maitres et peut-etre ne 
nous inspirons-nous pas assez aujourd’hui de leur exemple, en 
restreignant le probleme au profit des manifestations neurolo- 
giques et des conceptions anatomo-pathologiques. La aussi, 
les recherches genealogiques peuvent servir de correctif. Malgre 
la diversite apparente des cas d’epilepsie, observes dans une 
famille, ils ont tous quelque chose de commun entre eux. La 
symptomatologie de l’epilepsie se laisse ramener soit a une brady¬ 
psychie, tant d’ordre affectif qu’intellectuel, soit aux manifes¬ 
tations d’ordre explosif. Ces dernieres manifestations se tra- 
duisent par un trouble de la conscience qui va, d’un cote, de la 
simple absence jusqu’a la perte de connaissance dans la crise 
comitiale et qui, de l’autre cote, se traduit par le caractere oniri- 
que du delire epileptique. Les cas de psychoses associees sont 
particulierement instructives a ce point de vue, car la nous 
voyons l’affectivite visqueuse venir se joindre a un comportement 

(1) Tramer. — Psychopathische Personlichkeiten. Schweiz. Med. Wochen- 
schrift, 1931. 


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SOCIeTe MeDICO-PSYCHOLOGIQ ue 


schizophrenique, de meme que nous voyons le facteur onirique 
avec ses hallucinations visuelles venir compliquer un delire schi¬ 
zophrenique ou un etat catatonique. 

Dans mes recherches, je n’ai pu non plus ne pas m’interesser 
au theme religieux dans le delire epileptique, ct cela de nouveau 
sous l’influence des donnees revelees a ce sujet chez les epilep- 
toides. 

J’espere pouvoir une autre fois revenir sur ce probleme d’or- 
dre clinique, en apportant a l’appui une analyse detaillee de mes 
observations. 

M. Marchand et M. Delmas excluent a priori la constitution 
epileptolde, parce que l’epilepsie ne serait qu’un syndrome ; cette 
constitution ne saurait etre, d’apres eux, qu’une interpretation. 
II s’agit cependant de s’entendre a ce point de vue. La science 
n’etant pas une simple accumulation de faits, mais leur orga¬ 
nisation vivante et systematique, nous interpretons tous. M. Mar¬ 
chand et M. Delmas le font tout autant que moi, et ce n’est cer- 
tes pas un reproche que je leur adresse ainsi. Mais, cela dit, il 
importe de souligner que l’epilepsie-syndrome: peut aussi peu 
etre consideree comme un dogme intangible que la constitution 
epileptolde. La, nous verserions dans de. fausses interpretations, 
et cela deviendrait beaucoup plus grave. Nous ne disposons que 
d’hypotheses de travail, c’est-a-dire de diverses facons d’envisa- 
ger le meme probleme ; elles devraient se completer et non pas 
•s’exclure mutuellement, car tout exclusivisme n’est qu’un 
appauvrissement artificiel de la richesse des phenomenes qui 
constituent l’objet de la psychiatrie. Aussi l’affirmation que l’epi- 
lepsie n’est qu’un syndrome, n’est qu’une affection cerebrale 
dont la crise convulsive serait la manifestation essentielle, trouve 
de nos jours autant d’adversaires que d’adeptes, et cela meme 
en dehors des genealogistes comme moi. En parcourant les recher¬ 
ches recentes, nous nous rendons aisement compte que tout le 
probleme de l’epilepsie se trouve en pleine evolution, de sorte 
que meme les conceptions qui paraissaient admises une fois pour 
toutes subissent une transformation radicale. 

Prenons comme exemple la crise. M. Hartenberg (1) tout en 
considerant l’epilepsie. comme un syndrome, comme « une 
sequelle d’une ancienne meningo-encephalite ou d’un trauma- 
tisme .obstetrical s>, rejette cependant la theorie convulsivante de 
l’epilepsie et met au premier plan les phenomenes d’inhibition ; 

(1) Hartenberg. — Le role de l'inliibition dans les manifestations epilep- 
tiques, 1 ’Encephale 1931,1. 


seance du so mars 1931 


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ceux-ci represented pour lui, en clinique, F element essentiel du 
syndrome, alors que « les convulsions n’en sont que les elements 
■contingents et secondaires ». 

Pagniez (1), en donnant un tableau de Fetat actuel des recher- 
ches sur l’epilepsie, nous dit que si on est amene a reconnaitre 
dans l’epilepsie le jeu de deux facteurs, Fun nerveux, Fautre 
humoral, c’est en tout cas F element humoral qui retient actuel- 
lement le plus d’attention. 

Pour passer maintenant aux anatomo-pathologistes, M. 
Minkowski (2), de Zurich, qui a publie au cours des dernieres 
annees plusieurs travaux sur l’anatomie pathologique de l’epilep- 
sie se montre tout dispose a admettre F existence d’une epilepsie 
dite essentielle ; au point de vue anatomo-pathologique, il trouve 
des lesions de deux ordres : des lesions d’un caractere chronique 
reposant en partie sur les anomalies constitutionnelles et consti- 
tuant le processus fondamental de la maladie et interessarit aussi 
hien le tissu nerveux que la nevroglie et l’appareil secretaire du 
cerveau, et des lesions plus aigues de nature vasculaire ; ces 
dernieres seulement semblent etre en rapport avec la crise 
convulsive ; cela explique fort bien l’existence d’epilepsie sans 
crises, celles-ci etant des « explosions periodiques qui, d’un 
cote, ont sans doute un caractere d’auto-defense organique et de 
detente, mais d’un autre cote constituent par elles-memes des 
■elements d’aggravation et de danger ». 

En ce qui concerne les manifestations circulatoires, il parait 
interessant de mentionner les recherches capillaroscopiques de 
MM. Milewski et Wilczkowski (3). Dans 16 cas d’epilepsie, ils 
ont trouve, malgre quelques ecarts, la discontinuite et le ralen- 
tissement du flux sanguin allant jusqu’a la stase ; ils sont d’avis 
que les manifestations capillaires jouent un role primordial 
dans la genese de la crise. 

Certes, ces citations sont loin d’etre completes ; elles n’ont que 
la valeur d’exemples. J’ai tenu surtout a montrer jusqu’a quel 
point la pathogenie de l’epilepsie etait une chose complexe. Il 
semble cependant incontestable que les phenomenes de ralen- 
tissement, de viscosite, d’inhibition sont de plus en plus mis 
en valeur. Pour ma part, et je ne puis que constater l’affinite des 

(1) Pagniez. — L’epilepsie. Masson, 1929. 

(2) M. Minkowski. — Ueber die patholog. Anatomie der Epilepsie. Schweiz. 
Arch. Neur., 1930. 

M. Minkowski. — Neuer Beitrag. znr patholog. Anatomie d. Epilepsie. Deutsche 
Zeitschrift f. Nervenheilkunde, 1930. 

(3) Milewski i Wilczkowski. — Badania kapilaroskopowe u epileptykow. 
Rocznik Psychjatryczny, 1929. 


SOCIeTe MeDICO-PSYCHOLOGIQUE 


recherches entreprises dans les divers domaines de la pathologie 
humaine avec ce que m’ont enseigne mes propres recherches^ 
j’apporte une contribution a ce point de vue par mes etudes 
genealogiques. L’affectivite visqueuse, l’element essentiel de la 
constitution epileptoide, menant a la stase et a l’explosivite, tra¬ 
verse comme un til rouge toutes les manifestations d’ordre epi- 
leptique et se retrouve meme dans les etats terminaux, c’est-a-dire 
dans la demence dite epileptique, comme nous l’a montre P etude 
tr&s minutieuse de ces etats par M. Christoff el (1). J’espere, par 
consequent, que la notion de glischroidie finira par s’imposer, 
non pas d’une facon arbitraire, mais en raison des services qu’elle 
rendra a la clinique. 

Hypocondrie et Pathologie de desceuvrement, 
par M. Paul Courbon 

Resume. — Le desceuvrement ou oisivete de 1’individu valide, ert 
meme temps que generateur d’ennui, est l’agent etiologique de toute 
une pathologie physique et mentale. L’inutilisation de l’energie dispo- 
nihle est la condition pathogenique de ces etats, qui peuvent revetir 
des formes diverses, notamment celles de l’hypochondrie sine materia 
et de l’hypochondrie post materia. 

Le desceuvrement n’a fait que lever l’obstacle cree par le travail 
au developpement d’un etat constitutionnel dans la premiere. II a r 
par les violations des regies d’hygiene, cree des maladies physiques 
qui, ulterieurement, ont determine une nosophobie dans la seconde. 
Travail et violons d’lngres sont les remedes de ces etats. 

Cette communication paraitra in extenso, comme memoire original, 
dans un prochain numero des Annates Medico-psijchologiques. 

M. Gouriou. — II me semble qu’il y a un balancement entre 
la perception des sensations coenesthesiques et celle des sensa¬ 
tions externes, Pune inhibant l’autre. Souvent, des psychopathes. 
s’agitent vers les 3 heures du matin, se plaignant de sensations 
anormales. II sufiit alors de leur parler, d’allumer les lampes du 
dortoir pour les apaiser. C’est peut-etre par un mecanisme ana¬ 
logue que le travail fait disparaitre l’hypocondrie. 

M. Dupol y. — Le desceuvrement n’est pas pathogene. II per- 
met a Phypochondrie en puissance de se manifester. C’est l’etat 
anterieur qui importe avant tout. 

(1) Christoffel. — Der Gedankengang in. epileptischen Aus\erbun zus- 
tuuden. Zeitstcr. f. ges. Near. u. Psgch., 1920 L. V. 



seance du 30 mars 1931 


301 


M. Gouriou. — Pourtant, nombreux sont les auteurs qui, avec 
raison, ont decrit une melancolie du dimanche, tel Rodenbach. 

M. Pierre Janet. -— Si le desoeuvrement n’est pas sufflsant 
pour creer de toiites pieces, la maladie, du moins est-il parfois 
1’occasion sans laquelle celle-ci ne se manifesterait pas. Tardieu, 
dans un livre tres documents sur 1’ennui, insiste sur l’ennui du 
dimanche et sur l’ennui des villes de province oil l’on est desoeu- 
vre. Moi-meme j’ai observe nombre de psychastheniques qui fai- 
saient une crise pendant les vacances. Dans tous les cas de dimi¬ 
nution de la tension psychologique, le manque d’excitations Cause 
par le desoeuvrement exagere ou revele l’etat pathologique. 

M. Delmas. — II n’y a pas de constitution hypocondriaque/ 
jVlais il y a une constitution parano'iaque qui, aux perturbations 
coenesthesiques, reagit par l’hypocondrie. II en est de meme quand 
■ces perturbations coenesthesiques sont celles d’une maladie 
somatique evidente. Je l’ai constate avec le D r Laubry, pour les 
maladies de coeur. Le desoeuvrement ne fait que reveler cette 
particularite constitutionnelle. 

M. Gouriou. — L’hypocondrie est un syndrome qui, quelque- 
fois, est en rapport avec la paranoia ; c’est dans ce cas que l’on 
a affaire a des hypocondriaques persecutes. Dans tous les autres 
cas, il n’y a aucun rapport entre hypocondrie et paranoia. 

M. Delmas./ —- L’hypocondrie, sauf l’hypoeondrie symptoma- 
tique, est une reaction constitutionnelle a un etat de Souffrance 
physique, reaction essentiellement parano'iaque. Ainsi que je le 
disais dans des conferences a la Sorbonne sur les constitutions, 
il y a quelques annees, je n’ai jamais trouve l’hypocondrie 
constitutionnelle pure de paranoia, c’est-a-dire d’orgueil. 

M. Raymond Mallet. — Il y a toute une gamme d’hypocon- 
driaques, les Uns parano'iaques comme le dit Delmas, mais beau- 
coup d’autres, les hypocondriaques imaginatifs par exemple, 
n’ont rien de parano'iaque. 

M. Trenel. — Le type de l’hypocondriaque est l’Argan de 
Moliere, qui n’est en rien paranoiaque. 

M. Delmas. -— Argan etait un parano'iaque. La facon dont il 
epluche les comptes de son fournisseur de medecines prouve sa 
mefiance. 

M. Rene Charpentier rappelle que le professeur Abadie s’est 


302 


SOCIeTe MeDICO-PSYCHOLOGIQUE 


servi du cas d’Argan dans le travail ou il a isole une constitution 
hypocondriaque, constitution a laquelte il a propose de donner le 
nom de constitution Arganique. 

M. Courbon. — Toute pathogenie comporte plusieurs fac- 
teurs a chacun desquels convient l’epithete pathogene. Je main- 
tiens done mes expressions « oisivete pathogene », « patholo- 
gie et hypocondrie de desoeuvrement >>, car le desoeuvrement est 
la condition sans laquelle la predisposition, dans certains des 
cas envisages* serait restee inapercue parce que latente ; cela 
notamment pour l’hypocondrie post-materia, qui est plus une 
nosophobie de psychasthenique qu’une hypocondrie de para- 
noiaque. — S’il est vrai que des gens valides se reposent sans 
s’ennuyer, e’est qu’ils se reposent en s’amusant et l’amusement 
est une occupation. — Le fait qu’Argan epluchait les comptes de 
ses medecines ne prouve pas qu’il eut une mefiancc de persecute* 
mais que'deja certains pharmaciens avaient Fhabitude de majo- 
rer leurs prix et de faire des comptes d’apothicaires. 

Une observation de rire incoercible chez un debile mental, 
par MM. A. Rodiet et L. Couderc, Medecin-chef et interne 
de l’Asile de Ville-Evrard. 

« Risum teneatis amice », telle est la recommandation qu’au- 
rait faite Horace en presence du malade dont nous rapportons 
l’observation. En effet, le rire est contagieux, et, ainsi que l’a dit 
Alphonse Karr : « Le rire et la gaiete sont une necessity pour 
i’homme », ce qu’exprimait aussi Rabelais, quand il ecrivait : 
« Le rire est le propre de I’homme », et « il vaut mieux de rire 
« que de larmes ecrire ». 

Mais cette contraction des muscles de la face dans laquelle 
entrent en jeu les muscles peaussiers, inseres aux commissures 
des levres et le « risorius de Santorini » peut devenir une infir- 
mite, et e’est le cas de notre malade. Bien qu’il ne puisse pas 
s’empecher de rire, d’un rire expansif, communicatif et inextin- 
guible, il est malheureux, et son infirmite lui a valu de nombreu- 
ses mesaventures. Son cas est interessant parce qu’il pose un 
probleme diagnostique et therapeutique. 

G’est pourquoi, d’ailleurs, ce malade a deja ete presente a la 
Societe Clinique en decembre 1930, par MM. Dupouy, Courtois 
et Rubenovitch, et nous voulons aujourd’hui, completer l’obser- 
vation, en rapportant d’abord celle des medecins qui, les pre¬ 
miers, ont examine le malade. 


seance du so mars mi 


303 


Observation. — R... Rene, 27 ans, entre a l’Hopital Henri-Rousselle 
le 8 decembre 1930, pour des crises de rire et de pleurer qui survien- 
nent plusieurs fois par jour et le rendent inutilisable a un travail au 
dehors. 

Son histoire se resume ainsi : Pupille de I’Assistance publique, il 
n’aurait parle qu’a l’age de 7 ans. Place chez des cultivateurs en 
Meurthe-et-Moselle, il s’echappe pendant la guerre, et vit ballotte entre 
,les troupes allemandes et francaises. 

En 1923', il accomplit normalement ses 18 mois de service militaire, 
puis reprend son metier de cultivateur. 

En 1928, au cours d’une periode militaire, il rengage. Quelques mois 
apres, il part pour Nancy en permission. Au cours de cette permis¬ 
sion, il contracte une blennorragie. Entre a l’hopital militaire de 
Nancy, il aurait subi une emotion violente quelques jours apres son 
admission : un infirmier l’aurait soudainement eveille au milieu de la 
nuit, en projetant vers lui la lueur d’une lampe electrique, et le malade 
rattache a eet incident le declanchement de ses crises. Quoi qu’il en 
soit, deux jours apres, alors qu’il parlait a un voisin de lit, il se sent 
envahi par une gaiete non motivee et eclate d’un acces de fou rire. 
Depuis, il est continuellement sujet a des crises incoercibles de rire et 
de pleurer. Il est reforme n° 2 pour ce motif en novembre 1929 avec 
le certificat suivant : « D. P. avec indocilite, refus d’aliments, idees 
« delirantes d’interpretation et de persecution, rires explosifs sans 
« motifs. » — Signe : Lieutenant-Colonel D r Folley. 

Le malade, tres lucide, explique ce certificat ainsi : « On m’a exa- 
« mine rapidement ; j’ai fait des plaintes contre ceux qui me 
« giflaient a cause de mon rire, j’etais ennuye d’etre constamment 
« moque et brime, et je protestais que je n’^tais pas fou. » 

A la suite de ce certificat et de sa reforme, R... est interne a Mare- 
ville, le 22 novembre 1929, mais, apres quelques jours d’observation, 
il sort de l’asile d’alienes, avec le certificat suivant : 

« Ne presente aucun trouble mental necessitant la prolongation de 
« son observation. Il peut quitter l’asile. » — Signe : D r Aubry.. 

R..., libere, se reengage, retourne au service militaire, et est envoye 
a l’hospice de Faux ou il reste trois mois, en conge de convalescence, 
apres quoi, de nouveau reforme, il part pour Aix-en-Provence, ou il 
travaille a la culture et passe l’ete. 

En hiver, il est renvoye de la ferme ou il travaillait, et s’engage 
comme matelot sur un bateau marchand. Il vient a Paris. Dans le 
port de St-Ouen, il glisse au bord du quai, tombe dans la Seine, et 
asphyxie pendant quelques instants, est conduit a l’hopital St-Louis, 
puis de la a la Salpetriere d’ou on l’envoie a l’hopital Henri-Rousselle. 
C’est a cette date (decembre 1930) qu’il est presente a la Societe Cli¬ 
nique de Medecine mentale. 

Sorti de l’hopital, il cherche du travail, mais a cause de ses explo¬ 
sions de rire, il est renvoye d’atelier en atelier et il ne trouve pas a se 



304 SOCIeTe MeDICO-PSYCHOLOGIQUE 

placer. Fatigue de se voir refuser partout du travail, il demande aux 
agents de le conduire a l’hopital. II passe encore de l’hopital St-Denis 
a la Salpetriere et de la, pour la troisieme fois, a Henri-Rousselle, ou 
le 24 janvier 1931, il est interne d’office, avec le certificat suivant : 

« Arrieration intellectuelle... Incapacity a travailler regulierement 
« et a se conduire... Etat depressif legitime ajoute a des acces de rire 
« incoercible. Apres internement a Mareville, s’est revele incapable 
« de subvenir a ses besoins, et a ete refuse a Nanterre et dans les 
<< hopitaux ou il s’est presente. Le seul mode d’assistance d’un tel 
« malade reste l’internement, en 1’absence de service libre de chro- 
« niques. » 

Le malade entre done a Ville-Evrard le 6 fevrier 1931. 

Il se presente calme, lucide, et, dans l’intervalle d’acces de rire 
incoercible, explosif et communicatif, il explique ces acces de gaiete 
par un etat psychique affectif correspondant. Quand il rit, e’est parce 
qu’il se sent de bonne humeur, et s’il pleure, avant de rire, e’est parce 
qu’il sent qu’il ne peut pas s’empecher de rire, et que, par suite, il se 
sent malade. D’ailleurs, malgre ses efforts, le rire eclate aussitot apres 
les larmes et apres cette sorte « d’aura » triste et penible. 

A l’examen organique, on ne trouve rien de special; Le Bordet- 
Wassermann dans le sang et le liquide cephalo-rachidien est negatif. 
La sensibilite est normale ; le Babinski est negatif ; les reflexes sont 
tres vifs et il existe une legere hypertonie, aussi bien aux membres 
inferieurs qu’aux membres superieurs. 

A l’examen des yeux, les pupilles sont inegales, avec mydriase de 
la pupille gauche, mais elles sont regulieres et reagissent bien a la 
lumiere et a l’accommodation. 

Legere paresie des muscles labiaux, avec difficulte d’ouvrir la bou- 
che, de la tordre, de sillier. 

Comme stigmates de degenerescence, on note du prognathisme, des 
malformations dentaires (dents de Hutchinson) et une demarche spe- 
ciale (les genoux plies), mais sans deformations osseuses. 

Au moment de ses crises de rire, le malade percoit une veritable 
« aura » qu’il decrit, et qui est toujours la meme, Quand il va rire, 
il eprouve une douleur aigue a l’epigastre, pendant trois ou quatre 
secondes, avant que le rire explose, et cette douleur disparait brusque- 
ment quand le rire cesse. S’il essaie de se retenir, ce sont les larmes 
et les sanglots qui apparaissent, et il ressent une douleur frontale, en 
barre, tres penible, qui disparait avec l’explosion de rire, succedant 
aux larmes. 

Le 12 mars 1931, a l’beure du coucber, R... s’excite, accuse ses 
camarades de vouloir le frapper, s’ecrie qu’il ne veut pas se mettre au 
lit et qu’il a peur. Il ne dort pas de la nuit et le lendemain se presente 
a la visite, deprime, inquiet, declarant qu’il s’ennuie a l’asile, qu’il 
n’est pas malade et veut sortir. 

Le 15 mars 1931, R... est de nouveau gai, euphorique, et demande a 


SeAK _.E DU 30 MARS 1931 


305 


iravailler. II est designe pour une equipe employee a la ferme et, 
depuis cette date, jouit d’une liberte relative et se declare satisfait. II 
ne demande plus sa sortie. 

Toutefois. le probleme se pose du maintien dans un asile d’alienes 
<de ce debile capable de s’ameliorer et de vivre en societe. En effet, ses 
crises de rire sont actuellement plus rares. Par le traitement de doses 
quotidiennes de somnifene et de bromidia, nous avons obtenu que le 
malade dorme toute la nuit, et ensuite qu’il soit moins sujet aux acces 
de rire incoercible qui ont provoque son internement. 

Dans tous les cas, le diagnostic au sujet de ce malade est inte- 
ressant, car on pouvait penser, lors des premiers examens, a des 
acces de rire au debut d’une demence precoce, ou au cours d’une 
-epilepsie larvee, d’une paralysie generale au debut, ou encore a 
un rire hysterique, ou a une forme de simulation. Toutes ces 
^hypotheses, apres observation prolongee, doivent etre ecartees, 
et il s’agit bien d’acces de rire incoercible chez un debile mental 
par constitution et par education. 

Quel sera l’avenir de ce sujet ? II parait difficile de le maintenir 
longtemps .interne. D’autre part, s’il n’est pas completement 
gueri apres un mois encore passe a l’asile, peut-on, sans crainte, 
le rendre a la liberte ? L’essai de l’existence qu’il a faite en 
societe jusqu’a present, ne lui a pas reussi. II ne trouve pas de 
travail ; on se moque de lui ; on le frappe, et il erre d’hopital 
en hopital. Des lors, une seule solution nous parait desirable 
dans son interet : le transfert a la Colonie familiale d’Ainay- 
le-Chateau (Allier). La, dans un milieu paysan, assiste au compte 
du departement de la Seine, il vivra chez des nourriciers, habi¬ 
tues a hospitaliser des alienes. A cause de son education rurale 
et de ses gouts de cultivateur, il pourra rendre des services a ses 
nourriciers. En outre, il sera place sous la surveillance d’un mede- 
cin et beneficiera de toute la liberte possible. 

M. Dupouy. — Ce cas, ou la pathogenie est toute fonctionnelle, 
est identique a celui presente par moi, Gourtois et Rubenowitch 
a la derniere seance de la Societe Clinique de Medecine Mentale. 

De tels infirmes ne meritent pas l’internement, et cependant 
pour les faire admettre dans des colonies familiales telles qu’elles 
sont institutes a l’heure actuelle, il faut prealablement les inter- 
ner dans un asile. G’est ce que j’ai fait a contre-coeur pour mon 
malade, regrettant qu’il n’y ait pas encore de colonie ouverte. 

M. Gouriou. — Pour des debiles mentaux aussi profonds, l’in¬ 
ternement est parfaitement legitime, car il ne risque pas 

Ann. med.-psych., 13 e seme. t. I. — Mars 1931. 20. 


SOCIeTf. MeDICO-PSYCHOLOGIQUE 


d’aggraver leur tare. Inutile a leur sujet de pretexter la neces- 
site d’aggraver le budget d’assistance deja ecrasant, pour deve- 
lopper encore les services ouverts de psychiatrie. Les hospices, 
d’ailleurs, peuvent recevoir ces infirmes. 

M. Rodiet. — Dans mon certiflcat, j’ai conclu a l’internement, 
mais en vue de l’envoi en colonie. 

Note sur deux cas de crises epileptiques repetees a courts- 

intervalles et arretees par l’injection intraveineuse de serum 

bromure hypertonique, par M. Desruelles et Mile Agnes. 

Chiarli. 

Gomme suite a notre precedente communication (30 juin 1930),. 
nous presentons a la Societe deux nouvelles observations dans, 
lesquelles il ne s’agit plus de crises subintrantes d’epilepsie, 
mais de crises se repetant a intervalles tres rapproches. Nous, 
avons employe, comme dans les observations precedentes, une 
solution hypertonique de bromure de potassium qui, cette fois,. 
etait a 10 0/0. 

Obs. I. — Mme G..., entree a l’asile le 31 decembre 1930. Confusion 
mentale. Nous ignorions alors qu’elle avait presente auparavant, assez 
rarement d’ailleurs, des crises d’epilepsie. Pas de traitement medical 
anterieur. Le 27 janvier, premiere crise d’epilepsie, a 19 h. Le lende- 
main, 6 nouvelles crises a 4 h., 6 h., 6 h. 1/2, 9 h. 1/2, 12 h.,.14 h. 1/2. 
A 15 heures, injection intraveineuse de 10 cc. de solution bromuree a 
10 0/0. Cessation des crises. Traitement actuel : gardenal 0 gr. 15, 
tartrate borico-potassique 1 gr. 50, bromure de potassium 1 gr. 50. 

Obs. II. — Mme B..., entree une premiere fois a l’asile le 8 aout 1929; 
agitation confusionnelle et epilepsie. Traitee par gardenal, 0 gr. 10, et 
ensuite par gardenal, 0 gr. 15, et tartrate borico-potassique, 1 gr. 50. 
Sortie guerie de sa confusion, amelioree de ses crises d’epilepsie le 
21 mars 1930 ; chez elle le traitement n’est pas suivi regulierement. 
Augmentation du nombre des crises, nouvel etat confusionnel, deuxie- 
me internement le 17 decembre 1930. Traitement : gardenal 0 gr. 10, 
tartrate borico-potassique 2 gr. Le 8 fevrier 1931, serie de 11 crises de 
5 h. a 17 h., a intervalles tres rapproches, plus intenses et plus prolon- 
gees que d’habitude, la derniere ayant dure une heure, etat voisin de 
l’etat de mal. Injection intraveineuse de 10 cc. de solution bromuree a 
10 0/0, lors de la fin de la derniere crise : cessation des crises. Trai¬ 
tement actuel : gardenal 0 gr. 25, tartrate borico-potassique 2 gr. 50. 
Depuis elle a eu quelques crises isolees, suivant le rythme habituel. 


seance bu so mars 1931 


307 


Nous ne pretendons pas donner ici un traitement de l’epilepsie, 
mais de l’etat de mal et des crises subintrantes a intervalles tres 
rapproches. Cette methode presente des avantages evidents sur le 
mode de traitement classique, si peu efficace, les lavements bro- 
mures et chlorates. II serait possible d’employer le luminal solu¬ 
bilise a 20 0/0, mais par voie intramusculaire. Le bromure nous 
parait preferable parce qu’il ne presente aucun des inconvenients 
des barbituriques et, qu’administre par voie intraveineuse, il a 
une action evidemment plus rapide et non nocive. L’injection 
intra-veineuse de serum bromure hypertonique peut done etre 
employee, non seulement dans les crises subintrantes, mais aussi 
dans les crises nombreuses se repetant a courts intervalles, soit 
chez des epileptiques, soit chez des sujets presentant des equi¬ 
valents epileptiformes. 

II serait souhaitable que cette methode que nous n’avons pu 
employer que dans de rares occasions, soit essayee dans d’autres 
services pour que Ton puisse, par un plus grand nombre d’ob- 
servations, en preciser les indications et se rendre un compte 
exact de sa valeur. 

Note sur l’emploi du chlorhydrate de pilocarpine contre la 

constipation opiniatre des alienes, par M. Desruelles et 

Mile Agnes Chiarli. 

II est difficile, surtout chez les melancoliques, insuffisants hepa- 
tiques, et chez les dements precoces constipes par troubles hepato- 
endocriniens et par negativisme, de lutter contre la constipation 
opiniatre qui aboutit a une stercoremie plus ou moins marquee 
et a l’anorexie. Les pilules, cachets ou solutions, laxatifs ou pur- 
gatifs, sont parfois gardes longtemps dans la bouche et rejetes 
ensuite, ou sont meme refuses. 

En medecine veterinaire, la pilocarpine est habituellement 
employee contre la constipation des animaux, par voie hypoder- 
mique. En effet, la pilocarpine, alcaloide du jaborandi, determine 
non seulement de la salivation et des transpirations intenses, 
mais aussi des coliques intestinales evacuatrices ; elle est non 
seulement sialagogue, mais provoque des secretions de la mu- 
queuse intestinale. Par son action sur le pneumogastrique (elle 
determine en effet un R. O. C. fortement positif), elle a un effet 
hypersecretoire sur le foie, le pancreas, etc. D’ou l’idee d’em¬ 
ployer dans la constipation cet alcaloide qui, jusqu’ici, dans la 
therapeutique humaine, n’a ete utilise que comme test pharmaco- 
dynamique, et en pathologie oculaire ; il a ete essaye, avec des 



SOCIeTe MeDICO-PSYCHOLOGIQ ue 


resultats variables qui l’ont fait abandonner, dans la pleuresie 
et les oedemes brightiques ou cardiaques. Les doses commune- 
ment employees sont un a trois centigrammes d’azotate ou de 
chlorbydrate de pilocarpine. 

Depuis 6 ans, nous employons systematiquement dans notre 
service, contre la constipation opiniatre, le chlorhydrate de pilo¬ 
carpine en injections hypodermiques a la dose de un centi¬ 
gramme, parfois deux centigrammes, tous les jours ou tous les 
deux jours suivant l’effet produit. Les sueurs ou la salivation ne 
presentent qu’un minime inconvenient. Nous ne jugeons pas 
utile de donner ici les tres nombreuses observations qui nous 
permettent d’affirmer 1’efflcacite habituelle de cette therapeuti- 
que tres simple. 

Nous avons egalement employe ce medicament pour attenuer 
les inconvenients de la morphine. Contre l’agitation continue, 
nous associons systematiquement a la morphine et a la scopo¬ 
lamine, le chlorhydrate de pilocarpine. Nous faisons confec- 
tionner des ampoules selon cette formule : 

Bromhydrate de scopolamine 
Chlorhydrate de morphine 
Chlorhydrate de pilocarpine 
Eau distillee.... 

La seance est levee a 18 heures. 

Les secretaires des seances, 
Courbon et Demay. 


un milligramme.- 
un centigramme, 
un centigramme, 
un cm. cube. 







SOClfiTfiS 


Societe de Neurologie de Paris 


Seance du 5 mars 1931 


l/hallucinose pedonculaire. — Un nouveau cas de lesions de la calotte 
pedonculaire provoquee par une intoxication aigue par divers narco- 
tiques, par M. Lhebmitte et M Ile Gabrielle Levy. 

M. Lhermitte et Mile Gabrielle Levy montrent un tabetique qui ingera en 
une fois plusieurs cachets de sulfonal, de chloral et de gardenal. Le 
malade dormit plusieUrs heures et presenta a son reveil une ophtal- 
moplegie droite, accompagnee de diplopie, de ptosis, et assoeiee a des 
mouvements choreo-athetosiques du membre superieur contro-lateral. 
Quelques jours apres apparaissait un etat d’hallucinose visuelle d’un 
earactere agreahle, sans reaction d’anxiete et survenant a la tombee du jour. 
Cet etat hallucinatoire rentre dans le cadre trace par Lhermitte puis par 
Van Bogaert. II est du a des lesions limitees hemorragiques ou malaciques 
de la calotte pedonculaire. Ici, la lesion pedonculaire se montre conditionnee 
par une intoxication par des narcotiques qui ont une affinite elective pour 
le mesodiencephale. L’alteration d’une region ou siege l’appareil regulateur 
du sommeil et de la veille dissocie les composants de la fonction hypnique 
et libere l’automatisme psycho-sensoriel qui est a la base meme de l’acti- 
vite onirique. 

M. Vincent declare avoir vu un cas ou une tumeur bouchant l’aqueduc 
de Sylvius occasionnait de Pobscurcissement de la conscience. 

Formes inflammatoires et formes degeneratives de la choree 
de Sydenham, par M. Van Gehdchten. 

M. Van Gehuchten rapporte l’observation d’un jeune homme atteint de 
choree gen&ralisee mort en quinze jours. Des coupes pratiquees dans le 
cerveau, le cervelet, la protuberance et le bulbe, montrent des lesions, les 
unes a type inflammatoire, telles que celles decrites par Lhermitte, les 
autres de nature degenerative. Les lesions inflammatoires siegent dans le 
bulbe et le cerveau, les lesions degeneratives dans la couche optique. L’au- 
teur se demande si les formes degeneratives de la choree ne sont pas de la 


310 


SOCIeTeS 


meme origine que les formes inflammatoires. La duree de la maladie chan- 
gerait les lesions inflammatoires en lesions degeneratives. 

M. Lhermitte admet l’hypothese de M. Van Gehuchten. 

MM. Thomas, Lhermitte, Van Gehuchten insistent sur la participation 
de l’ecorce cerebrale dans les mouvements choreiformes et sur la necessity 
de rechercber la symptomatologie cerebelleuse dans les chorees graves. 

Syndrome epileptique et syndrome d’hemiparkinson realises 
par une tumeur cerebrale, par MM. Tinel et Baruk. 

MM. Tinel et Baruk montrent un malade chez qui on decouvrit d’abord 
un syndrome epileptique, puis un syndrome d’hemiparkinson et finalement 
un syndrome d’hypertension intra-cranienne. Apres une trepanation decom¬ 
pressive et des seances regulieres de radiotherapie, le malade s’ameliora 
beaucoup et les crises disparurent. Un fait interessant chez ce malade est la 
provocation d’un tremblement parkinsonien par hypertension intra-cranienne 
momentanee realisee par la compression au niveau de la breche osseuse de 
trepanation decompressive. Les auteurs soulignent dans ce cas l’importance 
de la poussee d’hypertension intra-cranienne, realisant, au niveau des centres 
nerveux alteres, une brusque ischemie transitoire. 

Deux cas de meningiomes du tuberculum sellse, 
par MM. Vincent, Puech et David. 

Les auteurs montrent deux cas de meningiome du tuberculum sellse 
operes avec succes. Les deux malades presentaient une cecite droite datant 
de plusieurs annees et une hemianopsie temporale gauche avec atrophie 
optique primitive. Un mois apres l’operation la vue s’est deja tres amelioree 
et ces nlalades peuvent circuler seuls et lisent le journal. 

Sur un aspect special de la main, proche de la main thalamique, 
observe dans les poussees monobrachiales astereognosiques de la 
sclerose en plaques, par MM. Alajouanine et Akerman. 

Chez la malade presentee par les auteurs la main prend une attitude 
speciale, les doigts ne restant plus paralleles dans l’attitude du serment, 
mais se deplagant continuellement en des attitudes diverses, veritable 
« main ataxique ». Cet aspect special de la main rappelle celui qu’on 
observe dans les lesions thalamiques ou corticales et qui semble en relation 
etroite avec les perturbations de la sensibilite profonde. 

Contribution a l’etude des tremblements post-traumatiques et des 
syndromes rubro-hypothalamiques, par MM. Faure-Beaulieo et Cord. 

MM. Faure-Beaulieu et Cord presentent un homme de 71 ans dont le 
membre superieur droit est agite d’un tremblement incessant depuis un 
grave tranmatisme cephalique sans lesion cranio-osseuse. Ce tremblement ne 
s’accompagne d’aucun symptome parkinsonien, par contre, il fait partie d’un 
syndrome complexe qui comprend les quatre elements suivants : hemitrem- 
blement et hemiasynergie cerebelleux, hemihyperesthesie et begaiement. Les 
auteurs exposent les raisons qui plaident en faveur d’une localisation de la 
lesion dans la region superieure du noyau rouge et le carrefour sous-thala- 
mique. 


SOCIeTeS 


311 


Disparition de la douleur et de l’hyperesthesie de la main par com¬ 
pression de l’artere radiale dans un cas de causalgie du median, par 
MM. Alajouanine et Mage. 

Sur un cas anatomo-clinique de tubercules de la protuberance 
et du cervelet, par M. Christophe et M IIe Baumberger. 

M. Christophe et Mile Baumberger rapportent l’observation d’un sujet 
chez qui on a trouve a l’autopsie trois tubercules de la grosseur d’une 
olive situes dans le cervelet et la protuberance. Histologiquement, il s’agit 
de tuberculose folliculaire typique. Les auteurs insistent sur le caractere 
fruste des signes d’hypertension intra-cranienne et l’absence de Stase 
papillaire au cours de devolution. 

Accidents graves dus a la serotherapie antitetanique, 

, par M. Bourguignon. 

M. Bourguignon attire l’attention sur la frequence des accidents dus a 
la serotherapie antitetanique et rapporte plusieurs cas de susceptibilite au 
serum dans une m6me famille. 

Paralysies post-serotherapiques, par MM. Lhermitte et Haguenau. 

Les auteurs rappellent la frequence des accidents seriques et passent 
rapidement en revue les lesions peripheriques et centrales qu’ils occasion- 
nent. On ne sait rien de precis sur la pathogenie de ces accidents et il est. 
impossible de les reproduire par experimentation. 

Paul Lariviere. 


Societe de Medecine Legale de France 


Seance du 9 Mars 1931 


Vceu emis a la suite de la discussion de la Communication de 
MM. BLAGQUE-BELAIR et CEILLIER sur le projet de resolution 
invitant le Gouvernement a creer des annexes psychiatriques dans 
les prisons et des laboratoires d’anthropologie criminelle. 

Comme conclusion a l’expose de MM. Blacque-Belair et Ceillier et a la 
discussion qui s’ensuivit aux seances de Janvier et de fevrier de la Societe 
de medecine legale, M. H. Claude propose au vote de la Societe les vceux 
suivants : 

La Societe de medecine legale de France, apres avoir entendu Vexpose 
du projet de resolution de M. Blacque-Belair, 


312 


SOCIeTeS 


1° Considerant que les criminels et les delinquants different entre eux 
par lenr etat physique, leur etat mental, leur caractere, et qu’il est neces- 
saire, pour les bien connaitre et pouvoir prendre a Vegard de chacun d’eux 
les mesures de securite et de relevement au cours de la peine, de les etudier y 
de les classer par les methodes medico-psychologiques, 

Emet le vceu que soient crees, dans les prisons, des laboratoires d’anthro- 
pologie criminelle, ou seront constitues, par des psgchiatres competents, 
des dossiers anthropologiques de tous les individus condamnes. 

2° Considerant que les conditions materielles de Vexpertise psychiatrique- 
sont telles qu’il est impossible : 

a) de pratiquer un examen medical complel de Vinculpe ; 

b) de le faire observer d’une fagon suivie par un personnel competent 
et dans un local approprie ; 

c) de recourir a aucune analyse medicate et a aucun examen biologique 
ou de laboratoire ; 

Considerant que ces lacunes sont incompatibles avec les necessites de la 
science medicate contemporaine, 

Emet le vceu que soient creees dans les prisons preventives des annexes, 
psychiatriques ou les medecins-experts pourront, dans les cas oil Vexamen 
medical ordinaire leur aura paru insuffisant, observer les detenus avec les 
memes commodites qu’a Vhopital, c’est-a-dire avec un materiel medical 
approprie, une observation medicate suivie et la possibilite de recourir aux 
examens de laboratoire et aux examens speciaux necessaires. 

3° Considerant qu’un certain nombre d’alienes et de nevropathes echap- 
pent actuellement a toute expertise medicate et que, dans certains cas, seuls 
des specialistes peuvent les signaler, 

Emet le vceu que, tout en reservant, comme par le passe, le droit aux 
magistrats et a la defense, d’ordonner ou de solliciter de leur plein gre, 
toute expertise, il soit institue un service de depistage psychiatrique des: 
prevenus, avec des garanties suffisantes pour que ce depistage ne puisse 
aucunement favoriser ceux qui le pratiqueront, quand les personnes ne s’y 
opposeront pas. 

MM. Maurice Gargon et Michel estiment que les dossiers anthropologiques 
ne devraient etre etablis que pour certains condamnes specialement designes. 

M. Piedelievre fait remarquer que le vceu propose par M. Claude doit 
etre adopte sans modifications, l’etablissement des dossiers anthropologiques. 
devant porter sur l’ensemble des condamnes dans l’interet des etudes cri- 
minologiques. 

M. Fribourg-Blanc emet la meme opinion et signale que la coustitutiou 
de ces dossiers pour tous les condamnes aura une valeur comparative des. 
plus utiles. Aucune etude d’ensemble ne pourrait etre entreprise si on 
limitait le fonctionnement des laboratoires d’anthropologie criminelle a 
certains cas plus ou moins arbitrairement choisis. 

Mis aux voix, les voeux proposes par M. H. Claude sont adoptes, ainsi 
que l’additif suivant propose par M. Costedoat : 

« 4° Soit envisagee l’organisation en temps de paix dans quelques pri¬ 
sons militaires, d’un service charge de proceder a Vexamen clinique et 
anthropologique de tous les prevenus, afin de proposer au juge d’instruc- 
tion les expertises psychiatriques necessaires et d’etudier, concurremment 


SOCIeTeS 


315 


avec les organisations actuellejnent existantes dans les penitenciers, Vim¬ 
portance exacte qu’ont les facteurs medicaux des infractions militaires. » 

Fribourg-Blanc. 


Societe beige de Neurologie 


Seance du 28 fevrier 1931 


Presidence de M. BOUCHE 


Origine psychogene d’un syndrome epileptiforme post-traumatique, 
par M. De Bdsscher 

L’auteur presente un malade qui, apres un traumatisme cranien survenu 
en 1923, est sujet a des crises epileptiformes. A la suite d’un traitement 
psyehotherapique par l’hypnose, entrepris recemment, les crises ont 
completement cesseet le malade a repris 11 kgr. en un mois. L’auteur r 
pour des raisons therapeutiques, ne s’est livre a aucun examen objectit 
chez ce malade. Sans pouvoir conclure de fagon definitive, il insiste sur 
l’importance des realites psychiques dans les manifestations pathologiques- 

Un cas particulier d’ophtalmoplegie, par M. Moldaver 

L’auteur presente une malade de 17 ans souffrant depuis 15 mois de 
troubles ophtalmoplegiques dont l’intensite varie suivant l’etat de repos ou 
de fatigue. Le diagnostic de myasthenie a localisation haute a pu etre 
etabli grace a la « reaction myasthenique chronaxique », dont la courbe 
se differencie nettement de celle qu’on obtient dans les cas de myopathies 

L’encephalomyelite disseminee aigue, neuro-infection de nature 
indeterminee, par MM. Delbeke et Van Bogaert 

Apres avoir rappele la discussion entre les unicistes et les dualistes h 
propos du diagnostic differentiel entre cette affection et .la sclerose en pla¬ 
ques dite aigue, les auteurs rapportent quatre observations qui montrent 
que le tableau clinique se differencie nettement de celui de cette derniere 
affection, surtout en ce qui concerne la periode d’invasion. Celle-ci est 
caracterisee par la gravite des symptomes cerebraux, l’atteinte diffuse et 
brutale du tronc cerebral pouvant s’accompagner d’une elevation thermi- 
que parfois tres considerable. L’affection se stabilise avec une symptoma¬ 
tology a predominance pyramidale et cerebelleuse. 



314 


SOCIeTeS 


Encephalomyelite disseminee aigue; etude anatomo-olinique ; 
discussion du diagnostic, par MM. R. Ley et Van Bogaert 

L’affeetion a debute par des attaques toniques successives au cours d’une 
grossesse et apres l’accouchement, avec poussees thermiques, violentes 
douleurs lombaires, hemichoree. Les troubles mesocephaliques ont precede 
ceux du tronc cerebral et medullaire. La maladie a presente une evolution 
pyramido-cerebelleuse subaigue, et la mort est survenue a la suite de nouvel- 
les attaques toniques avec hyperthermie. L’examen necropsique a montre une 
multitude de plaques de demyelinisation a distribution non systematisee et 
qui n’epargnaient aucun etage de l’axe encephalo-medullaire. 

Encephalomyelite disseminee aigue chez l’enfant; 
etude anatomo-olinique, par M. Dagnelie 

La maladie a debute par des signes meninges discrets chez un enfant de 
11 ans, avec somnolence et signes d’une atteinte diffuse du nevraxe s’ins- 
tallant en 20 jours, sans hyperthermie. L’auteur expose les resultats d’un exa- 
men histologique tres complet qui a mis en evidence des foyers ovalaires 
dissemines dans le tronc cerebral, sans systematisation, et insiste sur les 
foyers de proliferation gliale centres le plus souvent sur les vaisseaux. 

Discussion 

M. d’Hollander fait un rapprochement entre les cas relates par les 
auteurs et des cas analogues qu’il a observes au cours d’une epidemie 
d’encephalite epidemique. Ges cas sont interessants a comparer a ce qu’on 
observe dans certaines encephalopathies de l’enfance et dans la demence 
precoce. 

M. van Gehuchten observe en ce moment un cas analogue et pense avec 
les auteurs qu’il s’agit d’une affection toute differente de la sclerose en 
plaques. 

M. A. Ley attire l’attention sur la negativite des recherches bacteriolo- 
giques qui ont ete effectuees et montre les analogies symptomatiques qui 
existent entre l’evolution de l’encephalo-myelite disseminee aigue et cer¬ 
taines autres neuro-infections, notamment en ce qui concerne les sympto- 
mes psychiques. 

M. Bouche signale'le role que peuvent jouer dans la pathogenie de cette 
affection les predispositions hereditaires, la diminution de resistance de 
l’organisme et certaines manisfestations allergiques. 

M. Dujardin montre l’interet d’une des observations de M. van Bogaert au 
point de vue de la pathogenie du psoriasis. 

M. van Bogaert repond aux divers orateurs en insistant sur les caracte- 
res banaux de la symptomatologie mentale, sur les differences entre 
l’encephalomyelite et l’encephalite epidemique et enfin sur le peu de speci- 
ficite des lesions anatomo-pathologiques. II y a lieu, avant tout, d’isoler 
des syndromes cliniques. 


J. Ley. 



SOCIeTeS 


315 


Societe de Medecine mentale de Belgique 


Seance du 28 fevrier 1931 


Presidence de M. HOVEN 


Un cas de viol avec application de Farticle 375 du code penal, 
par M. De Block 

L’auteur relate un cas de viol dont la victime, agee de 17 ans, etait une 
legere debile mentale atteinte en outre de sequelles d’encephalite epidemi- 
que. Ce cas posait un probleme medico-legal delicat en ce qui concerne la 
question du consentement de la victime. 

Troubles cerebelleux chez une demente precoce, par M. J. Titeca 

L’auteur presente une malade de 39 ans atteinte : 1° de demence precoce 
•caracterisee par l’affaiblissement intellectuel, l’inaffectivite, les troubles de 
l’activite et les impulsions ; 2° de troubles cerebelleux caracterises par l’as- 
tasie, la demarche ebrieuse, le nystagmus, le tremblement et l’hypotonie. 

L’auteur discute les diverses hypotheses pathogeniques que ce cas peut 
suggerer, et notamment la possibilite d’une atrophie cerebelleuse congeni- 
tale dont les signes cliniques ne se seraient manifestos qu’a la faveur des 
processus degeneratifs cerebraux de la demence precoce, qui auraient 
detruit une sorte de suppleance exercee par les etages superieurs de l’ence- 
phale. 

Presentation de preparations microscopiques montrant des spiro¬ 
chetes dans le cerveau de paralytiques generaux, par M. d’Hollander. 

L’auteur, apres avoir rappele les travaux de Moon et Noguchi, presente 
des preparations montrant que les spirochetes peuvent se trouver repartis 
dans l’ecorce cerebrale suivant trois types : dissemine, pericapillaire et peri- 
vasculaire. Dans ce dernier cas, il s’agit de veritables cultures de spiroche¬ 
tes qui montrent que la symptomatologie de l’affection peut etre en partie 
toxique. 


J. Ley. 


316 


SOCIeTeS 


Societe de Psychiatrie et de Neurologie de Barcelona 


Seance du 14 fevrier 1931 


Presidence du D r J. CORDOBA 


Cas curieux de neurosyphilis, 
par MM. B. Rodriguez-Arias et J. Juncosa (de Barcelone) 

Presentation d’un sujet de 52 ans,- avec antecedents de petit alcoolisme et 
de syphilis primaire a 19 ans. Cephalees intermittentes, suivies de nausees 
et de photophobie, puis, recemment, perte progressive de la vision. Signe 
d’Argyll-Robertson et anisocorie ; reflexes achilleens et patellaires abolis ; 
atrophie simple des deux nerfs optiques, avec reduction concentrique du 
champ visuel, 3 dixiemes de vision a l’ceil droit, perception partielle des 
mouvements a l’oeil gauche et differenciation presque nulle des couleurs. 
Pas d’autres symptomes neurologiques. Sang : Wassermann et Meinicke 
positifs. Liquide cephalo-rachidien (deux ponctions lombaires et une sous- 
occipitale) : albumine 0,26-0,45 gr., reaction des globulines positive, cellules 
9-42 par mm a , Wassermann positif tres intense, or colloidal 55555.54431 et 
benjoin colloidal 22222.21110.00000. Psychisme sans aucune alteration evi- 
dente. Le diagnostic de tabes s’impose au point de vue clinique (10 0/0 des 
atrophies optiques simples et progressives sont tabetiques) et celui de para- 
lysie generale par les analyses (hyperpositivite absolue de toutes les epreu- 
ves humorales, tres rare dans le tabes). En outre, on a signale quelques cas 
d’atrophie de la 2 e paire dans la paralysie generale. Mais, d’ailleurs, il est 
impossible de penser a une demence. S’agit-il done d’une tabo-paralysie 
atypique ? Peut-etre les lesions cerebrales de la parasyphilis se trouvent- 
elles -encore, a une phase preclinique ? Etant donne la gravite probable du 
cas, le patient fut impalude. 

Quelques considerations sur la paraphrenie a propos de trois cas, 
par MM. B. Rodriguez-Arias, G. Capo et J. Juncosa (de Barcelone) 

Le diagnostic de paraphrenie se trouve a la base d’une serie de problemes 
pratiques (etiologiques, symptomatologiques et evolutifs, principalement), 
•qu’il est necessaire de contribuer a eclaircir. Les doctrines de la vieille 
Ecole frangaise, de Kraepelin et de ses collaborateurs, et de la Psychiatrie 
moderne, nous obligent a un recueil systematique de faits, si on veut arri- 
ver a une revision des idees, d’ailleurs indispensable. 

Presentation de trois malades, pour tacher d’apporter certaines donnees, 
mais sans vouloir interpreter aucun point essentiel. 



SOCIeTeS 


317 


Obs. n° 1. — Un sujet picnique et syntonique tres pur. II est persecute 
par « les Italiens » et voudrait « la chute de l’Eglise romaine ». A cause 
de l’expansivite, on avait porte le diagnostic de « manie ». C’est l’aide 
principal du Laboratoire clinique (10 ans de sejour a l’asile d’alienes). Pas 
de deficit mental (selon plusieurs « tests »). 

Obs. n° 2. — Sujet picnique et syntonique. II utilise la « radio-divine » ; 
il est en possession de nomhreux titres nobiliaires et professionnels et de 
tres importantes recompenses ; « la Divinite est decimo-unitaire » (et c’est 
pour cette raison qu’il faut modifier les prieres) ; enfin, il est auteur d’un 
pro jet d’Etat. Il y a longtemps, il fut considere comme atteint de « manie 
hallucinatoire ». Il occupe la premiere place d’auxiliaire a la Pharmacie 
(est depuis 29 ans a l’asile). Tres leger deficit mental. 

Obs. n° 3. — Sujet leptosomatique et schizoide absolument pur. Quelques 
crises depressives. Hallucinations de l’ouie. Il signe toujours « Don Javier 

de . » ; il ecrit en employant des mots tres peu courants (souvent souli- 

gnes) ; il qualifie les tests de « puerils » ; sans etre jamais impoli, il 
tolere seulement quelques medecins ; il est persecute par « celle du mar- 
che ». Travaille regulierement a la Direction (est depuis 17 ans a l’asile). 
Aucun deficit mental. 

On peut porter le diagnostic generique de paraphrenie (systematique et 
expansive), mais il est bien difficile de differencier les formes expansives et 
les formes systematiques, la paranoia et les paraphrenies. L’absence de 
desagregation schizophrenique permet d’ecarter l’hypotbese de schizophre¬ 
nic. La paraphrenie peut se developper, sans varier beaucoup, chez les syn- 
toniques et les schizoides. Malgre une evolution a l’asile de 10 a 30 ans, 
l’affaiblissement intellectuel n’est pas constant. La therapeutique par le tra¬ 
vail (Simon) peut donner de bons resultats. 

Sur les causes de Fimpotence psycho-sexuelle feminine et du prurit 
vulvaire essentiel, a propos d’un cas, par MM. R. Sarro et L. Pcig-Roig 
( de Barcelone). 

Presentation d’une malade frigide, atteiiite de vaginisme et de prurit 
vulvaire. Pour expliquer la conduite psycho-sexuelle de la malade, qui est 
caracterisee par certains traits « donjuanescos » et de « femme fatale », par 
line crise homosexuelle a la puberte, par l’unique orgasme, par l’incapacite 
d’adaptation psychosomatique a la vie matrimoniale et par un tres fort ins¬ 
tinct de maternite, on peut admettre l’influence des facteurs suivants : une 
ambivalence excessive de l’instinct sexuel, avec preponderance des reactions 
de defense vis-a-vis d’elle-meme ; une constitution profondement anxieuse ; 
et, en dernier lieu seulement, un facteur inter-sexuel probable (Maranon), 
malgre l’absence de tous les stigmates morphologiques de cette nature. Il faut 
penser, toujours, a la persistance de la sexualite dans une phase indifferenciee 
prepuberale. L’ambiance (manque d’intimite paternelle, conduite malhabile du 
mari) offre une importance tout a fait secondaire. Le vaginisme serait une 
reaction de defense contre Facte genital et le prurit vulvaire un « signale- 
ment » anxieux de l’inferiorite genitale. La collaboration entre psychiatres et. 
gynecologues devrait etre plus etroite. 


B. Rodriguez-Arias. 



ANALYSES 


LIVRES, THESES, BROCHURES 


PSYCHIATRIE 

La Catatonie experimentale par la bulbocapnine. Etude phgsiologique et 
Clinique, par H. de Jong et H. Baruk (1 vol. in-8®, 136 pages, 38 fig., Masson 
et O, edit., Paris, 1930). 

Preface par les professeurs H. Claude et B. Brouwer, le volume tres clair 
et tres bien presente de MM. H. de Jong et H. Baruk, 5 est 1’expose des recher- 
ehes experimentales et des observations cliniques tres importantes de ces 
auteurs sur la pathogenie et le mecanisme du syndrome catatonique et la 
reproduction experimentale de ce syndrome. 

L’injection de bulbocapnine peut creer chez Panimal un etat superposable 
a la catatonie humaine : catalepsie, negativisme, hyperkinesies (stereotypies, 
impulsions, manierisme) et troubles organo-vegetatifs. Ces divers sympto- 
mes correspondent aux divers stades de Pintoxication et ce syndrome 
moteur obtenu ne peut etre superpose qu’a la catatonie. MM. de Jong et 
Baruk, en effet, s’opposent aux conceptions de Schaltenbrand et Henner, 
tendant a identifier l’effet de Pintoxication bulbo-capnique ayec la para-f 
lysie agitante, 

Le syndrome moteur catatonique est done de nature organique, en depit 
de son caractere transitoire et variable. Ce caractere ne permet pas de 
le rattacher a une lesion destructive et localisee, mais on s’explique fort 
bien qu’il soit sous la dependance d’une intoxication organique cerebrale- 
Ce n’est qu’une intoxication de longue duree des cellules motrices qui peut 
provoquer des destructions de ces cellules et rendre ainsi l’etat clinique per¬ 
manent. 

La localisation de la catatonie reste douteuse. Pourtant, des faits recents 
plaident en faveur de l’importance du facteur cortical pour la genese du 
symptome « catalepsie ». Avec la collaboration de M. Krause, MM. de Jong: 
et Baruk ont entrepris, au laboratoire de physiologie de la clinique neuro- 
logique d’Amsterdam, une nouvelle serie d’experiences systematiques dans 
la serie animale, avec l’espoir d’arriver a des conclusions localisatrices plus 
fermes. 

Cette interessante application de la metbode « bioclinique » a l’etude 
d’un des syndromes les plus inquietants de la psychiatrie, vient, en soule- 
vant une partie du voile, appuyer et justifier l’opinion de cliniciens tels que 
Kraepelin, Regis, Serieux qui, des les premieres etudes de ce syndrome, ont 



ANALYSES 


319 


conclu a l’origine toxique probable de la catatonie. Les relations des belles 
experiences de MM. de Jong et Baruk, les figures et les traces graphiques 
contenus dans ce livre, ne laissent guere place au doute a cet egard. 

Rene Charpentier. 

Contribution a 1’etude des troubles psychiques au cours du tabes, par 
le D r H. Jasienski. (Travail de la Clinique neuro-psychiatrique de l’Univer- 
site de Lyon), 191 pages. These Lyon, 1930, Imprimerie intersyndicale 
lyonnaise, edit. 

Ce travail constitue une revue generale de cette question si controversee 
et un essai de mise au point. Apres un rappel historique, l’auteur etudie en 
premier lieu le psychisme du tabetique et il nous montre qu’a plus d’un 
titre il peut etre touche dans son integrite. Sur lui agissent, en effet, des 
facteurs multiples essentiellement psychogenes ; c’est pourquoi tres souvent 
son caractere change, il devient irritable, son affectivite s’emousse, mais 
sans presenter aucun indice de deficit intellectuel. 

Chez le tabetique, d’autre part, peuvent apparaitre, comme chez tout autre 
malade, des troubles mentaux sans aucun lien etiologique direct avec la 
sclerose radiculo-medullaire. Cependant, dans certains cas, le tabes peut 
soit agir comme cause favorisante, soit modifier l’allure de la psychose. 
En ce qui concerne. le syndrome Pierret-Rougier, l’auteur estime qu’il ne 
doit pas constituer une affection autonome, mais uniquement un syndrome 
susceptible de se retrouver dans toutes les affections mentales des tabe- 
tiques. 

Apres avoir envisage l’association tabes et paralysie generale, l’auteur 
etudie ce qu’il appelle le syndrome paralytique au cours du tabes. Celui-ci 
se differencie de la paralysie generale par sa demence moins accentuee, 
moins globale, par son evolution moins rapide et par son pronostic moins 
alarmant. 

A chaque chapitre sont annexees plusieurs observations pour la plupart 
recueillies par l’auteur. , E. Larrive, 

Contribution a l’etude de revolution des psycho-polynevrites alcoo- 

liques, par le D r A. Negre. 92 pages. These Lyon, 1930, Bose et Riou, ed. 

L’auteur, en se basant sur 41 observations, montre que 1’evolution de la 
psycho-polynevrite alcoolique est ordinairement fatale dans la proportion 
moyenne de deux cas mortels pour un cas qui ne l’est pas, la guerison 
totale sans sequelles mentales etant d’ailleurs exceptionnelle. Les cas mor¬ 
tels sont le fait de la toxemie alcoolique ainsi que contribue a le montrer 
la nature degenerative (resultat d’un processus endotoxique) des lesions 
cerebrales. Le pronostie est plus severe en ce qui concerne la forme des 
jeunes ; chez les sujets tardivement intoxiques, 1’evolution est au contraire 
plus lente et se fait plus facilement vers la chronicite. E. Larrive. 

Les aspects mentaux du begaiement, par C.-S. Bluemel. 1 vol. 145 pages^ 

Williams et Wilkins edit., Baltimore, 1930. 

Le begaiement de la parole reproduit simplement celui de la pensee. Des 
troubles de 1’ecriture, de la deglutition, de la respiration, des tics, des para¬ 
lyses hysteriques ont une valeur analogue en psychopathologie. Il s’agirait 


320 


ANALYSES 


•dans le cas du begaiement d’une amnesie temporaire du mot, d’une rupture 
de la continuity de la conscience en rapport avec des perturbations emotion- 
nelles. Ces donnees dirigent les methodes de reeducation qui sont longue- 
ment et pratiquement exposees. p Carrette 

Le concept de la folie imposee et son exacte signification psycholo- 

gique, par I. de L. Neves-Manta, 1 brochure, 29 pages, Rio de Janeiro, 1931. 

L’auteur examine, a l’occasion d’un cas de delire a deux, les differents 
types de folie collective dont il trouve des exemples dans les publications 
recentes. II faut necessairement un sujet inducteur et un autre induit, un 
dominateur et un domine. Le premier, paranoiaque, exerce une emprise facile 
sur le second, dont la suggestibility est toujours considerable. La longueur 
d’incubation du delire impose depend de la vraisemblance des griefs, du 
degre de debilite mentale du second sujet, des circonstances Cfeees par les 
conflits sociaux, des tendances a la compensation ideo-affective des asso- 
cies. La doctrine de Freud vient offrir un dernier aspect au mecanisme 
psychologique : le symbolisme de l’ascendant du pere. 

P. Carrette. 


SOCIOLOGIE 

Les Causes du suicide, par M. Halbwachs, Professeur de spciologie a 
1’University de Strasbourg, 1 vol. in-octava de 520 pages, Alcan, Paris, 1930. 

Etude volumineuse et extrymement documentee, comme le prouve I’enu- 
meration des chapitres : Methodes appliquees pour le releve des suicides 
dans les pays europeens. L’etude des modes du suicide. Les tentatives de 
.suicide. La repartition des suicides en France. La repartition des suicides en 
Allemagne, en Italie, en Angleterre. La repartition des suicides dans les 
villes et a la campagne: Le suicide et la famille. Le suicide et la religion. 
Le suicide et l’homicide. L’influence des guerres et des crises politiques en 
France. L’influence des crises economiques en Prusse et en Allemagne. Le 
suicide dans les maladies mentales. Examen de la these psychiatrique. 

Les conclusions sont les suivantes. La definition du suicide par 
Durkheim : « Tout cas de mort qui resulte directement ou indirectement 
d’un acte positif ou negatif accompli par la victime elle-myme et qu’elle 
savait devoir produire ce resultat >> est trop extensive. Quand la mort est 
j-echerchee comme une fin,-il y a suicide. Quand elle est acceptee comme une 
condition necessaire pour 1’obtention d’une autre fin, il y a sacrifice. Le sol- 
•dat et le croyant qui acceptent la mort, celui-la pour sa patcie, celui-ci 
pour sa foi, se sacrifient et ne se suicident pas. 

Mais suicide et sacrifice sont deux especes d’un meme genre. Us sont 
d’un meme genre, car dans l’un et dans l’autre la volonte est influencee 
par les representations collectives du groupe social. La volonte de tout indi- 
-vidu, en effet, quel que soit son objet, n’est, comme l’a montre Ch. Blondel, 
que la resultante des imperatifs collectifs sur sa conduite. Us sont deux 
especes parce que dans le sacrifice la society prend la responsabilite de 
l’acte, tandis que dans le suicide elle la rejette. 

11 semble qu’il y ait actuellement stabilisation du nombre des morts 
■volontaires. En 37 ans, de 1840 a 1877, leur nombre avait augmente de 


ANALYSES 


321 


64 0/0. En 35 ans, de 1877 a 1912, il n’a augmente que de 14 0/0. Cela dans 
11 pays. 

Cet accroissement dans un meme pays est du a l’augmentation des morts 
volontaires dans les territoires ou j usque-la elles etaient le moins nom- 
breuses et ou les moeurs ont change. Cela prouve que contrairement a l’opi- 
nion de Durkheim, le suicide se rencontre partout ou le meme genre de 
Tie, le meme type de civilisation parvient a s’implanter. Ce n’est pas la 
brusquerie du changement de civilisation qui est k incriminer. C’est la 
civilisation nouvelle elle-meme. 

II est done vrai que, comme le dit Durkheim, les soeietes modernes n’ont 
pas encore trouve leur equilibre, car la persistance du nombre des suicides 
est un indice assez exact de la quantite de souffrance, de malaise, existant 
dans les groupes. 

II est vrai egalement que, comme l’affirme le meme auteur, a egalite 
d’age les celibataires se suicident plus que les gens maries, et que les epoux 
sans enfant se suicident plus que ceux avec enfant. 

Mais c’est la complication de la vie qui joue le role essentiel dans le 
determinisme du suicide. Et l’on peut opposer deux genres de civilisation, 
ce dernier mot designant : « un ensemble de coutumes, de croyances, de 
manieres d’etre qui resultent des occupations habituelles des hommes et de 
leurs modes d’etablissements ». La civilisation rurale la moins compliquee, 
est celle ou les individus travaillent a domicile, dans le cadre domestique, 
vivent avec un minimum de rencontres et par consequent de frictions. La 
civilisation urbaine, la plus compliquee, est celle ou les individus travail¬ 
lent dehors, a l’usine, a l’atelier, au bureau et vivent avec un maximum de 
rencontres oil leurs merites et leurs gains se confrontent, ou leurs ambi¬ 
tions se heurtent, ou en un mot les occasions de souffrir les uns par les 
autres se multiplient. Dans la premiere, il y a peu ; dans la seconde, il y a 
beaucoup de suicides. 

Pendant les guerres et les revolutions, les suicides sont rares parce que 
la vie se simplifie et que l’exaltation collective polarisant toutes les ener¬ 
gies dans la meme direction, empeche les comparaisons reciproques. 

Quoi qu’il en soit, les diverses especes de motifs qui poussent l’individu 
a se tuer : perte d’emploi, revers de fortune, misere, chagrins de famille, 
amour contrarie et jalousie, ivresses et ivrognerie, crime ou debt commis, 
souffrance physique, maladie mentale, degout de la vie, contrarietes diverses 
se distribuent dans les memes proportions, aussi bien dans les soeietes. 
~ rurales que dans les soeietes urbaines. 

Telles sont, degagees de leur amas quelque peu touffus, certaines des: 
idees originales et judicieuses de ce livre qui paraissent le plus susceptibles 
d’interesser les psychiatres. Ceux-ci pourront trouver encore dans la lec¬ 
ture de la plupart des chapitres de fructueuses suggestions. 

Il n’en est pas de meme du chapitre consacre a l’examen de la these 
psychiatrique, ou l’incompetence de l’auteur en la matiere qu’il traite, s’af- 
fiche sous le mode amusant du dogmatisme. Jonglant avec des termes 
psychiatriques dont le sens echappe naturellement a un sociologue non 
medecin — tel le terme angoisse qui n’a pour lui pas plus de signification 
que ceux de vertu dormitive — il compare les alienistes au savant de Mo- 
liere. Et tout aussitot lui-meme, docteur Sganarelle, qui s’ignore mais qui 
se prend au serieux, il decide de les instruire, s’activant « a changer tout 
£a ». S’il consent a laisser le foie a droite et le cceur a gauche, il decrete 

Ann. med.-psych., 13 6 serie, t. I. — Mars 1931. 21. 


322 


ANALYSES 


que, dorenavant, la medecine mentale ne sera plus qu’une branche de la 
sociologie. 

Fondant son experience clinique sur l’observation de Cesar Biroteau, 
il enseigne que chez la plupart des psychopathes, pour ne pas dire chez 
tons, « le trouble nerveux ne joue pas un autre r61e que les evenements t 
ruine, chagrin intime, etc. auxquels on rattacbe d’ordinaire le suicide ». 

Et puisant sa certitude dans la parfaite connaissance qu’il a des derniers. 
instants des heros de la mythologie, de la legende, de l’histoire et de la 
litterature, il se porte garant de l’identite des etats de conscience de tous 
les hommes qui se donnent la mort. « Il faut conserver le nom de motifs 
a ces evenements :. maladie mentale, perte d’argent, deuil, peines d’amour, 
puisque ce sont autant de formes particulieres differentes sous lesquelles se 
cache un meme etat. Mais cet etat lui-meme, c’est-a-dire le sentiment d’une 
solitude definitive et sans recours, est la cause unique du suicide. » 

Ne lui en deplaise les faits eoncrets, tels qu’ils resultent des consta- 
tations directement faites sur des individus dont on a observe le suicide,, 
ainsi que du recit des rescapes des tentatives qui echouerent, dementent 
l’identite des etats de conscience au moment de la preparation et de l’exe- 
cution du geste fatal. Ils montrent que si ce sentiment de solitude defi¬ 
nitive est frequent, son pouvoir se borne a faire souhaiter la mort, mais 
est incapable par lui-meme de la donner. Ce qui assure le passage du desir 
a l’acte, ce qui realise le suicide, c’est un mode reactionnel particulier au 
sujet et qui a sa condition dans l’etat biologique de celui-ci. Sans ce mode 
de reaction agressive, le desespoir,' pathologique ou non, reste platonique. 

Un bon psychiatre, un bon infirmier savent distinguer parmi leurs mala- 
des anxieux, ceux chez qui le suicide est a redouter. Un bon psychologue 
prevoit parmi les personnes de son intimite celles qui traverseront, sans 
rien oser contre leur propre vie, les pires angoisses. A cote de la detresse 
qui fait se tuer, il y a la detresse qui laisse deperir. Il manque a celle-ci 
l’element ajoute a celle-la, element auquel M. Habwachs donnerait le nom 
de nerveux et qui, de par sa nature purement biologique, est aussi radi- 
calement independant des influences du milieu social que le sont la taille 
de l’individu, la couleur de ses yeux, la dimension de ses pupilles, la for- 
mule de ses reflexes, le timbre de sa voix, la rapidite de ses reactions motri- 
ces et psychiques, etc. 

Dans un precedent et excellent ouvrage, sur les cadres sociaux de la 
memoire, dont il a ete publie ici une analyse detaillee (fevrier 1926)» 
M. Halbwachs s’etait incidemment deja aventure sur le terrain medical^ 
niant a l’aphasie tout rapport avec une lesion quelconque du cerveau. 
Aujourd’hui, il recidive et son incursion, plus audacieuse, semble avoir 
pour objectif l’integration de la psychiatrie a la sociologie. 

Une telle pretention, dont le manque de fondement est evident par ail- 
leurs, ne saurait invoquer pour excuse, une augmentation bien appreciable 
de la valeur des donnees que cette derniere science regoit de l’une de ses 
meilleures methodes : la statistique, si l’on en juge par le fait suivant qui 
date de 6 mois. J’ai appris alors, a 1’occasioB du suicide recent de la feinme 
d’un de mes malades qui n’avait pas ete signale a la prefecture de police 
de la Seine, que les commissaires de police se dispensent souvent de decla¬ 
rer comme tels, les suicides pour lesquels ils n’ont eu aucun debours a faire t 
frais de transport ou d’ensevelissement, honoraires medicaux, etc... 

N’est-cc pas le cas de repeter avec Delm.i:, yrotestant lui aussi contre 
cette intrusion de la sociologie en matiere inedicale, le precepte de Morgagni^ 
Res sunt non numerandce, sed perpendendce. 


ANALYSES 


323 


Ces critiques, pour justifiees qu’elles soient, ne diminuent pas ie tres 
grand interet que presentent les jugemjents portes par M. Halbwachs, sur 
tous les points ou sa competence est en jeu, dans cette laborieuse recherche 
des causes de la mort volontaire. Paul Courbon. 

Prostituees et prostitution, par Giuseppe Vidoni. Introduction du profes- 
seur Enrico Morselli (de Genes). 1 vol. 167 pages, editions Morata, Madrid, 
janvier 1931. 

Le professeur Morselli nous avertit que le livre qu’il a accepte de prefacer 
n’a pas pour objet la lutte contre la prostitution dont l’utilite a ete demon¬ 
tree par les faits et depuis longtemps. II la juge necessaire a la satisfaction 
de l’instinct chez les jeunes gens non encore arrives au stade matrimonial. 
Ni Fadultere, ni la masturbation, ni l’homosexualite ne lui paraissent 
valoir la solution de l’amour mercenaire, aussi bien du point de vue psycho- 
physiologique que du point de vue social. La prostituee, — « sacrifice 
devant l’autel de la Morale domestique », — est le dernier rempart du 
mariage et de la famille. Elle est, dans sa forme typique, biologiquement 
constitute pour la satisfaction sexuelle, comme d’autres fe mm es sont faites 
pour la maternite. L’abstinence ne peut etre recommandee a tous ; la 
sublimation de l’instinct produit parfois des desordres mentaux et reste, 
en fin de compte, l’apanage d’une infime minorite ; elle est rendue plus 
difficile par l’opposition de ses tendances avee les tentations sensuelles 
repetees de la vie modeme. La guerre ne vient-elle pas de replacer la prosti¬ 
tution dans l’actualite ? Les rapports entre les campagnes militaires et les 
debordements sexuels sont connus. 

Vidoni ne neglige pas les facteurs occasionnels. II note l’influence de la 
misere, de l’education, de certains chocs de l’enfance et de l’adolescence, 
mais il rappelle que, si ces facteurs peuvent deplacer les limites de la pros¬ 
titution, ils ne sauraient constituer, aux yeux du medecin et du sociologue, 
qu’une petite partie du probleme. Vidoni procede de Lombroso — son livre 
est dedie a la memoire du maitre — et, reprenant ses methodes, il demontre 
que la plupart des prostituees sont des anormales en relation etroite avec 
les delinquants et les criminels-nes. Les malformations du squelette, l’obe- 
site, l’insuffisance ovarienne, les troubles des sensibilites, la debilite men- 
tale, l’epilepsie sont leurs tres frequentes caracteristiques. 

Pour resoudre le probleme, ce n’est pas a l’education ou la therapeutique 
qu’il faut faire appel ; c’est a l’eugenetique, et l’effort tente dans ce sens 
tardera longtemps encore a donner les resultats appreciables. 

P. Carrette. 

ASSISTANCE ET THERAPEUTIQUE 

Etat de Massachusetts. Rapport du departement de la deficience men- 
tale, par Neil A. Dayton, Boston, 1928. 

1. Un court bistorique des cliniques scolaires psychiatriques mobiles du 
Massachusetts. La premiere a ete creee par le D r Walter E. Fernald, comme 
annexe de l’Ecole de Waverley en 1915. La seconde, due au D r George L. 
Wallace, partit de l’ecole publique de Wrentham. Ces deux cliniques etant 
insuffisantes devant le nombre des cas qui leur etaient soumis, en accord 


324 


ANALYSES 


avec le D r George H. Kline, commissaire aux maladies mentales, il en fut 
cree de nouvelles : une pour chacun des etablissements psj'chiatriques de 
l’Etat. Seulement distraire un praticien du personnel de chaque asile etait 
impraticable, et l’on nomma alors de nouveaux medecins et des psycho- 
logistes. 

En 14 ans, plus de 38.000 enfants arrieres furent ainsi examines. 

La moyenne des depenses par examen est de 5 dollars 50 (150 fr. environ).. 

2. II existe actuellement, dans l’Etat du Massachusetts, 6.500 classes spe- 
ciales. 

3.000 enfants furent en 1928 designes pour ces classes. Ce sont principa- 
lement de jeunes gargons qui sont recrutes de cette maniere, et les filles 
presentees a l’examen sont habituellement de niveau inferieur a ces derniers. 

Le diagnostic n’est d’ailleurs pas base seulement sur l’examen de niveau 
intellectuel, et, au fur et a mesure que l’organisation se faisait plus an- 
cienne, on a vu s’elever le niveau mental des enfants presentes parce que 
s’accroissait le nombre de ceux qu’on amenait pour troubles de conduite. 

En 1928, 150 communes furent visitees. Les 248 classes speciales de ces 
communes reunissaient 3.500 enfants environ, soit 1,25 0/0 de la population 
scolaire. 

3. Le rapport du D r Dayton signale encore le peu de comprehension de 
la plupart des patrons a l’egard des enfants deficients, — l’aggrav'ation qu’a 
entrainee pour ceux-ci la preponderance de la vie industrielle sur l’exis- 
tence agricole d’autrefois, — la necessity enfin ou sera quelque jour l’Etat 
de prendre ses deficients a sa charge pour leur vie entiere... 

Th. Simon. 

Reformes et rationalisation dans le regime de PAsile-Glinique Psychia- 

trique de Bel-Air (Geneve), par le Prof. D r Ch. Ladame. Cahiers 2 et 3 des 

Contributions a Vetude des Problemes du personnel et du regime des services 

hospitaliers. Editions Hans Huber, Berne, 1928. 

Dans cet expose empreint d’un genereux idealisme, qui n’exclut pas un 
sens pratique tres avise, le professeur Ch. Ladame retrace les importantes 
reformes qu’il a realisees a l’Asile de Bel-Air depuis qu’il en a pris la direc¬ 
tion : externement du personnel avec introduction de la journee de travail 
de 10 heures ; organisation d’equipes d’infirmiers multiples, inegales en 
nombre, prenant le service et le quittant a des heures tres differentes, avec 
coupures dans le temps du travail quotidien ; reorganisation du service de 
veille, auquel est appele a participer tout le personnel, par periodes d’un 
mois, systeme que notre eminent collegue trouve tres superieur a celui d’un 
corps de veilleurs attitres ; suppression de 1’inamovibilite des postes, cha¬ 
que infirmier devant occuper, a tour de role, tous les services ; mutations 
entre le personnel infirmier et le personnel des services generaux ; utili¬ 
sation intensive des moyens mecaniques, en particulier pour le nettoyage. 

Fait remarquable, toutes ces reformes ont ete aecomplies sans augmen¬ 
tation du nombre des infirmiers et infirmieres, et sans accroissement des 
depenses. Non seulement elles ont ameliore la situation materielle et mo¬ 
rale du personnel, mais les malades en ont beneficie au plus haut point. 
Et ici se marque, une fois de plus, la superiorite de la conception du Direc- 
teur-Medecin, de formation psychiatrique, sur celle du Directeur Adminis- 
tratif, tant pronee en France, et celebree recemment encore, a la tribune du 
Senat, par M. Jenouvrier. Si distingue soit-il, un directeur non alieniste 


ANALYSES 


325 


Be peut avoir 1’esprit medical, ne peut « penser en fonction du malade » 
selon l’expression du professeur Ladame. Et jamais il ne lui viendrait a 
l’esprit d’operer « une saignee energique des services generaux » pour reta- 
blir l’equilibre des forces en faveur des services medicaux. 

En guise de conclusion, le professeur Ladame emet le voeu que la Suisse 
substitue, a la diversity des coutumes cantonales en matiere d’instruction 
professionnelle des infirmiers, une reglementation d’ensemble, en attendant 
qu’une legislation federale vienne unifier le regime des alienes. 

G. Demay. 

Le traitement des malades nerveux et mentaux, Manuel edite sous les 
auspices de la Societe suisse de Psychiatrie, par les D rs Morgenthaler et 
Forel. 1 vol. in-12, 242 pages, ed. Hans Huber, Berne, 1930. 

Ce manuel, tres different des notres, ecrit pour des infirmiers deja expe- 
rimentes et qui cherchent a parfaire leur instruction, poursuit trOis buts : 
1° reunir les notions professionnelles qui permettent de comprendre les 
malades et de les bien soigner, d’intensifier la collaboration avee les mede- 
cins, de s’adapter aux rouages de l’etablissement ; 2° resumer nos connais- 
sances psychiatriques sans en dissimuler les limites ; 3° developper les qua- 
lites de caractere qui jouent un r61e si important dans notre profession. 

L’ouvrage est divise en cinq parties : I. L’homme sain. Notions sur le 
systeme nerveux et les glandes a secretion interne, la psychologie elemen- 
taire et la psychologie appliquee. Ce dernier chapitre, tout a fait remarqua- 
ble, decrit la profession d’infirmier et les qualites cardinales qu’elle exige', 
confiance en soi, amour du travail, bonne humeur, bonte, sensibilite, calme, 

. courage, intuition, les aptitudes professionnelles, les defauts et incompati- 
bilites, l’education de soi-meme, et des remarques sur la rationalisation du 
travail. 

II. Le malade. En cinquante pages, la pathologie mentale est resumee en 
termes clairs et precis ou meme un psychiatre trouverait a glaner. Nombre 
de discussions byzantines cesseraient si Ton appliquait cette premiere 
phrase de l’introduction : « 11 importe peu de savoir si les maladies men- 
tales et les troubles affeetifs ont une base organique ou non. Posons simple- 
ment que le psychisme est la fonction du systeme nerveux central et, par 
extension, de tout notre organisme, puis constatons que la base organique 
de la plupart des affections du psychisme reste introuvable. » Cette partie 
psychiatrique s’inspire principalement des conceptions de Kraepelin, de 
Bleuler et de Kretschmer. Et l’on s’explique ainsi la place preponderante de 
la schizophrenic dont la description occupe cinq pages alors que la paranoia 
et la psychose maniaque depressive ensemble ne tiennent qu’une page. 

III. Les soins aux malades. Description des etablissements psychiatriques 
et de - leur fonctionnement. Chapitres particulierement interessants sur la 
psvchotherapie et l’ergotherapie, les relations avec les families. De nom- 
breuses figures montrent comment on aborde, on saisit, on maintient un 
agite sans jamais utiliser les moyens de contrainte, meme pour les plus 
dechireurs ou les plus violents. 

IV. Hygiene mentale et Assistance. 

V. Histoire de la rnedecine mentale ornee de belles gravures, notamment 
une curieuse c.aisse-lit capitonnee avec couvercle a cadenas et un dessin rea- 
liste de Kaulbach : le Cabanon. 



ANALYSES 


Annexe. — Description de la carriere d’infirmier. 

Ce resume montre l’interet de ce livre qui temoigne de la haute culture 
du personnel suisse. Medecins et infirmiers en France y trouveront de pre- 
cieux renseignements et d’utiles conseils. 

J. Capgras. 

Insuline et parkinsonisme, par Ie D r M. Duval. 101 pages. These Lyon, 
1930, Bose et Riou, editeurs. 

Dans ce travail realise sous la direction du Professeur Froment, l’auteur 
s’est efforce d’attirer l’attention sur une medication d’appoint du parkin¬ 
sonisme. 

A l’aide de documents inedits recueillis dans le service de son Maitre, il 
montre que l’etat dystasique du parkinsonien est generateur d’acidose. 
L’insuline, agissant sur cet etat d’acidose en activant le processus de 
Meyerhof • de reconstruction du glycogene aux depens de l’acide lactique 
forme au cours de la contraction soutenue qu’est la rigidite parkinsonienne, 
fait remonter le taux de la reserve alcaline. Simultanement, elle ameliore 
Petat general, attenue temporairement la rigidite, mais par contre elle se 
montre sans effet sur le tremblement. Associee a l’hyoscine, a la geno- 
scopolamine ou au datura stramonium, elle acquiert un role d’appoint dans 
le parkinsonisme non complique et devient indispensable dans les cas de 
cachexie parkinsonienne. 

E. Larrive. 

L’Autohemotherapie citratee dans le traitement des maladies mentales, 
par le D r Agnes Chiarli,. {These Lyon, 1929, 1 vol. de 103 pages, Bose et 
Riou, edit.). 

Apres un historique rapide, ce travail, inspire par le D r Desruelles, 
donne les resultats obtenus par l’autohemotherapie chez 50 malades 
(confus, maniaques, melancoliques, anxieux, debiles presentant des bouf- 
fees delirantes). Reprenant sur une plus vaste eehelle les essais de Mitlin 
et Posdniakov et de Mile Pascal, l’auteur s’attache, en outre, a etudier le 
mecanisme des ameliorations et des guerisons obtenues et a rechercher les 
causes des echecs : des tableaux commentes resument, pour chaque malade, 
la tension arterielle et le R.-O.-C. pris avant et apres chaque reinjection 
de sang ; les reactions thermiques sont egalement etudiees en detail. Les 
doses employees sont en general de 10 a 15 reinjections de 10 a 15 cc. de . 
sang, citrate par addition de 1 cc.' de solution de citrate de soude mono- 
sodique a 10 0/0. Les difficultes de cette therapeutique sont minimes, elle 
ne presente ni inconvenients, ui contre-indications, ses resultats sont encour 
Tageants. Ce travail consciencieux a necessite, sur les 50 malades observees, 
cinq cents ponctions veineuses avec reinjection, et la mesure d’un millier 
de reflexes oculo-cardiaques et d’un millier de tensions arterielles. 


G. Demay. 



ANALYSES 


327 


JOIJRNAUX ET REVUES 


NEUR0=P5YCHIATRIE 

X.es troubles psyclio-moteurs d’origine cerebrale, hypertonie, mouve- 
ments automatiques et sommeil cataleptique ; etude clinique et 
diagnostique, par H. Claude et H. Baruk. La Presse Medicate, 18 fev. 1931. 

II s’agit de syndromes cerebraux caracterises par une activite musculaire 
partielle analogue a celle des mouvements volontaires, accompagnee de 
perturbations dans l’activite mentale. Les auteurs donnent l’exemple de plu- 
sieurs cas d’hypertonie coincidant avec des phases d’engourdissement psy- 
chique allant parfois jusqu’a la crise cataleptique et deux phenomenes d’in- 
tensite variable : la conservation des attitudes et les mouvements automa¬ 
tiques. 

Le diagnostic avec l’hypertonie extrapyramidale est assez delicat. Claude 
et Baruk ont depuis 4 ans publie de tres interessants travaux sur cette 
question ; ils ont difference les troubles psycho-moteurs des syndromes 
sous-corticaux, tel que le parkinsonisme, aussi bien par les epreuves clini- 
ques que par les reactions pbarmaco-dynamiques. II faut, d’autre part, dis- 
tinguer ces manifestations organiques des etats emotifs qui peuvent les 
simuler. On sait que ces derniers sont beaucoup plus attenues et cedent, 
au moins pour un temps, aux sollicitations psychologiques meme legeres. 

P. C. 

Stigmate de degenerescence en relation avec la deficience mentale, 
par Noel H. M. Burke. Proceedings of the Royal Society of Medicine of 
London, fevrier 1931. 

Les arrets de developpement seraient conditionnes par des troubles de la 
circulation foetale, soit locale, soit generale. Leur importance parait etre 
beaucoup plus grande que celle des sequelles des maladies infantiles. Les 
stigmates sont certes plus frequents chez les arrieres, mais dans une pro¬ 
portion moindre que celle qu’on admet generalement. Les signes qui sont 
surtout en relation avec la deficience mentale sont : les malformations des 
mains et des pieds, les asymetries, les desordres de la face, du crane et des 
oreilles. P. C. 

Encephalite postvaccinale, par L. Babonneix. La Medecine, fevrier 1931. 

Syndrome psychique et neurologique a debut aigu, parfois constate chez 
les primo-vaccines et pouvant laisser des sequelles serieuses. Pour eviter 
cet accident, vacciner l’enfant pendant les deux premiers mois. 


P. C. 


ANALYSES 


Aspergillose eerebrale, par Egas Moniz et Romao Loff (de Lisbonne). La 
Presse Medicale, 21 fevrier 1931. 

Observation rare d’aspergillose a evolution lente (3 ans), atteignant le 
cerveau par la voie optique apres une iridocyelite ; aucune autre localisa¬ 
tion viscerale ; troubles mentaux precoces consistant en confusion et tor- 
peur ; hemiplegie droite. En general, les lesions parasitaires de l’oeil res¬ 
tent superflcielles ; ici la propagation a du etre favorisee par un ulcere de 
la cornee. P. C. 

La paralysie generale striee, par Waldemiro Piris (de Rio de Janeiro). Revue 
Neurologique, Novembre 1930, p. 512. 

L’auteur rappelle les faits etudies notamment par Vogt, Alzheimer, etc..., 
de cas de paralysie generale aecompagnes de lesions striees importantes. En 
general, le striatum est plus touche que le pallidum. Cette forme speciale de 
paralysie generale se traduit parfois par Passociation au syndrome demen- 
tiel d’un syndrome parkinsonien. Cependant, malgre lettr frequence et leur 
signification, les alterations striees n’ont pas l’importance des lesions du 
cortex cerebral pour le diagnostic anatomique de la paralysie generale. 

H. Baruk. 

L’etiologie de la paralysie generale parT.-D. Power. The Journal of Mental 
Science, juillet 1930. 

Les syphilis cutanees discretes avec alterations precoces du liquide 
cephalo-rachidien annoncent souvent la Paralysie Generale. L’action favori- 
sante de l’alcool et du terrain psychopathique serait a retenir. Le novar- 
senobenzol, qu’on avait parfois rendu responsable des complications ner- 
veuses, tendrait plutot a en diminuer le nombre. 

P. C. 

La conception actuelle de la physiopathologie de la crise epileptique, par 
Ventura C. Darder. Revista de Psiquiatria del TJrugay, janvier 1930. 

Aux theories anciennes, bulbaires et de l’excitation corticale, a fait suite 
celle de l’inhibition (Nerio Rojas, Hartenberg). Une opinion plus recente 
attribue un role preponderant au sympathique cerebral (Pech). C’est une 
interpretation de la theorie de l’inhibition : la vaso-constriction corticale 
provoque l’anemie et libere les automatismes inferieurs generateurs de la 
crise. P. C. 

Les methodes modernes de diagnostic des tumeurs cerebrales, par Paul 
Cossa. VAvenir Medical, mars 1931. 

C’est l’essai de localisation qui importe surtout. L’article expose les 
techniques speciales modernes : injection de liquides colores dans les ven- 
tricules, procedes de Dandy .et au lipiodol, encephalographie par l’air, 
lipiodolisation du lac calleux, passage d’iodure de sodium dans la circula¬ 
tion pour obtenir la visibilite aux rayons X des arteres encephaliques. 

P. C. 


ANALYSES 


329 


Sur un cas d’aphasie post-traumatique, par C. Torres-Ordax. Los Progresos 
de la Clinica, tome XXXVIII, page 837, N° 227, novembre 1930. 

Cas d’aphasie amnesique par perte de substance cerebrate du lobe tem¬ 
poral. Pas de symptdmes pyramidaux. Hypoacousie bilaterale. Pas de sur- 
dite verbale. Conservation de la parole spontanee. Le trouble phasique est 
tres apparent lorsqu’on veut employer le mot svmbole d’un objet ou d’une 
idee. B. R.-A. 

Amnesie retrograde consecutive a une blessure de la tete par un coup de 
feu, par le D r Bednarz. (Nowiny Psychjatryzne 1930. Rok VII, Kwartal III-IV. 
page 234). 

L’auteur decrit un cas d’amnesie totale d’origine organique survenue a la 
suite de blessures de la tlte par balle ; cette amnesie s’etendait non se'ule- 
ment aux trois semaines consecutives mais encore a l’accident lui-meme et 
aux huit jours qui l’avaient precede. Le malade presentait : perte complete 
de l’odorat des deux c6tes, perte de la vue du cote droit et diminution de 
l’acuite visuelle du c6te gauche a la suite d’une neuro-choreo-retinite, 
retrecissement concentrique du champ visuel, surtout pour les couleurs, la 
pupille droite reagit uniquement consensuellement a la convergence, dimi¬ 
nution de Facuite auditive du cote droit, atteinte des membres du cote droit 
avec anesthesie pour toutes les formes de la sensibilite et astereognosie 
secondaire. Pas de reflexes anormaux, leger clonus patellaire du cote droit.- 
Des le debut, on constata une fracture de la base du crane. 

On peut supposer que dans ce cas, il y a, outre une lesion du prolonge- 
ment posterieur du ventricule et des voies pyramidales, une .lesion du lobe 
parietal gauche. Au point de vue mental, diminution notable du sens criti¬ 
que, conscience incomplete de sa situation et en general des evenements de 
la vie, legers troubles de la memoire, euphorie. Apres trois ans, l’etat des 
membres s’etait visiblement ameliore, mais l’amnesie restait exactement la 
mime. 

L. R. 

MEDECINE LEGALE 

La delinquance et la phrenasthenie, par J. Alzina-Melis. Ars Medica 
annee VI, n° 63, octobre 1930. 

Tout acte psychique est caracterise par l’unite, mais il est necessaire, au 
point de vue experimental, de confirmer cette doctrine. La distinction entre 
les deficients, de l’intelligence et ceux du caractere, exprimee trop absolu- 
ment, est aprioristique. Resume des caracteristiques de 38 cas (choisis) 
d’enfants de 10 a 14 ans. Les examens ont ete faits avec les tests de S. de 
Sanctis, un interrogatoire ad hoc, les reactifs de Montessori, les moyens 
cliniques habituels (anamnese et lesions organiques) et l’etude du milieu 
social ambiant. L’observation a ete prolongee et il a ete tenu compte des 
recherches de signification morale. Chez 25 enfants on a pu trouver des 
troubles graves de la conduite et du caractere. La plupart des delinquants 
mineurs n’appartiennent pas au groupe des. faibles d’esprit ou des phre- 
nastheniques. Les circonstances externes aident, sans aucun doute, a l’eclo- 
sion de la delinquance. B. R.-A. 


330 


ANALYSES 


La Medecine legale de la Paralysie generale sous son aspect actuel, par 
les Docteurs Alexander et Nyssen. ( Revue de Droit penal et de criminologie, 
Bruxelles, tome IX, n° 3, mars 1929). 

Les auteurs, apres avoir rappele les recentes acquisitions serologiques et 
therapeutiques qui ont revolutionne les notions elassiques de la paralysie 
generale, examinent les consequences medico-legales decoulant de ces nou- 
velles notions, tant au point de vue responsabilite penale que capacite 
civile. 

En presence d’un inculpe, ne presentant aucun trouble mental, si discret 
soit-il, de meningo-encephalite, mais chez lequel l’examen decele seule- 
ment des signes physico-biologiques, ou un indice de permeabilite meningee 
precurseur de la paralysie generale, les experts ne peuvent le faire beneficier 
de 1’article 71 du Code penal beige. De meme, dans les etats de remission 
postherapeutique, seul l’etat mental actuel a une signification decisive et les 
signes physiques n’ont qu’une valeur adjuvante. Provisoirement, les auteurs 
estiment que lorsqu’il s’agit seulement de quelques symptomes deficitaires 
vagues et isoles dans un etat de remission stable, on est en droit de conclure 
a une simple diminution de la capacite penale. 

Une autre question delicate est celle de la capacite penitentiaire d’un sujet 
condamne avant ou pendant un etat de paralysie generale confirmee et chez 
lequel survient une remission. Dans de telles conditions, la reintegration a la 
prison doit etre evitee aussi longtemps que possible et elle ne peut etre deci- 
dee que pour les cas de remission totale, offrant le maximum des indices 
cliniques et serologiques de stability. 

Dans les cas d’expertises en matiere d’interdiction, seuls les symptomes 
mentaux propres au sujet soumis a l’expertise doivent justifier les conclu¬ 
sions. II en est de meme en matiere de mainlevee d’interdiction apres trai- 
tement. Dans quelques cas, l’assjstance d’un Conseil judiciaire pourra etre 
proposee, au moins pendant une periode d’epreuve. Les difficultes sont 
grandes, lorsqu’il s’agit d’apprecier l’etat mental d’un malade dans le passe 
(testament, dotation entre vifs, etc...). En ce cas, seuls les troubles mentaux 
bien etablis et contemporains de l’acte attaque, en particular les idees 
delirantes et la decheance intellectuelle, peuvent servir de base au jugement 
des experts. Quelquefois, les caracteres de l’ecriture, les omissions de 
mots, etc..., peuvent apporter une confirmation. 

Enfin, souvent, la question suivante est posee a l’expert : Un paralytique 
general peut-il reprendre ses occupations apres un traitement ? Dans cette 
appreciation de l’aptitude au travail, l’expert doit tenir compte, d’une part, 
du degre de remission, d’autre part du genre de travail. II sera d’ailleurs 
prudent d’ecarter les anciens malarises de tous les postes de securite. 

Lauzier. 

Un cas rare d’expertise medieo-legale, au sujet d’un malade atteint de 
sclerose en plaques disseminee,par Al. Piotrowski. (Nowiny psychjatruczne. 
tome VII, 1930, fasc. Ill et IV, p. 221). 

M. Piotrowski relate l’observation d’un malade atteint de sclerose en 
plaques disseminee, soumis a deux reprises a l’expertise medieo-legale, au 
sujet de deux delits differents commis a deux mois d’interValle. 11 s’agissait 
d une sclerose ayant une svmptomatologie neurologique des plus evidentes. 
Au moment du premier delit, le malade presentait un etat psychopathique 


ANALYSES 


331 


tres manifeste, avec confusion mentale, hallucinations, troubles de la 
jnemoire et violences. II tua dans la rue, d’une balle de revolver, un 
-cheval qu’il croyait servir a transporter des munitions pour des ennemis. 
A la suite d’une expertise, un non-lieu fut prononce. A quelque temps de 
la, l’etat psychique du malade s’etant ameliore, il fut mis en liberte. 
Mais, deux mois plus tard, il etait a nouveau arrete pour une escroquerie 
•commise dans un etat de lucidite absolue de ses facultes. Il commit son 
forfait pour se procurer de l’argent afin de monter une usine. Sa responsa- 
bilite dans ce second delit a ete declaree entiere. Ce cas est interessant, car 
il est rare de voir la sclerose en plaques intervenir dans la psychiatrie 
medico-legale. Cette rarete est due a la nature neurologique de l’affection. 
-Les troubles psychiques se manifestent generalement a la periode tres 
avancee de son evolution. Si la sclerose disseminee predomine dans la 
sphere cerebrale plus qu’au niveau de la moelle, les troubles psychiques 
peuvent etre nettement caracterises des le debut de l’affection. Cependant, 
J’existence de la sclerose disseminee n’exclut pas entierement, dans le cas 
rapporte ici, la responsabilite du sujet, puisqu’au moment ou le malade 
•commit son escroquerie, il etait en possession de ses facultes mentales. 

Fribourg-Blanc. 

Senilite, demence senile et intervalles lucides, par Alejandro Raitzin. 
Revista de Crim. Psiq. y Med. Legal., B.uenos-Ayres, septembre-octobre 1930. 

Un dement senile peut-il, entre des periodes de conf usion amnesique, etre 
assez ameliore pour retrouver sa capacite civile et faire un testament vala- 
ble ? Non, conclut l’auteur a l’occasion d’un rapport medico-legal. Il n’y a 
d’intervalles lucides que dans la psychose intermittente. 

P. C. 

Considerations critiques sur la valeur semiologique et medico-legale 
des criteres circulatoires de la douleur provoquee, par L. Cornil et 
Ch. Thomas. Le Progres Medical, 21 fevrier 1931. 

Les variations du pouls et de la pression arterielle seraient tres incons- 
tantes. Leur apparition n’implique pas leur specificite ; ces phenomenes 
peuvent etre le resultat de processus psychiques divers. Les observations 
cliniques venant ici a l’aide de l’experimentation montrent l’importance 
du systeme thalamique dans les modifications circulatoires liees aux etats 
affectifs. 

P. C. 

Situation penale et civile des toxicomanes (morphine). Projet de loi, par 
Reynaldo Agrelo. La Semana Medica, 15 janvier 1931. 

Le toxicomane et celui qui absorbe une drogue pour avoir l’energie de 
commettre un delit ou un crime doivent etre condamnes moins rigoureuse- 
ment qu’un sujet sain, dit l’auteur. Celui qui devient delinquant alors qu’il 
est prive du toxique dont il a besoin n’est pas coupable. 

Le projet de loi se resume comme suit : 1. Les toxicomanes inities par une 
maladie seront soignes 3 mois dans une clinique surveillee, internes pen¬ 
dant 1 an apres recidive et la troisieme fois dechus de leurs droits civils. 


332 


ANALYSES 


2. Les toxicomanes par contagion doivent etre internes d’emblee pour 1 an 
au moins. 3. Ceux qui sont atteints de maladies organiques graves doivent 
etre simplement soignes et isoles. 

P. C. 

Travail des Detenus et la nouvelle legislation penale, par le professeur 

G. de Grecchio (de Naples). Nuova Revista di Clinica psichiatrica et de 

terapia applieata, Rome, decembre 1930. 

Le nouveau code penal soumis actuellement a l’approbation du parlement 
italien accorde une importance toute particuliejje a la question du travail 
dans les maisons de detention. Le projet dit que le travail des detenus ne 
sera plus comme autrefois facultatif mais deviendra strictement obligatoire. 
Le rapport de ce travail du eondamne servira a payer les dommages qu’il a 
causes et a indemniser l’etat des frais de son incarceration. 

Une tres interessante innovation contenue dans ce meme pro jet est celle 
du travail fait a l’exterieur de la prison. On va multiplier les colonies 
agricoles. Sept viennent deja d’etre creees dans la Peninsule : 4 en Sardai- 
gne et 3 en Toscane. 

L’auteur montre la grande utilite de ce travail obligatoire comme moyen 
de reeducation morale. 

Paul Abely. 

La criminalite mystique dans les Societes modernes, par M. Ggstedoat. 

Rapport au 15 e Congres de medecine legale de langue francaise. Paris, mai 

1930, 75 pages, Ann. de Med. leg., 1930. 

Cette etude englobe toutes les reactions antisociales teintees par le 
mysticisme, aussi bien les suicides que les vols, les escroqueries, les fugues 
et les crimes de sang ; elle est limitee aux faits d’ordre para-religieux sans 
s’etendre au domaine politique ou social. Le rapporteur s’est propose, en 
outre, de comparer l’influence que pouvait avoir encore le mysticisme 
dans la criminalite de l’epoque actuelle a celle d’il y a plusieurs siecles. 

Les reactions antisociales de cette nature relevent en general, quand elles 
sont le fait d’individus isoles, de psychopathies ou meme de veritables etats 
d’alienation ; elles n’ont de particulier que leurs modalites, car, pour le 
reste, elles ne sont rien d’autre que ce qu’il est banal d’observer au cours de 
ces etats mentaux, le mysticisme n’ayant par lui-meme aucune valeur cri- 
minogene. Les victimes appartiennent le plus souvent a l’entourage imme- 
diat du meurtrier ; on distingue des actes de pseudo-justiciers, d’autres qui 
revetent un masque altruiste, des crimes du type sacrifice d’Abraham, 
d’autres contre les possedes, les sorciers ; ce sont frequemment des 
violences impulsives. 

Les incendiaires, les profanateurs de temple, les iconoclastes, les vaga¬ 
bonds, sont moins pittOresques, quoique moins dangereux, que les charla¬ 
tans et les guerisseurs qui defraient si souvent la chronique. 

Les attentats contre soi-meme, d’ordre altruiste, expiatoire, purificateur, 
preventif, revetent la forme de la castration, de l’incineration, de l’enuclea- 
tion des yeux, etc. ; on a meme vu des auto-crucifixions. 

La criminalite collective est encore plus violente du fait meme de son 
caractere eollectif. Ce sont les crimes contre de pseudo-sorciers qui en 
constituent la part la plus importante ; les affaires recentes de Bombon et 


ANALYSES 


333 


de Nantes n’ont ete que la repetition d’autres signalees a Vic-Bigorre, a 
Morzines, en Italie. Les attentats contre possedes dependent encore pour 
une part des memes croyances ; au debut du siecle dernier, la secte des 
Poschlianer eut un grand retentissement en Haute-Autriche. A l’occasion 
des accusations de crimes rituels, l’affaire de Beylis, cet Israelite russe qui 
fut poursuivi pour avoir, pretendait-on, assassine un jeune chretien dans 
le but d’employer son sang pour certains rites, est evoquee en meme 
temps que plusieurs semblables. Les attentats contre les pretres, Contre les 
incredules (affaire des spirites de Nantes), ceux de nature sadique. (sectes 
de flagellants) ne sont pas des raretes ; il existe encore des croyants qui 
refusent l’intervention des medecins pour eux-memes ou leurs enfants. 

La secte russe des Skoptsi ou castres est un bel exemple du danger que 
represented certaines croyances deviees qui peuvent meme conduire a des 
suicides collectifs (emmures de Tarnopol, massacre du gouvernement de 
Perm, auto-combustion des fideles du moine Falaley, etc...)- La resistance 
aux obligations iegales, due a des causes politiques ou sociales, ne revet 
un aspect rligieux qu’en raison de la forme de la societe, temoin la secte 
des vagabonds (Biegouny). Les crimes contre la religion tendent a dispa- 
raitre des codes. 

Parmi les groupements en cause, les sectes devaient naturellement rete- 
nir surtout l’attention par leur composition complexe, ou se rencontrent 
toutes sortes de personnages : psychopathes, hysteriques, debiles mentaux, 
individus de mauvaise foi, croyants enthousiastes. Autour des acteurs prin- 
cipaux, gravitent parfois des commercants habiles. 

Par comparaison, les mouvements politiques criminels sont en general 
plus durables et se propagent davantage ; leurs chefs sont autres. 

Quel est, finalement, le role du mysticisme dans la production de cette 
•criminalite ? 

Comme tous les etats passionnels, il, peut etre facteur de reactions anti- 
sociales et leur imprimer sa marque, mais il n’agit, associe oil non, a des 
■etats mentaux pathologiques qu’en liberant des tendances anterieures a son 
apparition et etrangeres a lui. 

Il s’est fait dans ce domaine une transformation au cours des derniers 
siecles ; les accusations de malefices ne trouvent plus credit aupres des 
juges qui ordonnent par contre des expertises psychiatriques. Les lois ne 
punissent plus les actes de magie, ni les crimes contre la religion ; en outre, 
la teinte mystique colore moins les crimes des alienes que preoccupent 
davantage les decouvertes scientifiques modernes ou les conceptions poli¬ 
tiques et sociales. Aussi, dans ce domaine, peut-on parler vraiment d’une 
evolution. 


L. R. 


VARlfiTfiS 


SOCIETE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 

Dates des seances. 

La seance ordinaire du mois d’AVRiL de la Societe Medico-psychologique 
aura lieu le lundi 27 avril 1931, a 4 heures, tres precises, au siege de la 
Societe, 12, rue de Seine, Paris (VI e arr.). 

Le deuxieme jeudi du mois d’avril coincidant avec la periode des vacan- 
ces universitaires, la Societe a decide de ne pas tenir, au mois d’avril, de 
seance supplementaire. 

La seance supplementaire du mois de mai de la Societe Medico-psycho- 
logique, seance exclusivement reservee a des presentations, aura lieu le 
jeudi 21 mai 1931, a 9 heures 1/2 tres precises, a l’Hopital Henri-Rousselle > 
1, rue Cabanis, Paris (XIV e arr.), dans 1’Amphitheatre du Pavilion Magnan, 
le deuxieme jeudi du mois se trouvant le jour de l’Ascension. 

La seance ordinaire du mois de mai de la Societe Medico-psychologique 
aura lieu exceptionnellement le jeudi 28 mai 1931, a 4 heures tres precises , 
au siege de la Societe 12, rue de Seine, Paris (VP arr.), le quatrieme 
lundi du mois de mai se trouvant le lundi de la Pentecote. 

Elections. 

Les elections a 30 places de membre titulaire non residant, recemment 
creees, auront lieu a la seance du jeudi 28 mai 1931, Les lettres de candi¬ 
dature accompagnees d’une liste de titres et travaux scientifiques doivent 
etre parvenues, avant le 27 avril, au D r Rene Charpentier, Secretaire gene¬ 
ral de la Societe Medico-psychologique, 119, rue Perronet, a Neuilly- 
sur-Seine (Seine). 

Encouragement aux Etudes Anatomiques du Systeme Nerveux. 

Prix Trenel. •— Ce prix, d’une valeur de mille francs, sera decerne en 
1933 par la Societe Medico-psychologique a Pauteur d’un memoire sur 
l’anatomie microseopique normale ou pathologique du systeme nerveux. 

Le concours pour ce prix est reserve aux Internes en Medecine des Asiles 
publics d’Alienes du departement de la Seine nommes au concours, en 
fonctions a la date du l er mai 1931. 

Le texte et les figures ou planches du memoire devront etre inedits et 


VARI&TES 


335 


n’avoir obtenu de prix dans aucune autre Societe. Ce travail, dont le sujet 
est laisse au choix de Pauteur, devra etre base sur des documents anato- 
miques recueillis dans l’un des services des Asiles publics d’Alienes du 
departement de la Seine. Les preparations microscopiques devront etre 
mises a la disposition de la Commission chargee de presenter a la Societe 
Medico-psychologique un rapport sur les memoires remis en vue de ce 
concours. 

Les memoires devront etre deposes, au plus tard le 31 decembre 1933, 
chez le Secretaire general de la Societe Medico-psychologique. 


ASILES PUBLICS D’ALIENES 

Nominations. 

M. le D r Carbillet, medecin-chef de service a l’Asile public d’alienes 
d’Alengon (Orne). 

M. le D r Dupont, medecin-chef de service a l’Asile public d’alienes de 
Premontre (Aisne). 

Sont declares vacants le poste de directeur-medecim de l’asile public d’alie¬ 
nes de Saint-Lizier (Ariege) et le poste de medecin-chef de service de l’asile 
prive faisant fonctions d’asile public de Pontorson (Manche). 

Concours pour un poste de medecin-chef des Asiles de la Seine. 

Un concours pour 1 poste de medecin-chef de service des Asiles publics 
d’alienes du departement de la Seine s’est ouvert a Paris le 23 mars 1931. 
Le Jury etait compose de MM. Raynier, president, Truelle, Rogues de Fursac, 
Simon, Beaudouin, Baruk, Wahl, et Daday suppleant. 

Ce concours s’est termine par la nomination de M. le D r Paul Abely. 

Concours de l’Internat en Medecine des Asiles de la Seine. 

Un concours pour 7 places d’Jnternes en Medecine des Asiles publics 
d’alienes du departement de la Seine s’est ouvert a Paris le 9 mars 1931. 
Le Jut y etait compose de MM. Capgras, president, Mauclaire, Courcoux, 
Barbe, Beaudouin, X. Abely, Gouriou. 

Questions posees aiix differentes epreuves : I. Complications de la lithiase 
biliaire. Tumeur blanche du genou. — II. Anatomie et physiologie du lobe 
frontal. — III. Conduite a tenir en presence d’une hemorragie intestinale. 

24 candidats s’etaient fait inscrire. 

A la suite de ce concours, ont ete nommes : 

Internes Titulaires : 1. M. Belet ; 2. Mile Jacob et M. Trillot, ex aequo ; 
4. M. Mondain ; 5. M. Lagache ; 6. M. Lego ; 7. M. Micoud. 

Internes Provisoires : 1. M. Turques ; 2. M. Coulion ; 3. M. Doussinet ; 
4. M. Alfonsi ; 5. M. Got. 

Le Jury a propose de titulariser M. Turques, classe premier sur la liste 
des internes provisoires, et qui a obtenu le meme nombre de points que le 
septieme interne titulaire. 


336 


YARIETES 


AC.4DEMIE DE MEDECINE 

Surmenage scolaire et date des vacances. 

A la seance du 17 fevrier ont ete discutees et adoptees les conclusions 
suivantes proposees par la Commission du surmenage scolaire sur le rap¬ 
port de M. Le Gendre : 

1° L’Academie admet que les chaleurs excessives et deprimantes, qui se 
produisent en general pendant la seconde quinzaine de juillet, mais sont 
parfois plus precoces et varient suivant les regions et les localites, peuvent 
entraver l’effort intellectuel necessity par les examens et concours de fin 
d’annee scolaire et porter prejudice a la sante de certains eleves peu resis- 
tants ; 

2° L’Academie n’a pas qualite pour decider si l’avance des vacances 
n’aurait pas de repercussions administratives ou sociales facheuses ; 

3° L’Academie estime, en tout cas, qu’il serait utile, dans 1’interet de la 
sante des Sieves et des maitres, de modifier pendant les periodes de cha¬ 
leurs excessives les horaires des etudes et des classes, de maniere a suspen- 
dre les travaux intellectuels pendant les heures les plus chaudes, soit de¬ 
ll heures a 16 heures, en assurant Vusage quotidien de I’hy dr other apie 
froide (bains-douches, bains de riviere ou de piscine - )., 

NECROLOGIE 
Arthur Pichenot 

Arthur Pichenot, decede le l er fevrier, etait ne a Censerey, dans la C6te- 
d’Or, le 9 novembre 1849. II comment ses etudes, medicales a Strasbourg 
pour les terminer a Montpellier ou il soutenait, en 1883, une these sur 
1’idiotie et ses rapports avec l’alienation mentale. Medecin-adjoint a Bassens 
et a Auxerre, il etait appele en 1892 a remplacer, comme medecin en chef de 
l’asile de Montdevergues, Norbert Campagne, auteur d’Un livre remarque 
sur la manie raisonnante. 

L’etablissement contenait 1.500 malades. Pichenot voulut les connaitj-e 
personnellement, et il leur consacra tous ses instants, avec un devouement 
sans limites, une inepuisable bonte. Mais ses forces le trahirent et il dut, 
a son profond regret, prendre une retraite prematuree, le l er septembre 1907. 
Il se fixa a Buxy, en Saone-et-Loire ; la il pouvait, tout en se reposant, trou- 
ver encore des infortunes a consoler, des miseres a soulager. Il y vecut vingt- 
trois ans. Dans une lettre ecrite au debut de 1928, il me parlait du terme, 
peut-etre prochain, d’une existence deja longue ; il attendait ce jour sans 
crainte et sans faiblesse, avec l’ame sereine de ceux qui ont la foi, et savent 
que la mort n’est pas la nuit finale, mais une aube nouvelle. 

Rene Semelaigne. 


Le Redacteur en chef-Geranl : Rene Charpentier. 


Cahors, Imprimerie Codeslant (personnel interesse). — 41.991 


Tome I. — N° 4 


Avril 1931 


ANNALES 

MEDICO-PSYCHOLOGIQUES 


MEMOIRES ORIGINAUX 


HYPOCONDRIE ET PATHOLOGIE 
DE DESCEUVREMENT 

PAR 

Paul COURBON 

II n’est pas rare que des individus ayant toujours joui d’une 
sante parfaite et n’ayant jamais manifesto la moindre preoccu¬ 
pation, sur le fonctionnement de leurs organes, versent dans 
l’hypocondrie, au cours des mois qui suivent leur mise a la 
retraite, Cela se voit dans les professions les plus diverses. Je 
s-uis en train de l’observer sur plusieurs des anciens employes 
de mon asile, notamment sur la meilleure de mes infirmieres, 
qui n’avait jamais interrompu son excellent service et a qui le 
souci de la sante des autres n’avait jamais laisse le temps de 
penser a la sienne. 

De telles constatations inclinent a supposer que la cessation 
du travail professionnel joue un role essentiel dans cette trans¬ 
formation mentale. Cette supposition devient une certitude quand 
on retrouve la meme transformation dans toutes les circons- 
tances autres que la retraite, mais ou il y a egalement absence 
<Ie travail : vacances, maladies, fortune, sinecure, etc. 



Ann. med.-psych., 13 c serie, t. I. — Avril 1931. 


22 . 






PAUL COURBON 


La concordance de tous ces faits autorise done a identifier une 
forme particuliere d’hypocondrie, l’hypocondrie de desoeuvre- 
ment. 

Mais celle-ci n’est pas la seule des consequences pathologiques 
capables d’apparaitre dans les memes conditions. 

II convient done, apres avoir precise le syndrome hypocon- 
driaque en question et la notion de desoeuvrement, d’indiquer 
certains autres syndromes susceptibles d’avoir la meme origine 
et les moyens de remedier a tous ces etats. 

I. L’hypocondrie de desoeuvrement peut revetir divers aspects 
qui se repartissent entre deux types extremes, ayant chacun des 
caracteres cliniques et pathologiques distincts : l’hypocondrie 
sine materia et Fhypocondrie post materia. 

Cliniquement. — Dans l’hypocondrie sine materia, rien ne 
justifie pour autrui 1’inquietude manifestee par le sujet sur sa 
sante. Celle-ci parait indefectiblement florissante. Les moyens 
d’investigation clinique ne revelent aucune defaillance dans 
aucun de ses organes. Les malaises ou souffrances dont il se 
plaint paraissent imaginaires aux yeux des medecins non spe¬ 
cialises. Mais un psychiatre sait reconnaitre dans le recit qu’on 
lui fait des antecedents du sujet, les caracteres plus ou moins 
estompes, de la mentalite hypocondriaque. Bien que n’ayant 
jamais interrompu son travail, il se declarait malportant ; il 
etait friand de lectures et de conversations medicales ; il pre- 
nait medecines aux jours de repos ; toute sa vie, sa sante fut 
l’objet de son attention. 

On est alors en presence d’un de ces cas qui legitiment la 
conception d’Abadie (1) sur la constitution hypocondriaque. 

Dans l’hypocondrie post materia, au contraire, l’inquietude 
manifestee par le desoeuvre sur sa sante parait d’autant plus jus- 
tifiee, qu’il a ete prealablement qtteint de maladies organiques 
authentiques. Bronchites, pneumonies, angines, lumbagos, torti- 
colis, embarras gastriques, nevralgies, poussees hemorrhoidai- 
res ou d’eczema, obesite, coliques hepatiques ou nepbreti- 
ques, etc., bien d’autres syndromes a signes objectifs evidents, 
ont ete les premiers effets du desoeuvrement. Et ce n’est parfois 
qu’apres qu’ils ont apparu et disparu plusieurs fois que le sujet 
commence a s’inquieter sur sa sante. Mais, pour fondles qu’elles 
soient, ces inquietudes n’en sont pas moins psychopathiques par 

(1) Abadie. — Discours d’ouverture du Congres des alienistes et neurologistes 
de Lille, 1930. 


HYPOCONDRIE ET PATHOLOGIE DE DES(EUVREMENT 


339 


leur intensity, qui va jusqu’a l’anxiete et par leur disproportion 
avec l’atteinte toute transitoire subie par l’organisme. 

L’inquietude de l’hypocandrie post materia est done precedee 
d’une atteinte organique objectivement constatable. En outre, elle 
se caracterise par la predominance du facteur anxiete sur le 
facteur paralogique. L’hypocondriaque post materia est avant 
tout un anxieux qui a plus peur de rester ou de retomber malade 
qiie convaincu d’etre incurable ; il est plus obsede par la crainte 
de la maladie que hante par la conviction d’en etre atteint ; 
e’est un nosophobe rappelant le psychasthenique a phobie obse- 
dante. L’inquietude de l’hypocondrie de desoeuvrement sine 
materia, au contraire, est primitive et, chez elle, l’element para¬ 
logique l’emporte sur l’anxiete. L’hypocondriaque sine materia 
est un paranoiaque a idee fixe, qui cherche partout la demons¬ 
tration de la maladie dont il est convaincu d’etre atteint. 

Pathogeniquement. — Dans l’hypocondrie sine materia, le 
desoeuvrement ne fait que lever l’obstacle oppose par le travail 
a l’epanouissement d’une constitution psychopathique. L’incura- 
bilite, et meme la progression des preoccupations valetudinaires, 
font ulterieurement la preuve de l’origine constitutionnelle de 
celles-ci. 

Dans l’hypocondrie post materia, le desoeuvrement a com¬ 
mence par faire commettre au sujet des fautes centre l’hygiene 
physique qui ont amene des troubles dans le fonctionnement de 
ses organes les plus divers. Il prend froid en habitant toute la 
journee un appartement insuffisamment chauffe, ou les annees 
precedentes il ne restait que pour ses repas et pour dormir. Il 
digere mal parce que, assis trop longtemps a table, il mange 
et boit trop, ou dort pour faire la sieste. Il mene une vie trop 
sedentaire, ou s’epuise en promenades sans fin. Il se couche trop 
tot, ou se leve trop tard, etc. 

Surpris d’attraper maladies sur maladies, alors qu il s’est 
toujours bien porte, il s’inquiete et son inquietude n’etant pas 
divertie par le travail, atteint le paroxysme. Il devient pusilla- 
nime, apprehende tout, semblable au chat qui echaude craint 
l’eau froide. 

Mais pourvu qu’il prenne conscience de ses imprudences hygie- 
niques et introduise un element de travail dans ses conditions 
nouvelles d’existence, il s’adaptera a celle-ci en recouvrant son 
equilibre mental. 

II. Desoeuvrement n’est pas synenyme d’oisivete, car si la 
cessation du travail est la condition indispensable de ces deux 


340 


PAUL COURBON 


syndromes hypocondriaques, puisqu’ils n’apparaissent que lors- 
qu’elle existe (les retraites, rentiers et sinistres qui s’occupent a 
quelque chose ne deviennent pas hypocondriaques) ; elle n’est 
pas sufflsante, puisqu’il est des oisifs qui echappent a l’hypo- 
condrie. 

II convient done de distinguer deux especes d’oisivete ; l’une 
qui est pathogene, l’autre qui ne Test pas. 

L’oisivete non pathogene est Toisivete necessaire ; celle qui 
ne peut pas ne pas etre, parce qu’elle a pour condition l’insuf- 
fisance d’energie disponible du sujet. C’est Toisivete du malade 
ou du surmene dont toutes les forces sont absorbees par l’en- 
tretien de la vie vegetative. L’oisivete non pathogene, c’est Toi¬ 
sivete reparatrice du repos ; Toisivete de celui qui ne peut pas 
s’occuper. 

L’oisivete pathogene est Toisivete contingente, celle qui pour- 
rait ou plus exactement qui devrait ne pas etre, -parce qu’elle a 
pour condition l’inutilisation d’une energie disponible. C’est Toi¬ 
sivete du sujet qui n’emploie pas ses forces, de celui qui peut 
mais ne sait ou ne veut pas s’occuper. 

L’energie ainsi inemployee, en se liberant, risque de deter¬ 
miner de desastreux effets. Influencee par elle, la conduite de 
l’individu aboutit a la maladie ou a des conflits sociaux. 

L’hypocondrie est une production frequente de cette oisivete, 
l’energie vacante trouvant sa voie dans l’introspection ; mais 
elle n’est pas la seule comme on l’indiquera plus bas. 

A cette oisivete par inutilisation de 1’energie disponible, oisi¬ 
vete susceptible de devenir pathogene, convient 1’appellation de 
desoeuvrement. Les desoeuvres, ecrivait Mme de Maintenon, sont 
des gens actifs sans occupation. 

Ce desoeuvrement se presente dans diverses circonstances 
sociales regulieres, accidentelles ou exceptionnelles, pouvant 
donner chaque fois naissance ainsi qu’on va le voir a l’hypo- 
condrie. 

a) Le desoeuvrement regulier est celui que les moeurs imposent 
a tout le monde par l’institution du repos obligatoire, periodique 
ou definitif. 

Le desoeuvrement ferie est celui du dimanche, du temps de 
vacances, et des 8 heures de repos quotidien. Or, la sanctifi¬ 
cation du dimanche n’est, pour beaucoup d’individus, qu’un 
accomplissement des rites les plus authentiques de l’hypocon- 
drie : les uns se purgent, d’autres gardent le lit, d’autres se 
livrent a des therapeutiques compliquees et intempestives : lave¬ 
ments fragmentes d’beure en beure ; d’autres notent l’horaire de 



HYPOCONDRIE ET PATHOLOGIE DE DESOEUVREMENT 


341 


leurs sensations coenesthesiques, ou se livrent a l’analyse de 
leurs evacuations, etc. Les semaines de vacances sont pour cer¬ 
tains sujets entierement consacrees a l’eclaircissement de pro- 
blemes sanitaires personnels : combinaisons frenetiques de cures 
thermales ; lectures d’ouvrages medieaux ; applications de die- 
tetiques extravagantes. 

Le desoeuvrement de la retraite, pour de multiples raisons, est 
beaucoup plus fertile en hypocondries que les precedents. En 
effet, il s’annonce comme definitif. Le sujet subit, par son age, les 
diminutions physiologiques de l’involution senile et par la reduc¬ 
tion de ses gains la diminution de son aisance materielle. G’est 
la surtout que l’hypocondrie post materia apparait. On sait que 
nombre de retraites, encore pleins d’activite, tombent malades 
et meme meurent, peu apres leur mise a la retraite. 

b ) Le desoeuvrement accidentel est celui qu’un accident de 
Forganisme individuel ou de l’organisme social impose a certains 
individus. 

Le sinistre par traumatisme ou maladie est souvent ronge d’in- 
quietude sur sa sante dont il s’exagere la gravite de l’atteinte. 
La sinistrose est d’autant plus legitime, d’autant plus pure de 
simulation que la conviction hypocondriaque est plus intense. 

Le chomage et la greve favorisent egalement l’hypocondrie. 
« Ce qu’il y a de bon dans les greves, disait a son compagrion, 
un ouvrier apparemment eclatant de sante, c’est qu’on a le 
temps de se soigner. » 

c) Le desoeuvrement exceptionnel est celui que permet la pos¬ 
session des richesses ou d’une sinecure. L’hypocondrie des ren¬ 
tiers peuple les maisons de sante dites de luxe. Celle des pos- 
sesseurs de sinecure inspire les pratiques saugrenues par les- 
quelles certains fonctionnaires sans ouvrage occupent leurs heu- 
res de presence. C’etait peut-etre le cas du Monsieur Soupe de 
Courteline, quand il prenait ses bains de pieds et stationnait dans 
les water-closets. 

III. Mais d’autres perversions mentales que l’hypocondrie peu- 
vent etre la consequence du desoeuvrement. L’oisivete est la mere 
de tous les vices, dit un proverbe. Or, les pretendus vices, comme 
les pretendues vertus, ainsi qu’on s’est efforce de le demontrer 
ailleurs (1), sont parfois des creations pathologiques. 

On remarquera tout d’abord que l’hypocondrie peut revetir 
l’apparence de plusieurs vices, suivant la facon que le sujet a de 

(1) Courbon. — La vertu pathologique. Ann. Medico-psychol., 1928, II, p. 235. 



342 


PAUL COURBON 


reagir a ses sensations coenesthesiques anormales : celle de la 
gourmandise, de l’ivrognerie, de la toxicomanie, quand il recourt 
a des nourritures et des boissons speciales, a des excitants ou a 
des stupefiants; celle de la paresse, quand il se croit epuise; celle 
de la colere, quand il s’impatiente contre ses contradicteurs ; 
celle de l’envie, quand il se compare a eux. 

On ajoutera ensuite que les effets pathologiques du desoeuvre- 
ment peuvent etre bien plus troublants. Le cadre dont on dispose 
ici ne permet pas de les etudier. Je me contenterai de rappeler le 
cas que j’ai rapporte ailleurs avec mon interne Rondepierre (1), de 
recidives dominicales de vengeance pathologique par alcoolisa- 
tion de desceuvrement. Il s’agissait d’une femme a qui sa conduite 
irreprochable pendant toute la semaine avait conquis 1’estime 
des patrons chez qui elle travaillait depuis longtemps, alors 
qu’elle se laissait aller parfois le dimanche a incendier la porte 
d’un locataire avec qui elle avait eu une querelle plusieurs annees 
plus tot. 

Toute la pathologie physique ou mentale du desceuvrement, 
toutes les anomalies de conduite du desoeuvre, qui font trai- 
ter celui-ci de vicieux, ont un concomitant fatal : l’ennui. Et 
l’ennui auquel M. Le Savoureux (2) a consacre une tres pene- 
trante etude n’est autre chose que le sentiment produit par une 
insuffisance de depense de l’energie disponible. 

IV. Le seul remede pour prevenir ou supprimer toutes les 
consequences pathologiques et nefastes du desceuvrement est le 
travail. Il est souverain contre Fhypocondrie post materia, s’il 
n’est qu’un palliatif contre l’autre. 

Point n’est besoin que le travail soit utile, s’il s’agit d’un sujet 
aux besoins et aux moyens psychiques trop reduits pour savoir 
s’occuper autrement que futilement. La repartition methodique 
des commerages, de la flanerie et du bricolage le long de la jour- 
nee suffit a absorber toute l’energie disponible d’un niais, et, par 
consequent, a le preserver des mefaits de l’oisivete en entretenant 
son euphorie. 

Mais la baguenauderie ne peut satisfaire des etres intelligents. 
Et parfois l’intelligence, surtout apres qu’elle s’est exercee toute 
une vie sur un seul objet, ne sait pas se trouver une matiere qui 
lui convienne. Quitter son metier est souvent, meme pour un 
mdividu de niveau mental eleve, perdre sa raison d’exister. C’est 


(1) Courbon et Rondepierre. — Societe de psychiatrie. Encephale, 1928, p. 535. 

(2) Le Savoureux. — Le spleen. Th. de Paris , 1913. 



HYPOCONDRIE ET PATHOLOGIE BE DESOEUVREMENT 


343 


que 1’art de s’occuper ne s’improvise pas. II faut l’avoir appris et 
pratique depuis longtemps. 

A cote, done, de l’activite ou des activites professionnelles qui 
ne peuvent avoir cours que dans certaines conditions d’age, de 
sante et d’economie sociale, chacun doit posseder une ou plu- 
sieurs activites de luxe pouvant avoir cours en tous temps, en 
tous lieux, en toutes circonstances. Ges activites de luxe seront 
dirigees suivant les aptitudes respectives, dans le domaine des 
idees, dans celui de l’altruisme humain, ou dans celui de la 
nature. Les speculations et la pratique de la science des arts et 
des lettres, la collaboration aux oeuvres de bienfaisance, l’elevage 
et la culture, sont des champs jamais fermes au labeur desinte- 
resse de celui qui y est entre. 

En somme, ne pas se laisser accaparer par le metier. Tenir sa 
euriosite en eveil sur d’autres problemes que ceux qu’il pose. 
Avoir un ou plusieurs violons d’Ingres pour en jouer quand l’ou- 
til vous tombe des mains. Ne pas confondre se reposer et ne rien 
.faire, car, sauf quand l’epuisement est extreme, un travail repose 
d’un autre. Ne jamais reclamer le droit a la paresse, car e’est 
s’imposer une contribution a l’ennui et a la maladie. 

Voltaire, qui s’y connaissait en hypocondrie, puisqu’il se plai- 
gnait constamment de sa sante, et en travail, puisqu’il laissa une 
oeuvre enorme et tres souvent magnifique, a, par son exemple et 
dans ses conseils, proclame l’heureuse influence de celui-ci contre 
celle-la. « L’Homme n’est pas ne pour le repos », fait-il dire a 
Pangloss. « Travaillons sans raisonner, e’est le seul moyen de 
rendre la vie supportable », fait-il ajouter par Martin. 

Lui-meme, il s’appliquait cette methode, comme on le lit dans 
sa correspondance. A 66 ans, il ecrivait a Thieriot : « II vaut 
mieux mourir que de trainer dans l’oisivete une vieillesse insi- 
pide ; travailler, e’est vivre. » Et trois lustres plus tard, il repe- 
tait : « Occupez-vous beaucoup, mon cher ange, je ne connais 
que ce remede, dans l’etat ou vous etes. Je suis malade dans mon 
lit, a 80 ans passes, au milieu des neiges ; je m’occupe, et cela 
seul me fait vivre. » 

Conclusions. — Le desoeuvrement ou oisivete de 1’individu 
valide, en meme temps que generateur d’ennui, est l’agent etiolo- 
gique de toute une pathologie physique et mentale, qu’il soit 
regulier (vacances, fetes, retraite), accidentel (sinistre, chomage, 
greve), ou exceptionnel (rentes, sinecure). Il y aurait la matiere 
a une etude speciale pouvant, par exemple, servir de these pour 
le doctorat en medecine. 


344 


PAUL COURBON 


L’inutilisation de l’energie disponible est la condition pathoge- 
nique de tous ces etats. 

Les syndromes de cette pathologie mentale sont extremement 
polymorphes. Nombreux sont qualifies vices. L’un d’eux se pre¬ 
sente comme une psychose caracterisee : l’hypocondrie. 

Cette hypocondrie de desoeuvrement revet deux formes : a) la 
forme d’hypocondrie sine materia, lorsque le desoeuvrement n’a 
fait que lever l’obstacle apporte par le travail a l’epanouissement 
d’une constitution psychopathique innee ; et b ) la forme post 
materia, lorsque le desoeuvrement, par les violations des regies 
d’hygiene, a primitivement cree des maladies physiques et a 
secondairement laisse degenerer en obsessions angoissantes Fin- 
quietude legitimement inspiree par les atteintes materielles de la 
sante. La premiere est une paranoia incurable ; la seconde est 
une nosophobie curable. 

De tous ces etats pathologiques de desoeuvrement, le travail est 
le seul remede. Le seul moyen prophylactique contre eux est la 
pratique d’une ou plusieurs activites de luxe capables de se subs- 
tituer a l’activite professionnelle devenue impossible. 



LE pH URINAIRE 

DANS LE DIAGNOSTIC DES ETATS DE DEPRESSION 

PAR 

LAIGNEL-LAVASTINE, ROGUES DE FURSAC 
et Georges d’HEUCQUEVILLE 

Depuis quelques annees, l’un de nous etudie systematiquement 
la regulation acido-basique de Forganisme chez les deprimes 
anxieux. Parmi les differentes methodes qui la mettent en evi¬ 
dence, la plus simple et la plus imagee est celle du pH urinaire. 

L’on sait, dans ce domaine, a quels resultats il est parvenu. Le 
pH urinaire, mesure a jeun, qui, chez les sujets normaux, ne 
s’ecarte guere du chififre 6 que de quelques decimales, s’eleve 
jusqu’a 7 et au-dessus dans les syndromes anxieux observes. 
Sans entrer dans les discussions pathogeniques, enregistrons 
ce fait d’experience : l’anxiete s’accompagne d’une rupture 
d’equilibre des facteurs qui conditionnent la regulation acido- 
basique, rupture d’equilibre en faveur de l’alcalose. 

Ce premier resultat a servi de point de depart et de base a nos 
presentes recherches. Nous avons etendu nos investigations des 
petits deprimes anxieux d’hopital et de clientele a la masse des 
grandes depressions d’un service d’asile. 

Chez nos malades comme chez les precedents, Facidite ionique 
urinaire nous a montre des troubles de la fonction regulatrice, et 
de differents types. 

Alors, nous avons recherche si ces differents types biolo- 
giques cadraient avec les grandes formes etiologiques des 
etats de depression. Etait-il possible de tirer de l’etude du pH 
urinaire un indice de valeur diagnostique et pronostique ; par 
exemple, pour le diagnostic si important et si delicat des anxietes 
essentielles et symptomatiques d’une hebephrenie debutante, de 
la stupeur melancolique et de la stupeur catatonique ? 

Nous avons ete conduits, ayant principalement en vue ce diag¬ 
nostic, a verifier d’abord que, dans les etats de depression essen- 

Ann. med.-psych., 13 e serie, t. I. — Avril 1931. 


346 LAIGNEL-LAVASTINE, ROGUES BE FURSAC ET G. D'HEUCQUEVILLE 


tielle, le pH urinaire se maintient constant dans la zone alca- 
losique 6,5 a 7,5 ; ses variations d’un jour a l’autre sont faibles, 
et, quand on les observe, elles s’expliquent par des modifications 
de Fhumeur perceptibles cliniquement. 

Au contraire, nous allons l’etablir, dans les etats de depression 
symptomatique de schizophrenic, quelle qu’en soit la forme, le 
pH deborde largement de part et d’autre les limites de cette zone; 
du jour au lendemain, il varie d’une extremite a l’autre de 
l’echelle, et cela, souvent sans rapport avec les modifications 
cliniques. 


Notre etude a porte specialement sur quarante malades, que 
nous avons suivis, et, en outre, sur un certain nombre de mesures 
isole